Les Libanais inquiets face à la flambée des tarifs des communications

Une Libanaise consulte son téléphone à Beyrouth (Photo, AFP).
Une Libanaise consulte son téléphone à Beyrouth (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 02 juillet 2022

Les Libanais inquiets face à la flambée des tarifs des communications

  • La monnaie nationale a perdu 95% de sa valeur
  • Les jeunes doivent désormais remettre en question le temps qu’ils consacrent au téléphone et à l’utilisation d’Internet

BEYROUTH: L’adoption de nouveaux tarifs pour les services téléphoniques et les abonnements a suscité l’inquiétude des libanais.

C’est désormais selon le taux de change du dollar sur la plateforme Sayrafa, soit environ 25,000 L.L. que les prix seront fixés. Auparavant, ils étaient calculés selon le taux de change officiel de 1,515 LL.

La hausse des tarifs est entrée en vigueur le vendredi.

Les gens se sont en effet réveillés le vendredi avec des SMS qui leur ont été envoyés par des opérateurs de télécommunications, calculant leurs soldes en fonction du taux de change de Sayrafa. Ils ont été surpris de voir la valeur de leur solde tomber en dessous de 1 dollar. (1 dollar américain = 0,95 euro)

En mai, le Cabinet avait approuvé la décision d’augmenter les tarifs et les frais pour les appels fixes et mobiles, ainsi que pour l’Internet, à partir du 1er juillet.

Ils seront calculés en divisant le billet en dollar précédent par trois puis le multiplier par le taux de la plateforme Sayrafa pour le payer finalement en livres libanaises.

Bien que les sociétés de télécommunications Touch et Alfa aient offert leur aide aux étudiants et aux services de sécurité, le peuple libanais a du mal à accepter ces nouveaux prix.

«J’avais 75 000 livres libanaises sur mon solde, ce qui valait 49$ selon le taux officiel. Aujourd’hui, je n’ai plus que 30 cents (dollars)», a déclaré Rabih, un étudiant de 17 ans.

Selon le tableau de comparaison entre les prix en dollars et les prix actuellement adoptés, les tarifs ont baissé d’environ 300% en dollars, tandis que leur calcul selon le taux de la livre libanaise montre une augmentation importante, allant de 500 à 700%.

La monnaie libanaise a perdu plus de 95% de sa valeur, ce qui a engendré une différence de prix significative.

Selon le tableau des prix diffusé par les entreprises de télécommunications, une carte prépayée de 30 jours qui coûtait 22,7$ - voire 34,000 L.L. selon le taux de change officiel – coûte désormais 7,58$.

Pourtant, s’il est calculé selon le taux de Sayrafa, il coûtera 191,000 LL, ce qui représente une augmentation d’environ 560%.

Les entreprises de télécommunications ont d’ailleurs confirmé que cette mesure répondait à la « nécessité de maintenir la continuité de ce secteur face à la crise économique et financière et à l’augmentation du cout de l’assurance électricité pour les centrales, étant donné que ce secteur est l’un des piliers les plus importants de l’économie nationale.»

«Les messages audios et les vidéos ne doivent pas être envoyés lorsque l’on utilise le service 4G, puisque cela consommera ce dernier en entier.»

Les jeunes ont même décidé d’arrêter leur abonnement, préférant rester à la maison vu que le cout des services Internet à domicile n’a pas changé.

Désormais, les Libanais réfléchissent à deux fois avant de télécharger une vidéo ou une photo en utilisant le service 3G ou 4G.

Les personnes qui comptent sur ces services hésitent à regarder toute vidéo reçue.

«Nous avons augmenté nos prix. Or, tous les distributeurs ont accepté de fixer leur prix selon le taux de 10,000 L.L. pour un dollar au lieu du taux de Sayrafa, afin de concurrencer le service Ogero. Ce dernier et affilié au ministère des Télécommunications. Ceci nous a permis de maintenir un certain nombre d’abonnés. Il est indéniable que nous en avons perdu d’autres qui ont préféré opter pour Ogero, vu qu’il est moins cher de 60,000 L.L. Le prix que nous fixons tient compte des frais de transport, des abonnement aux générateurs et des salaires des employés», a affirmé Abbas, un distributeur privé de services Internet.

«Pourtant, les abonnés d’Ogero oublient que ce service souffre d’une pénurie de carburant l’empêchant d’assurer le service 24 heures sur 24. De nombreux opérateurs sont par la suite obligés d’éteindre leurs machines en raison de leur incapacité à trouver des dollars pour acheter du carburant et faire fonctionner les générateurs.

De plus, Ogero peine à installer de nouveaux câbles Internet vu le coût élevé du transport des employés qui doivent se déplacer vers les maisons des clients afin de leur offrir leurs services.»

Le mode de vie des Libanais fait face à de nombreux changements. Les jeunes doivent désormais remettre en question le temps qu’ils consacrent au téléphone et à l’utilisation d’Internet.

