Italie: quatre ans après, début sous haute tension du procès du pont effondré de Gênes

Les images choc de l'effondrement du pont de Gênes, qui a tué 43 personnes, ont fait le tour du monde. (AFP)
Les images choc de l'effondrement du pont de Gênes, qui a tué 43 personnes, ont fait le tour du monde. (AFP)
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Publié le Jeudi 07 juillet 2022

Italie: quatre ans après, début sous haute tension du procès du pont effondré de Gênes

  • Le 14 août 2018, sous une pluie battante, le pont autoroutier Morandi, un axe essentiel pour les trajets locaux et le trafic entre l'Italie et la France, s'écroule
  • La société Autostrade per l'Italia (Aspi) est accusée de ne pas avoir entretenu l'ouvrage d'art pour faire des économies sur le dos de la sécurité

GENES: Les images choc de l'effondrement du pont de Gênes, qui a tué 43 personnes, ont fait le tour du monde. Quatre ans plus tard, un méga-procès impliquant 59 prévenus s'ouvre jeudi dans cette ville portuaire italienne pour en déterminer les responsabilités.

Le 14 août 2018, sous une pluie battante, le pont autoroutier Morandi, un axe essentiel pour les trajets locaux et le trafic entre l'Italie et la France, s'écroule, précipitant dans le vide des dizaines de véhicules et leurs passagers.

Cette tragédie a jeté une lumière crue sur le piètre état des infrastructures de transport en Italie et le rôle trouble de la société Autostrade per l'Italia (Aspi), accusée de ne pas avoir entretenu l'ouvrage d'art pour faire des économies sur le dos de la sécurité.

"Le pont Morandi était une bombe à retardement. Vous pouviez entendre le tic-tac, mais vous ne saviez pas quand elle allait exploser", a déclaré en février Walter Cotugno, l'un des procureurs.

Pour lui, il ne fait aucun doute que les dirigeants d'Autostrade et de la société d'ingénierie Spea, chargée de la maintenance, "étaient conscients du risque d'effondrement", mais qu'ils ont rechigné à financer des travaux afin de "préserver les dividendes" des actionnaires.

Le constat de l'enquête des magistrats est accablant: "Entre l'inauguration (du pont) en 1967 et l'effondrement --donc 51 ans plus tard--, il n'a pas été procédé aux interventions de maintenance minimales pour renforcer les haubans du pilier numéro 9", qui s'est affaissé le jour du drame.

La plupart des mis en cause convoqués par le tribunal de Gênes sont des cadres et des techniciens des deux sociétés, dont le directeur général d'Autostrade de l'époque Giovanni Castellucci, parti avec une indemnité de 13 millions d'euros, ainsi que l'ancien patron de Spea Antonino Galata et des fonctionnaires du ministère des Infrastructures.

Témoin encombrant 

Ils sont poursuivis notamment pour homicide involontaire, atteinte à la sécurité des transports et faux en écriture publique. La durée du procès est estimée à deux ou trois ans.

Pour Giovanni Paolo Accinni, l'un des avocats de M. Castellucci, l'acte d'accusation "tombera comme une feuille d'automne" si le procès est "équitable" et "protège non seulement les victimes, mais aussi les innocents".

Mais l'accusation pourra compter sur un témoin de taille: Roberto Tomasi, successeur de M. Castellucci et cadre d'Autostrade depuis 2015, qui affiche sa volonté de tourner la page et qui pourrait s'avérer encombrant pour son prédécesseur.

Autostrade appartenait au moment du drame au groupe Atlantia, contrôlé par la richissime famille Benetton, qui a fini par céder sa part en mai à l'Etat, poussé vers la sortie sous la pression de la classe politique et la vindicte populaire.

Si leurs anciens dirigeants se retrouvent sur le banc des accusés, les sociétés Autostrade et Spea échappent en revanche au procès grâce à un accord à l'amiable conclu avec le parquet, prévoyant le paiement de 29 millions d'euros à l'Etat.

Pour Raffaele Caruso, avocat du Comité des proches des victimes du pont Morandi, ce pacte "constitue une première reconnaissance de responsabilité" de la part des deux sociétés.

«La vie n'a pas de prix»

"C'est l'un des procès les plus importants de l'histoire récente de l'Italie, en termes de nombre de mis en cause, d'ampleur de la tragédie et au regard de la blessure infligée à toute une ville", a-t-il déclaré à l'AFP.

Seules deux familles de victimes ont refusé d'accepter les indemnisations proposées par Autostrade, qui a déboursé plus de 60 millions d'euros à ce titre.

Egle Possetti, présidente du Comité des proches des victimes, a décliné l'offre pour ne pas perdre la possibilité de se constituer partie civile et de peser sur le procès.

"Je suis sûre que beaucoup, pas tous, savaient que le pont allait s'écrouler un jour, et certains ont fait semblant de ne pas le voir", confie-t-elle, amère, à l'AFP.

