En Ukraine, une mode guerrière qui surfe sur le patriotisme

Anna Perebynos, 22 ans, pose avec un t-shirt de la marque Balcony Garment sur lequel on peut lire "Ici & Maintenant", à Kiev le 2 juillet 2022. (AFP)
Anna Perebynos, 22 ans, pose avec un t-shirt de la marque Balcony Garment sur lequel on peut lire "Ici & Maintenant", à Kiev le 2 juillet 2022. (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 07 juillet 2022

En Ukraine, une mode guerrière qui surfe sur le patriotisme

  • Les t-shirts, créés par le label local J.Cook, représentent Patron, un chien décoré par le président Volodymyr Zelensky en mai pour son talent de dénicheur de mines
  • «Dans 90% des cas, les gens choisissent des t-shirts aux thèmes militaires. C'est une sorte de moyen d'expression. Les gens veulent montrer que ça les touche», explique l'homme d'affaires

KIEV: Dans un grand magasin de vêtements du centre de Kiev, la capitale ukrainienne, une mère et sa jeune fille flânent en regardant des t-shirts affublés d'un personnage de chien en gilet pare-balles et lunettes de soleil.

"On en a plusieurs des comme ça", lance Tatiana, qui dit venir souvent ici pour acheter des articles du genre, à la faveur d'une mode des vêtements patriotiques en plein essor en Ukraine, confrontée depuis fin février à une invasion russe.

Les t-shirts, créés par le label local J.Cook, représentent Patron, un chien décoré par le président Volodymyr Zelensky en mai pour son talent de dénicheur de mines.

"J'aime le petit Patron", dit Valeria, la fille de Tatiana, sa mère hochant la tête.

Selon le fondateur de J.Cook, Serguiï Fiout, les t-shirts avec Patron sont "actuellement les plus populaires" de la marque, nommée d'après l'explorateur britannique James Cook et qui produit ses vêtements dans l'Ouest de l'Ukraine.

"Dans 90% des cas, les gens choisissent des t-shirts aux thèmes militaires. C'est une sorte de moyen d'expression. Les gens veulent montrer que ça les touche", explique l'homme d'affaires de 34 ans, heureux de voir ses ventes exploser.

Selon lui, bon nombre de clients sont des femmes achetant ces t-shirts pour en faire cadeau à leur mari ou proche combattant actuellement sur le front.

«Talisman»

Au magasin Vsi Svoï ("Tous les nôtres") sur la principale artère commerçante de Kiev, on trouve un large choix de vêtements patriotiques.

Un mannequin à l'entrée est affublé d'un t-shirt montrant un missile anti-tank américain Javelin sur fond de fleurs, un création d'un autre label local baptisé SIL' wear.

Maria Iakniounas, 31 ans, co-propriétaire de la marque, assure que ce design, nommé "Talisman", est l'un des plus populaires. Il est inspiré d'une coutume populaire ukrainienne, les paysans ayant pour habitude d'accrocher des serviettes brodées avec des motifs floraux pour conjurer le mauvais sort.

"Aujourd'hui, le Javelin entre les mains de nos guerriers est le talisman de chaque Ukrainien", lance-t-elle, rapportant également des ventes en pleine croissance.

Les deux labels, J.Cook et SIL' wear, reversent une partie de leurs bénéfices aux forces armées.

D'autres designs se moquent des affirmations de la propagande russe, par exemple de celle assurant que l'Ukraine utilise des oies et des pigeons génétiquement modifiés comme armes biologiques.

J.Cook propose ainsi un dessin de pigeon à l'allure belliqueuse portant un casque de tankiste et une ceinture de munitions, ou d'un troupeau d'oies avec des fusils.

Les Russes "nous donnent des idées pour nos dessins", reconnaît Serguiï Fiout, disant vouloir "ironiser" sur les affirmations de Moscou et s'en "moquer".

Envoyer un message 

Et les clients semblent saisir la blague au vol.

Mykola, 14 ans, indique que ses amis et lui même aiment ces chemisettes. Elles "envoient un message et c'est pourquoi il est important de les porter", dit-il. "Ou simplement parce qu'elles vous plaisent".

Un autre client, l'informaticien Anton Oliïnyk, porte un t-shirt noir avec l'emblème du trident ukrainien en motif à fleurs. "Je suis fier de mon pays et j'ai envie de le partager avec les gens", explique-t-il, disant posséder plusieurs modèles.

Dans un autre magasin à la mode, Kapsula ("Capsule"), des vêtements et bijoux créés par des designers ukrainiens affichent les couleurs jaune et bleu du drapeau national.

"Tout est si patriotique désormais", constate la gérante Anna Perebynos, 22 ans. Son magasin organise des événements spéciaux pour que les clients découvrent les designers ukrainiens qui sortent de nouvelles collections malgré les combats.

