La Suède entre soulagement et inquiétude après l'accord avec la Turquie sur l'Otan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu arrivent pour le sommet de l'OTAN au centre des congrès Ifema à Madrid, le 29 juin 2022. (Photo, AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu arrivent pour le sommet de l'OTAN au centre des congrès Ifema à Madrid, le 29 juin 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 29 juin 2022

La Suède entre soulagement et inquiétude après l'accord avec la Turquie sur l'Otan

  • « Nous ne nous sommes pas couchés devant (le président turc Recep Tayyip) Erdogan», a affirmé mercredi depuis Madrid la cheffe de la diplomatie suédoise Ann Linde
  • L'encre de l'accord à peine sèche, Ankara a immédiatement réclamé à Stockholm et Helsinki l'extradition de 33 personnes qu'elle soupçonne de « terrorisme»

STOCKHOLM : Après l'accord surprise signé avec la Turquie à Madrid sur l'adhésion à l'Otan, la Suède est partagée entre le soulagement et l'inquiétude de partis de gauche et de la communauté kurde sur les concessions faites à Ankara.

"Nous ne nous sommes pas couchés devant (le président turc Recep Tayyip) Erdogan", a affirmé mercredi depuis Madrid la cheffe de la diplomatie suédoise Ann Linde.

"Nous ne procèderons pas à une extradition quand il n'y a pas de preuve d'activité terroriste. Il n'y a aucune raison pour les Kurdes de croire que leurs droits humains ou démocratiques soient menacés", a assuré la ministre des Affaires étrangères dans un entretien au journal Aftonbladet.

Le "mémorandum d'accord" visant à lever le veto turc a été signé avec la Turquie et la Finlande devant les caméras au sommet de l'Otan à Madrid, avec un soulagement visible côté nordique.

Face à une Russie désormais considérée comme une menace depuis son invasion de l'Ukraine, l'inquiétude était de voir le dossier traîner en longueur pendant des mois, repoussant d'autant le parapluie de défense otanien, réservés aux seuls membres de plein droit de l'Alliance atlantique.

Le texte se veut un compromis sur les trois principales exigences d'Ankara: levée des restrictions des exportations d'armes vers la Turquie, changement d'attitude vis-à-vis des groupes kurdes classés comme "terroristes" par Ankara, et extraditions de militants kurdes ou gulénistes résidant dans les deux pays.

Sur les exportations d'armes, de facto bloquées depuis l'invertion militaire turque en Syrie d'octobre 2019, "la Finlande et la Suède confirment qu'il n'y a pas d'embargo national" et Stockholm s'engage à assouplir sa doctrine d'export vis-à-vis des pays membres de l'Otan.

Sur les groupes kurdes, Stockholm et Helsinki confirment qu'ils classent le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) comme une organisation terroriste et s'engagent à "ne pas soutenir" ses alliés des YPG en Syrie.

Quant aux dossiers d'extradition, ils seront examinés "promptement et minutieusement" en "prenant en compte" les renseignements turcs.

 

Otan: Macron salue le "consensus" sur l'adhésion de la Suède et de la Finlande

Emmanuel Macron s'est félicité mercredi du "consensus" trouvé la veille sur l'adhésion à l'Otan de la Finlande et de la Suède après la levée du veto de la Turquie, à l'issue d'un entretien avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan à Madrid.

L'entrée dans l'Alliance atlantique de ces deux pays, qui "disposent de capacités robustes et interopérables", va "contribuer significativement à la sécurité de l’ensemble des alliés", a souligné le chef de l'Etat selon des propos rapportés par l'Elysée.

Au cours de leur entretien, MM. Macron et Erdogan "ont tous deux souligné l’importance d’afficher un message d’unité et de force, face au bouleversement de l’ordre sécuritaire européen causé par l’agression russe" en Ukraine, a indiqué l'Elysée.

Le président français a notamment interrogé son homologue sur "les dernières discussions turco-russes" pour rétablir un corridor d’exportation du grain ukrainien en mer Noire.

Les deux dirigeants ont affirmé "vouloir poursuivre leur coordination, en lien avec les Nations unies, pour parvenir aux conditions permettant d’assurer la sécurité du port d’Odessa et des convois maritimes", selon la présidence.

