Ukraine: l'enjeu crucial des stocks de munitions

Particulièrement gourmandes en projectiles de toutes sortes, de la balle de fusil d'assaut à l'obus de 155 mm en passant par le missile de précision, les armées ukrainienne et russe se livrent à une guerre d'attrition des munitions, comme avec soldats et équipements. (AFP).
Particulièrement gourmandes en projectiles de toutes sortes, de la balle de fusil d'assaut à l'obus de 155 mm en passant par le missile de précision, les armées ukrainienne et russe se livrent à une guerre d'attrition des munitions, comme avec soldats et équipements. (AFP).
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Publié le Mercredi 06 juillet 2022

Ukraine: l'enjeu crucial des stocks de munitions

  • Concernant les obus, par exemple, selon un rapport de l'institut britannique RUSI, «la Russie tire approximativement 20 000 obus de 152 mm par jour, à comparer à 6 000 pour l'Ukraine»
  • Mais les protagonistes ne disposent pas des mêmes moyens. La Russie s'appuie sur une production répartie sur son territoire, avec un réseau de communications maîtrisé

PARIS : La guerre en Ukraine offre depuis février le sombre spectacle d'un conflit de haute intensité dans lequel l'artillerie est décisive et dont l'issue pourrait se jouer aussi sur un élément de logistique essentiel: les stocks de munitions.

Particulièrement gourmandes en projectiles de toutes sortes, de la balle de fusil d'assaut à l'obus de 155 mm en passant par le missile de précision, les armées ukrainienne et russe se livrent à une guerre d'attrition des munitions, comme avec soldats et équipements.

Objectif: durer plus longtemps que l'ennemi.

"C'est la question du moment", confirme un haut gradé européen qui a requis l'anonymat. "C'est une question de flux et de stocks (...). Ce qui caractérise un conflit de haute intensité, c'est la consommation extrêmement élevée de munitions de tous calibres".

Concernant les obus, par exemple, selon un rapport de l'institut britannique RUSI, "la Russie tire approximativement 20 000 obus de 152 mm par jour, à comparer à 6 000 pour l'Ukraine".

Mais les protagonistes ne disposent pas des mêmes moyens. La Russie s'appuie sur une production répartie sur son territoire, avec un réseau de communications maîtrisé.

L'Ukraine, elle, ne résiste que grâce aux stocks et aux usines des Occidentaux.

Dans ce conflit concentré dans l'Est ukrainien, l'avantage logistique est aux Russes "car leurs lignes sont plus courtes que celles des Ukrainiens, dont les stocks sont dans l'ouest, voire hors de leur pays", explique l'officier.

Autre avantage pour les Russes: leur production est par nature adaptée à leur armement, quand l'Ukraine jongle avec une multitude d'armes et de munitions d'origines diverses, les modèles soviétiques cohabitant avec les armements occidentaux les plus modernes.

«Rationaliser»

"Les livraisons d'armes lourdes modernes compliquent les choses pour l'Ukraine au lieu de l'aider", assure à cet égard Alexandre Khramtchikhine, analyste à Institut militaire et politique de Moscou.

Le rapport du RUSI juge lui aussi qu'un rebond ukrainien ne saurait reposer sur "une livraison au coup par coup d'un grand nombre de flottes différentes d'équipements". Au contraire, estiment les auteurs, les alliés "devraient rationaliser leur soutien autour d'un petit nombre de systèmes".

Au-delà, ce sont donc les capacités de production et les munitions restantes qui sont en jeu. Aucun chiffre fiable n'a été obtenu par l'AFP.

Côté munitions guidées, missiles balistiques ou hypersoniques, Moscou semble gérer ses stocks avec parcimonie, estiment certains analystes, notant que ces derniers étaient donnés --à tort-- épuisés il y a plusieurs semaines. Et concernant les obus d'artillerie, "l'industrie de défense russe a une capacité significative de production", souligne le RUSI.

Sur ce segment des obus, Philippe Gros, ancien membre des renseignements militaires français (DRM), devenu chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), ose pour l'AFP une conjecture: "En imaginant une artillerie ukrainienne doublant de volume (...) tirant par exemple 10.000 coups par jour, on peut penser que les Etats-Unis, s'ils peuvent effectivement relancer leur industrie (...), peuvent encore soutenir quelques mois d'opérations à cette intensité maximale".

Mais le "si" est d'importance.

Car la guerre des munitions se joue aussi dans les usines. Celles de Russie, mobilisées par le président russe Vladimir Poutine. Et celles des Occidentaux, officiellement non-belligérants, qui ne sont pas entrés dans une économie de guerre.

