Décès de Sempé, dessinateur français du «Petit Nicolas», à l'âge de 89 ans

L'artiste français Jean-Jacques Sempé pose lors d'une exposition de ses dessins à Bordeaux le 28 mai 2019. (AFP)
L'artiste français Jean-Jacques Sempé pose lors d'une exposition de ses dessins à Bordeaux le 28 mai 2019. (AFP)
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Publié le Vendredi 12 août 2022

Décès de Sempé, dessinateur français du «Petit Nicolas», à l'âge de 89 ans

  • «Le dessinateur d'humour Jean-Jacques Sempé est décédé paisiblement (jeudi) soir, 11 août (2022), dans sa 89e année, dans sa résidence de vacances»
  • Il est décédé entouré de sa femme et de ses amis proches

PARIS:Après René Goscinny, le "Petit Nicolas" perd son deuxième papa: le dessinateur français Jean-Jacques Sempé, connu également pour ses dessins de presse humoristiques, notamment dans le prestigieux magazine New Yorker, est décédé jeudi à l'âge de 89 ans.

Sa disparition a été annoncée à l'AFP par son épouse, Martine Gossieaux Sempé.

"Le dessinateur d'humour Jean-Jacques Sempé est décédé paisiblement ce soir (...) dans sa résidence de vacances, entouré de sa femme et de ses amis proches", a également indiqué Marc Lecarpentier, son biographe et ami, dans une déclaration à l'AFP.

Grand maître français de l'humour et de la poésie, mélange de dérision et de modestie, Sempé a tracé depuis les années 1950 jusqu'à aujourd'hui une œuvre pleine de bonhomie: des dessins pour le New Yorker, Paris Match ou L'Express aux albums du "Petit Nicolas" .

Sempé a été l'un des artistes les plus sollicités par le New Yorker avec une centaine de couvertures dessinées de sa main. Débutée en 1978, sa collaboration avec le célèbre magazine américain s'est poursuivie jusqu'en 2019.

L'annonce de sa disparition a provoqué de nombreux hommages et réactions, dans les sphères politiques, économiques, médiatiques et artistiques, aussi bien en France qu'à l'étranger.

"La tendre ironie, la délicatesse de l'intelligence, le jazz: nous ne pourrons pas oublier Jean-Jacques Sempé. Son regard et son crayon vont cruellement nous manquer. Du Petit Nicolas en passant par Monsieur Lambert, jusqu'aux promeneurs de Saint-Germain-des-Prés, il avait l'élégance de toujours rester léger sans que rien ne lui échappe", a écrit le président Emmanuel Macron dans un message sur Instagram, accompagné du dernier dessin publié de l'artiste.

"Sempé, c'était le dessin, c'était le texte. C'était le sourire et la poésie. C'était parfois la larme à l'œil de rire, ce soir, elle est d'émotion. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches", a pour sa part réagi la Première ministre Elisabeth Borne, sur son compte Twitter, à l'unisson de plusieurs membres du gouvernement.

"Sempé n'est plus là, mais ses dessins resteront intemporels. Ils m'ont accompagnée à Beyrouth, à Paris, à New York", a tweeté la ministre française de la Culture, Rima Abdul Malak. "Avec tendresse, poésie et malice, un humour qui se déplie à l'infini et une liberté absolue, il nous a appris à regarder le monde avec un regard d’enfant."

Quant à Joann Sfar, l'auteur du "Chat du Rabbin", c'est en dessin qu'il a rendu hommage à l'un des maîtres du genre: "Sempé est mort. C'est la première fois que j'ai la certitude qu'un Dieu est au ciel", a-t-il écrit.

Un album par an

Né en 1932 à Pessac, près de Bordeaux, le dessinateur a publié une cinquantaine d'albums dans sa carrière, "Saint Tropez", "Tout se complique" et surtout le "Petit Nicolas", vendu aujourd'hui à quelque 15 millions d'exemplaires.

Enfant naturel, battu et bègue, Sempé n'a pas vraiment eu l'enfance de son héros Nicolas qu'il fait grandir avec Goscinny dans une France idéalisée des années 1950.

Il vend ses premières planches en 1950 à Sud Ouest qu'il signe "DRO" (de "to draw", dessiner en anglais).

Depuis le "Petit Nicolas" qu'il a créé en 1959 avec René Goscinny (disparu en 1977), Jean-Jacques Sempé a publié quasiment un album par an et signé une centaine de Unes dans la presse.

