Chicago: Pourquoi les entreprises musulmanes et arabes paient le lourd tribut de la lutte contre la criminalité?

La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
La violence armée et les homicides atteignent des proportions alarmantes dans la ville de Chicago. (AFP)
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Publié le Lundi 25 juillet 2022

Chicago: Pourquoi les entreprises musulmanes et arabes paient le lourd tribut de la lutte contre la criminalité?

  • Le conseiller municipal de Chicago affirme que le ciblage des magasins qui appartiennent à des Arabes et à des musulmans est «condamnable sur le plan moral»
  • Même si tous les commerces fermés appartiennent à des Arabes et des musulmans, la maire Lori Lightfoot conteste le fait qu’ils aient été ciblés en fonction de l’ethnie ou de la religion de leurs propriétaires

CHICAGO: Alors que la violence armée et les homicides continuent d’accabler la ville de Chicago, le bureau de la maire de la ville, Lori Lightfoot, a mis en place une stratégie censée améliorer la sécurité dans cette ville américaine.

Néanmoins, les entreprises qui appartiennent à des musulmans et à des Arabes affirment que cette stratégie leur porte préjudice sans qu’elle ne profite à quiconque.

Au mois de juin 2021, un groupe de travail formé par Mme Lightfoot a été accusé par les propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes de prendre pour cible leurs magasins en menant des opérations de nuit dans les zones les plus dangereuses de la ville.

Plus de cent cinquante petites sociétés d’Américains arabes et de musulmans ont été fermées par le groupe de travail entre juin et septembre 2021, selon la Chambre de commerce arabo-américaine (AACC).

Des propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes organisent une conférence de presse pour dénoncer le fait que la task force, destinée à combattre la criminalité, les prend pour cible. (Ray Hanania pour Arab News)
Des propriétaires d’entreprises arabes et musulmanes organisent une conférence de presse pour dénoncer le fait que la task force, destinée à combattre la criminalité, les prend pour cible. (Ray Hanania pour Arab News)

Pour exprimer leur mécontentement, les propriétaires de magasins sont intervenus par l’intermédiaire de l’AACC. Le 8 septembre 2021, ils ont tenu une conférence de presse pour sensibiliser le public aux agissements de ce groupe de travail.

Raymond Lopez a soutenu ce mouvement. Ce conseiller municipal de Chicago sera l’un des futurs opposants à Mme Lightfoot lors des élections de l’année prochaine.

Près de vingt-cinq propriétaires de magasins ont assisté à la conférence de presse. Un seul d’entre eux a préféré garder l’anonymat pour échapper aux représailles éventuelles de la municipalité.

«Plusieurs entreprises se sont plaintes d’avoir été fermées par la municipalité sans aucune raison valable. C’est au mois d’août que la tendance s’est dessinée, lorsqu’on recevait de plus en plus de réclamations de la part de propriétaires de magasins», confie à Arab News Hassan Nijem, président de la Chambre de commerce arabo-américaine.

«Nous avons porté plainte auprès de la municipalité de Chicago, mais seuls quelques conseillers municipaux nous ont écoutés et ont réagi, comme Raymond Lopez. On dirait que tout le monde refuse de reconnaître le problème auquel nous sommes confrontés.»

«En effet, nous représentons une cible facile qui permet à madame la maire de laisser croire qu’elle combattait la violence des gangs. Mais la réalité est tout autre».

La police de Chicago a apposé un avis de fermeture que sur la vitrine de ce magasin. (Ray Hanania pour Arab News)
La police de Chicago a apposé un avis de fermeture que sur la vitrine de ce magasin. (Ray Hanania pour Arab News)

M. Lopez a tenté, en vain, de convaincre le conseil municipal de Chicago de tenir une audience publique qui porterait sur les fermetures de magasins opérées par le groupe de travail. D’autres responsables se sont joints à lui, dont Silvana Tabares, ancienne représentante de l’État de l’Illinois, et Gilbert Villegas, candidat au poste de représentant du 3e district de l’Illinois.

M. Lopez affirme que le ciblage des magasins qui appartiennent à des Arabes et à des musulmans reste «inefficace lorsqu’il s’agit de réduire la criminalité» et «condamnable sur le plan moral».

«Dans quels contextes et pour quelles raisons visons-nous spécifiquement ces personnes-là? Est-ce parce que nous croyons qu’ils ne se défendront pas? Ou sommes-nous motivés par des préjugés que nous refusons d’admettre? Ou encore parce que nous craignons de nous attaquer aux véritables catalyseurs de la violence dans nos quartiers?», s’insurge-t-il.