Stocks soviétiques épuisés

Côté Alliance atlantique, "les stocks s'épuisent et les usines ne produisent pas en quantité énorme", estime Vassilii Kachine, chercheur à l'université HSE de Moscou. "L'idée que l'Otan possède des réserves illimitées (...) est fausse, même en tenant compte des Etats-Unis. La productivité de l'industrie de guerre russe est plus grande que celle de l'Europe".

Selon les experts, les stocks des armements d'origine soviétique de l'Europe de l'Est sont quasiment épuisés. Et, à l'Ouest, le conflit malmène les économies nationales.

Le ministère français des Armées a indiqué mardi que la livraison de 18 Caesar, des canons de 155 mm montés sur camion, amputait de près du quart son stock de ce type de matériel. Et il faut dix-huit mois pour en fabriquer un, selon son fabricant, le groupe Nexter.

Dans un entretien avec l'AFP, le secrétaire général adjoint de l'Otan Mircea Geoana a reconnu mardi soir espérer que l'industrie aurait la "capacité de fournir les équipements nécessaires. C'est un sujet de préoccupation active, de concertation, de solution créative".

"Il y a un effort d'augmentation de capacité et de créativité de la part des fournisseurs et cela marche très bien jusqu'à maintenant", a-t-il assuré.

En face, les usines russes "fonctionnent jour et nuit depuis le début des hostilités", promet Alexandre Khramtchikhine.

Régulièrement, Moscou et Kiev revendiquent la destruction d'un stock d'armement ennemi, comme autant de frappes potentielles annihilées.

Les Ukrainiens "sont capables de frapper des cibles à haute valeur, comme des dépôts de munitions, rendant les choses plus compliquées pour les Russes dans les prochaines semaines", veut croire Janes, l'agence britannique privée de renseignement militaire.


Trump dit mener les "derniers efforts" en vue d'un accord avec l'Iran

US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
US President Donald Trump said on Tuesday that he was in the “final throes” of reaching a Middle East peace deal. (AFP file photo)
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  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran
  • Trump annonce un accord “très proche” avec l’Iran, attendu sous 2–3 jours après une baisse des tensions Israël-Iran

TEHERAN: Le président américain Donald Trump a affirmé mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue de la conclusion d'un accord avec l'Iran, au lendemain de la cessation de frappes réciproques inédites depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Nous sommes dans les derniers efforts de ce qui va être un très, très bon accord", a-t-il affirmé, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour que cet accord soit conclu.

Après 100 jours de guerre et l'entrée en vigueur le 8 avril d'un fragile cessez-le-feu, les explosions et alertes avaient de nouveau retenti à Téhéran ou Tel-Aviv dimanche et lundi. Les attaques ont fait 15 blessés en Iran, selon le chef de l'organisation nationale des urgences.

Donald Trump, qui cherche une sortie à ce conflit impopulaire aux Etats-Unis à l'approche des élections de mi-mandat, avait exhorté l'Iran et Israël à cesser "immédiatement" les hostilités.

Téhéran a d'abord annoncé l'arrêt de son opération militaire contre Israël, qui l'a ensuite imité. "A l'heure actuelle, les hostilités sur ce front ont cessé", a confirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Signe d'accalmie, le principal aéroport international de Téhéran a annoncé tôt mardi un "retour à la normale" de ses conditions d'exploitation, au lendemain de la réouverture de l'espace aérien du pays, partiellement fermé entre dimanche et lundi.

En moins de 24 heures, l'Iran a tiré une trentaine de missiles contre Israël selon un responsable militaire israélien, en réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, dans laquelle deux personnes sont mortes et 20 ont été blessées.

Lundi à la mi-journée, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël. Mais, a-t-il prévenu, "en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seront entreprises".

- 14 tués au Liban -

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, avait affirmé que l'Iran avait "rompu l'équation qui consiste à conclure un cessez-le-feu sur le papier et à le violer systématiquement sur le terrain."

Sur le même ton, Benjamin Netanyahu a assuré qu'Israël riposterait "avec force" à toute nouvelle attaque iranienne.

Lui qui avait ordonné des frappes contre l'Iran malgré l'objection du président américain a aussi dit, "avec respect", qu'Israël exercerait son droit à se défendre "chaque fois que nécessaire".

Plus tôt, le ministre de la Défense Israël Katz a affirmé que son pays  "continuera(it) d'agir" contre le Hezbollah.

Téhéran exige un traitement simultané du conflit entre Israël et le Hezbollah, et celui plus large déclenché par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, tandis que Washington souhaite conclure le dossier libanais dans un second temps.

Les frappes israéliennes se sont poursuivies lundi dans le sud du Liban, contre une quinzaine de localités dont la ville de Tyr, faisant 14 tués et plus d'une vingtaine de blessés, selon le gouvernement et la Croix-Rouge.

