Deux ans après le drame, les Libanais attendent toujours vérité et justice

Le Liban marque jeudi le deuxième anniversaire de la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale. (AFP).
Le Liban marque jeudi le deuxième anniversaire de la gigantesque explosion au port de Beyrouth qui a dévasté des quartiers entiers de la capitale. (AFP).
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Publié le Jeudi 04 août 2022

Deux ans après le drame, les Libanais attendent toujours vérité et justice

  • La déflagration le 4 août 2020 dans un entrepôt abritant des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées sans précaution a fait plus de 200 morts et 6.500 blessés
  • Cette méga-explosion est un cauchemar dans l'histoire déjà mouvementée du Liban, aujourd'hui embourbé dans la pire crise économique de son histoire

BEYROUTH: Le Liban marque jeudi le deuxième anniversaire de la dévastatrice explosion au port de Beyrouth avec des manifestations de proches des victimes qui, excédés par le blocage de l'enquête, restent déterminés à poursuivre leur combat pour la justice.

Le 4 août 2020, des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium stockées sans précaution dans un entrepôt explosent. Bilan: plus de 200 morts et 6.500 blessés et des quartiers entièrement dévastés. Sans oublier le traumatisme psychologique.

Elle a été qualifiée de l'une des plus importantes explosions non nucléaires jamais enregistrées dans le monde. Mais deux ans plus tard, on ignore encore ses causes exactes ou l'identité des responsables dans un pays où règne très souvent l'impunité.

Même si une grande partie de la population l'a imputée à une classe dirigeante, en place depuis des décennies, accusée de mauvaise gestion, de corruption et de négligence flagrante.

Il faut "une enquête impartiale, approfondie et transparente sur l'explosion", a lancé jeudi le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, faisant écho à des appels d'ONG, d'experts et des familles des victimes.

Jeudi à partir de 15H00 locales (12H00 GMT), les proches des victimes organisent trois marches distinctes en direction du port pour réclamer la relance de l'enquête locale, bloquée par les obstructions politiques.

Principal symbole qui reste de l'explosion: les dizaines de silos à grain qui ont été touchés de plein fouet par le souffle. Mais des tubes se sont effondrés cette semaine et d'autres risquent de s'écrouler après un incendie qui s'y est déclaré début juillet.

"J'espère que voir les silos tomber donnera aux gens la volonté de se battre avec nous pour la justice", a dit Tatiana Hasrouty, qui a perdu son père dans le drame. Les politiciens "font tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter l'enquête."

«Ils nous tuent»

Cette méga-explosion, ressentie jusqu'à l'île de Chypre en Méditerranée située à environ 200 km, est un cauchemar dans l'histoire déjà mouvementée du Liban.

Le pays est aujourd'hui embourbé dans la pire crise économique de son histoire: chute vertigineuse de la monnaie locale, pénuries de carburants, de médicaments et d'eau potable, restrictions bancaires étouffantes et un appauvrissement de la population.

Elle a encore plus affecté une population déjà éprouvée et provoqué un exode massif rappelant celui de la guerre civile (1975-1990).

"Cette classe dirigeante nous tue tous les jours", peste Mme Hasrouty. "Ceux qui ne sont pas morts dans l'explosion, meurent de faim."

Les boulangeries rationnent le pain, les coupures de courant peuvent aller jusqu'à 23 heures par jour, le prix de l'essence a flambé, les rues sont sombres la nuit et les feux de circulation hors service.

L'explosion, "c'était un cauchemar", se souvient Lara Khatchikian dans son appartement face au port qui a été très endommagé mais qu'elle a réparé.

L'incendie dans les silos l'a ravivé.

"Mes voisins et moi étions stressés en permanence. J'ai ressenti de la peur, nous ne pouvions pas dormir. Il faut une force surhumaine pour vivre quand on se souvient constamment de l'explosion", dit-elle.

«Seul espoir»

En avril, le gouvernement a ordonné la démolition des silos, mais celle-ci a été suspendue en raison d'objections de proches de victimes qui veulent en faire un lieu de mémoire.