M. Nijem affirme que «madame la maire s’est empressée de rouvrir tous les magasins le lendemain de la conférence de presse que nous avons organisée pour braquer les projecteurs sur ce ciblage». Grâce à la couverture des chaînes de télévision, des radios et des journaux, il était «impossible de passer l’affaire sous silence», selon lui.

La maire de Chicago, Lori Lightfoot, dément le ciblage des Arabes et des musulmans. (Getty Images via AFP)
La maire de Chicago, Lori Lightfoot, dément le ciblage des Arabes et des musulmans. (Getty Images via AFP)

L’administration de Lori Lightfoot a démenti le ciblage des magasins en fonction de l’ethnie ou de la religion de leurs propriétaires. L’AACC affirme cependant que tous les magasins fermés appartenaient à des Arabes ou à des musulmans.

Elle a refusé de rencontrer les représentants de l’AACC ou ces propriétaires. Elle conteste les allégations de racisme et accuse les magasins d’enfreindre la loi.

De leur côté, les propriétaires des magasins assurent qu’ils collaborent avec la police municipale pour combattre la criminalité: ils signalent ainsi les incidents qui se produisent aux abords de leurs magasins et coopèrent sans réserve avec la police pour arrêter les auteurs de ces actes.

Auparavant, lorsqu’ils étaient accusés de violations du code, on leur accordait un délai pour y répondre plutôt que de fermer leurs établissements sans préavis.

«Tous les jours, j’ai peur que la task force […] s’attaque à notre commerce et le ferme sans préavis», raconte à Arab News Saad Malley, propriétaire d’une station-service à Chicago.

Quelques CHIFFRES

  • 161: nombre de magasins qui appartiennent à la communauté arabe ou musulmane et qui ont été visés depuis juin 2021
  • 1 500: nombre d’emplois supprimés en raison des fermetures
  • 5 millions de dollars: montant des taxes perdues à la suite des fermetures
  • 65%: pourcentage de la hausse des attaques à main armée à Chicago entre 2019 et 2021

C’est au mois de mai 2022 que les fermetures ont recommencé. Toutefois, elles ont cette fois diminué en ampleur. Le 2 mai, les images d’un jeune homme qui courait à toute vitesse en brandissant un fusil automatique illégal de type AK-47 ont été enregistrées par les caméras de surveillance de Citgo (une station-service, qui fait également épicerie, située dans le quartier ouest de Chicago). Le propriétaire de cette boutique s’appelle Ahmed Mohsin; c’est un Américain d’origine yéménite.

À 9h30, l’adolescent a traversé la rue où se situe le magasin pour se diriger vers Chicago Avenue. Il a ouvert le feu sur un homme qui s’apprêtait à emprunter les transports en commun.

La victime se tenait sur le trottoir situé devant le magasin de Mohsin et consultait son téléphone portable. Il a succombé sur le coup et est tombé du côté de la station-service de Mohsin. Quant au suspect, il s’est enfui et n’a jamais été identifié ni appréhendé par la police.

Ahmed Mohsin, propriétaire yéménite d’un magasin de Chicago, en compagnie des responsables de l’AACC, Hassan Nijem et Maher al-Khatab, après la fermeture de son magasin. (Ray Hanania pour Arab News)

«Nous avons appelé la police sur-le-champ. C’est ce que nous faisons à chaque fois qu’un crime se produit dans les environs. À leur arrivée, ils nous ont demandé de fermer le magasin le temps de l’enquête», raconte M. Mohsin à Arab News.

«Nous nous sommes pliés volontiers à cette demande, puisque nous sommes toujours prêts à aider la police de Chicago pour assurer la sécurité du quartier où nous travaillons.»

Le lendemain, il apprend la nouvelle par la police: l’entreprise qu’il possède depuis vingt ans restera fermée pour une durée indéterminée.

«L’hypothèse retenue est la suivante: nous sommes tenus responsables de la violence qui éclate sur la voie publique de la ville et qui s’étend à notre entreprise», explique M. Mohsin.

Il est entré en contact avec l’AACC, qui n’a pas tardé à organiser une conférence de presse à la station-service le 5 mai. D’autres propriétaires de magasins et plusieurs médias y ont assisté.

Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)
Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)

Une dizaine de jours plus tard, la task force a autorisé Mohsin à rouvrir sa boutique, mais à condition qu’il la ferme en fin de soirée.

Il a également été contraint d’embaucher une équipe de sécurité supplémentaire recommandée par l’administration du maire Lightfoot. La ville a suggéré trois firmes, dont les frais varient entre 22 000 et 30 000 dollars par mois (1 dollar = 0,98 euro).