L'autre refus est venu de Roberto Battiloro, qui a perdu son fils Giovanni, un jeune vidéaste de 29 ans, dans le drame, et qui s'est vu proposer un million d'euros: "La vie de mon fils n'a pas de prix, je veux un vrai procès".


Espagne: un incendie brûle des milliers d'héctares en Aragon

Quelques 300 pompiers combattent les flammes, appuyés par des hélicoptères. (Photo d'illustration/AFP).
Quelques 300 pompiers combattent les flammes, appuyés par des hélicoptères. (Photo d'illustration/AFP).
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  • Le feu, qui s'est déclenché samedi dans la commune d'Añón de Moncayo, était actif dimanche dans un périmètre de 50 kilomètres, «estimé entre 8 000 et 10 000» hectares
  • Au moins 1 500 personnes ont été évacuées dans cette zone rurale qui comprend un parc naturel, dans la province de Saragosse

MADRID : Un incendie a brûlé dimanche plusieurs milliers d'hectares dans la région d'Aragon, dans le nord de l'Espagne, obligeant l'évacuation d'au moins 1 500 personnes, ont annoncé les autorités locales.

Le feu, qui s'est déclenché samedi dans la commune d'Añón de Moncayo, était actif dimanche dans un périmètre de 50 kilomètres, "estimé entre 8 000 et 10 000" hectares, à l'intérieur duquel la superficie brûlée, appréciée "en milliers", n'était pas encore déterminée, ont indiqué les services d'urgences d'Aragon à l'AFP.

La "propagation rapide" des flammes, alimentées par le vent, a été jugée "critique" par le président de la région, Javier Lambán, s'adressant à la presse.

Au moins 1 500 personnes ont été évacuées dans cette zone rurale qui comprend un parc naturel, dans la province de Saragosse, a annoncé le gouvernement régional.

Quelques 300 pompiers combattent les flammes, appuyés par des hélicoptères.

Depuis le début de l'année, 388 incendies ont détruit près de 261 930 hectares en Espagne d'après le Système européen d'information sur les feux de forêts (EFFIS). C'est le plus lourd bilan des pays de l'Union européenne cette année, et le plus important en Espagne depuis 2000, année des premières mesures.

Ces incendies ont été favorisés par les températures anormalement élevées cet été en Espagne, qui a déjà connu trois vagues de chaleur en à peine deux mois.

La recrudescence de ces épisodes caniculaires est, selon les experts, une conséquence directe du réchauffement climatique, qui accroît à la fois leur intensité, leur durée et leur fréquence.


Mali: 49 militaires ivoiriens accusés d'être des «mercenaires» inculpés et écroués

"Les 49 militaires sont effectivement inculpés et mis sous mandat de dépôt pour 'atteinte à la sûreté de l’état', et d'autres motifs". (AFP).
"Les 49 militaires sont effectivement inculpés et mis sous mandat de dépôt pour 'atteinte à la sûreté de l’état', et d'autres motifs". (AFP).
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  • «Les 49 militaires ivoiriens ont été inculpés vendredi pour 'tentative d’atteinte à la sûreté de l’état' et mis sous mandat de dépôt»
  • Abidjan assure que ces soldats étaient en mission pour l'ONU, dans le cadre d'opérations de soutien logistique à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et exige leur libération

BAMAKO : Les 49 soldats ivoiriens détenus depuis plus d'un mois à Bamako et accusés par les militaires au pouvoir au Mali d’être des "mercenaires", ce que nie Abidjan, ont été inculpés pour "tentative d'atteinte à la sûreté de l’état" et écroués.

"Les 49 militaires ivoiriens ont été inculpés vendredi pour +tentative d’atteinte à la sûreté de l’état+ et mis sous mandat de dépôt", a déclaré à l’AFP une source judiciaire malienne proche du dossier. Un proche collaborateur du procureur et un responsable du ministère de la Justice ont confirmé l’information à l'AFP.

Abidjan assure que ces soldats étaient en mission pour l'ONU, dans le cadre d'opérations de soutien logistique à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) et exige leur libération.

La négociation semblait pour l'instant la voie privilégiée pour obtenir la libération de ces 49 soldats arrêtés le 10 juillet à leur arrivée à l'aéroport de Bamako.

Médiation togolaise

Le Togo joue le rôle de médiateur entre la Côte d'Ivoire et le Mali, mais de premières négociations le 28 juillet à Lomé, n'ont pas permis d'enregistrer de progrès.

Selon une source proche de ces négociations, "les discussions, pourtant avancées, ont buté sur certains points, ce qui peut expliquer ce retour judiciaire en force dans le dossier".

"La justice va continuer son travail, mais les négociations  vont continuer aussi", a-t-il ajouté.

Le Mali a exigé que la Côte d'Ivoire reconnaisse sa responsabilité et exprime "des regrets" pour le déploiement de soldats sur son territoire sans cadre légal, selon des sources diplomatiques proches des négociations.

