L'armée ukrainienne accuse la Russie d'avoir lancé des bombes au phosphore

L'île aux Serpents au large des côtes ukrainiennes (Photo, Reuters).
L'île aux Serpents au large des côtes ukrainiennes (Photo, Reuters).
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Publié le Samedi 02 juillet 2022

L'armée ukrainienne accuse la Russie d'avoir lancé des bombes au phosphore

  • L'armée russe avait bombardé vers 18h00 à deux reprises l'Ile aux Serpents avec des bombes au phosphore d'après Volodymyr Zelensky
  • Les missiles Kh-22 qui ont été employés vendredi dans la région d'Odessa selon les militaires ukrainiens

SERGUIIVKA: Au moins 21 personnes ont été tuées dans des frappes de bombardiers stratégiques en pleine nuit sur des immeubles de la région d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine, a affirmé Kiev vendredi, un nouvel acte de "terreur" russe selon le président Volodymyr Zelensky.

D'après le commandement ukrainien du front sud, ce sont des Tupolev Tu-22, des avions datant de la Guerre froide et conçus pour emporter des charges nucléaires, qui ont lâché de la mer Noire des missiles Kh-22 contre des bâtiments civils d'une petite ville côtière au sud d'Odessa.

"L'ennemi a frappé de trois missiles le village de Serguiïvka, dans le district Belgorod Dnistrovsky. Un grand immeuble a été détruit ainsi qu'un complexe touristique", a expliqué sur Telegram le gouverneur régional, Maksym Martchenko.

"Vingt-et-une personnes ont été tuées, dont un garçon de 12 ans. Trente-huit sont à l'hôpital, dont cinq enfants. Deux enfants sont dans un état grave", a-t-il précisé.

"Il n'y avait pas la moindre cible militaire" à cet endroit, a-t-il souligné.

Une terreur russe

"J'insiste : il s'agit d'une terreur russe délibérée et non de quelques erreurs ou d'une frappe de missile accidentelle", a dénoncé dans la soirée le président Volodymyr Zelensky.

"J'appelle nos partenaires à fournir à l'Ukraine des systèmes de défense antimissiles aussitôt que possible. Aidez-nous à sauver des vies", a de son côté écrit sur Twitter le ministre des Affaires étrangères Dmytro Kouleba, qualifiant la Russie d'"Etat terroriste".

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, interrogé sur le sujet, a assuré que les forces russes n’opéraient "pas sur des cibles civiles" en Ukraine.

"La partie russe, qui parle une nouvelle fois de dommages collatéraux, est inhumaine et cynique", a commenté le porte-parole du gouvernement allemand Steffen Hebestreit. "Cela nous montre encore une fois de manière cruelle que l'agresseur russe accepte délibérément la mort de civils", a-t-il ajouté.

Les missiles Kh-22 qui ont été employés vendredi dans la région d'Odessa selon les militaires ukrainiens sont des missiles de croisière soviétiques datant de la Guerre froide, conçus pour frapper un groupe aéronaval.

Ce sont, selon l'armée ukrainienne, des missiles du même type qui ont atteint un centre commercial en pleine journée lundi à Krementchouk, dans le centre de l'Ukraine à 200 km du front, y faisant au moins 19 morts selon les derniers bilans.

Vendredi également, le gouverneur de la région de Mykolaïv, Vitaliy Kim, a fait état du tir de 12 missiles par les forces russes contre cette zone du sud de l'Ukraine. Il n'a pas donné de bilan.

Systèmes antiaériens américains

Ces nouvelles frappes meurtrières sont survenues au lendemain de la clôture à Madrid d'un sommet de l'Otan au cours duquel ses membres, Etats-Unis en tête, ont assuré l'Ukraine de leur soutien indéfectible face à la Russie et ont annoncé de nouvelles aides militaires.

Le Pentagone a fait la liste vendredi d'une nouvelle contribution de 820 millions de dollars, comprenant des missiles, des obus et des équipements de défense antiaérienne sophistiqués NASAMS, qui permettront de lutter contre l'aviation russe, y compris les drones, ainsi que contre les missiles de croisière.

La Norvège a annoncé à son tour une aide de 10 milliards de couronnes (près d'un milliard d'euros).

