«Tirer vers le haut»: quand la politique phare de Boris Johnson déraille

Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres, le mercredi 6 juillet 2022 (Photo, AP).
Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres, le mercredi 6 juillet 2022 (Photo, AP).
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Publié le Dimanche 10 juillet 2022

«Tirer vers le haut»: quand la politique phare de Boris Johnson déraille

  • Lorsque le Premier ministre Boris Johnson a remporté une victoire écrasante aux élections de 2019 en promettant de «tirer vers le haut» des villes comme Bradford, cela a donné de l'espoir aux élus locaux
  • Mais depuis son élection, il y a eu peu de progrès tangibles, voire même une dégradation de la situation, accusent ses opposants

BRADFORD, Royaume-Uni : Toutes les 10 à 20 minutes, un train arrive à la gare de Bradford. Le conducteur en sort, marche jusqu'en queue de train puis reprend le trajet.

Une routine fastidieuse mais nécessaire car on ne peut pas traverser en train Bradford, même si la ville du West Yorkshire -- la sixième plus grande d'Angleterre -- n'est pas en bout de ligne.

Depuis des décennies, les élus locaux réclament une solution et lorsque le Premier ministre Boris Johnson a remporté une victoire écrasante aux élections de 2019 en promettant de «tirer vers le haut» des villes comme Bradford, cela leur a donné de l'espoir. Ce programme, au cœur des succès électoraux du dirigeant dans les classes populaires, visait justement par ce genre de mesures à améliorer le quotidien de régions qui se sentent délaissées.

Mais quand deux ans plus tard, son gouvernement a finalement annoncé un plan de modernisation ferroviaire, ce fut la déception : le projet de gare était passé à la trappe.

Cette décision a provoqué la colère dans cette ville de 535.000 habitants, s'ajoutant aux déceptions suscités par un Premier ministre longtemps apprécié des classes populaires et désormais affaibli par les scandales.

«J'ai été vraiment déçue et dégoûtée», a témoigné Mandy Ridyard, directrice financière de Produmax, une société d'ingénierie aérospatiale basée à Bradford, soucieuse que la ville soit mieux connectée pour attirer une main-d'œuvre innovante.

«Nous essayons de rattraper notre retard. Donc ne pas investir (...) c'est vraiment de la folie parce qu'il y a de telles opportunités», a-t-elle déclaré.

- Promesse électorale -

Si au niveau international, Boris Johnson est surtout connu pour le Brexit, au niveau national, il a placé la lutte contre les disparités régionales au cœur de son programme politique.

En 2019, cette promesse a aidé le conservateur à arracher des dizaines de circonscriptions au parti travailliste dans des régions défavorisées du centre et du nord de l'Angleterre.

Mais depuis son élection, il y a eu peu de progrès tangibles, voire même une dégradation de la situation, accusent ses opposants.

Et malgré des démonstrations occasionnelles d'unité nationale telles que les récentes célébrations du jubilé de platine d'Elizabeth II, le Royaume-Uni est plus divisé que jamais, entre les désirs d'indépendance de l'Ecosse et la poussée des partis républicains favorables à la réunification en Irlande du Nord.

«Tirer vers le haut», analyse Mike Cartwright, de la chambre de commerce du West Yorkshire «C'était un slogan merveilleux (...) et ils s'en sont tirés pendant longtemps, sans expliquer ce que cela signifie et comment on met ça en oeuvre».

- «Oubliés» -

Avec ce programme, Bradford et des villes des environs ont reçu des financements supplémentaires, et la région a été désignée «zone d'investissement dans l'éducation».

La région du West Yorkshire devrait aussi bénéficier de nouvelles compétences décentralisées.

Mais alors qu'à Londres, une nouvelle ligne a récemment ouvert après avoir coûté environ 19 milliards de livres (22,5 milliards d'euros), la colère des habitants de Bradford contre le projet de gare avorté ne retombe pas.

D'autant que cette décision va à l'encontre d'une étude réalisée par le cabinet de conseil «People, Places, Policy and Data Unit» qui a révélé que parmi les 20 plus grandes villes britanniques, Bradford souffrait des pires connexions.