Selon Abbas, les cafés qui offrent un accès gratuit à Internet ont « considérablement augmenté» le prix de leurs aliments et de leurs boissons afin d’assurer ce service à leurs clients. «S’ils commencent à subir des pertes, ils pourraient ralentir leur connexion Internet afin de réduire son utilisation.»

Bien que la facture d’Internet à domicile ait augmenté de 100,000 L.L. à 400,000 L.L., Rabih et ses amis ont décidé d’avoir recours à internet de chez eux pour leurs appels téléphoniques et leurs conversations.

Il craint d’ailleurs que le mode de vie auquel ils s’étaient habitués ne change et s’inquiète de son éducation l’année prochaine, si jamais ils revenaient aux cours à distance.

Les services de télécommunication sont les seuls à suivre le taux officiel du dollar. Les autres services sont fixés selon le taux de change du marché noir, alors que les médicaments subventionnés suivent le taux de Sayrafa.

Pourtant, les augmentations tarifaires n’ont pas suscité les mêmes réactions que la possibilité d’imposer des frais de 6$ sur WhatsApp qui a eu lieu en 2019.

À l’époque, le ministère des Télécommunications a fait marche arrière sur ce plan en réponse à la pression publique.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le ministre soudanais de la Défense salue des sanctions de l’ONU contre des chefs des RSF, « attendues depuis longtemps »

Le général Hassan Kabroun during an interview with Arab News (AN/File)
Le général Hassan Kabroun during an interview with Arab News (AN/File)
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  • Le général Hassan Kabroun estime que les poursuites contre des commandants ayant perpétré des « atrocités rarement vues à une telle échelle dans l’histoire » constituent « un pas dans la bonne direction »
  • Parmi les personnes visées figurent le commandant adjoint des RSF, Abdul Rahim Hamdan Dagalo, et le brigadier général Al-Fateh Abdullah Idris, surnommé « le boucher d’El-Fasher »

​​​​​​LONDRES : Le ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun, a qualifié mercredi les sanctions de l’ONU contre des dirigeants des Forces de soutien rapide (RSF) de « mesures attendues depuis longtemps », tout en les décrivant comme « un pas dans la bonne direction ».

« Imposer des sanctions contre des individus ou des dirigeants des Forces de soutien rapide était attendu depuis longtemps. Néanmoins, cela reste un pas dans la bonne direction », a-t-il déclaré.

« Ces crimes constituent des crimes de guerre, un génocide et des atrocités rarement observées à une telle échelle dans l’histoire. Il devrait y avoir bien davantage d’inculpations, avec des mandats d’arrêt visant non seulement les hauts dirigeants, mais aussi les commandants intermédiaires opérant sur le terrain — en plus des membres du “gouvernement d’établissement”, qui sert d’aile politique aux Forces de soutien rapide.

« Un nouveau commandant a récemment rejoint leurs rangs au sein du “gouvernement d’établissement”, opérant désormais en coordination avec les Forces de soutien rapide ; les forces d’Abdelaziz Al-Hilu et de Joseph Tuka dans l’État du Nil Bleu. »

Le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé des sanctions à quatre dirigeants des RSF pour des atrocités commises dans la ville soudanaise occidentale d’El-Fasher. Parmi eux figurent le commandant adjoint des RSF, Abdul Rahim Hamdan Dagalo, ainsi que le brigadier général Al-Fateh Abdullah Idris, surnommé « le boucher d’El-Fasher ». Le commandant adjoint Gedo Hamdan Ahmed et le commandant de terrain Tijani Ibrahim sont également visés.

La décision, qui fait suite aux recommandations des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, a été soumise le 17 février afin d’inclure ces dirigeants dans le régime de sanctions établi par la résolution 1591. Les mesures comprennent des interdictions de voyager et le gel des avoirs afin de contribuer à endiguer la violence au Soudan.

La prise d’El-Fasher par les RSF en octobre a constitué l’un des épisodes les plus brutaux de la guerre civile soudanaise, qui dure depuis près de trois ans. La semaine dernière, une mission d’enquête des Nations unies a conclu que cette offensive portait les marques d’un génocide.

Dans une démarche connexe, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers du Trésor américain a sanctionné la semaine dernière trois commandants des RSF pour leurs actions à El-Fasher, les accusant d’avoir « mené une campagne effroyable de massacres ethniques, de torture, de famine et de violences sexuelles ». Idris, Gedo et Tijani Ibrahim figurent parmi les personnes visées.

Ces sanctions ont suivi une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant « fermement » l’assaut et la déstabilisation menés par les RSF dans la région du Kordofan, ainsi que « toutes les formes de violations et d’abus commis contre la population civile ».

Le Conseil a appelé les parties belligérantes à « cesser immédiatement les combats », avertissant que les attaques délibérées contre le personnel humanitaire « pourraient constituer des crimes de guerre ».

Les membres ont également exprimé leur « vive inquiétude » face à la famine provoquée par le conflit et à l’insécurité alimentaire extrême dans certaines régions du Soudan, avertissant que la crise risque de s’étendre.