Mais c'est aussi jeudi que les Ukrainiens ont infligé un camouflet aux forces russes en mer Noire, en les contraignant sous le feu de leur artillerie à abandonner l'Ile aux Serpents, un îlot rocheux ukrainien au sud-ouest d'Odessa et face à l'embouchure du Danube.

La localité côtière de Serguiïvka frappée vendredi par les Russes, à environ 80 km au sud-ouest d'Odessa, est située dans la partie du littoral ukrainien la plus proche de cet îlot essentiel pour contrôler le trafic maritime, notamment pour exporter les millions de tonnes de céréales qui restent bloquées dans les silos ukrainiens.

Dernier épisode en date de cette guerre des grains : l'Ukraine a demandé à la Turquie d'intercepter un cargo russe de 140 mètres de long parti du port de Berdiansk, en zone occupée, et qu'elle soupçonne de transporter des milliers de tonnes de céréales volées par les Russes.

Comme pour illustrer cet enjeu, l'armée ukrainienne a affirmé, vidéo à l'appui dans la soirée, que l'armée russe avait bombardé vers 18h00 à deux reprises l'Ile aux Serpents avec des bombes au phosphore, alors même qu'elle avait assuré jeudi s'en retirer en "signe de bonne volonté" et non chassée par les frappes ukrainiennes.

En revanche, Volodymyr Zelensky a admis que la situation demeurait "extrêmement difficile" à Lyssytchansk, une ville du bassin industriel du Donbass, dans l'est, où se concentre la majeure partie des combats.

"Les forces (russes) sont arrivées aux portes de Lyssytchansk. L'armée ukrainienne subit de lourdes pertes", a écrit le ministère russe de la Défense dans un communiqué vendredi.

Les Russes "tentent d'encercler notre armée par le sud et l'ouest" près de cette cité, a confirmé Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Lougansk.

Washington envoie munitions et défense anti-aérienne à l'Ukraine

Le Pentagone a annoncé vendredi un nouvelle aide militaire à l'Ukraine, d'un montant de 820 millions de dollars, comprenant des missiles, des obus et des outils de défense anti-aérienne, pour faire face à l'armée russe au sud et à l'est du pays en guerre.

Ce 14e ensemble de matériels inclut deux systèmes anti-aériens, quatre radars de contre-batterie, des nouveaux missiles pour les lance-roquettes multiples américains Himars, récemment arrivés sur le champ de bataille, et jusqu'à 150.000 obus de 155 mm.

De jour comme de nuit

"Ça bombarde de jour comme de nuit", a témoigné, à Siversk, à une vingtaine de kilomètres de Lyssytchank, une femme qui refusait d'être nommée, au pied de son immeuble.

Lyssytchansk est la dernière grande ville à ne pas être encore aux mains des Russes dans la région de Lougansk, l'une des deux provinces du Donbass, que Moscou entend entièrement contrôler.

Dans la région de Kharkiv (nord-est), le gouverneur Oleg Sinegoubov a signalé vendredi quatre morts et trois blessés ces dernières 24 heures.

A Kherson, dans le sud, des hélicoptères ukrainiens ont frappé "une concentration de troupes et d'équipements militaires de l'ennemi" près de Bilozerka, a déclaré le même jour l'armée ukrainienne, faisant état de "35 morts" parmi les soldats russes et de blindés ennemis détruits.

Sur le front diplomatique, la présidente de la Commission européenne Ursula van der Leyen, s'adressant vendredi par vidéo au Parlement ukrainien, l'a appelé à accélérer ses réformes contre la corruption, dans le cadre de sa candidature à l'UE acceptée la semaine dernière par les dirigeants des 27 Etats membres de l'Union.

Elle a aussi salué le vote d'une loi visant à combattre "l'influence excessive des oligarques sur l'économie" et demandé l'adoption d'une "loi sur les médias, qui rende la législation ukrainienne conforme aux normes de l'Union européenne".

"Maintenant, nous sommes ensemble" et c'est "un grand honneur et une grande responsabilité", a déclaré le président Zelensky devant le parlement, soulignant que "l'Ukraine se bat pour choisir ses valeurs, pour être dans la famille européenne".