«C'était un peu comme si nous avions de nouveau été oubliés», a déclaré Josie Barlow, responsable d'une banque alimentaire qui a bénéficié d'une subvention pour aider à acheter un bâtiment.

Elle a ajouté qu'ils étaient «vraiment reconnaissants» pour cette manne de 225.000 livres mais a souligné l'importance d'investir dans les infrastructures.

Autrefois capitale de la laine, Bradford est maintenant classé cinquième zone la plus défavorisée et sixième en terme de taux de chômage à l'échelle nationale, selon l'indice de pauvreté du gouvernement en 2019.

«Des investissements, des grandes entreprises où beaucoup de gens sont employés, c'est ce dont nous avons besoin» défend Josie Barlow.

À Redcar, à une centaine de kilomètres au nord-est de Bradford, le programme dédié du gouvernement pour «tirer vers le haut» certaines régions a aidé à rénover un ensemble de logements dégradé et en proie à la criminalité.

Ce n'est «qu'un exemple de là où cela a fait une différence», assure Clare Harrigan, directrice du développement de Beyond Housing, qui loue de nombreux logement à loyers modérés.

«Nous vivions dans la misère jusqu'à ce que tout cela commence» raconte Sandra Cottrell, une habitante de 64 ans.

Pour autant, elle est sceptique quant aux ambitions de Boris Johnson, qui suscite beaucoup de défiance. «Je ne crois pas ce qu'il raconte».

«Levelling up» britannique: de quoi s'agit-il ?

Victorieux lors de élections de fin 2019, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait promis de «niveler et d'unir le pays». Mais ses opposants critiquent un slogan vague sans stratégie cohérente pour remplir les objectifs affichés.

- Qu'est-ce que le «levelling up»? -

L'objectif affiché consiste à s'attaquer au déficit dont souffrent certaines régions frappées depuis des décennies par un déclin économique en stimulant création d'emploi, formation et productivité.

Il nécessite investissements et politiques dans des domaines allant du transport à la décentralisation, et fixe des objectifs à atteindre d'ici à 2030.

Mais le gouvernement conservateur insiste: il ne s'agit pas d'une redistribution de richesses. «Nous ne pensons pas qu'on peut rendre les régions pauvres du pays en rendant les régions riches plus pauvres», a déclaré Boris Johnson l'année dernière.

- Quand cela a-t-il commencé ? -

Les références remontent à des décennies, mais Boris Johnson a déployé le slogan - aux côtés de sa promesse de «réaliser le Brexit» pendant la campagne électorale de 2019.

Tous deux faisaient partie de son programme, représentant un appel aux électeurs traditionnels de l’opposition travailliste dans le centre et le nord de l'Angleterre.

- Pourquoi est-ce nécessaire? -

Le Royaume-Uni présente parmi les disparités régionales les plus criantes chez les pays développés, selon de nombreux organismes comme l'Institute for Fiscal Studies.

Londres et le sud-ouest de l'Angleterre surpassent le reste du pays dans tous les domaines, productivité, emploi, richesse relative.

Cette tendance vieille de plusieurs décennies a été en partie alimentée par des dépenses publiques plus élevées dans ces régions dans la recherche et l'innovation, un facteur clé pour la productivité, ainsi que des investissements plus importants dans l'éducation.

- Quelles sont les régions ciblées ? -

Le calendrier du gouvernement est si large que le tant attendu document d'orientation publié en février comportait des sections pour que toutes les régions reçoivent financements et projets, y compris à Londres et le Sud-Ouest.

Mais intrinsèquement, cette politique cible les villes laissées pour compte, en particulier dans les anciennes régions industrielles du centre et du nord de l'Angleterre et les régions côtières déshéritées.

- Qu'est-ce qui est inclus ? -

Le document de plus de 300 pages comporte 12 «missions» à accomplir d'ici à 2030 dans tous les domaines, de la délinquance en passant par la santé ou le logement.

Le programme prévoit un éventail de réformes à court et long terme et des promesses de financement.

Le gouvernement a annoncé pour ce faire des milliards de livres sterling d'investissements, dont 2,4 milliards de «fonds villes» et 2,6 milliards de «fonds de prospérité partagée» pour compenser les précédents fonds régionaux européens, et 4,8 milliards de «fonds nivellement».

