Chicago: Pourquoi les entreprises musulmanes et arabes paient le lourd tribut de la lutte contre la criminalité?

La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
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Publié le Lundi 25 juillet 2022

Chicago: Pourquoi les entreprises musulmanes et arabes paient le lourd tribut de la lutte contre la criminalité?

  • Le conseiller municipal de Chicago affirme que le ciblage des magasins qui appartiennent à des Arabes et à des musulmans est «condamnable sur le plan moral»
  • Même si tous les commerces fermés appartiennent à des Arabes et des musulmans, la maire Lori Lightfoot conteste le fait qu’ils aient été ciblés en fonction de l’ethnie ou de la religion de leurs propriétaires

CHICAGO: Alors que la violence armée et les homicides continuent d’accabler la ville de Chicago, le bureau de la maire de la ville, Lori Lightfoot, a mis en place une stratégie censée améliorer la sécurité dans cette ville américaine.

Néanmoins, les entreprises qui appartiennent à des musulmans et à des Arabes affirment que cette stratégie leur porte préjudice sans qu’elle ne profite à quiconque.

Au mois de juin 2021, un groupe de travail formé par Mme Lightfoot a été accusé par les propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes de prendre pour cible leurs magasins en menant des opérations de nuit dans les zones les plus dangereuses de la ville.

Plus de cent cinquante petites sociétés d’Américains arabes et de musulmans ont été fermées par le groupe de travail entre juin et septembre 2021, selon la Chambre de commerce arabo-américaine (AACC).

Des propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes organisent une conférence de presse pour dénoncer le fait que la task force, destinée à combattre la criminalité, les prend pour cible. (Ray Hanania pour Arab News)
Des propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes organisent une conférence de presse pour dénoncer le fait que la task force, destinée à combattre la criminalité, les prend pour cible. (Ray Hanania pour Arab News)

Pour exprimer leur mécontentement, les propriétaires de magasins sont intervenus par l’intermédiaire de l’AACC. Le 8 septembre 2021, ils ont tenu une conférence de presse pour sensibiliser le public aux agissements de ce groupe de travail.

Raymond Lopez a soutenu ce mouvement. Ce conseiller municipal de Chicago sera l’un des futurs opposants à Mme Lightfoot lors des élections de l’année prochaine.

Près de vingt-cinq propriétaires de magasins ont assisté à la conférence de presse. Un seul d’entre eux a préféré garder l’anonymat pour échapper aux représailles éventuelles de la municipalité.

«Plusieurs entreprises se sont plaintes d’avoir été fermées par la municipalité sans aucune raison valable. C’est au mois d’août que la tendance s’est dessinée, lorsqu’on recevait de plus en plus de réclamations de la part de propriétaires de magasins», confie à Arab News Hassan Nijem, président de la Chambre de commerce arabo-américaine.

«Nous avons porté plainte auprès de la municipalité de Chicago, mais seuls quelques conseillers municipaux nous ont écoutés et ont réagi, comme Raymond Lopez. On dirait que tout le monde refuse de reconnaître le problème auquel nous sommes confrontés.»

«En effet, nous représentons une cible facile qui permet à madame la maire de laisser croire qu’elle combattait la violence des gangs. Mais la réalité est tout autre».

La police de Chicago a apposé un avis de fermeture que sur la vitrine de ce magasin. (Ray Hanania pour Arab News)
La police de Chicago a apposé un avis de fermeture que sur la vitrine de ce magasin. (Ray Hanania pour Arab News)

M. Lopez a tenté, en vain, de convaincre le conseil municipal de Chicago de tenir une audience publique qui porterait sur les fermetures de magasins opérées par le groupe de travail. D’autres responsables se sont joints à lui, dont Silvana Tabares, ancienne représentante de l’État de l’Illinois, et Gilbert Villegas, candidat au poste de représentant du 3e district de l’Illinois.

M. Lopez affirme que le ciblage des magasins qui appartiennent à des Arabes et à des musulmans reste «inefficace lorsqu’il s’agit de réduire la criminalité» et «condamnable sur le plan moral».

«Dans quels contextes et pour quelles raisons visons-nous spécifiquement ces personnes-là? Est-ce parce que nous croyons qu’ils ne se défendront pas? Ou sommes-nous motivés par des préjugés que nous refusons d’admettre? Ou encore parce que nous craignons de nous attaquer aux véritables catalyseurs de la violence dans nos quartiers?», s’insurge-t-il.

