Birmanie: Aung San Suu Kyi placée à l'isolement dans une prison de la capitale

Sur cette photo d'archive prise le 17 juillet 2019, la conseillère d'État du Myanmar Aung San Suu Kyi assiste à la cérémonie d'ouverture du Centre d'innovation de Yangon à Yangon. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 17 juillet 2019, la conseillère d'État du Myanmar Aung San Suu Kyi assiste à la cérémonie d'ouverture du Centre d'innovation de Yangon à Yangon. (AFP)
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Publié le Vendredi 24 juin 2022

Birmanie: Aung San Suu Kyi placée à l'isolement dans une prison de la capitale

  • «Conformément aux lois pénales (...), elle est désormais placée à l'isolement en prison», a déclaré dans un communiqué le porte-parole de l'armée Zaw Min Tun
  • Depuis son arrestation lors du coup d'Etat du 1er février 2021, Aung San Suu Kyi était tenue au secret à Naypyidaw, accompagnée de plusieurs employés de maison et de son chien

RANGOUN: La junte birmane resserre encore son étau sur Aung San Suu Kyi: l'ex-dirigeante, renversée en 2021 et assignée depuis à résidence, a été transférée dans une prison de la capitale Naypyidaw.

"Conformément aux lois pénales (...), elle est désormais placée à l'isolement en prison", a déclaré jeudi dans un communiqué le porte-parole de l'armée Zaw Min Tun.

Depuis son arrestation lors du coup d'Etat du 1er février 2021, Aung San Suu Kyi était tenue au secret à Naypyidaw, accompagnée de plusieurs employés de maison et de son chien.

La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 n'était autorisée à sortir que pour assister aux audiences de son procès-fleuve au terme duquel elle risque des décennies de détention.

Elle est désormais totalement seule, sans son personnel ni son animal de compagnie.

Les responsables de l'ONU sont "très inquiets", a relevé Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.

Son transfert en prison "va à l'encontre de tout ce que nous avons demandé, à savoir sa libération et celle de (...) tous les autres prisonniers politiques", a-t-il ajouté.

"Elle garde le moral", d'après une source proche du dossier. "Elle a l'habitude d'affronter calmement tout type de situation".

"Elle est en bonne santé pour autant que nous le sachions", a indiqué une autre source dans son entourage.

La sécurité autour de l'enceinte de la prison a été renforcée depuis son transfert.

Même si son image internationale a été écornée par son incapacité à défendre la minorité musulmane des Rohingyas, victimes de discriminations et de graves exactions, Aung San Suu Kyi reste très populaire dans son pays.

"Elle a tout sacrifié pour l'amour de la Birmanie et de son peuple mais (les militaires) sont ingrats et cruels", "Libérez Suu Kyi pour qu'elle puisse faire encore de bonnes choses pour notre pays", pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.

Coupée du monde, Aung San Suu Kyi risque des décennies de détention

Où est-elle détenue ? Dans quelles conditions ? Comment se porte-t-elle ? Est-elle encore populaire ? L'AFP fait le point sur l'ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi transférée cette semaine dans une prison où elle risque de finir ses jours.

Où est-elle détenue ? 

Depuis son arrestation au matin du coup d'État du 1er février 2021, la prix Nobel de la paix, âgée de 77 ans, était assignée à résidence dans un lieu tenu secret à Naypyidaw, la capitale.

Mercredi, elle a été placée à l'isolement dans la prison de la ville dont la sécurité a été renforcée.

Son procès, qui a débuté il y a un an et se tient à huis clos, va se poursuivre dans l'enceinte du centre pénitentiaire.

Les généraux veulent la "couper encore davantage du monde extérieur", commente Manny Maung chez Human Rights Watch.

"Ils craignent qu'elle ait toujours la capacité de nuire à leurs intérêts. Son isolement est une tactique pour s'assurer qu'elle ne sait pas ce qui se passe en dehors des murs de la prison".

Quelles sont ses conditions de détention ? 

La junte reste très discrète sur ce point.

En résidence surveillée, Aung San Suu Kyi vivait aux côtés d'une dizaine d'employés de maison. Ils n'ont pas été autorisés à la suivre, mais trois femmes ont été désignées pour s'occuper d'elle en prison, d'après une source proche du dossier.

Elle a probablement été "transférée dans un logement spécialement construit dans le centre pénitentiaire", estime Richard Horsey du centre d'analyse International Crisis Group (ICG).

Ses seuls contacts avec l'extérieur restent ses avocats. Ils ont interdiction de s'adresser à la presse et aux organisations internationales.

Des proches, dont un de ses deux fils, ont déposé fin mai une plainte auprès d'un groupe de travail de l'ONU, dénonçant son "kidnapping judiciaire".