D'autres initiatives comprennent la relocalisation d'emplois dans l'administration de Londres et du Sud-Ouest, la création de 10 ports francs, et encourager la décentralisation.

Le ministre des Finances Rishi Sunak a également modifié la manière dont les subventions pour l'investissement sont calculées afin que les projets ayant un important impact régional soient prioritaires.

- Où en est-on ? -

Les promesses de Boris Johnson sur le sujet ont subi un feu constant de critiques, lui reprochant de n'être qu'un slogan transformé en politique aux ambitions irréalistes, trop large et gravement sous-financée.

Cercles de réflexion, universitaires et autres se sont tous penchés sur les progrès du gouvernement ces derniers mois, les jugeant insuffisants.

L'Institute for Government a estimé que la douzaine de missions «ne réduira pas les inégalités régionales», tandis qu'une analyse de Bloomberg a conclu qu'elles s'élargissaient en réalité sous Boris Johnson.

Ses détracteurs affirment que le dirigeant conservateur, qui a survécu récemment à un vote de défiance, a été détourné par une série de scandales. Ses défenseurs mettent en avant la pandémie et la crise du coût de la vie, et avertissent que de nouveaux investissements mettront du temps à porter leurs fruits.

Mais récemment, une commission parlementaire a critiqué à son tour le modèle de financement pour distribuer les fonds, accusant le gouvernement de «jouer» des milliards de livres.

Villes «oubliées» dans le Nord de l'Angleterre, les habitants témoignent

A Redcar, dans le Nord-Est de l'Angleterre, les signes de la prospérité industrielle d'antan sont omniprésents. Triste souvenir d'une époque révolue pour des habitants nostalgiques et qui se sentent délaissés par Londres.

Les aciéries de Teesside -- qui furent un temps les plus importantes du Royaume-Uni -- dominent le paysage à des kilomètres à la ronde et rappellent l'époque où l'acier de la ville était utilisé dans le monde entier, y compris pour construire le célèbre Harbour Bridge de Sydney.

«Quand les aciéries ont fermé, ça a juste été horrible», se souvient Sandra Cottrell, 64 ans.

Cette mère de quatre enfants a vu l'industrie s'effondrer petit à petit ces deux dernières décennies. «Mon fils et tout le monde travaillait là bas (...) Il n'avait toujours connu que les aciéries et il a ensuite dû aller travailler à Manchester», raconte-t-elle à l'AFP.

Alors ici, les habitants ne croient pas vraiment dans le grand projet de «Levelling Up» (nivellement par le haut) des régions post-industrielles défavorisées du pays, projet phare du premier ministre Boris Johnson.

M. Johnson avait fait du rééquilibrage régional l'une des ses grandes promesses de campagne pro-Brexit et a annoncé des objectifs à l'horizon 2030 en termes de hausse des salaires, d'amélioration des transports, d'accès à internet ou encore de hausse du niveau scolaire ou de baisse de l'insécurité.

- Disparition de l'aciérie -

«Honnêtement, je ne sais pas» quoi en attendre, confie Mme Cottrell alors que dans le centre-ville de Redcar, de nombreuses boutiques ont fermé ou ont été remplacées par des enseignes à bas prix.

Des signes timides de renouveau sont tout de même observables. Des travaux de régénération de la ville -qui avait acquis une réputation locale de criminalité, de pauvreté et de négligence- progressent, financés en partie par le programme de «Levelling Up».

«C'est ce dont on a besoin par ici. J'ai juste l'impression qu'on a été laissés un peu de côté, mais ils se rendent compte qu'on est là maintenant», affirme Cath Smith, une voisine de 60 ans.

Elle aussi se souvient avec nostalgie des années 1970, quand «tout le monde travaillait» dans la région. A l'époque, son père et la plupart des hommes sont embauchés à l'aciérie, alors propriété de l'État.

Mais après la privatisation en 1988, elle observe impuissante la disparition de l'industrie et accuse les gouvernements successifs de ne pas avoir soutenu les milliers de travailleurs ayant perdu leur emploi.

«Ils s'en fichaient», affirme Mme Smith. «C'est comme si nous n'existions pas.»