Inquiétudes

La Suède a-t-elle trop cédé? Deux partis de gauche qui appuient le gouvernement social-démocrate au parlement, ainsi que de nombreux représentants de la communauté kurde - estimée à 100.000 personnes dans le pays scandinave - s'inquiètent.

"Maintenant nous devons jouer cartes sur table. Est-ce-que la Suède doit armer la Turquie dans sa guerre d'agression en Syrie? Est-ce-que des critiques du régime doivent être expulsés?", a affirmé la dirigeante du parti de gauche Nooshi Dadgostar sur Twitter, redoutant de voir son pays se mettre "entre les mains du despote Erdogan".

Les écologistes ont demandé à la ministre Linde de s'expliquer au plus vite devant la commission des Affaires étrangères, jugeant "très inquiétants" les compromis sur les armes et les extraditions.

"Je suis inquiet pour les Kurdes en Suède", a déclaré à l'AFP Kurdo Baksi, militant des droits humains et journaliste suédois d’origine kurde. "Les Kurdes qui ne sont pas encore citoyens suédois et qui ont fui la persécution de la Turquie en Suède vont s'inquiéter pour la suite", redoute-t-il.

Un autre point de préoccupation concerne un éventuel revirement turc. L'encre de l'accord à peine sèche, Ankara a immédiatement réclamé à Stockholm et Helsinki l'extradition de 33 personnes qu'elle soupçonne de "terrorisme".

"Je peux juste espérer que la Turquie ne va pas changer d'opinion en cours de route lors des négociations et de la ratification", a déclaré l'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt sur Twitter, relevant "l'imprévisibilité" du comportement diplomatique d'Ankara.

Outre un feu vert lors d'une première phase d'adhésion, tous les 30 membres actuels de l'Otan, dont la Turquie, doivent ensuite ratifier l'entrée de la Suède et la Finlande.

Sauf nouveau blocage, l'automne est considéré comme un horizon réaliste pour une entrée des deux pays dans l'alliance.


Trump dit mener les "derniers efforts" en vue d'un accord avec l'Iran

US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
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  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran
  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran

TEHERAN: Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue de la conclusion d'un accord avec l'Iran, au lendemain de la cessation de frappes réciproques inédites depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Nous sommes dans les derniers efforts de ce qui va être un très, très bon accord", a-t-il affirmé, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour que cet accord soit conclu.

Après 100 jours de guerre et l'entrée en vigueur le 8 avril d'un fragile cessez-le-feu, les explosions et alertes avaient de nouveau retenti à Téhéran ou Tel-Aviv dimanche et lundi. Les attaques ont fait 15 blessés en Iran, selon le chef de l'organisation nationale des urgences.

Donald Trump, qui cherche une sortie à ce conflit impopulaire aux Etats-Unis à l'approche des élections de mi-mandat, avait exhorté l'Iran et Israël à cesser "immédiatement" les hostilités.

Téhéran a d'abord annoncé l'arrêt de son opération militaire contre Israël, qui l'a ensuite imité. "A l'heure actuelle, les hostilités sur ce front ont cessé", a confirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Signe d'accalmie, le principal aéroport international de Téhéran a annoncé tôt mardi un "retour à la normale" de ses conditions d'exploitation, au lendemain de la réouverture de l'espace aérien du pays, partiellement fermé entre dimanche et lundi.

En moins de 24 heures, l'Iran a tiré une trentaine de missiles contre Israël selon un responsable militaire israélien, en réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, dans laquelle deux personnes sont mortes et 20 ont été blessées.

Lundi à la mi-journée, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël. Mais, a-t-il prévenu, "en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seront entreprises".

- 14 tués au Liban -

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, avait affirmé que l'Iran avait "rompu l'équation qui consiste à conclure un cessez-le-feu sur le papier et à le violer systématiquement sur le terrain."

Sur le même ton, Benjamin Netanyahu a assuré qu'Israël riposterait "avec force" à toute nouvelle attaque iranienne.

Lui qui avait ordonné des frappes contre l'Iran malgré l'objection du président américain a aussi dit, "avec respect", qu'Israël exercerait son droit à se défendre "chaque fois que nécessaire".