Dans les étals, un hoodie du label MY x MY est décoré d'une carte de l'Ukraine avec le slogan: "Un endroit pour les gens heureux".

Un t-shirt de Balcony Garment montre une roquette russe avec un symbole nucléaire juxtaposés sur des colombes et des fleurs. Il y aussi des blouses traditionnelles.

"On a beaucoup de commandes à l'étranger. Venant de gens qui sont nés ici et qui sont partis", affirme Anna Perebynos.

La vague de patriotisme s'étend jusqu'au maquillage, certaines femmes marquant leurs yeux des couleurs jaune et bleu.

"C'est une grande tendance, cela montre que les gens nous soutiennent", assure Mme Perebynos.


Avec l'ouverture de consulats, France et Canada marquent leur soutien au Groenland

Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
Des passagers se préparent à embarquer à bord d’un avion d’Air Inuit alors qu’ils voyagent de Montréal à Nuuk, au Groenland, le 5 février 2026. (Christinne Muschi / The Canadian Press via AP)
Short Url
  • La France et le Canada ouvrent des consulats généraux à Nuuk, marquant leur soutien au Groenland face aux velléités américaines et renforçant la reconnaissance internationale de l’autonomie groenlandaise
  • Cette démarche s’inscrit dans une stratégie européenne et alliée visant à internationaliser la question du Groenland, tout en accompagnant le territoire dans sa montée en puissance diplomatique et politique

COPENHAGUE: La France et le Canada, qui s'opposent au projet de l'administration américaine de prendre le contrôle du Groenland, ouvrent chacun vendredi un consulat général à Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois, une reconnaissance pour le gouvernement local.

"C'est une victoire pour les Groenlandais de voir deux pays alliés ouvrir des représentations diplomatiques à Nuuk", estime Jeppe Strandsbjerg, politologue rattaché à l'Université du Groenland. "Les Groenlandais apprécient énormément le soutien face aux remarques de Trump".

La récente crise a débouché sur la conclusion entre le président américain et le secrétaire général de l'Otan d'un "cadre" en vue d'un accord sur l'avenir de l'île arctique, aux contours encore flous tandis qu'Américains, Groenlandais et Danois se retrouvent au sein d'un groupe de travail.

Le contenu de l'accord et la teneur des discussions n'ont pas été rendus publics.

Danemark et Groenland, qui partagent les préoccupations de Donald Trump sur la sécurité arctique, refusent tout transfert de souveraineté.

La décision française d'ouvrir un consulat est antérieure aux récentes tensions. Elle avait été annoncée en juin lors d'une visite du président Emmanuel Macron à Nuuk où il était venu exprimer la "solidarité européenne" pour l'île, critiquant déjà les velléités de Donald Trump de l'annexer.

Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, a été nommé consul général.

Le Canada avait lui indiqué fin 2024 qu'il allait ouvrir un consulat général sur l'immense territoire arctique pour affermir la coopération avec les Groenlandais.

L'ouverture de ces représentations diplomatiques permet de dire "à Donald Trump que son agressivité envers le Groenland et le Danemark n'est pas seulement une question pour le Groenland et le Danemark, c'est aussi une affaire pour les alliés européens, mais également pour le Canada", souligne à l'AFP Ulrik Pram Gad, spécialiste de l'Arctique à l'Institut danois des études internationales.

"C'est un petit pas, cela fait partie de la stratégie de rendre le problème européen", insiste Christine Nissen, analyste du think-tank Europa, experte en questions de sécurité et de défense. "Ses conséquences ne sont évidemment pas seulement danoises, c'est un problème européen et global".

- Reconnaissance -

Pour la diplomatie groenlandaise, l'ouverture de consulats - qui dépendent formellement des ambassades de France et du Canada à Copenhague - c'est aussi "l'occasion de s'entraîner à l'indépendance en ayant des relations directes", note M. Strandsbjerg.

C'est une forme de reconnaissance pour leur autonomie grandissante, définie dans la loi-cadre de 2009.

"Les Groenlandais penseront, dans le cadre de leur propre quête de souveraineté, à avoir des contacts plus directs avec d'autres pays européens", dit Mme Nissen.

Cela permet de "réduire l'importance du rôle du Danemark en diversifiant la dépendance du Groenland vis-à-vis du monde extérieur, pour que tout ne vienne plus uniquement du Danemark, mais qu'il y ait davantage de relations sur les plans économique, commercial, des investissements, politique, etc.", abonde M. Pram Gad.

Le Groenland a des représentations diplomatiques auprès de l'Union européenne depuis 1992, à Washington depuis 2014 et à Reykjavik depuis 2017.

A Nuuk, l'Islande a ouvert son consulat général en 2013 et les Etats-Unis en 2020. Entre 1940 et 1953, les Américains avaient eu un premier consulat dans la paisible capitale groenlandaise.