M. Nijem affirme que «madame la maire s’est empressée de rouvrir tous les magasins le lendemain de la conférence de presse que nous avons organisée pour braquer les projecteurs sur ce ciblage». Grâce à la couverture des chaînes de télévision, des radios et des journaux, il était «impossible de passer l’affaire sous silence», selon lui.

La maire de Chicago, Lori Lightfoot, dément le ciblage des Arabes et des musulmans. (Getty Images via AFP)
La maire de Chicago, Lori Lightfoot, dément le ciblage des Arabes et des musulmans. (Getty Images via AFP)

L’administration de Lori Lightfoot a démenti le ciblage des magasins en fonction de l’ethnie ou de la religion de leurs propriétaires. L’AACC affirme cependant que tous les magasins fermés appartenaient à des Arabes ou à des musulmans.

Elle a refusé de rencontrer les représentants de l’AACC ou ces propriétaires. Elle conteste les allégations de racisme et accuse les magasins d’enfreindre la loi.

De leur côté, les propriétaires des magasins assurent qu’ils collaborent avec la police municipale pour combattre la criminalité: ils signalent ainsi les incidents qui se produisent aux abords de leurs magasins et coopèrent sans réserve avec la police pour arrêter les auteurs de ces actes.

Auparavant, lorsqu’ils étaient accusés de violations du code, on leur accordait un délai pour y répondre plutôt que de fermer leurs établissements sans préavis.

«Tous les jours, j’ai peur que la task force […] s’attaque à notre commerce et le ferme sans préavis», raconte à Arab News Saad Malley, propriétaire d’une station-service à Chicago.

Quelques CHIFFRES

  • 161: nombre de magasins qui appartiennent à la communauté arabe ou musulmane et qui ont été visés depuis juin 2021
  • 1 500: nombre d’emplois supprimés en raison des fermetures
  • 5 millions de dollars: montant des taxes perdues à la suite des fermetures
  • 65%: pourcentage de la hausse des attaques à main armée à Chicago entre 2019 et 2021

C’est au mois de mai 2022 que les fermetures ont recommencé. Toutefois, elles ont cette fois diminué en ampleur. Le 2 mai, les images d’un jeune homme qui courait à toute vitesse en brandissant un fusil automatique illégal de type AK-47 ont été enregistrées par les caméras de surveillance de Citgo (une station-service, qui fait également épicerie, située dans le quartier ouest de Chicago). Le propriétaire de cette boutique s’appelle Ahmed Mohsin; c’est un Américain d’origine yéménite.

À 9h30, l’adolescent a traversé la rue où se situe le magasin pour se diriger vers Chicago Avenue. Il a ouvert le feu sur un homme qui s’apprêtait à emprunter les transports en commun.

La victime se tenait sur le trottoir situé devant le magasin de Mohsin et consultait son téléphone portable. Il a succombé sur le coup et est tombé du côté de la station-service de Mohsin. Quant au suspect, il s’est enfui et n’a jamais été identifié ni appréhendé par la police.

Ahmed Mohsin, propriétaire yéménite d’un magasin de Chicago, en compagnie des responsables de l’AACC, Hassan Nijem et Maher al-Khatab, après la fermeture de son magasin. (Ray Hanania pour Arab News)

«Nous avons appelé la police sur-le-champ. C’est ce que nous faisons à chaque fois qu’un crime se produit dans les environs. À leur arrivée, ils nous ont demandé de fermer le magasin le temps de l’enquête», raconte M. Mohsin à Arab News.

«Nous nous sommes pliés volontiers à cette demande, puisque nous sommes toujours prêts à aider la police de Chicago pour assurer la sécurité du quartier où nous travaillons.»

Le lendemain, il apprend la nouvelle par la police: l’entreprise qu’il possède depuis vingt ans restera fermée pour une durée indéterminée.

«L’hypothèse retenue est la suivante: nous sommes tenus responsables de la violence qui éclate sur la voie publique de la ville et qui s’étend à notre entreprise», explique M. Mohsin.

Il est entré en contact avec l’AACC, qui n’a pas tardé à organiser une conférence de presse à la station-service le 5 mai. D’autres propriétaires de magasins et plusieurs médias y ont assisté.

Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)
Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)

Une dizaine de jours plus tard, la task force a autorisé Mohsin à rouvrir sa boutique, mais à condition qu’il la ferme en fin de soirée.