Les RSF ont reconnu des « violations » à El-Fasher et affirmé mener une enquête, tout en soutenant que l’ampleur des atrocités a été exagérée par leurs adversaires.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Soudan: les paramilitaires ont ciblé des personnes handicapées à El-Facher, selon HRW

Des paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) ont tué et maltraité des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d'El-Facher au Darfour, selon une étude publiée mercredi par l'ONG Human Rights Watch (HRW). (AFP)
Des paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) ont tué et maltraité des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d'El-Facher au Darfour, selon une étude publiée mercredi par l'ONG Human Rights Watch (HRW). (AFP)
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  • Les FSR ont assiégé pendant 18 mois cette dernière grande ville du Darfour (ouest) qui échappait à leur contrôle, avant qu'elle ne tombe entre leurs mains en octobre
  • "Human Rights Watch documente depuis plus de dix ans les violences à l'encontre de personnes handicapées dans les conflits armés à travers le monde", a souligné Emina Cerimovic, directrice adjointe chargée du handicap

KHARTOUM: Des paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) ont tué et maltraité des personnes handicapées pendant et après leur prise de contrôle d'El-Facher au Darfour, selon une étude publiée mercredi par l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Les FSR ont assiégé pendant 18 mois cette dernière grande ville du Darfour (ouest) qui échappait à leur contrôle, avant qu'elle ne tombe entre leurs mains en octobre.

"Human Rights Watch documente depuis plus de dix ans les violences à l'encontre de personnes handicapées dans les conflits armés à travers le monde", a souligné Emina Cerimovic, directrice adjointe chargée du handicap.

"Mais c'est la première fois que nous documentons ce type et ce niveau de violences ciblées", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

L'organisation a interrogé 22 survivants et témoins à El-Facher et conclu que des combattants avaient pris pour cible des civils porteurs de handicap alors qu'ils fuyaient.

"Les Forces de soutien rapide ont traité les personnes handicapées comme des suspects, des fardeaux ou des personnes sacrifiables", relate Mme Cerimovic.

Ils "exécutaient sommairement" les civils amputés, les accusant d'être des soldats blessés de l'armée régulière.

Une infirmière de 29 ans a raconté comment des paramilitaires ont tué un jeune homme atteint du syndrome de Down (trisomie 21) ou encore un adolescent aveugle.

Un autre témoin a rapporté avoir assisté à l'assassinat de "plus de dix personnes", la plupart handicapées.

D'autres habitants se sont vus confisquer leurs chaises roulantes ou leurs aides auditives, selon HRW.

L'ONG dénonce par ailleurs des conditions de vie "désastreuses" dans les camps de déplacés, avec des toilettes et autres infrastructures "inaccessibles" aux personnes handicapées.

Ce rapport est publié alors que la mission indépendante d'établissement des faits de l'ONU sur le Soudan a fait état la semaine dernière "d'actes de génocide" à El-Facher.

Depuis avril 2023, la guerre entre les FSR et l'armée régulière soudanaise a fait des dizaines de milliers de morts, provoquant selon l'ONU la "pire crise humanitaire au monde".

 


Syrie: les autorités confirment des évasions massives de proches de jihadistes du camp d'al-Hol

 Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes. (AFP)
Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes. (AFP)
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  • Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'EI dans le nord-est de la Syrie, était contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes)
  • Elles s'en étaient retirées le 20 janvier sous la pression militaire de Damas et les forces de sécurité syriennes en ont pris le contrôle quelques heures plus tard

DAMAS: Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes.

"Lorsque nos forces sont arrivées, elles ont constaté des cas d'évasion collective, en raison de l'ouverture du camp de façon aléatoire", a déclaré le porte-parole du ministère, Noureddine al-Baba, lors d'une conférence de presse.

Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'EI dans le nord-est de la Syrie, était contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes).

Elles s'en étaient retirées le 20 janvier sous la pression militaire de Damas et les forces de sécurité syriennes en ont pris le contrôle quelques heures plus tard.

"Les FDS se sont retirées de façon soudaine, sans coordination et sans en informer au préalable" les autorités syriennes ou la coalition internationale antijihadiste, a affirmé le porte-parole.

Il a fait état d'une "situation de chaos" après le retrait kurde, ajoutant que "plus de 138 ouvertures" avaient été constatées dans le mur d'enceinte du camp, long de 17 km, ce qui a facilité les évasions "à travers des réseaux".

Des milliers de femmes et d'enfants se sont enfuis du camp pour une destination inconnue après le retrait des forces kurdes.

Al-Hol abritait selon le porte-parole 23.500 personnes, pour la plupart des Syriens et des Irakiens. Environ 6.500 étrangers de 44 nationalités vivaient dans l'Annexe, une section de haute sécurité du camp.

Les autorités ont évacué les familles restantes du camp la semaine dernière vers un autre site du nord de la Syrie.

Concernant les prisons de jihadistes eux-mêmes, l'armée américaine a achevé le transfert de plus de 5.700 détenus de Syrie vers l'Irak, pour garantir leur surveillance après le retrait des forces kurdes qui les gardaient.