Plus tôt, le ministre de la Défense Israël Katz a affirmé que son pays  "continuera(it) d'agir" contre le Hezbollah.

Téhéran exige un traitement simultané du conflit entre Israël et le Hezbollah, et celui plus large déclenché par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, tandis que Washington souhaite conclure le dossier libanais dans un second temps.

Les frappes israéliennes se sont poursuivies lundi dans le sud du Liban, contre une quinzaine de localités dont la ville de Tyr, faisant 14 tués et plus d'une vingtaine de blessés, selon le gouvernement et la Croix-Rouge.

Le Hezbollah a lui revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais pas sur le territoire israélien.

L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un projectile supplémentaire était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessé.

Le chef de l'armée libanaise, Rodolphe Haykal, a lui rencontré mardi au Pakistan son homologue pakistanais, Asim Munir. Le Pakistan fait figure de principal médiateur dans les pourparlers visant à mettre fin durablement à la guerre.

Le Pakistan a "souligné l'engagement de son armée à renforcer sa collaboration en matière de défense avec les forces armées libanaises" et à prendre en compte "l'évolution du contexte sécuritaire régional", selon un communiqué militaire.

Alimentant les craintes d'une nouvelle extension du conflit, l'armée israélienne a annoncé tôt mardi avoir intercepté une "cible aérienne suspecte en provenance du Yémen", moins de 24 heures après que les rebelles houthis installés dans ce pays et alliés de l'Iran ont revendiqué une attaque contre Israël et décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre voie maritime stratégique.

Dans ce contexte, les prix du pétrole, qui ont flambé ces dernières semaines en raison du blocage du détroit d'Ormuz, ont légèrement reculé mardi matin, le prix du baril de Brent de la Mer du Nord perdant 0,90% à 93,40 dollars, tandis que le West Texas Intermediate se repliait de 1,16% à 90,24 dollars.


Trump affirme qu'Iran et Israël veulent «conclure un cessez-le-feu immédiat»

Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
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  • "Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite"
  • Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de tirer".

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi que l'Iran et Israël "(cherchaient) à conclure un cessez-le-feu immédiat", alors que les deux pays ont repris leurs attaques directes pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Les négociations finales sur la +paix+ se poursuivent, sous réserve que l'ignorance ou la stupidité ne viennent pas s'y opposer", a ajouté sur son réseau Truth Social le président américain, qui ne cache pas ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite".

Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de +tirer+".

Donald Trump cherche une issue au conflit, très impopulaire aux Etats-Unis, à l'approche des élections législatives de mi-mandat en novembre prochain.

Si des escarmouches ont eu lieu ces derniers jours autour du détroit d'Ormuz entre Etats-Unis et Iran, c'est la première fois que Téhéran cible le territoire israélien depuis le cessez-le-feu du 8 avril et qu'Israël bombarde le sol iranien.

 


Des chasseurs français de l'Otan abattent un drone en Lettonie

Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
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  • L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone
  • Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT)

VILNIUS: Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze.

"Merci à nos alliés français d'avoir abattu le drone qui a pénétré dans l'espace aérien letton!", a‑t‑elle écrit sur X.

L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone.

Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT), a indiqué  pour sa part Gintautas Ciunis, porte-parole de l'armée lituanienne.

Le 19 mai, un chasseur de l'Otan avait abattu dans l'espace aérien de l'Estonie un drone ukrainien, première interception d'un drone étranger dans le ciel d'un Etat balte par la police de l'air de l'Otan depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022.

Les Etats baltes, ex-républiques soviétiques partageant une longue frontière avec la Russie, enregistrent depuis plusieurs semaines un nombre croissant d'intrusions et de chutes de drones sur leurs territoires.

Selon les Européens, la Russie fait dévier délibérément de leur trajectoire des drones ukrainiens destinés à frapper des installations industrielles et des terminaux pétroliers dans la région de Saint-Pétersbourg, située sur le golfe de Finlande.

Ces incidents ont mis au jour les carences des défenses aériennes des pays baltes, impuissantes à neutraliser un drone errant avant sa chute sur leur territoire.