Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam clôt deux semaines de plaidoiries

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a réclamé contre le Français de 32 ans la plus lourde peine du code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. (BENOIT PEYRUCQ/AFP)
Le parquet national antiterroriste (Pnat) a réclamé contre le Français de 32 ans la plus lourde peine du code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. (BENOIT PEYRUCQ/AFP)
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Publié le Vendredi 24 juin 2022

Au procès du 13-Novembre, la défense de Salah Abdeslam clôt deux semaines de plaidoiries

  • Le parquet national antiterroriste (Pnat) a réclamé contre le Français de 32 ans la plus lourde peine du code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible
  • Cette sanction rarement demandée et prononcée à quatre reprises seulement rend infime la possibilité d'une libération

PARIS : Une dernière chance de convaincre la cour: au procès des attentats du 13-Novembre 2015 en France, les avocats de Salah Abdeslam ont commencé à plaider  vendredi après-midi pour le seul membre encore en vie des commandos, avec l'espoir de lui éviter la prison à vie.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a réclamé contre le Français de 32 ans la plus lourde peine du code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible.

Cette sanction rarement demandée et prononcée à quatre reprises seulement rend infime la possibilité d'une libération.

Le ministère public l'avait justifiée "au regard de l'immense gravité des faits", mais aussi de la personnalité du principal accusé. Il "reste convaincu de n'avoir tué personne" et a adopté "une stratégie de minimisation constante des faits, c'est dire le changement qu'il lui reste à parcourir", avait avancé le Pnat.

Le premier des avocats du Français de 32 ans à se lever demande à la cour d'aller au-delà des "certitudes" avec lesquelles beaucoup étaient arrivés au début du procès, au sujet de celui qui a gardé le silence pendant les six années d'enquête. Avant de largement s'exprimer au cours du procès.

Alors au-delà du dossier, la cour devra se poser une question après ces neuf mois d'audience, demande Me Vettes: "Est-ce qu'un jour, cet homme pourra revenir dans la société, ou est-il définitivement perdu?"

Dans le box, Salah Abdeslam, polo blanc à manches courtes et bras croisés, écoute attentivement.

Resté mutique pendant la quasi totalité de l'instruction, le "dixième homme" des commandos jihadistes qui ont fait 130 morts à Paris et et Saint-Denis, en région parisienne, n'a cessé au cours des débats d'affirmer qu'il avait "renoncé" à tuer le soir du 13 novembre, refusant "par humanité" d'actionner sa ceinture explosive.

Sans convaincre l'accusation qui a critiqué la parole sélective de l'accusé.

«Stratégie lacrymale»

"Je suis certain, quoi qu'on en dise, que ce procès n'aurait pas du tout été le même si Salah Abdeslam avait gardé le silence, et qu'il y aurait eu un profond sentiment d'échec collectif si tel avait été le cas", affirme Me Vettes.

Salah Abdeslam qui avait fièrement revendiqué, au premier jour du procès le 8 septembre, son appartenance à l'Etat islamique, avait conclu son dernier interrogatoire, mi-avril, en versant des larmes et en présentant ses excuses "à toutes les victimes".

Des larmes "spontanées et sincères", soutient son avocat. "Il n'y a pas eu de stratégie lacrymale de la défense".

Il avait également déploré en février les peines "extrêmement sévères" en matière de terrorisme. "Les personnes qui n'ont tué personne, on ne peut pas les condamner comme si on avait les têtes de l'Etat islamique, ce n'est pas possible", avait-il estimé.

"Je ne présente aucun danger pour la société", avait-il ajouté sans ciller.

"Notre propos a pour seule ambition de vous démontrer que cette peine est démesurée", dit son avocat.

La défense de Salah Abdeslam, qui a reconnu certains allers-retours en Europe pour récupérer les commandos de retour de Syrie, la location de voitures et d'appartements, ne plaidera pas l'acquittement. Mais elle devrait insister devant la cour d'assises spéciale de Paris sur ce "renoncement", qui n'a pas convaincu l'accusation, et l'amendement possible de leur client.

Depuis le début des plaidoiries de la défense le 13 juin, des avocats d'accusés contre lesquels la perpétuité à été demandée pour "complicité" - avec 30 ou 22 ans de sûreté - ont mis en garde la cour contre la tentation d'une "justice d'exception" avec des peines "d'élimination" en riposte à des crimes de masse, les pires jamais commis sur le sol français.