La réponse de la municipalité à la conférence de presse a été la suivante: la station-service de Mohsin avait préalablement été notifiée de dix-huit violations de la loi.

Or, ces avis ont été délivrés sur une période de vingt ans et le dernier remonte à 2021.

Selon Mme Lightfoot, Mohsin avait rapporté des centaines de crimes commis sur les lieux de son entreprise. Ce dernier a reconnu ce fait, précisant toutefois qu’il ne faisait que remplir son devoir de citoyen lorsqu’il alertait la police.

Selon M. Nijem, «tous les faits de violence qui se sont produits à proximité ou aux alentours des commerces visés par la municipalité de la ville au cours de l’année écoulée étaient sans rapport avec les magasins ou leurs propriétaires».

«La municipalité prétend enquêter sur des ventes de cigarettes ou des violations du règlement. Mais ce genre d’enquête ne justifie pas la fermeture du magasin et ne se rapporte pas à des actes de violence», ajoute-t-il.

«Les faits violents correspondent aux crimes commis dans la communauté où se trouve le magasin. Ils n’ont aucun rapport avec les propriétaires, les employés ou les commerces. Le seul lien est qu’ils se déroulent à proximité».

Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)
Des individus brandissent des pancartes lors d’une marche contre la violence armée à Chicago le 31 décembre 2020, dans un contexte de recrudescence des meurtres dans la ville (768 cette année-là), ce qui représente une hausse de 252 meurtres par rapport à l’année 2019 (516). (AFP)

D’après M. Nijem, jamais auparavant la municipalité n’avait fermé des magasins qui appartenaient à des personnes qui ne sont pas Arabes ou musulmanes en réponse à des crimes commis à proximité.

Il évalue à moins de 5% la part des commerces de détail de petite taille que possèdent et gèrent les Arabes et les musulmans, dans une ville qui compte près de 3 millions d’habitants. «Plutôt que de combattre la criminalité, ils s’en prennent aux commerces des Arabes et des musulmans!», s’exclame M. Nijem.

Ce dernier souligne que la fermeture d’un établissement (une station-service, par exemple) fait perdre à la ville, au comté et à l’État les recettes fiscales générées par les ventes. Ces pertes se situent, selon lui, entre 10 000 et 20 000 dollars par mois. Par ailleurs, les employés sont privés de leur emploi, explique M. Nijem.

M. Villegas s’est engagé à mener, de concert avec d’autres conseillers municipaux, une bataille acharnée pour que cessent les fermetures discriminatoires. «Les problèmes surviennent lorsque la ville dispose d’une force de frappe. […] On ne sait jamais comment cette dernière opère, ou encore quelle procédure est appliquée aux propriétaires d’entreprises qui sont affectés. Nous souhaitons instaurer une procédure régulière et équitable», explique-t-il.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump: L'Iran « entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain»

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains. (AFP)
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  • L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain
  • Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT)

WASHINGTON: L'Iran "entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain" (mardi), a menacé lundi Donald Trump pendant une conférence de presse par ailleurs consacrée au spectaculaire sauvetage d'un aviateur américain.

Le président a assuré que l'armée pourrait détruire en quatre heures les ponts et centrales électriques iraniennes, si l'ultimatum qu'il a fixé à Téhéran expire sans résultat, mardi à 20h00 (00h00 GMT).

Le républicain de 79 ans, qui a dit ne pas "s'inquiéter" de commettre des crimes de guerre si les Etats-Unis attaquaient réellement ces infrastructures civiles, a assuré que l'opération militaire américaine avait le soutien de la population iranienne.

Les Iraniens "seraient prêts à souffrir pour avoir la liberté", a déclaré Donald Trump lors d'une rare conférence de presse, en assurant que les Américains avaient intercepté de nombreux messages disant: "Continuez à bombarder".

Mais le président américain a comme à son habitude livré le même jour des propos contradictoires, certains allant dans le sens d'une aggravation, d'autres d'une résolution diplomatique du conflit débuté le 28 février.

"Bonne foi" 

Dans la salle de briefing de la Maison Blanche, pleine comme un oeuf, il a jugé que les dirigeants iraniens négociaient de "bonne foi". Mais il a aussi accusé les responsables iraniens d'avoir pour habitude d'"enfumer" les présidents américains.

Le milliardaire a aussi décrit les difficultés de communication avec ces dirigeants en assurant que les négociations se faisaient "comme il y a 2.000 ans avec des enfants qui transportent un message dans un sens et l'autre".

Un peu plus tôt, en marge d'une célébration de la fête de Pâques dans les jardins de la Maison Blanche, il avait qualifié d'"étape très importante" une proposition de cessez-le-feu de 45 jours avancée par des pays médiateurs.