- «Oubliés» -

A Bradford, à une centaine de kilomètres plus au sud-ouest, c'est la laine et non l'acier qui avait rendu la ville prospère. Mais la nostalgie des habitants est la même qu'à Redcar.

«Quand j'étais petite, c'était juste fantastique», raconte Judith Holmes, 69 ans.

«Le commerce, la laine (...) Tous les magasins étaient ouverts. On prospérait, c'était vibrant, c'était fabuleux», se souvient-elle.

Bradford, sixième plus grande ville d'Angleterre avec une population parmi les plus jeunes d'Europe, connaît aussi le chômage et la pauvreté.

«Je suis convaincue que Bradford a été oubliée, c'est certain», affirme Mme Holmes en écho aux habitantes de Redcar.

«On nous a fait beaucoup de promesses mais ça ne s'est jamais concrétisé», martèle-t-elle. «Ca va prendre du temps de faire revenir (cette prospérité). Je pense que c'est possible, mais ils (les autorités) doivent s'y mettre dès maintenant plutôt que de dire +peut-être+ en distribuant des fonds ici et là.»

Cette ancienne employée de la Poste fait des ménages dans des bureaux deux fois par semaine pour joindre les deux bouts.

Comme à Redcar, elle est sceptique sur l'ambition du Premier ministre de corriger les grandes inégalités territoriales. «J'y croirai quand je le verrai», assure-t-elle.

«Je ne le verrai surement pas à mon âge mais j'espère que ça arrivera pour les autres, pour mes petits-enfants. J'espère qu'ils auront un futur plus réjouissant.»

Selon elle, le Premier ministre est déconnecté des réalités et «devrait venir ici passer quelques jours et galérer comme beaucoup de gens».

«Je n'ai rien contre Boris Johnson mais personnellement, je ne pense pas qu'il comprenne.»

 

 


Au Japon, le sort du macaque Punch attire les foules et relance le débat sur les zoos

Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
Cette photo, prise le 19 février 2026, montre Punch, un macaque mâle de sept mois abandonné par sa mère, assis avec une peluche d’orang-outan au zoo d’Ichikawa, préfecture de Chiba. (AFP)
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  • Punch, un bébé macaque au Japon, est devenu une star des réseaux sociaux après avoir été vu cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan, attirant des milliers de visiteurs au zoo d’Ichikawa
  • L’histoire met en lumière la captivité animale, suscitant des réactions en ligne, dont un message de l’Ambassade de Cuba en France établissant un parallèle avec d’autres crises humanitaires

TOKYO: Le bébé macaque Punch, devenu une vedette des réseaux sociaux au Japon, relance le débat sur la captivité animale dans les zoos, tandis que son histoire a également suscité des réactions au-delà du cadre animalier.

Au Zoo d'Ichikawa, près de Tokyo, Punch, un bébé macaque abandonné par sa mère, est devenu une célébrité après la diffusion d’images le montrant harcelé par d’autres singes et cherchant du réconfort auprès d’une peluche orang-outan. Rejeté à sa naissance en juillet, il a d’abord été élevé par des soigneurs humains avant d’entamer récemment son apprentissage pour rejoindre ses congénères.

Les images du petit primate enlacé à son jouet ont suscité une vague d’émotion en ligne, donnant naissance au hashtag #HangInTherePunch et attirant des milliers de visiteurs. Durant un long week-end férié, plus de 5.000 personnes se sont rendues lundi au zoo pour tenter d’apercevoir l’animal, selon l’établissement, qui a indiqué avoir mis en place une zone d’accès restreinte autour d’une partie de l’enclos afin de limiter le stress.

Pour l’association PETA (Pour une Éthique dans le Traitement des Animaux), le cas de Punch illustre « la cruauté des zoos ».

« Les zoos ne sont pas des sanctuaires : ce sont des lieux où les animaux sont confinés, privés d’autonomie et de leur environnement familier et social qu’ils auraient eu à l’état sauvage », a déclaré l'association PETA.