Il a également été contraint d’embaucher une équipe de sécurité supplémentaire recommandée par l’administration du maire Lightfoot. La ville a suggéré trois firmes, dont les frais varient entre 22 000 et 30 000 dollars par mois (1 dollar = 0,98 euro).

La réponse de la municipalité à la conférence de presse a été la suivante: la station-service de Mohsin avait préalablement été notifiée de dix-huit violations de la loi.

Or, ces avis ont été délivrés sur une période de vingt ans et le dernier remonte à 2021.

Selon Mme Lightfoot, Mohsin avait rapporté des centaines de crimes commis sur les lieux de son entreprise. Ce dernier a reconnu ce fait, précisant toutefois qu’il ne faisait que remplir son devoir de citoyen lorsqu’il alertait la police.

Selon M. Nijem, «tous les faits de violence qui se sont produits à proximité ou aux alentours des commerces visés par la municipalité de la ville au cours de l’année écoulée étaient sans rapport avec les magasins ou leurs propriétaires».

«La municipalité prétend enquêter sur des ventes de cigarettes ou des violations du règlement. Mais ce genre d’enquête ne justifie pas la fermeture du magasin et ne se rapporte pas à des actes de violence», ajoute-t-il.

«Les faits violents correspondent aux crimes commis dans la communauté où se trouve le magasin. Ils n’ont aucun rapport avec les propriétaires, les employés ou les commerces. Le seul lien est qu’ils se déroulent à proximité».

Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)
Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)

D’après M. Nijem, jamais auparavant la municipalité n’avait fermé des magasins qui appartenaient à des personnes qui ne sont pas Arabes ou musulmanes en réponse à des crimes commis à proximité.

Il évalue à moins de 5% la part des commerces de détail de petite taille que possèdent et gèrent les Arabes et les musulmans, dans une ville qui compte près de 3 millions d’habitants. «Plutôt que de combattre la criminalité, ils s’en prennent aux commerces des Arabes et des musulmans!», s’exclame M. Nijem.

Ce dernier souligne que la fermeture d’un établissement (une station-service, par exemple) fait perdre à la ville, au comté et à l’État les recettes fiscales générées par les ventes. Ces pertes se situent, selon lui, entre 10 000 et 20 000 dollars par mois. Par ailleurs, les employés sont privés de leur emploi, explique M. Nijem.

M. Villegas s’est engagé à mener, de concert avec d’autres conseillers municipaux, une bataille acharnée pour que cessent les fermetures discriminatoires. «Les problèmes surviennent lorsque la ville dispose d’une force de frappe. […] On ne sait jamais comment cette dernière opère, ou encore quelle procédure est appliquée aux propriétaires d’entreprises qui sont affectés. Nous souhaitons instaurer une procédure régulière et équitable», explique-t-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Nombre d'exécutions record dans le monde en 2025, l'Iran en tête, selon Amnesty

Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi. (AFP)
Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi. (AFP)
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  • A elle seule, l'Iran représente 80% des exécutions recensées en 2025 par Amnesty. Quelque 2.159 personnes y ont été exécutées par pendaison, contre 972 en 2024
  • "Les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine de mort comme outil de répression et de contrôle politiques, alimentant une hausse sans précédent du nombre d'exécutions", note l'ONG dans son rapport

PARIS: Le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé, selon le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi.

L'organisation de défense des droits humains basée à Londres a dénombré au moins 2.707 exécutions dans le monde en 2025, mais "n'inclut pas les milliers d'exécutions qui (...) ont eu lieu en Chine – pays ayant procédé cette année encore au plus grand nombre d'exécutions au monde", précise-t-elle.

Le nombre de personnes exécutées dans le monde est en hausse de 78% par rapport à 2024 et atteint un niveau record depuis 1981, année au cours de laquelle 3.191 exécutions -hors Chine- avaient été comptabilisées par l'ONG.

A elle seule, l'Iran représente 80% des exécutions recensées en 2025 par Amnesty. Quelque 2.159 personnes y ont été exécutées par pendaison, contre 972 en 2024.

"Les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine de mort comme outil de répression et de contrôle politiques, alimentant une hausse sans précédent du nombre d'exécutions", note l'ONG dans son rapport.

Le recours aux exécutions a été particulièrement marqué après la guerre des 12 Jours qui a opposé l'Iran à Israël et aux Etats-Unis en juin: 654 exécutions avaient été comptabilisées avant ce conflit, contre 1.505 entre juillet et décembre.