La Commission européenne a elle ouvert un bureau en 2024.


Le président Trump déclare qu'il «travaille dur pour mettre fin» à la guerre au Soudan

Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors du National Prayer Breakfast à Washington DC, jeudi. (Capture d'écran)
Short Url
  • M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier saoudien lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis
  • "Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien

LONDRES : Le président américain Donald Trump a déclaré jeudi qu'il "travaillait dur" pour mettre fin à la guerre au Soudan.

"Je travaille dur pour mettre fin à cette guerre. Nous sommes très proches d'y parvenir. Ce sera le neuvième, si nous ne réglons pas d'abord la question de la Russie et de l'Ukraine. Mais nous travaillons dur pour mettre fin à toute cette guerre. Nous sommes très près d'y parvenir. Nous l'avons presque fait", a déclaré le président lors du National Prayer Breakfast à Washington DC.

M. Trump a déclaré pour la première fois qu'il commencerait à "travailler" sur la guerre au Soudan en novembre dernier, après que le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman lui a demandé d'aider à mettre fin au conflit lors d'une visite aux États-Unis.

"Sa majesté aimerait que je fasse quelque chose de très puissant en rapport avec le Soudan", a déclaré M. Trump lors du Forum d'investissement américano-saoudien.

"Ce n'était pas dans mon programme, je pensais que c'était quelque chose de fou et d'incontrôlable", a-t-il ajouté.

"Mais je vois à quel point c'est important pour vous, et pour beaucoup de vos amis dans cette salle, le Soudan. Et nous allons commencer à travailler sur le Soudan".

Depuis son déclenchement en avril 2023, la guerre entre l'armée soudanaise et les forces paramilitaires de soutien rapide a tué des dizaines de milliers de personnes et en a déplacé près de 12 millions.


Pologne: l'ambassadeur américain rompt avec le président du Parlement à cause d'«insultes» envers Trump

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix. (AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale"
  • Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix

VARSOVIE: L'ambassadeur des Etats-Unis à Varsovie a annoncé jeudi la rupture de "tout échange" avec le président de la chambre basse du Parlement polonais, qualifiant d'"insultes" ses propos sur son refus de soutenir Donald Trump pour le Prix Nobel de la Paix.

"Nous ne permettrons à personne de nuire aux relations américano-polonaises ni de manquer de respect à (Donald Trump) qui a tant fait pour la Pologne et le peuple polonais", a écrit l'ambassadeur Tom Rose sur X.

Le Premier ministre, Donald Tusk, a réagi aussitôt aux déclarations de l'ambassadeur, insistant sur le fait que "les alliés devraient se respecter et non pas se faire la morale".

Lundi, le président de la Diète polonaise, Wlodzimierz Czarzasty, a fustigé une proposition conjointe américano-israélienne visant à soutenir la candidature de M. Trump au prix Nobel de la paix.

"Je ne soutiendrai pas la motion en faveur d'un prix Nobel de la paix pour le président Trump, parce qu'il ne le mérite pas", a alors déclaré M. Czarzasty.

Il a estimé que plutôt que se rapprocher davantage de la Maison-Blanche, la Pologne devrait "renforcer les alliances existantes" telles que l'OTAN, l'ONU et l'OMS.

Il a critiqué M. Trump, notamment pour l'imposition de tarifs douaniers aux pays européens, ses menaces d'annexer le Groenland ou ses affirmations selon lesquelles les alliés des Etats-Unis au sein de l'OTAN, dont la Pologne, seraient "restés un peu loin des lignes de front" pendant la guerre en Afghanistan.

"C'est une violation de la politique des principes et des valeurs, souvent une violation du droit international", a déclaré M. Czarzasty.

Fin janvier, avec plusieurs autres hauts responsables polonais, M. Czarzasty a dénoncé des propos du président Trump selon lesquels les États-Unis "n’avaient jamais besoin" des alliés de l'OTAN.

Il a qualifié ces affirmations de "scandaleuses".

Quarante-trois soldats polonais sont morts au sein de la coalition de l’OTAN dirigée par les Etats-Unis en Afghanistan.

Jeudi, le président de la Diète a soutenu ses propos.

"Conformément à mes valeurs, j'ai défendu les soldats polonais engagés dans des missions et je n'ai pas soutenu la candidature du président @realDonaldTrump au prix Nobel de la paix", a-t-il déclaré sur X, accueillant "avec regret" la déclaration de l'ambassadeur.

M. Czarzasty dirige le parti La Nouvelle Gauche, membre de la coalition gouvernementale pro-européenne du Premier ministre Donald Tusk, avec laquelle M. Rose a déclaré entretenir "d'excellentes relations".

Cette coalition est confrontée à une cohabitation difficile avec le président conservateur-nationaliste Karol Nawrocki, fervent soutien de M. Trump.