Enfin, Kiev a remporté vendredi une bataille symbolique sur la Russie, l'Unesco reconnaissant que l'invasion russe mettait en péril la culture ukrainienne du borchtch, une soupe à la betterave et à la viande préparée des deux côtés de la frontière.

L'organisme des Nations unies pour la culture a placé le borchtch ukrainien sur sa liste du patrimoine mondial immatériel en péril.

"L'existence de cette soupe en elle-même certes n'est pas en péril en soi, mais c'est le patrimoine humain et vivant qui est associé au borchtch qui est lui en péril immédiat" à cause de la guerre, selon l'Unesco.

Moscou a dénoncé une illustration culinaire du "nationalisme kiévien".


Trump mécontent de l'Iran malgré une percée selon le médiateur omanais

Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
Le président Donald Trump quitte la salle de réception diplomatique pour monter à bord de Marine One depuis la pelouse sud de la Maison-Blanche, vendredi 27 février 2026, à Washington. (AP)
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  • Donald Trump se dit mécontent des négociations avec l’Iran et n’exclut pas des frappes, tout en affirmant n’avoir pris aucune décision finale, malgré un important déploiement militaire américain au Moyen-Orient
  • Le médiateur omanais Badr Albusaidi annonce une percée : l’Iran accepterait de ne pas stocker d’uranium enrichi, tandis que Washington exige toujours l’arrêt total de l’enrichissement

WASHINGTON: Donald Trump tient le monde en haleine: il a affiché vendredi son mécontentement envers l'Iran, mais dit n'avoir pas pris de "décision finale" sur d'éventuelles frappes, alors que le médiateur omanais s'est targué d'une percée dans les négociations pour éviter la guerre.

Le président américain a déclaré à des journalistes "ne pas être très content de la manière des Iraniens de négocier", au lendemain d'une troisième session de pourparlers à Genève sous médiation omanaise.

Mais "nous n'avons pas pris (de) décision finale" sur de possibles frappes, a-t-il déclaré, sur fond de déploiement militaire américain massif au Moyen-Orient, le plus important depuis des décennies, et de craintes d'un embrasement régional en cas d'attaque américaine.

Le chef de la diplomatie omanaise a cependant assuré vendredi qu'une percée avait eu lieu, affirmant que l'Iran avait accepté de ne pas stocker d'uranium enrichi.

"C'est quelque chose de complètement nouveau, qui rend vraiment l'argument de l'enrichissement moins pertinent, parce que désormais nous parlons de l'absence de stockage", a expliqué Badr Albusaidi sur la chaîne américaine CBS.

Plus tôt dans la journée, Donald Trump avait exigé que l'Iran n'effectue "aucun enrichissement" d'uranium. "Vous n'avez pas besoin d'enrichir quand vous avez autant de pétrole", a-t-il déclaré à la presse lors d'un déplacement au Texas (sud).

- Porte-avions déployés -

Dans ce contexte de tensions, les Etats-Unis ont recommandé vendredi au personnel non essentiel de leur ambassade à Jérusalem de quitter Israël - leur allié, et ennemi juré de l'Iran - en raison "de risques pour leur sécurité".

Le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, se rendra lundi en Israël - que l'Iran avait frappé en juin en riposte à une attaque israélienne sur son territoire -, a annoncé le département d'Etat.

Les Etats-Unis ont dépêché dans la région deux porte-avions dont le Gerald Ford, le plus grand au monde, attendu au large d'Israël après avoir quitté jeudi la Crète.

Washington a également inscrit vendredi l'Iran sur sa liste noire de pays pratiquant "des détentions injustifiées", et appelé les ressortissants américains s'y trouvant à "partir immédiatement".

Dans le centre de Téhéran, tout en disant préférer éviter la guerre et souhaiter la levée des sanctions internationales qui asphyxient l'économie iranienne, Hamid Beiranvand, un employé de 42 ans, affirme qu'"il ne faut faire aucune concession" aux Américains.

Accusant Téhéran - qui dément - de vouloir se doter de la bombe atomique, les Etats-Unis insistent pour une interdiction totale d'enrichissement d'uranium, tandis que l'Iran défend son droit au nucléaire civil.

Washington veut aussi limiter le programme balistique iranien, une question que Téhéran refuse d'aborder.