Les condamnations à mort et exécutions en Iran à la suite du mouvement de protestation dans le pays en janvier et le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février ne sont pas comptabilisés dans le rapport d'Amnesty.

Selon l'ONU, au moins 21 personnes ont été exécutées en Iran depuis fin février pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale.

Près de la moitié (998) des exécutions en Iran en 2025 sont liées à des infractions à la législation sur les stupéfiants, note par ailleurs Amnesty. Elles ont elles aussi doublé par rapport à l'année précédente.

Au total, 17 pays ont procédé à des exécutions.

"Cette minorité éhontée (d'Etats, ndlr) se sert de la peine capitale pour instiller la peur, écraser la contestation et montrer la force qu’exercent les institutions sur les personnes défavorisées et les populations marginalisées" dénonce la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard, citée dans un communiqué.


Iran: nouvelles menaces de Trump, frappe près d'un site nucléaire émirati

 Donald Trump a proféré de nouvelles menaces d'anéantissement de l'Iran, deux mois et demi après le début du conflit avec Téhéran, tandis qu'un drone s'est abattu près d'un site nucléaire aux Emirats, générant lundi une nouvelle hausse des prix du pétrole. (AFP)
Donald Trump a proféré de nouvelles menaces d'anéantissement de l'Iran, deux mois et demi après le début du conflit avec Téhéran, tandis qu'un drone s'est abattu près d'un site nucléaire aux Emirats, générant lundi une nouvelle hausse des prix du pétrole. (AFP)
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  • "Il ne restera rien" de l'Iran si ce pays n'arrive pas rapidement à un accord avec les Etats-Unis, a averti dimanche le président américain sur sa plateforme Truth Social
  • "Pour l'Iran, le temps presse", a prévenu Donald Trump. Les Iraniens "feraient mieux d'agir rapidement, sinon il ne restera plus rien d'eux"

WASHINGTON: Donald Trump a proféré de nouvelles menaces d'anéantissement de l'Iran, deux mois et demi après le début du conflit avec Téhéran, tandis qu'un drone s'est abattu près d'un site nucléaire aux Emirats, générant lundi une nouvelle hausse des prix du pétrole.

"Il ne restera rien" de l'Iran si ce pays n'arrive pas rapidement à un accord avec les Etats-Unis, a averti dimanche le président américain sur sa plateforme Truth Social, alors que les deux pays ne se sont plus parlé directement depuis des entretiens au Pakistan mi-avril.

"Pour l'Iran, le temps presse", a prévenu Donald Trump. Les Iraniens "feraient mieux d'agir rapidement, sinon il ne restera plus rien d'eux", a ajouté le milliardaire républicain, qui avait déjà menacé début avril d'anéantir "une civilisation entière", avant de conclure un cessez-le-feu avec Téhéran.

Après plus d'un mois de trêve, la perspective d'un règlement du conflit, qui a débuté le 28 février, reste lointaine, et le président américain a qualifié le 10 mai de "totalement inacceptable" la dernière proposition iranienne pour régler le conflit.

Alors que les ministres des Finances du G7 se réunissent lundi et mardi à Paris pour tenter de rapprocher leurs positions face aux répercussions économiques du conflit, les prix du pétrole sont repartis à la hausse lundi à l'ouverture des marchés asiatiques, le baril de Brent prenant 1,28% à 110,26 dollars.

Avant même le message de Donald Trump, Téhéran avait lancé dimanche un avertissement à Washington.

"Le président américain devrait savoir que si (...) l'Iran est de nouveau agressé, les ressources et l'armée de son pays seront confrontées à des scénarios inédits, offensifs, surprenants et tumultueux", a averti le porte-parole des forces armées, Abolfazl Shekarchi.

Le vice-président du Parlement, Hamidreza Haji-Babaï, a déclaré que si les installations pétrolières iraniennes étaient visées, l'Iran frapperait des sites pétroliers dans la région.

Attaque "terroriste" 

Sur l'autre rive du Golfe, un incendie s'est déclaré dimanche après une frappe de drone près de la centrale nucléaire de Barakah, aux Emirats arabes unis.

La frappe n'a pas fait de blessés ni provoqué de hausse de la radioactivité, mais les autorités ont dénoncé une "escalade dangereuse" et l'Arabie saoudite une "menace pour la sécurité et la stabilité de la région".

Deux autres drones ont été interceptés, selon le ministère émirati de la Défense.

Un conseiller du président émirati a dénoncé une attaque "terroriste", semblant suggérer une implication de l'Iran, qui a frappé des pays de la région à plusieurs reprises depuis le début du conflit, sans l'accuser nommément.

