Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens

Un militaire russe monte la garde près de la centrale nucléaire de Zaporijjia au cours du conflit entre l'Ukraine et la Russie à l'extérieur de la ville d'Enerhodar sous contrôle russe, en Ukraine, le 4 août 2022 (Photo, Reuters).
Un militaire russe monte la garde près de la centrale nucléaire de Zaporijjia au cours du conflit entre l'Ukraine et la Russie à l'extérieur de la ville d'Enerhodar sous contrôle russe, en Ukraine, le 4 août 2022 (Photo, Reuters).
Short Url
Publié le Samedi 13 août 2022

Près de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, les pensées sombres des Ukrainiens

  • Un transformateur de ligne électrique haute tension a été touché le 5 août, entraînant l'arrêt automatique du réacteur n°3 de la plus grande centrale nucléaire d'Europe et le démarrage de ses groupes électrogènes de secours
  • A l'époque soviétique, l'Ukraine a été le théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l'histoire à Tchernobyl, 530 kilomètres au nord-ouest

MARGANETS, Ukraine : Un vent violent souffle sur Marganets, dans le sud de l'Ukraine. Il vient du fleuve Dnipro, de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par les troupes russes, où Kiev et Moscou s'accusent mutuellement de bombardements.

Depuis une semaine, les installations de la centrale ont été touchées plusieurs fois. Les dernières frappes en date, jeudi, ont endommagé une station de pompage et des capteurs de mesures de radioactivité.

Plus grave, un transformateur de ligne électrique haute tension a été touché le 5 août, entraînant l'arrêt automatique du réacteur n°3 de la plus grande centrale nucléaire d'Europe et le démarrage de ses groupes électrogènes de secours.

«L'heure est grave», a lancé jeudi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Marganets n'est qu'à treize kilomètres, de l'autre côté du fleuve. La ville verdoyante, au sommet d'une colline, reste sous contrôle ukrainien mais entre les fourrés on peut apercevoir la station datant de l'ère soviétique.

«Vous savez, si nous mourons, cela se produira en une seconde, nous ne souffrirons pas», veut croire Anastasia, 30 ans. «Ça me calme de savoir que mon enfant et ma famille ne souffriront pas», poursuit-elle, bravache, en continuant ses courses.

- «Constamment peur» -

La centrale nucléaire de Zaporijjia --en fait située dans la ville d'Energodar-- se trouve sur la ligne de front depuis qu'elle a été capturée par les troupes russes début mars, quelques jours le début de l'invasion de l'Ukraine.

À Marganets, les militaires déconseillent de se rendre sur les rives du Dnipro, large ici de six kilomètres, de peur que les troupes ennemies n'ouvrent le feu.

Le centre de cette ville industrielle qui comptait 50.000 habitants avant la guerre est animé et semble contredire les bruits alarmistes qui circulent sur l'état des six réacteurs de la centrale.

«J'ai peur pour mes parents, pour moi-même. Je veux vivre et profiter de la vie», confie Ksenia, 18 ans, tout en servant les clients d'un kiosque à café le long de la principale artère commerciale.

«On a constamment peur. Et les informations disent que la situation dans la centrale est très tendue, donc ça devient plus terrible chaque seconde».

«Tu as juste peur d'aller te coucher parce que la nuit, il se passe des choses terribles ici», reprend la jeune fille.

A Marganets et Nikopol, quelques kilomètres en aval, 17 civils ont été tués dans des frappes nocturnes cette semaine, selon les autorités locales. Vendredi soir, le bourdonnement de la sirène des raids aériens s'élève au-dessus de la ville alors que le soleil commence à baisser.

L'Ukraine accuse la Russie de tirer, et de stocker armes et munitions, depuis le territoire de la centrale, empêchant les forces ukrainiennes de riposter. Vendredi, un haut responsable ukrainien a en outre affirmé à l'AFP que les troupes russes «tirent sur des parties de la centrale pour donner l'impression que c'est l'Ukraine qui le fait».

Volodymyr Zelensky a dénoncé un «chantage nucléaire».