Un autobus sur un pont traversant la Seine de nuit, des musiciens, des cyclistes, un cracheur de feu, des scènes à Central Park ou au Jardin du Luxembourg... Dans chacune de ses œuvres, on retrouve ses thèmes de prédilection: la petitesse de l'homme dans la nature, sa solitude dans la ville, ses disputes, ses ridicules et ses ambitions démesurées, les limites de l'esprit d'équipe.

Dans son dernier dessin, paru dans le numéro du 4 au 10 août de Paris Match et qui croque un peintre en plein exercice dans un décor champêtre, Sempé avait écrit: "Pense à ne pas m'oublier". Une œuvre ultime aux allures d'adieux prémonitoires.


La Foire du livre de Guadalajara met Sharjah à l’honneur et dénonce les « nouveaux populismes »

Le poète syrien Adonis s'exprime lors de la conférence principale "La poésie dans le monde arabe : entre le fixe et le mutable" à la Foire internationale du livre de Guadalajara, à Guadalajara, au Mexique, le 3 décembre 2022. (Photo : Ulises Ruiz / AFP)
Le poète syrien Adonis s'exprime lors de la conférence principale "La poésie dans le monde arabe : entre le fixe et le mutable" à la Foire internationale du livre de Guadalajara, à Guadalajara, au Mexique, le 3 décembre 2022. (Photo : Ulises Ruiz / AFP)
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  • En plus d'Adonis, qui a dénoncé l'échec des printemps arabes, le prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, a réfléchi vendredi à voix haute sur l'exil et son rapport à sa «langue d'écriture», le français
  • Le pays à l'honneur cette année, l'émirat du Sharjah, troisième plus grande entité des Émirats arabes unis après Dubaï et Abu Dhabi, a suscité la curiosité des familles mexicaines

GUADALAJARA, Mexique :  La Foire du livre de Guadalajara (FIL), l'une des plus importante au monde après Francfort, est victime des clivages politiques de plus en plus violents qui traversent le Mexique et plusieurs pays d'Amérique latine.

A priori, tout le Mexique pourrait être fier de la FIL qui prend fin dimanche. Depuis le 26 novembre, des pointures de la littérature espagnole et latino-américaine -et d'autres continents, comme le poète syrien Adonis samedi- ont fait le voyage de Guadalajara, la deuxième ville du pays.

Les auteurs viennent à la rencontre des dizaines de milliers de lecteurs -ou potentiels lecteurs-, qui prennent d'assaut les librairies des deux principaux groupes d'édition en espagnol, Penguin Random House et Planeta. Des dizaines d'autres éditeurs ont loué des emplacements sur 34.000 m2 d'exposition au total d'après les organisateurs.

Les étrangers sont à l'honneur, avec le prix de la FIL décerné cette année au Roumain Mircea Cartarescu (traduit en français chez P.O.L). Un hommage a été rendu au prix nobel portugais de littérature, José Saramago (décédé en 2010), pour le 100e anniversaire de sa naissance, en présence de sa compagne et traductrice espagnole, Pilar del Rio.

En plus d'Adonis, qui a dénoncé l'échec des printemps arabes, le prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, a réfléchi vendredi à voix haute sur l'exil et son rapport à sa «langue d'écriture», le français, et à ses langues du Sénégal, le sérère et le wolof, qu'il n'écrit pas encore.

Le pays à l'honneur cette année, l'émirat du Sharjah, troisième plus grande entité des Emirats arabes unis après Dubaï et Abu Dhabi, a suscité la curiosité des familles mexicaines - ne fût-ce que le temps d'un selfie avec ses représentants en tenue traditionnelle.

Tout le monde semble saluer le succès de la FIL, organisé par l'Université de Guadalajara - sauf les autorités mexicaines, qui la boycottent.

- «Intellectuels organiques» -

Loin de se réjouir de la tenue au Mexique du plus grand marché de l'édition en langue espagnole, le président de la République, un dirigeant de la gauche nationaliste, Andres Manuel Lopez Obrador , surnommé AMLO, l'a qualifié de «forum du conservatisme».

«C'est là que vont tous les intellectuels organiques pour parler mal de nous», a ajouté le chef de l'État, habitué à critiquer nommément en public des éditorialistes ou des essayistes qu'ils considèrent comme des contradicteurs.