L'ingénieur civil français Emmanuel Durand, qui surveille les silos, a averti que le risque d'un nouvel effondrement partiel ou total n'avait "jamais été aussi élevé".

L'enquête risque elle aussi de s'effondrer. L'enquêteur principal, Tarek Bitar, a été empêché de poursuivre sa mission par une série de poursuites intentées contre lui et par une campagne dirigée par le puissant mouvement armé du Hezbollah qui accuse le juge de partialité.

Poids lourd de la vie politique libanaise, le Hezbollah a dénoncé jeudi "les campagnes politiques et médiatiques" à l'encontre du mouvement accusé de bloquer le travail du juge.

Quoiqu'il en soit, pour des ONG et des experts indépendants de l'ONU "il est clair aujourd'hui plus que jamais que l'enquête nationale ne peut rendre justice". Et qu'une enquête internationale "sans délai" est nécessaire.

D'après Aya Majzoub, de Human Rights Watch, "une enquête internationale pourrait être le seul espoir" pour les millions de Libanais impactés par la tragédie.


Liban: le bilan de la guerre s'élève à 570 morts depuis début mars 

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  • 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi
  • A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani

BEYROUTH: Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes, dont 86 enfants et 45 femmes, depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, a annoncé mercredi le ministère de la Santé.

Selon la même source, 84 personnes ont été tuées au cours de la seule journée de mardi.

 

 


L'armée iranienne dit vouloir désormais frapper des cibles économiques dans la région

L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran. (AFP)
L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran. (AFP)
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  • "L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les centres économiques et banques" appartenant aux Etats-Unis et à Israël dans la région, a déclaré le quartier général central de Khatam al-Anbiya
  • Selon les médias locaux, la frappe israélo-américaine de la nuit a "tué des employés" d'une banque de la capitale qui travaillaient "exceptionnellement" pour préparer le paiement des salaires du mois

TEHERAN: L'armée iranienne a dit mercredi vouloir désormais frapper "les centres économiques et les banques" dans le Golfe, après une attaque israélo-américaine sur un établissement bancaire de Téhéran.

"L'ennemi nous a donné carte blanche pour cibler les centres économiques et banques" appartenant aux Etats-Unis et à Israël dans la région, a déclaré le quartier général central de Khatam al-Anbiya, affilié aux Gardiens de la Révolution, selon un communiqué diffusé par la télévision d'Etat.

Selon les médias locaux, la frappe israélo-américaine de la nuit a "tué des employés" d'une banque de la capitale qui travaillaient "exceptionnellement" pour préparer le paiement des salaires du mois.

 

 


Erdogan: "Il faut mettre fin à cette guerre avant qu'elle n'embrase complètement la région"

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime après une réunion du cabinet à Ankara, en Turquie, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime après une réunion du cabinet à Ankara, en Turquie, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Recep Tayyip Erdogan appelle à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient avant qu’elle n’embrase toute la région et affirme que la diplomatie peut encore ramener les parties à la table des négociations
  • Le président turc met aussi en garde Iran contre des actions « provocatrices », après l’interception d’un second missile tiré depuis son territoire et entré dans l’espace aérien turc

ANKARA: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mercredi à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient "avant qu'elle n'embrase complètement la région", lors d'un discours devant son groupe parlementaire.

"Il faut mettre fin à cette guerre avant qu'elle ne s'aggrave et n'embrase complètement la région. Si la diplomatie a une chance, c'est tout à fait possible. Nous poursuivons patiemment nos efforts pour ramener les parties à la table des négociations", a affirmé le chef de l'Etat turc.

"Nous sommes tous conscients que si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a-t-il ajouté.

"En tant que peuples de la région, nous ne devons pas laisser un conflit dont nous sommes déjà victimes nous infliger de nouvelles souffrances", a-t-il souligné.

En revanche, lundi, le président turc avait mis en garde l'Iran contre toute "action provocatrice" après l'interception d'un second missile tiré depuis l'Iran dans l'espace aérien turc.

"Malgré nos avertissements clairs, des actions extrêmement inappropriées et provocatrices continuent d'être entreprises, mettant en péril l'amitié de la Turquie" envers l'Iran, avait-il  affirmé.