- Souvenirs des radiations -

«Je pense que les Russes utilisent la centrale comme un atout», suppose Anton, 37 ans. «Une roquette est tombée près de notre maison il y a environ deux semaines. Je suis quelqu'un de calme, mais on peut vite se mettre à trembler».

A l'époque soviétique, l'Ukraine a été le théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l'histoire à Tchernobyl, 530 kilomètres au nord-ouest.

Quelque 600.000 «liquidateurs» ont été dépêchés sur les lieux de l'accident avec une faible, voire aucune, protection pour éteindre l'incendie et nettoyer les dégâts.

Aujourd'hui, le bilan humain de la catastrophe fait toujours débat, d'une trentaine de morts officiellement reconnus par l'ONU aux dizaines de milliers dénoncés par des ONG.

À Marganets se dresse un monument aux liquidateurs, sur lequel sont gravés quelques vers.

«De nombreuses années ont passé mais la douleur est toujours présente. Nous avons repoussé l'atome au prix d'une vie jeune», peut-on lire.

Debout près d'un cratère de missile ayant touché Marganets dans la nuit, Serguiï Volokitine, 54 ans, médite sur le passé tandis qu'un homme déblaie les restes des fenêtres voisines.

«Après mon diplôme, j'ai travaillé à la mine et dans mon équipe, il y avait deux personnes qui ont été liquidateurs», se souvient-il: «On savait tout de ce qui se passait là-bas».

«On sait ce que font les radiations, et quelles seront les conséquences si quelque chose se passe».

 

 


Israël: les militants d'une nouvelle flottille en détention après leur interception en mer

Short Url
  • Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël
  • Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus

ASHDOD: Les autorités israéliennes ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention à Ashdod, dans le sud d'Israël, de centaines de militants propalestiniens arrêtés à bord d'une flottille à destination de Gaza, selon une ONG.

Les forces israéliennes avaient intercepté lundi au large de Chypre des bateaux participant à une nouvelle "flottille pour Gaza".

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

Une organisation de défense des droits humains, Adalah, a indiqué mercredi que certains d'entre eux étaient arrivés au port d'Ashdod où ils étaient détenus.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales et conduits en territoire israélien entièrement contre leur volonté" a déclaré Adalah.

Une cinquante de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif une nouvelle tentative de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré dans la nuit de mardi à mercredi que les 430 militants pourraient rencontrer leurs représentants consulaires.

"Cette flottille s'est une fois de plus révélée n'être rien de plus qu'un coup de communication au service du Hamas", a ajouté le porte-parole, en référence au mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait dénoncé plus tôt "un plan malveillant destiné à briser le blocus (...) imposé aux terroristes du Hamas".

Neuf ressortissants indonésiens, membres de la flottille, "ont été signalés comme ayant été arrêtés par Israël", a déclaré une porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, citant des informations datées de mercredi.

L'Indonésie a appelé Israël à libérer immédiatement tous les navires et membres d'équipage. Le journal indonésien Republika avait indiqué plus tôt que deux de ses journalistes figuraient parmi les personnes interpellées.

La Turquie et l'Espagne ont condamné l'interception. Les organisateurs ont indiqué que la flottille comptait également 15 citoyens irlandais, dont Margaret Connolly, la sœur de la présidente Catherine Connolly.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe. Deux d'entre eux ont été amenés en Israël, détenus pendant plusieurs jours puis expulsés.

 


Négociations Etats-Unis-Iran: nouvelle visite d'un ministre pakistanais à Téhéran

Short Url
  • Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine
  • "Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran"

TEHERAN: Le ministre de l'Intérieur du Pakistan, pays médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran, s'est rendu à Téhéran pour la deuxième fois en moins d'une semaine, a rapporté mercredi l'agence officielle Irna, en pleine impasse dans les négociations de paix.

"Mohsen Naqvi est venu à Téhéran pour rencontrer des responsables de la République islamique d'Iran", a précisé l'agence, citant "des sources diplomatiques à Islamabad".

 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Short Url
  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.