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a appelé vendredi les Etats-Unis à éviter "toute exigence excessive", tempérant l'optimisme qu'il avait affiché la veille à l'issue des pourparlers.

- Risque d'aggravation "rapide" -

Le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Volker Türk, s'est dit "extrêmement inquiet du risque d'escalade militaire régionale".

Le Royaume-Uni et le Canada ont dit retirer une partie de leur personnel diplomatique de Tel-Aviv, le centre économique d'Israël où la plupart des pays ont leur ambassade, par mesure de précaution.

Pékin et Ottawa ont tous deux appelé leurs ressortissants à évacuer l'Iran, tandis que Londres a retiré le personnel de son ambassade à Téhéran.

Le ministre iranien Abbas Araghchi s'était prévalu jeudi de "très bons progrès" dans les discussions avec les Etats-Unis.

Une prochaine session doit se tenir "très bientôt", après des discussions "entre équipes techniques" lundi à Vienne en Autriche, assistées "d'experts" de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avait-il ajouté.

"La paix est à portée de main", a même assuré vendredi sur X l'Omanais Badr Busaidi, disant s'être entretenu à Washington avec le vice-président JD Vance.

Donald Trump avait lancé le 19 février un ultimatum de "10 à 15 jours" pour décider si un accord était possible ou s'il allait recourir à la force.

Les deux pays avaient repris des pourparlers l'année dernière, interrompus par la guerre israélo-iranienne de 12 jours en juin à laquelle Washington s'était brièvement joint.

Les nouvelles tensions sont apparues après la répression dans le sang, en janvier, d'un vaste mouvement de contestation d'Iraniens, auxquels Donald Trump avait promis de venir "en aide".


Au Japon, le sort du macaque Punch attire les foules et relance le débat sur les zoos

Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
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  • Punch, un bébé macaque au Japon, est devenu une star des réseaux sociaux après avoir été vu cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan, attirant des milliers de visiteurs au zoo d’Ichikawa
  • L’histoire met en lumière la captivité animale, suscitant des réactions en ligne, dont un message de l’Ambassade de Cuba en France établissant un parallèle avec d’autres crises humanitaires

TOKYO: Le bébé macaque Punch, devenu une vedette des réseaux sociaux au Japon, relance le débat sur la captivité animale dans les zoos, tandis que son histoire a également suscité des réactions au-delà du cadre animalier.

Au Zoo d'Ichikawa, près de Tokyo, Punch, un bébé macaque abandonné par sa mère, est devenu une célébrité après la diffusion d’images le montrant harcelé par d’autres singes et cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan. Rejeté à sa naissance en juillet, il a d’abord été élevé par des soigneurs humains avant d’entamer récemment son apprentissage pour rejoindre ses congénères.

Les images du petit primate enlacé à son jouet ont suscité une vague d’émotion en ligne, donnant naissance au hashtag #HangInTherePunch et attirant des milliers de visiteurs. Durant un long week-end férié, plus de 5.000 personnes se sont rendues lundi au zoo pour tenter d’apercevoir l’animal, selon l’établissement, qui a indiqué avoir mis en place une zone d’accès restreinte autour d’une partie de l’enclos afin de limiter le stress.

Pour l’association PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux), le cas de Punch illustre « la cruauté des zoos ».

« Les zoos ne sont pas des sanctuaires : ce sont des lieux où les animaux sont confinés, privés d’autonomie et de leur environnement familier et social qu’ils auraient eu à l’état sauvage », a déclaré l'association PETA.

L’émotion suscitée par le bébé macaque a également eu des retombées commerciales. Le géant suédois IKEA, fabricant de la peluche orang-outan à laquelle s’accroche Punch, a constaté un intérêt « sans précédent » pour le produit. Le groupe Ingka, qui contrôle la majorité des magasins IKEA, a indiqué que les ventes étaient « nettement » supérieures à la normale et que la peluche était en rupture de stock sur certains marchés, notamment au Japon et aux États-Unis.

Réactions sur les réseaux sociaux

L’histoire de Punch a également suscité des commentaires au-delà du cadre animalier. Le 24 février, l’Ambassade de Cuba en France a publié un message sur X, établissant un parallèle avec la situation à Gaza et dénonçant « l’empathie sélective ».