A l'appui de sa démonstration, AMLO a souligné qu'une députée de son Mouvement pour la régénération nationale (Morena), Patricia Armendáriz, a été sifflée lors d'une rencontre à Guadalajara alors qu'elle défendait la politique de son gouvernement.

«Avec le président López Obrador, il n'y a pas une bonne relation, parce qu'il n'est jamais venu», a reconnu la directrice de la FIL, Marisol Schultz.

Des personnalités très engagées à gauche comme Gabriel Garcia Marquez et les-ex chefs du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez et José Luis Zapatero (en 2021 pour ce dernier) ont eu les honneurs de la FIL, ajoute-t-elle.

«Nous avons reçu José Mujica alors qu'il était président de l'Uruguay», souligne-t-elle, en référence à l'ex-chef de l'Etat qui fut aussi un guerillero, et dont la vie a inspiré un documentaire au réalisateur Emir Kusturica.

Décidément peu consensuelle dans son propre pays voire sans sa propre ville, la FIL a mobilisé contre elle une centaine de manifestants, qui ont bloqué l'entrée principale le jour de l'inauguration le 26 novembre, avec des slogans hostiles à l'Université de Guadalajara.

Le recteur de l'université a assuré qu'ils étaient envoyés par le gouverneur de l'état du Jalisco (dont Guadalajara est la capitale), sur fond de polémiques locales.

Ce samedi, la FIL a donné la parole à des intrevenants venus de pays où la situation politique est encore plus tendue qu'au Mexique.

La journaliste cubaine Yoani Sánchez a dénoncé une «furie répressive» du gouvernement de La Havane depuis les manifestations de 2021. «Nous avons plus de mille prisonniers politiques», a-t-elle assuré, s'inquiétant des conséquences du nouveau code pénal pour le journalisme indépendant.

Une «biennale du journalisme» a dénoncé les «nouveaux populismes» qui menacent la presse indépendante dans plusieurs pays (Salvador, Nicaragua, Venezuela...). Ainsi que les assassinats de journalistes au Mexique (une quinzaine rien qu'en 2022), impunis la plupart du temps...L'année prochaine, l'Union européenne sera l'invité d'honneur du grand rendez-vous de Guadalajara.


Les robots conversationnels toujours plus convaincants

Un homme marche entre les robots humanoïdes "Pepper" du géant japonais des télécommunications Softbank, dans un hôtel de Tokyo, le 20 juillet 2016. (Photo de Kazuhiro Nogi / AFP)
Un homme marche entre les robots humanoïdes "Pepper" du géant japonais des télécommunications Softbank, dans un hôtel de Tokyo, le 20 juillet 2016. (Photo de Kazuhiro Nogi / AFP)
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  • Les conversations avec ChatGPT, postées notamment sur Twitter par des internautes fascinés, montrent une sorte de machine omnisciente
  • «Sa réponse à la question +que faire si quelqu'un a une crise cardiaque+ était d'une clarté et d'une pertinence assez incroyable», a raconté Claude de Loupy, dirigeant de Syllabs

SAN FRANCISCO : La start-up californienne OpenAI a mis en ligne un robot conversationnel (chatbot) capable de répondre à des questions variées, mais dont les performances impressionnantes relancent le débat sur les risques liés aux technologies d'intelligence artificielle (IA).

Les conversations avec ChatGPT, postées notamment sur Twitter par des internautes fascinés, montrent une sorte de machine omnisciente, capable d'expliquer des concepts scientifiques, d'écrire une scène de théâtre, de rédiger une dissertation universitaire… ou bien des lignes de code informatique parfaitement fonctionnelles.

«Sa réponse à la question +que faire si quelqu'un a une crise cardiaque+ était d'une clarté et d'une pertinence assez incroyable», a raconté à l'AFP Claude de Loupy, dirigeant de Syllabs, entreprise française spécialisée dans la génération automatique de texte.

«Quand on commence à poser des questions très précises, ChatGPT peut répondre à côté de la plaque», mais ses performances restent globalement «vraiment impressionnantes», avec un «niveau linguistique assez haut», estime-t-il.

La start-up OpenAI, cofondée en 2015 à San Francisco par Elon Musk - le patron de Tesla a quitté l'entreprise en 2018 - a reçu 1 milliard de dollars de Microsoft en 2019.