"Ce n'est pas encore assez bien", a toutefois aussi estimé le président américain sous l'oeil fixe d'une mascotte en costume de lapin.

Pendant sa conférence de presse, il a indiqué que l'une des conditions fixées à l'Iran dans les discussions était la réouverture du détroit d'Ormuz, cela après avoir plusieurs fois assuré ces derniers jours que le sort de cette artère vitale pour le commerce de pétrole lui était indifférent.

Si Donald Trump est allé à la rencontre des journalistes lundi, c'est d'abord pour vanter la spectaculaire opération de sauvetage d'un aviateur américain, qui lui a permis de chanter les louanges de l'armée alors que le conflit est impopulaire auprès de la majorité des Américains.

La mission a "capté l'attention du monde entier", s'est réjoui l'ancien animateur de téléréalité.

Il a donné de nombreux détails - ainsi sur l'engagement de plus de 170 avions militaires au total et sur la destruction de deux appareils que l'armée américaine a été contrainte d'abandonner sur place.

 "Stupides" 

Le chef du Pentagone Pete Hegseth, usant comme d'habitude d'un vocabulaire tantôt religieux tantôt viril, a dressé un parallèle entre le sauvetage de l'aviateur et la résurrection de Jésus Christ, célébrée à Pâques par les chrétiens.

Pendant sa conférence de presse, le président américain a aussi émis des menaces contre les journalistes ayant révélé la recherche en cours d'un membre d'équipage dont l'appareil avait été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, ainsi que leur source.

Il a aussi critiqué vivement les reporters de CNN et du New York Times.

Donald Trump a par ailleurs lancé, cette fois pendant son apparition du matin dans les jardins, que "si cela ne tenait qu'à lui", il s'emparerait du pétrole iranien mais a ajouté que "malheureusement, les Américains voudraient nous voir rentrer à la maison".

"Ils sont stupides", a-t-il répondu à un journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait des opinions majoritairement défavorables sur la guerre.

Au pupitre de la salle de presse, l'ancien homme d'affaires a indiqué qu'il existait un plan dans lequel les Etats-Unis prélèveraient un droit de passage dans le détroit d'Ormuz, sans davantage de précisions.


Un nouveau pétrolier appartenant à une compagnie japonaise a franchi le détroit d'Ormuz

Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit. (AFP)
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  • Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie
  • Le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient

TOKYO: Une compagnie maritime japonaise a déclaré lundi qu'un pétrolier battant pavillon indien et appartenant à sa filiale avait franchi le détroit d'Ormuz, faisant route vers l'Inde, devenant le troisième navire lié au Japon à transiter par le détroit.

Le blocage de facto de ce passage maritime du Golfe en raison de la riposte iranienne aux frappes américaines et israéliennes empêche le transit de pétrole, affectant de nombreuses économies en Asie, dont le Japon qui dépend fortement du brut importé du Moyen-Orient.

Cette quasi-fermeture a entraîné des pénuries de carburant et une flambée des prix de l'énergie à travers le monde.

Une porte-parole de l'armateur nippon Mitsui OSK Lines a indiqué à l'AFP que le méthanier GPL Green Asha avait traversé le détroit. "Le personnel à bord comme la cargaison sont en sécurité", a-t-elle déclaré.

Samedi, le gouvernement indien avait déjà annoncé que le méthanier GPL Green Sanvi, également détenu par une filiale de Mitsui OSK, avait franchi le détroit en toute sécurité.

Et la veille, trois pétroliers, dont un codétenu par le groupe nippon, avaient traversé le détroit. Le navire Sohar LNG, également codétenu par Mistui OSK, était le premier méthanier de gaz naturel liquéfié à franchir le détroit depuis le 1er mars.

Les rares navires qui ont franchi ce point d'étranglement depuis le début de la guerre au Moyen-Orient ont emprunté un itinéraire approuvé par l'Iran à travers ses eaux près de l'île de Larak, surnommé le "péage de Téhéran" par la société de données maritime Lloyd's List Intelligence.

 


Ce que l'on sait de l'opération de sauvetage d'un aviateur américain en Iran

Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington. (AFP)
Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington. (AFP)
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  • L'avion a été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, selon des médias américains et iraniens - ce que l'administration Trump n'a pas officiellement confirmé
  • Les deux hommes se sont alors éjectés de l'appareil

PARIS: Donald Trump a annoncé dimanche le sauvetage spectaculaire d'un aviateur américain dont l'appareil a été abattu en Iran et qui a été "gravement blessé", tandis que Téhéran entretient le doute sur le succès de l'opération menée par Washington.