Le Hezbollah a lui revendiqué de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais pas sur le territoire israélien.

L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un projectile supplémentaire était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessé.

Le chef de l'armée libanaise, Rodolphe Haykal, a lui rencontré mardi au Pakistan son homologue pakistanais, Asim Munir. Le Pakistan fait figure de principal médiateur dans les pourparlers visant à mettre fin durablement à la guerre.

Le Pakistan a "souligné l'engagement de son armée à renforcer sa collaboration en matière de défense avec les forces armées libanaises" et à prendre en compte "l'évolution du contexte sécuritaire régional", selon un communiqué militaire.

Alimentant les craintes d'une nouvelle extension du conflit, l'armée israélienne a annoncé tôt mardi avoir intercepté une "cible aérienne suspecte en provenance du Yémen", moins de 24 heures après que les rebelles houthis installés dans ce pays et alliés de l'Iran ont revendiqué une attaque contre Israël et décrété une interdiction de navigation israélienne en mer Rouge, autre voie maritime stratégique.

Dans ce contexte, les prix du pétrole, qui ont flambé ces dernières semaines en raison du blocage du détroit d'Ormuz, ont légèrement reculé mardi matin, le prix du baril de Brent de la Mer du Nord perdant 0,90% à 93,40 dollars, tandis que le West Texas Intermediate se repliait de 1,16% à 90,24 dollars.


Trump affirme qu'Iran et Israël veulent «conclure un cessez-le-feu immédiat»

Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
Un colon israélien se tient à côté d'un fragment de missile qui dépasse du sol, à la suite des frappes iraniennes, dans le centre de la Cisjordanie occupée par Israël, le 8 juin 2026. (Reuters)
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  • "Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite"
  • Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de tirer".

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé lundi que l'Iran et Israël "(cherchaient) à conclure un cessez-le-feu immédiat", alors que les deux pays ont repris leurs attaques directes pour la première fois depuis la trêve conclue il y a deux mois.

"Les négociations finales sur la +paix+ se poursuivent, sous réserve que l'ignorance ou la stupidité ne viennent pas s'y opposer", a ajouté sur son réseau Truth Social le président américain, qui ne cache pas ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

"Le blocus restera en place, avec toute sa force et son effet, jusqu'à ce qu'un +accord final+ soit conclu. Les choses devraient aller vite".

Quelques minutes auparavant, dans un autre message, le milliardaire républicain avait estimé qu'"Israël et l'Iran (devaient) immédiatement cesser de +tirer+".

Donald Trump cherche une issue au conflit, très impopulaire aux Etats-Unis, à l'approche des élections législatives de mi-mandat en novembre prochain.

Si des escarmouches ont eu lieu ces derniers jours autour du détroit d'Ormuz entre Etats-Unis et Iran, c'est la première fois que Téhéran cible le territoire israélien depuis le cessez-le-feu du 8 avril et qu'Israël bombarde le sol iranien.

 


Des chasseurs français de l'Otan abattent un drone en Lettonie

Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze. (AFP)
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  • L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone
  • Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT)

VILNIUS: Des chasseurs français de l'Otan stationnés dans les pays baltes ont abattu un drone en Lettonie, a déclaré lundi la ministre lettone des Affaires étrangères, Baiba Braze.

"Merci à nos alliés français d'avoir abattu le drone qui a pénétré dans l'espace aérien letton!", a‑t‑elle écrit sur X.

L'armée lettone a indiqué dans un communiqué qu'"un aéronef sans pilote étranger avait pénétré dans l'espace aérien letton à la suite de la guerre électronique russe", sans révéler l'origine du drone.

Les deux avions français "ont décollé de la base aérienne de Siauliai", dans le nord de la Lituanie, avant d'abattre le drone vers 10H00 locales (07H00 GMT), a indiqué  pour sa part Gintautas Ciunis, porte-parole de l'armée lituanienne.

Le 19 mai, un chasseur de l'Otan avait abattu dans l'espace aérien de l'Estonie un drone ukrainien, première interception d'un drone étranger dans le ciel d'un Etat balte par la police de l'air de l'Otan depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022.

Les Etats baltes, ex-républiques soviétiques partageant une longue frontière avec la Russie, enregistrent depuis plusieurs semaines un nombre croissant d'intrusions et de chutes de drones sur leurs territoires.

Selon les Européens, la Russie fait dévier délibérément de leur trajectoire des drones ukrainiens destinés à frapper des installations industrielles et des terminaux pétroliers dans la région de Saint-Pétersbourg, située sur le golfe de Finlande.

Ces incidents ont mis au jour les carences des défenses aériennes des pays baltes, impuissantes à neutraliser un drone errant avant sa chute sur leur territoire.