Elle est connue notamment pour deux logiciels de création automatisée, GPT-3 pour la génération de textes, et DALL- E pour la génération d'images.

ChatGPT est capable de demander des précisions à son interlocuteur, et «a moins d'hallucinations» que GPT-3, qui malgré ses prouesses est capable de sortir des résultats complètement aberrants, relate Claude de Loupy.

- Cicéron -

«Il y a quelques années, les chatbots avaient le vocabulaire d'un dictionnaire et la mémoire d'un poisson rouge. Aujourd'hui ils sont bien meilleurs à réagir de façon cohérente en fonction de l'historique des requêtes et réponses. Ce ne sont plus des poissons rouges», note Sean McGregor, un chercheur qui compile des incidents liés à l'IA sur une base de données.

Comme d'autres programmes reposant sur l'apprentissage profond (deep learning), ChatGPT conserve une faiblesse de taille : «elle n'a pas accès au sens», rappelle Claude de Loupy. Le logiciel ne peut pas justifier ses choix, c'est-à-dire expliquer pourquoi il a assemblé ainsi les mots qui forment ses réponses.

Les technologies à base d'IA capables de communiquer sont néanmoins de plus en plus capables de donner l'impression qu'elles réfléchissent vraiment.

Des chercheurs de Meta (Facebook) ont récemment mis au point un programme informatique baptisé Cicero, comme l'homme d'État romain Cicéron.

Le logiciel a fait ses preuves à Diplomacy, un jeu de société qui requiert des talents de négotiateur.

«S'il ne parle pas comme une personne réelle - faisant preuve d'empathie, construisant des relations et parlant correctement du jeu - il ne pourra pas nouer d'alliances avec les autres joueurs», détaille un communiqué du géant des réseaux sociaux.

Character.ai, une start-up fondée par d'anciens ingénieurs de Google, a mis en ligne en octobre un chatbot expérimental, qui peut adopter n'importe quelle personnalité. Les utilisateurs créent des personnages selon un bref descriptif, et peuvent ensuite «converser» avec de faux Sherlock Holmes, Socrate ou Donald Trump.

- «Simple machine» -

Ce degré de sophistication fascine mais inquiète aussi de nombreux observateurs, à l'idée que ces technologies ne soient détournées pour piéger les humains, en diffusant de fausses informations par exemple, ou en créant des arnaques de plus en plus crédibles.

Qu'en «pense» ChatGPT ? «ll existe des dangers potentiels à construire des chatbots ultra sophistiqués (...) Des gens pourraient croire qu'ils interagissent avec une vraie personne», reconnaît le chatbot interrogé sur ce sujet par l'AFP.

Les entreprises mettent donc en place des garde-fous pour éviter des abus.

Sur la page d'accueil, OpenAI précise que le chatbot peut générer des «informations incorrectes» ou «produire des instructions dangereuses ou des contenus biaisés».

Et ChatGPT refuse de prendre parti. «OpenAI a fait en sorte qu'il soit incroyablement difficile de lui faire exprimer des opinions», souligne Sean McGregor.

Le chercheur a demandé au chatbot d'écrire un poème sur une question éthique. «Je suis une simple machine, un outil à votre disposition / je n'ai pas le pouvoir de juger ou de prendre des décisions (...)», lui a répondu l'ordinateur.

«Intéressant de voir les gens se demander si les systèmes d'IA devraient se comporter comme les utilisateurs le souhaitent ou comme les créateurs l'ont prévu», a tweeté samedi Sam Altman, cofondateur et patron d'OpenAI.

«Le débat sur quelles valeurs donner à ces systèmes va être l'un des plus importants qu'une société puisse avoir», a-t-il ajouté.

 


Au Royaume-Uni, un passionné collecte les sons «presque oubliés»

Le musicien et artiste sonore Stuart Fowkes enregistre le son du passage d'une rame du métro londonien à la station de métro Blackfriars, à Londres, le 28 novembre 2022. (Photo : Ben Stansall / AFP)
Le musicien et artiste sonore Stuart Fowkes enregistre le son du passage d'une rame du métro londonien à la station de métro Blackfriars, à Londres, le 28 novembre 2022. (Photo : Ben Stansall / AFP)
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  • «Des nouveaux sons voient le jour plus rapidement que jamais auparavant dans l'histoire, mais ils changent et disparaissent également plus vite qu'avant», affirme Stuart Fowkes
  • Le projet «sons obsolètes» rassemble plus de 150 enregistrements collectés à travers le monde et inclut des mixages de ces sons par des musiciens et artistes

LONDRES : Hormis les touristes, rares sont ceux qui accordent encore beaucoup d'importance aux emblématiques cabines téléphoniques rouges à Londres. La plupart ne fonctionnent plus, ainsi, quand Stuart Fowkes en trouve une encore en état de marche, il ne peut s'empêcher d'enregistrer sa sonnerie.