L’émotion suscitée par le bébé macaque a également eu des retombées commerciales. Le géant suédois IKEA, fabricant de la peluche orang-outan à laquelle s’accroche Punch, a constaté un intérêt « sans précédent » pour le produit. Le groupe Ingka, qui contrôle la majorité des magasins IKEA, a indiqué que les ventes étaient « nettement » supérieures à la normale et que la peluche était en rupture de stock sur certains marchés, notamment au Japon et aux États-Unis.

Réactions sur les réseaux sociaux

L’histoire de Punch a également suscité des commentaires au-delà du cadre animalier. Le 24 février, l’Ambassade de Cuba en France a publié un message sur X, établissant un parallèle avec la situation à Gaza et dénonçant « l’empathie sélective ».

Ce message s’inscrit dans une série de réactions en ligne comparant l’émotion suscitée par le sort du jeune macaque à celle provoquée par d’autres crises humanitaires, notamment à Gaza, illustrant la portée internationale qu’a prise l’histoire de Punch sur les réseaux sociaux.


A Genève, de nouveaux pourparlers entre Iran et Etats-Unis

 L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien. (AFP)
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  • Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios
  • Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires"

GENEVE: L'Iran et les Etats-Unis se retrouvent jeudi pour une troisième session de pourparlers indirects en Suisse, avec pour objectif de sortir du flou actuel "ni guerre ni paix", selon les mots du président iranien.

Mais quelques heures avant l'ouverture de ces discussions à Genève, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a fait part d'"un gros problème", accusant Téhéran de refuser de parler de son programme de missiles balistiques - un dossier que souhaite aborder Washington comme la question du nucléaire.

Depuis janvier, chaque partie se dit ouverte au dialogue mais aussi prête à l'action militaire, laissant le champ ouvert à tous les scénarios.

Le président américain Donald Trump, qui a envoyé dans le Golfe un dispositif militaire massif, répète qu'il préfère une résolution du différend par la diplomatie, mais a accusé mardi Téhéran d'avoir de "sinistres ambitions nucléaires".

L'Iran a "développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et cherche à en concevoir des plus puissants encore, capables "d'atteindre bientôt les Etats-Unis", a-t-il assuré.

"Gros mensonges", a répondu le ministère iranien des Affaires étrangères, alors que l'Iran affirme avoir limité la portée de ses missiles à 2.000 km.

Il dispose d'un large arsenal d'engins conçus localement, notamment des Shahab-3, qui peuvent atteindre Israël, son ennemi juré, et quelques pays d'Europe orientale.

"Opportunité historique" 

Le sujet est au cœur de la discorde entre les deux pays ennemis: Washington veut inclure le programme de missiles balistiques dans les discussions, mais aussi la question du soutien de Téhéran à des groupes armés hostiles à Israël, ce que l'Iran refuse.

La République islamique souhaite en effet limiter les négociations au volet nucléaire et exige la levée des sanctions qui étranglent son économie.

"Le président souhaite des solutions diplomatiques. Il les préfère, il les préfère largement. Je ne qualifierais donc pas la journée de demain (jeudi) autrement que comme une série de discussions, qui, je l'espère, seront productives, mais au final, vous savez, nous devrons discuter d'autres sujets que le seul programme nucléaire", a déclaré Marco Rubio lors d'une conférence de presse à Saint-Kitts-et-Nevis.

Malgré ces divergences, l'Iran assure qu'un accord est "à portée de main", selon le chef de la diplomatie Abbas Araghchi, qui mène la délégation aux négociations, invoquant une "opportunité historique".

Le président Massoud Pezeshkian a pour sa part évoqué une "perspective favorable", disant espérer sortir de "cette situation +ni guerre ni paix"+.

Mais "le succès de ces négociations dépend du sérieux de l'autre partie et de sa capacité à éviter les comportements et les positions contradictoires", a souligné M. Araghchi dans un communiqué tôt jeudi.

Les Etats-Unis sont représentés par l'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain, Jared Kushner, qui en parallèle doivent mener des pourparlers avec l'Ukraine, également à genève jeudi.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris le dialogue début février à Oman, pays médiateur, puis se sont retrouvées une première fois en Suisse le 17.

"Appréhension" régionale 

Un précédent cycle de négociations avait été stoppé net au printemps 2025 par la guerre déclenchée par Israël contre l'Iran.