"La justice n'est pas une arme de la colère", a exhorté Me Marie Violleau, l'une des avocates de Mohamed Abrini, "prévu" pour le 13-Novembre mais qui avait renoncé, comme il le fera quelques mois plus tard à Bruxelles.

Avant de rendre son verdict mercredi en fin de journée, la cour donnera une dernière fois la parole aux 14 accusés jugés en leur présence - six le sont par défaut - lundi matin.


Budget santé: Le Sénat tente à nouveau de réformer l'aide médicale aux migrants

La sénatrice Laurence Cohen (Photo, AFP).
La sénatrice Laurence Cohen (Photo, AFP).
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  • Cette mesure ne sera certainement pas retenue au final par le gouvernement
  • Le Sénat a adopté, par 199 voix pour et 131 contre

PARIS: Le Sénat dominé par l'opposition de droite a voté une nouvelle fois mardi, contre l'avis du gouvernement, en faveur d'une réforme de l'aide médicale d'État (AME) couvrant les étrangers en situation irrégulière, afin de la recentrer sur les soins indispensables.

Le Sénat a adopté, par 199 voix pour et 131 contre, un amendement du rapporteur LR Christian Klinger visant à remplacer l'AME par une "aide médicale de santé publique", dans le cadre du débat sur le budget pour 2023 de la "mission santé".

Cette mesure ne sera certainement pas retenue au final par le gouvernement, qui devrait à nouveau user de l'article 49.3 de la Constitution devant l'Assemblée nationale sur ce texte.


Procès de l'attentat de Nice: l'impossible «pardon» pour les victimes

Sur cette photo d'archive prise le 15 juillet 2016, des militaires français patrouillent près de cadavres recouverts d'un drap bleu sur la Promenade des Anglais à Nice (Photo, AFP).
Sur cette photo d'archive prise le 15 juillet 2016, des militaires français patrouillent près de cadavres recouverts d'un drap bleu sur la Promenade des Anglais à Nice (Photo, AFP).
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  • Chez ces accusés, «nous n'avons perçu aucune once de sentiment de responsabilité, aucun soupçon de retour sur soi»
  • Chez beaucoup de personnes qui y ont perdu un proche, la douleur est «quasi indélébile»

PARIS: Au procès de l'attentat de Nice, les avocats des parties civiles ont mis en exergue mardi, devant la cour d'assises spéciale de Paris, les "obstacles" qui empêchent selon eux les victimes d'accorder leur "pardon" aux accusés.

Chez beaucoup de personnes présentes le 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais ou qui y ont perdu un proche, la douleur est "quasi indélébile" et le temps qui passe "accentue l'horreur" au lieu de jouer son rôle "cicatrisant", a constaté l'avocate Claudette Eleini.

Face à ce "passé qui ne passe pas", "seul le pardon permet de devenir un autre soi" et de renouer avec "le sens de la vie", sans "se confondre avec l'oubli et l'excusable", estime-t-elle.

Mais ce pardon nécessite un "rapport (...) entre celui qui demande le pardon et celui qui le donne", il suppose que le premier "reconnaisse sa faute".

Dans le cas des "faits abominables de l'attentat de Nice", poursuit Me Eleini, l'auteur, qui a fait 86 morts et plus de 400 blessés au volant d'un camion-bélier, "n'est pas là pour le demander", ayant été abattu par la police pour stopper sa course meurtrière.

En son absence, huit personnes sont jugées depuis le 5 septembre: trois pour association de malfaiteurs terroriste et cinq pour trafic d'armes (dont l'une en son absence). Aucune n'est poursuivie pour complicité de l'attentat.

Chez ces accusés, "nous n'avons perçu aucune once de sentiment de responsabilité, aucun soupçon de retour sur soi", hormis quelques "mots préparés" à l'avance, regrette Me Eleini.

"Aucun ne se sent coupable" de ce qu'il a fait ou n'a pas évité, ajoute-t-elle, déplorant une "inversion des rôles" alors que de nombreuses victimes ont fait part de leur sentiment de culpabilité pour n'avoir pas prêté assistance aux blessés ou ne pas être décédé à la place d'un autre membre de leur famille.

«Ouvrir une porte»

"Le procès a révélé la haine de certains" accusés, estime Me Eleini en référence aux messages Facebook au contenu violent de Chokri Chafroud et au "selfie satisfait" réalisé par Mohamed Ghraieb sur la Promenade le lendemain des faits.