Ce son si particulier va enrichir sa collection de bruits disparus qu'il entend préserver dans le cadre d'un projet qu'il a baptisé «les sons obsolètes».

Stuart Fowkes saisit son petit microphone et passe à l'action. «J'ai toujours été curieux des sons», explique-t-il.

«Des nouveaux sons voient le jour plus rapidement que jamais auparavant dans l'histoire, mais ils changent et disparaissent également plus vite qu'avant», affirme-t-il.

Ces cinq dernières années, il a ainsi collecté et remixé sur son site «Cities and Memory» plus de 5.000 sons de 100 pays. Tous sont en train d'être archivés par la British Library.

Pour son nouveau projet, il veut collecter les bruits qui sont «presque oubliés», ceux qui selon lui ont «la plus grande résonance émotionnelle».

«Ce qui m'a frappé, c'est la façon dont les gens ont été émus par certains des enregistrements», explique-t-il.

«Vous avez des gens qui entendent le son d'une caméra Super 8 et ils se rappellent être dans leur salon en 1978 avec leur père qui montre des films amateurs pour la première fois», ajoute-t-il.

Le projet «sons obsolètes» rassemble plus de 150 enregistrements collectés à travers le monde et inclut des mixages de ces sons par des musiciens et artistes.

Présentée comme la plus importante collection du genre, elle inclut des sons de baladeurs à cassette Walkman ou des vieilles consoles de jeux vidéos, mais aussi le bruit du train à vapeur ou d'anciennes voitures de course.

Stuart Fowkes a également enregistré le bruit d'un environnement qui change rapidement, comme des glaciers en train de craquer et de fondre.

«Avant la révolution industrielle, notre environnement sonore - des clochers, des sabots de chevaux, l'industrie manuelle - n'a pas tellement changé pendant des centaines d'années», raconte M. Fowkes.

«Aujourd'hui, tout change à un rythme ridicule. Les objets n'ont que quelques années, comme les sonneries de téléphones portables, qu'ils sont déjà démodés.»

- Les bruits de la ville -

En s'engouffrant dans le métro londonien, le collectionneur de sons se remet au travail.

Pour lui, le crissement d'un train qui arrive en gare ou le bruit des portes qui s'ouvrent et se ferment n'ont absolument rien d'ennuyeux.

«J'ai toujours été quelqu'un qui écoute le monde. Dès que j'ai eu un enregistreur entre les mains, j'ai commencé à écouter le monde un peu différemment et à entendre des choses que les gens ne remarqueraient pas forcément ou n'écouteraient pas», ajoute-t-il.

Stuart Fowkes, consultant numérique, a lancé «Cities and Memory» en 2015 et a attiré quelque 1.000 collaborateurs dans le monde.

«Tous les matins je me réveille et j'ai des mails avec des sons d'endroits complètement inattendus, comme une plage à Bali ou même un métro à Pyongyang», raconte-t-il.

Et ces enregistrements de terrain sont à la mode, ajoute le passionné. Des artistes comme Björk les utilisent dans leur musique.

«Avant c'était très niche, un peu comme le comportement des +trainspotters+ (des mordus du ferroviaire, NDLR) mais désormais, tout le monde peut enregistrer de manière correcte sur son téléphone et ça devient de plus en plus +mainstream+», affirme M. Fowkes.

Le collectionneur est ravi de l'enthousiasme généré par son projet mais aimerait recevoir encore plus de sons, notamment de villes en Afrique.

Tout le monde peut participer, souligne-t-il, en «sortant simplement le téléphone par la fenêtre» avant de partager l'enregistrement sur son site.

Il continue de son côté à enregistrer les bruits du quotidien, une passion qui l'accompagne partout.

«Dès qu'on va en vacances je vais dire (à ma femme): +est-ce que tu as entendu ce passage piéton? Il faut que je l'enregistre+».