Bamako demande également à Abidjan de lui livrer des personnalités maliennes présentes en Côte d'Ivoire et recherchées par la justice du Mali, selon ces sources.

Autant de conditions rejetées par le gouvernement ivoirien, qui a affirmé que le processus de libération "sera peut-être long".

Cette affaire illustre les tensions entre le Mali et la Côte d’Ivoire, accusée par Bamako d’avoir incité ses partenaires ouest-africains à durcir les sanctions contre les militaires maliens auteurs de deux coups d’Etat depuis 2020, sanctions finalement levées début juillet.

Selon Bamako, ces soldats n'avaient "ni ordre de mission, ni autorisation" à leur arrivée au Mali le 10 juillet. Dès le lendemain, ils étaient accusés par les autorités maliennes d'être des "mercenaires" venus au Mali avec le "dessein funeste" de "briser la dynamique de la refondation et de la sécurisation du Mali, ainsi que du retour à l'ordre constitutionnel".

Eléments nationaux de soutien

Pour Abidjan, leur présence était au contraire "bien connue des autorités maliennes". Ils faisaient partie des Eléments nationaux de soutien (NSE), procédure de l'ONU permettant aux contingents des missions de maintien de la paix de faire appel à des prestataires extérieurs pour des appuis logistiques.

C'est aussi ce que soutient la Minusma, et son porte-parole Olivier Salgado, le lendemain de leur arrestation.

Dans la foulée, le Mali avait durci le ton contre la Minusma, présente sur son territoire depuis 2013 pour l'aider à lutter contre les groupes jihadistes qui le déstabilisent par la violence.

Les rotations des contingents militaires et policiers de l'ONU sont suspendues - elles reprennent ce lundi - et M. Salgado est expulsé pour avoir publié des "informations inacceptables" sur le sujet, selon Bamako.

Quelques jours plus tard, l'ONU reconnait des "dysfonctionnements" dans une note adressée au gouvernement malien et admet que "certaines mesures n'ont pas été suivies".

"La Minusma note que les éléments ivoiriens ont été déployés à Sénou (Bamako) pour assurer la sécurité à la base des NSE allemands dans cette même localité, au lieu de Tombouctou (nord) où est basé le contingent ivoirien de la Minusma", est-il notamment expliqué.


Ukraine: «Les risques augmentent chaque jour» à la centrale nucléaire de Zaporijjia

Plusieurs bombardements dont les deux parties s'accusent mutuellement ont visé la centrale de Zaporijjia depuis la semaine dernière, faisant craindre une catastrophe nucléaire et provoquant jeudi une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU. (AFP).
Plusieurs bombardements dont les deux parties s'accusent mutuellement ont visé la centrale de Zaporijjia depuis la semaine dernière, faisant craindre une catastrophe nucléaire et provoquant jeudi une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU. (AFP).
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  • «Les risques augmentent chaque jour», a déclaré le maire d'Energodar, dénonçant un «terrorisme nucléaire pur et simple» de la Russie
  • Energodar est, comme la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée depuis début mars par les troupes russes

ZAPORIJJIA : Les risques autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine, où Moscou et Kiev s'accusent depuis plus d'une semaine de bombardements, "augmentent chaque jour", a assuré dimanche le maire de la ville où elle est située.

"Les risques augmentent chaque jour", a déclaré par téléphone à l'AFP Dmytro Orlov, le maire d'Energodar, dénonçant un "terrorisme nucléaire pur et simple" de la Russie, qui "peut se terminer de façon imprévisible à n'importe quel moment".

"Des tirs de mortier sur la centrale nucléaire sont effectués chaque jour et chaque nuit depuis les villages occupés", a-t-il ajouté, expliquant que "la situation est grave et le plus préoccupant est qu'il n'y a pas de processus de désescalade".

Energodar est, comme la centrale nucléaire de Zaporijjia, occupée depuis début mars par les troupes russes. Fidèle à Kiev, Dmytro Orlov a lui trouvé refuge à Zaporijjia, la grande ville de la région.

Selon lui, la ville d'Energodar a commencé durant les dernières 24 heures à être bombardée, "ce qui n'était jamais arrivé auparavant" et a tué dimanche un civil, un homme de 45 ans.

Plusieurs bombardements dont les deux parties s'accusent mutuellement ont visé la centrale de Zaporijjia depuis la semaine dernière, faisant craindre une catastrophe nucléaire et provoquant jeudi une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les premières frappes, le 5 août, ont notamment touché un transformateur de ligne électrique à haute tension, entraînant l'arrêt automatique du réacteur n°3 de la plus grande centrale nucléaire d'Europe et le démarrage de ses groupes électrogènes de secours.

Kiev accuse Moscou d'utiliser la centrale comme base d'attaque, sans que l'armée ukrainienne ne puisse riposter. Samedi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé un "chantage russe" autour du site.