Leurs réponses pendant les interrogatoires se sont résumées à "ça ne veut rien dire" et "je n'ai rien à voir dans tout cela".

Par cette attitude de "déni", "ils s'interdisent le pardon à eux-mêmes, mais aussi de recevoir celui des victimes", abonde Me Olivia Chalus.

"Ce procès aura permis de faire la lumière sur comment ce crime a été commis, mais il laissera en suspens la question du pourquoi", laissant les victimes "seules face à leurs questionnements", regrette encore Me Eleini.

Malgré tout, ce procès de plus de trois mois, qui a "pris le temps d'écouter toutes les parties", permettra au travail de deuil des victimes de "se faire sur une base saine", veut-elle croire.

Si "ce n'est évidemment pas les moments d'amnésie collective des accusés qui permettront aux victimes" de se reconstruire, elles s'appuient sur "l'espoir de justice pour atteindre la résilience", espère aussi Me Nisrine Bounssir.

"Peut-être que ce procès permettra" à certaines victimes "d'ouvrir une porte fermée à double tour et, derrière cette porte, de renouer un lien avec les autres, de redécouvrir ce que veut dire être vivant et de s'octroyer le droit d'aimer et d'être aimé", souhaite Me Chalus, qui clôture la plaidoirie coordonnée menée depuis mercredi dernier par 55 avocats.

Les plaidoiries de parties civiles doivent se poursuivent jusqu'à jeudi soir, avec les interventions individuelles d'une vingtaine d'avocats, avant le réquisitoire prévu mardi.


L'avocat nationaliste algérien Ali Boumendjel a désormais une rue à son nom à Gonesse

Portrait non daté de l'avocat algérien Me Ali Boumendjel alors âgé de 32 ans (Photo, AFP).
Portrait non daté de l'avocat algérien Me Ali Boumendjel alors âgé de 32 ans (Photo, AFP).
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  • La plaque portant son nom a été apposée sur une allée du quartier populaire de la Fauconnière
  • Cette inauguration revêt une importance symbolique

BOBIGNY: La ville de Gonesse, au nord de Paris, a dévoilé mardi la plaque d'une allée au nom de l'avocat nationaliste algérien Ali Boumendjel, dont Emmanuel Macron a reconnu en 2021 qu'il avait été "torturé et assassiné" par l'armée française pendant la guerre d'Algérie.

L'évènement s'est déroulé mardi après-midi en présence de "la famille" de M. Boumendjel, a indiqué le service communication de la ville à l'AFP.

La plaque portant son nom a été apposée sur une allée du quartier populaire de la Fauconnière.

Une autre allée du même quartier a également été nommée du nom de Fanny Pech, "ancienne directrice d'école et élue de la ville il y a plusieurs années qui était rapatriée d'Algérie", a précisé la même source.

"Ces deux évènements s'inscrivent dans la volonté du maire d'une démarche de conciliation des mémoires, dans le respect de chaque récit, l'année des 60 ans de la fin de la guerre d'Algérie et de l'histoire d'un quartier symbolique", a fait valoir la ville, située dans le Val-d'Oise et dirigée par le socialiste Jean-Pierre Blazy.

Cette inauguration revêt une importance symbolique.

C'est "la première fois à ma connaissance en France" qu'a été dévoilée la plaque d'une rue au nom d'Ali Boumendjel, "ce militant algérien pour la démocratie, pour la paix et pour l'indépendance de l'Algérie", a souligné l'historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d'Algérie (1954-1962).

"La bataille continue pour le respect des droits de l'homme, une société plus juste et égalitaire, et qui doit affronter avec lucidité les passés douloureux", a écrit l'historien français dans un message transmis à l'AFP. M. Stora est l'auteur d'un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie, remis en janvier 2021 au président de la République.

Début mars 2021, Emmanuel Macron a reconnu, "au nom de la France", que l'avocat nationaliste Ali Boumendjel avait été "torturé et assassiné" le 23 mars 1957 par des soldats de l'armée française au moment de la bataille d'Alger, contredisant la thèse officielle d'un suicide.

Cette étape s'inscrivait dans la série des événements organisés depuis l'arrivée du chef de l’État en 2017 pour tenter de "construire une mémoire apaisée et commune" sur la colonisation de l'Algérie et la guerre ayant conduit à son indépendance en 1962.