Comment se porte-t-elle ? 

Son état de santé semble bon, selon une source proche du dossier.

Mais elle a parfois été fatiguée par la fréquence de ses comparutions devant le tribunal (quatre fois par semaine) et a manqué plusieurs audiences.

Depuis qu'elle est en prison, "elle garde le moral (...) Elle a l'habitude d'affronter calmement tout type de situation", a indiqué une autre source dans son entourage.

Aung San Suu Kyi a passé 15 ans en résidence surveillée sous de précédentes dictatures militaires, menant une vie simple, dominée par la lecture, la méditation et la prière.

"Il est important d'établir une routine et de la suivre de manière très stricte afin d'éviter le gaspillage inconscient du temps", avait écrit dans les années 90 "la Dame" de Rangoun pour expliquer comment elle résistait à la privation de liberté.

Que lui reproche la junte ? 

Depuis février 2021, elle a été inculpée à de multiples reprises pour violation d'une loi sur les secrets d'État, fraude électorale lors des élections de 2020 remportées massivement par son parti, sédition, corruption...

Elle a déjà été condamnée à 11 ans de détention et risque au total des décennies de prison.

Son procès est dénoncé par la communauté internationale comme "une farce" uniquement motivée par des considérations politiques.

Il est très peu probable qu'elle soit libérée avant des élections promises par la junte pour l'été 2023.

Vu son âge avancé, "il est même possible qu'elle finisse ses jours en prison", relève Sophie Boisseau du Rocher de l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Est-elle encore populaire ? 

Même si son image internationale a été profondément écornée par son incapacité à défendre les musulmans rohingyas - victimes de graves discriminations et exactions quand elle était au pouvoir, Aung San Suu Kyi reste une figure très populaire en Birmanie.

Mais "le pays n'a plus besoin d'elle pour mener la résistance. Une nouvelle génération de jeunes leaders s'en sort très bien toute seule", relève Manny Maung.

Preuve de leur indépendance, des milices locales ont pris les armes contre la junte dans plusieurs régions du pays, à contre-courant du principe de non-violence prôné par la prix Nobel.

Les généraux ne sont pas prêts de céder le pouvoir. Ils poursuivent leur répression féroce avec plus de 2.000 civils tués depuis le putsch et plus de 11.000 en détention, d'après une ONG locale.

«Intimider»

Son procès, qui s'est ouvert il y a un an, va se poursuivre dans le centre pénitentiaire où elle est incarcérée.

Elle est inculpée d'une multitude d'infractions (violation d'une loi sur les secrets d'Etat, fraude électorale, sédition, corruption...) et a déjà été condamnée à onze ans de détention.

Les audiences se tiennent à huis clos et ses avocats ont interdiction de parler à la presse ou à des organisations internationales.

De nombreux observateurs dénoncent un procès politique pour exclure définitivement du pouvoir la fille du héros de l'indépendance, grande gagnante des élections de 2015 et de 2020.

"La junte se dirige vers une phase beaucoup plus punitive à l'égard d'Aung San Suu Kyi", a commenté Phil Robertson, directeur adjoint pour l'Asie de l'ONG Human Rights Watch. "Ils tentent manifestement de l'intimider, elle et ses partisans".

Des proches de la prix Nobel ont déposé fin mai une plainte contre les généraux auprès d'un groupe de travail de l'ONU, évoquant son "kidnapping judiciaire".

Le coup d'Etat a plongé le pays dans le chaos. Des milices locales, secondées par des factions rebelles ethniques, ont pris les armes contre les militaires.

La répression de la junte est féroce. Plus de 2.000 civils ont été tués et plus de 11.000 sont détenus dans les geôles de l'armée, d'après une ONG locale. Beaucoup d'opposants sont jugés dans le plus grand secret.

Début juin, les généraux ont annoncé la prochaine exécution de quatre détenus dont un ancien membre du parti d'Aung San Suu Kyi et un célèbre militant pro-démocratie. Si elles ont réalisées, il s'agira des premières exécutions judiciaires dans le pays depuis 1990.

Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme en Birmanie, a appelé jeudi la communauté internationale à accroître la pression sur la junte. "Plus nous attendons, plus il y a d'inaction, plus les gens vont mourir, plus les gens vont souffrir".

Sous les précédentes dictatures militaires, Aung San Suu Kyi a passé quinze ans en résidence surveillée dans sa propriété familiale de Rangoun.

Elle a totalement disparu des radars depuis son arrestation, n'apparaissant que sur de rares clichés pris par les médias d'Etat au tribunal.

L'ex-dirigeante a eu 77 ans dimanche. Elle a apporté lundi un gâteau d'anniversaire qu'elle a mangé avec ses avocats avant l'audience du tribunal.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.