Washington avait à cette occasion frappé des sites nucléaires en Iran et Donald Trump avait assuré avoir "anéanti" son programme nucléaire, même si l'étendue exacte des dégâts n'est pas connue.

Les Occidentaux et Israël craignent que l'Iran ne cherche à se doter de la bombe atomique, tandis que Téhéran met en avant son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

Les nouvelles tensions entre Washington et Téhéran sont apparues après la répression dans le sang en janvier d'un vaste mouvement de contestation en Iran.

Donald Trump avait alors promis de venir "en aide" au peuple iranien.

"On a vu en janvier un grand effort d'un certain nombre d'Etats au Moyen-Orient pour convaincre les Etats-Unis" de ne pas frapper l'Iran, relève Emile Hokayem, de l'Institut international d'études stratégiques (IISS), établi à Londres.

"Mais il y a beaucoup d'appréhension à l'heure actuelle car on s'attend à ce que ce soit (une guerre) plus importante" qu'en juin 2025 avec "des Iraniens qui se battront davantage", poursuit-il.

Tayebeh, femme au foyer de Téhéran âgée de 60 ans a dit s'inquiéter des conséquences d'une offensive américaine, mais aussi vouloir sortir de l'incertitude.

"Trump a déclaré que la guerre serait très mauvaise pour l'Iran (...) La population souffrirait énormément", a-t-elle dit à l'AFP sous couvert d'anonymat. "Les gens souffrent déjà aujourd'hui, mais au moins, avec la guerre, notre sort serait clair."


Trump accuse l'Iran de développer des missiles pouvant «atteindre bientôt les Etats-Unis»

Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
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  • L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis"
  • "Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires

WASHINGTON: Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran.

L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis", a déclaré le président américain, qui a massé une imposante armada militaire dans la région du Golfe.

"Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires. Pourtant, ils continuent et (...) poursuivent à l'heure actuelle leurs sinistres ambitions nucléaires", a-t-il ajouté.

"Ma préférence va à une résolution de ce problème par la diplomatie, mais une chose est sûre: je ne permettrai jamais au principal soutien mondial du terrorisme (...) de se doter d'une arme nucléaire", a affirmé Donald Trump lors de son "discours sur l'état de l'Union".

"Nous sommes en négociations avec eux. Ils veulent conclure un accord, mais nous n'avons pas encore entendu ces mots clés: +Nous n'aurons jamais l'arme nucléaire+", a encore dit M. Trump.

Téhéran se défend de telles ambitions militaires, mais insiste sur son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

L'Iran a averti lundi que toute attaque américaine, y compris une "frappe limitée", le pousserait à riposter "avec force", après que le président américain a évoqué une telle option en cas d'échec des pourparlers avec Téhéran.

"Nos missiles ne peuvent pas atteindre le sol américain. Nous devons donc manifestement trouver une autre solution (...) et frapper la base américaine dans la région", a affirmé le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, sans préciser laquelle.

D'après un rapport parlementaire américain daté de 2025, l'arsenal iranien peut atteindre des cibles allant jusqu'à 3.000 kilomètres, soit loin du territoire des Etats-Unis.

Mardi, le ministre iranien a cependant indiqué qu'un accord avec les Etats-Unis était "à portée de main", à l'avant-veille d'une nouvelle session de pourparlers entre les deux pays prévu jeudi à Genève.

La Chine absente 

Dans son discours, le dirigeant républicain ne s'est guère attardé sur la politique étrangère.

Outre l'Iran, il a évoqué l'opération militaire ayant permis le 3 janvier de capturer le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et salué dans ce pays "un nouvel ami et partenaire" des Etats-Unis.

Il s'est aussi vanté d'avoir restauré "la domination" américaine en Amérique latine, et a répété avoir "mis fin à huit guerres", ce que les observateurs jugent pour le moins exagéré.

Alors que la guerre en Ukraine est entrée mardi dans sa cinquième année, M. Trump n'y a fait qu'une courte allusion, tout en saluant la décision de l'Otan de consacrer 5% du produit intérieur brut à la défense.

En revanche, le président américain n'a pas dit un mot de la Chine, malgré le fait que les Etats-Unis considèrent Pékin comme leur principal rival.