En France, le déficit commercial se creuse à 71 milliards d'euros au premier semestre

Le ministre français de l'Agriculture, Marc Fesneau (à gauche), entouré du ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti (à droite), et du ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Franck Riester (au centre), prend la parole lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 juillet 2022. (Photo par Bertrand Guay / AFP)
Le ministre français de l'Agriculture, Marc Fesneau (à gauche), entouré du ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti (à droite), et du ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Franck Riester (au centre), prend la parole lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 26 juillet 2022. (Photo par Bertrand Guay / AFP)
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Publié le Vendredi 05 août 2022

En France, le déficit commercial se creuse à 71 milliards d'euros au premier semestre

  • Sur le seul mois de juin le déficit commercial s'est creusé de 13,3 milliards d'euros, ce qui représente un nouveau record mensuel
  • Le déficit commercial très important sur les biens est toutefois contrebalancé par une très bonne tenue des services, a souligné le ministère du Commerce extérieur

PARIS : Le déficit commercial français sur les biens s'est creusé à 71 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année, nettement dégradé par la facture énergétique liée à la guerre en Ukraine, ont indiqué vendredi les douanes.

Sur le seul mois de juin le déficit commercial s'est creusé de 13,3 milliards d'euros, ce qui représente un nouveau record mensuel.

La facture énergétique «record» a plombé les chiffres semestriels, souligne le ministère du Commerce extérieur dans un communiqué diffusé vendredi. Celle-ci est passée de 27 milliards d'euros au deuxième semestre 2021 à 48 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année.

Elle «explique à elle seule la dégradation de notre déficit commercial», a estimé le ministre délégué chargé du Commerce extérieur Olivier Becht au cours d'une conférence téléphonique.

M. Becht, qui a remplacé Franck Riester le mois dernier à ce poste, a reconnu «une dégradation très sensible» du solde commercial français sur la première moitié de l'année.

La barre symbolique des 100 milliards d'euros de déficit annuel devrait logiquement être franchie à la fin 2022. Sur douze mois glissants, la France affiche déjà un déficit commercial de 121,9 milliards d'euros.

La guerre en Ukraine a entrainé une flambée des prix des hydrocarbures, aggravée sur le solde commercial français par la dépréciation récente de l'euro face au dollar qui a renchéri les importations de pétrole libellées en devise américaine.

Hors énergie et matériel militaire, le déficit commercial est de 36 milliards d'euros, proche de son niveau de l'an dernier, a précisé le ministère vendredi.

Le déficit commercial très important sur les biens est toutefois contrebalancé par une très bonne tenue des services, a souligné le ministère du Commerce extérieur, mettant en avant un excédent record de 34 milliards d'euros dans ce secteur, contre 23 milliards au semestre précédent.

Celui-ci a été porté par les services de transports, de voyages et les services financiers.

Le commerce extérieur, "point noir des performances françaises" selon un économiste

"Point noir des performances françaises", le commerce extérieur subit l'explosion des prix de l'énergie mais aussi une inadaptation de la formation et du marché du travail aux besoins, souligne dans un entretien Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.

Ce déficit commercial sur les biens s'est creusé dans les six premiers mois de l'année à 71 milliards d'euros après un nouveau record mensuel de 13,3 milliards d'euros en juin, ont dévoilé les douanes vendredi, pendant que les services ont enregistré un excédent record.

Les prix de l'énergie sont-ils seuls responsables du lourd déficit commercial français ?

La facture énergétique augmente, il n'y a pas grand-chose que l'on puisse faire. Mais les choses ne s'améliorent pas du côté de la balance des biens manufacturés - où la compétitivité française s'exerce -, voire se dégradent depuis le Covid-19.

Les livraisons aéronautiques, un des points forts traditionnellement, peinent à repartir. Dans le secteur des équipements automobiles, on perd beaucoup de parts de marchés. On voit aussi combien les parts de marché se dégradent énormément vis-à-vis de l'Asie depuis la pandémie de Covid-19, et localement avec certains voisins comme l'Espagne et le Royaume-Uni, ou même les États-Unis plus récemment avec la crise énergétique.

Le commerce extérieur est clairement le point noir des performances françaises qui, dans d'autres secteurs voient des améliorations très positives, notamment le marché du travail qui, malgré la dégradation de la conjoncture mondiale, voit les intentions d'embauches rester bien orientées.

Comment jugez-vous les efforts du gouvernement pour enrayer cette tendance ?

Cela prendra du temps de réparer tout cela. Depuis plusieurs années des politiques ont consisté à baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises afin d'améliorer notre compétitivité.

Pour l'instant cela ne porte pas vraiment ses fruits, ce qui montre que la compétitivité prix de nos produits n'est pas le seul déterminant aux statistiques, loin de là. Tout au plus cela limite la dégradation.

Les vrais problèmes structurels demeurent, le manque de compétences techniques, la formation, et l'adaptabilité du marché du travail. Tant que ces problèmes structurels ne seront pas résolus il est difficile de voir comment les choses pourront réellement s'améliorer dans les prochaines années.

Quels sont les points forts français ?

Concernant le commerce des biens, les rares améliorations sont à observer dans l'agroalimentaire et dans l'équipement militaire.

Un autre point positif est le solde des services qui affiche des niveaux records et permet de limiter la casse. On parle beaucoup du tourisme qui se redresse seulement depuis très récemment mais il y a aussi le fret maritime et le service aux entreprises qui enregistrent des gains importants.

Globalement, sur la balance totale des biens et des services, les choses se sont dégradées et les services ne suffisent pas à compenser les pertes de compétitivité et la dégradation du solde énergétique.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.