L'Agence internationale de l'énergie atomique a exprimé sa "profonde préoccupation".

L'Arabie saoudite a par ailleurs annoncé dimanche soir avoir intercepté trois drones en provenance d'Irak.

"Source d'insécurité" 

Malgré ces tensions, la diplomatie n'est pas totalement éteinte et le ministre pakistanais de l'Intérieur, Mohsin Naqvi, dont le pays tente de jouer un rôle de médiateur, a rencontré à Téhéran le principal négociateur iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Dans un message sur les réseaux sociaux à l'issue de cet entretien, ce dernier n'a pas prononcé de paroles d'apaisement.

"Certains Etats de la région pensaient que la présence des Etats-Unis leur apporterait la sécurité, mais les événements récents montrent que cette présence est non seulement incapable d'apporter la sécurité mais est en plus source d'insécurité", a dénoncé M. Ghalibaf.

Les médias iraniens ont fait savoir dimanche que les Etats-Unis n'avaient accordé "aucune concession concrète" dans leur réponse à des propositions iraniennes.

"Washington a également exigé des restrictions très strictes et de longue durée sur le secteur nucléaire iranien", selon l'agence iranienne Mehr.

Selon l'agence iranienne Fars, Washington a présenté une liste en cinq points exigeant notamment que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Sur le front libanais, en dépit de la prolongation vendredi d'une trêve théorique pour un mois et demi supplémentaire, de nouvelles frappes israéliennes ont tué sept personnes, dont deux enfants, dans le sud du pays.

Parmi les victimes: un chef du Jihad islamique palestinien et sa fille de 17 ans.

Un responsable militaire israélien a déclaré que le Hezbollah pro-iranien avait tiré environ 200 projectiles sur Israël et sur les troupes israéliennes au Liban au cours du week-end.


Le pétrole monte fasse à l'impasse diplomatique entre Washington et Téhéran

"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News. (Reuters)
"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News. (Reuters)
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  • "Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous"
  • "L'impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran maintient au premier plan les inquiétudes concernant l'offre" de pétrole, affirme Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown

LONDRES: Les cours du pétrole grimpent vendredi à l'approche d'un nouveau week-end sans perspective de retour à la normale des flux pétroliers transitant via le détroit d'Ormuz, deux mois et demi après le début de la guerre au Moyen-Orient.

Vers 09H10 GMT (11H10 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, gagnait 2,96% à 108,85 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en juin, montait de 3,44% à 104,65 dollars.

"Je ne vais pas faire preuve de beaucoup plus de patience (...) Ils devraient conclure un accord. N'importe quelle personne sensée conclurait un accord mais ils sont peut-être fous", a déclaré Donald Trump dans un entretien diffusé jeudi par la chaîne Fox News.

"L'impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran maintient au premier plan les inquiétudes concernant l'offre" de pétrole, affirme Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown.

Si l'Iran a annoncé que ses forces navales avaient autorisé depuis mercredi le passage de plusieurs navires chinois dans le détroit d'Ormuz, "pour l'instant, les flux de pétrole passant par le détroit restent limités et les stocks de pétrole continuent de diminuer", explique à l'AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

"Il est raisonnable de supposer qu'entre 10 à 13 millions de barils d'or noir par jour sont bloqués dans le Golfe", rappelle Tamas Varga, analyste chez PVM. En cumulé depuis le début de la guerre "ce chiffre s'approche du milliard de barils" perdus pour le marché.

Cette semaine, l'Agence internationale de l'énergie a averti que le monde puise dans ses réserves de pétrole à une vitesse record.

"On ne peut que conclure (...) que les prix du pétrole devraient être nettement plus élevés", juge M. Varga.

Et si les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran n'avancent pas, "nous devrons peut‑être commencer à nous inquiéter d'une ré‑escalade, ce qui signifie un risque de dommages supplémentaires aux infrastructures énergétiques de la région", a souligné Warren Patterson, analyste chez ING dans une visioconférence dédiée aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur le pétrole.

Selon lui, le marché du gaz, dont les prix ont un peu moins flambé que ceux du pétrole depuis le début du conflit, est particulièrement exposé car ce dernier "n'a pas vraiment le luxe de réserves stratégiques dans lesquelles on pourrait puiser", a précisé M. Patterson.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, prenait 3,03%, à 49,10 euros le mégawattheure.