Ce message s’inscrit dans une série de réactions en ligne comparant l’émotion suscitée par le sort du jeune macaque à celle provoquée par d’autres crises humanitaires, notamment à Gaza, illustrant la portée internationale qu’a prise l’histoire de Punch sur les réseaux sociaux.


A Genève, de nouveaux pourparlers entre Iran et Etats-Unis

 L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
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  • Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios
  • Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires"

GENEVE: L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien.

Mais quelques heures avant l'ouverture de ces discussions à Genève, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a fait part d'"un gros problème", accusant Téhéran de refuser de parler de son programme de missiles balistiques - un dossier que souhaite aborder Washington comme la question du nucléaire.

Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios.

Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires".

L'Iran a "développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et cherche à en concevoir des plus puissants encore, capables "d'atteindre bientôt les Etats-Unis", a-t-il assuré.

"Gros mensonges", a répondu le ministère iranien des Affaires étrangères, alors que l'Iran affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km.

Il dispose d'un large arsenal d'engins conçus localement, notamment des Shahab-3, qui peuvent atteindre Israël, son ennemi juré, et quelques pays d'Europe orientale.

"Opportunité historique" 

Le sujet est au cœur de la discorde entre les deux pays ennemis: Washington veut inclure le programme de missiles balistiques dans les discussions, mais aussi la question du soutien de Téhéran à des groupes armés hostiles à Israël, ce que l'Iran refuse.

La République islamique souhaite en effet limiter les négociations au volet nucléaire et exige la levée des sanctions qui étranglent son économie.

"Le président souhaite des solutions diplomatiques. Il les préfère, il les préfère largement. Je ne qualifierais donc pas la journée de demain (jeudi) autrement que comme une série de discussions, qui, je l'espère, seront productives, mais au final, vous savez, nous devrons discuter d'autres sujets que le seul programme nucléaire", a déclaré Marco Rubio lors d'une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis.

Malgré ces divergences, l'Iran assure qu'un accord est "à portée de main", selon le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, qui mène la délégation aux négociations, invoquant une "opportunité historique".

Le président Massoud Pezeshkian a pour sa part évoqué une "perspective favorable", disant espérer sortir de "cette situation +ni guerre ni paix"+.

Mais "le succès de ces négociations dépend du sérieux de l'autre partie et de sa capacité à éviter les comportements et les positions contradictoires", a souligné M. Araghchi dans un communiqué tôt jeudi.

Les Etats-Unis sont représentés par l'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui en parallèle doivent mener des pourparlers avec l'Ukraine, également à genève jeudi.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris le dialogue début février à Oman, pays médiateur, puis se sont retrouvées une première fois en Suisse le 17.

"Appréhension" régionale 

Un précédent cycle de négociations avait été stoppé net au printemps 2025 par la guerre déclenchée par Israël contre l'Iran.

Washington avait à cette occasion frappé des sites nucléaires en Iran et Donald Trump avait assuré avoir "anéanti" son programme nucléaire, même si l'étendue exacte des dégâts n'est pas connue.

Les Occidentaux et Israël craignent que l'Iran ne cherche à se doter de la bombe atomique, tandis que Téhéran met en avant son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

Les nouvelles tensions entre Washington et Téhéran sont apparues après la répression dans le sang en janvier d'un vaste mouvement de contestation en Iran.

Donald Trump avait alors promis de venir "en aide" au peuple iranien.

"On a vu en janvier un grand effort d'un certain nombre d'Etats au Moyen-Orient pour convaincre les Etats-Unis" de ne pas frapper l'Iran, relève Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), établi à Londres.

"Mais il y a beaucoup d'appréhension à l'heure actuelle car on s'attend à ce que ce soit (une guerre) plus importante" qu'en juin 2025 avec "des Iraniens qui se battront davantage", poursuit-il.

Tayebeh, femme au foyer de Téhéran âgée de 60 ans a dit s'inquiéter des conséquences d'une offensive américaine, mais aussi vouloir sortir de l'incertitude.

"Trump a déclaré que la guerre serait très mauvaise pour l'Iran (...) La population souffrirait énormément", a-t-elle dit à l'AFP sous couvert d'anonymat. "Les gens souffrent déjà aujourd'hui, mais au moins, avec la guerre, notre sort serait clair."