Voici ce que l'on sait, sur la base de déclarations officielles et de médias:

Que sait-on de l'aviateur ?

Il a été qualifié d'"officier membre d'équipage" par le président Donald Trump, ce qui signifie qu'il était opérateur des systèmes d'armes à bord du chasseur-bombardier F-15E.

L'avion a été abattu vendredi dans le sud-ouest de l'Iran, selon des médias américains et iraniens - ce que l'administration Trump n'a pas officiellement confirmé.

Les deux hommes se sont alors éjectés de l'appareil.

Le pilote avait été exfiltré peu après le crash lors d'une opération en plein jour des forces spéciales américaines dans la province accidentée de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad (sud-ouest de l'Iran).

Le sort du second occupant était lui incertain. D'après le site Axios et le New York Times, il a pu échapper à une capture dans les montagnes pendant plus d'une journée, en gravissant une crête de 2.100 mètres.

Donald Trump a déclaré dimanche qu'il était "gravement blessé", alors qu'il l'avait présenté dans un premier temps comme simplement "blessé" et "sain et sauf".

Les aviateurs américains suivent une formation dite SERE  - Survival, Evasion, Resistance and Escape (survie, évasion, résistance et fuite) - en cas d'atterrissage en territoire hostile.

Leurs gilets de combat contiennent une balise radio/GPS sécurisée pour transmettre leur position, un appareil de communication, ainsi que de l'eau, de la nourriture, du matériel de premiers secours et un pistolet.

Le président américain fournira des détails lors d'une conférence de presse annoncée pour lundi "avec l'armée" dans le Bureau ovale.

Selon CBS, l'aviateur blessé a été transporté au Koweït.

Comment s'est déroulée la mission de sauvetage ?

Les autorités iraniennes ont appelé la population à participer aux recherches du pilote, conscientes de l'intérêt politique et militaire que présenterait sa capture vivant, proposant une récompense.

Une course s'est alors engagée dans un terrain montagneux tout au long du week-end, avec des images circulant sur les réseaux sociaux montrant des avions et hélicoptères américains volant à basse altitude.

La CIA a participé à sa localisation et a mené une "campagne de désinformation" visant à convaincre les autorités iraniennes qu'il avait déjà été retrouvé, ont relaté le New York Times (NYT) et le Financial Times.

Selon Axios, citant un responsable, l'aviateur - un croyant fervent qui a hurlé "Dieu est bon" sur sa radio après s'être éjecté - se trouvait "dans une cavité rocheuse, invisible sauf pour les capacités de la CIA".

L'opération de sauvetage lancée dans la nuit de samedi à dimanche a mobilisé "des dizaines d'appareils", a affirmé Donald Trump.

Selon le NYT, citant un responsable sous couvert de l'anonymat, c'est l'unité spéciale de la marine américaine SEAL Team 6 - connue pour avoir participé à l'opération contre Oussama Ben Laden en 2011 - qui a été chargée de cette difficile mission, pendant que des avions d'attaque américains assuraient la couverture.

Deux des avions censés ramener l'aviateur et ses sauveteurs en lieu sûr sont restés bloqués sur une base isolée en Iran et ont dû être détruits pour les soustraire aux forces iraniennes, d'après des médias américains. Les forces américaines ont ensuite utilisé trois autres appareils.

Trump a affirmé qu'aucun Américain n'avait perdu la vie.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué lundi, sans détails, qu'Israël avait contribué à l'opération de sauvetage. "Je suis profondément fier que notre coopération (avec les Etats-Unis, ndlr), sur et en dehors du champ de bataille, soit sans précédent et qu'Israël ait pu contribuer à sauver un brave soldat américain", a-t-il écrit sur le réseau X.

Que dit l'Iran ?

L'armée iranienne assure sans plus de détails que l'opération américaine a été "déjouée". Dans la soirée, les Gardiens de la Révolution ont diffusé une photo présentée par l'agence Isna comme étant celle du "crâne d'un soldat américain au milieu des débris d'un avion détruit".

Les Gardiens n'ont donné aucune information, diffusant seulement ce message sibyllin: "une preuve supplémentaire de la défaite humiliante du menteur Trump".

Selon le porte-parole des forces armées, Ebrahim Zolfaghari, "deux hélicoptères Black Hawk et deux avions de transport militaire C-130" américains ont "été détruits".

Cinq Iraniens ont été tués lors de l'opération américaine, a annoncé l'agence de presse Tasnim.

Les médias d'Etat ont diffusé des images de débris et de moteurs calcinés éparpillés dans une zone désertique. Elles ont été prises à environ 50 kilomètres au sud de la ville d'Ispahan, selon des spécialistes de la géolocalisation.