En Irak, la sécheresse ravage aussi les marais mésopotamiens du mythique jardin d'Eden

Un canal du marais d'Umm El Wadaa, au sud-est de la ville irakienne de Nasiriyah dans la province irakienne de Dhi Qar, le 16 août 2022. (Photo, AFP)
Un canal du marais d'Umm El Wadaa, au sud-est de la ville irakienne de Nasiriyah dans la province irakienne de Dhi Qar, le 16 août 2022. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 17 août 2022

En Irak, la sécheresse ravage aussi les marais mésopotamiens du mythique jardin d'Eden

Un canal du marais d'Umm El Wadaa, au sud-est de la ville irakienne de Nasiriyah dans la province irakienne de Dhi Qar, le 16 août 2022. (Photo, AFP)
  • Dans les marais de Hawizeh, chevauchant la frontière avec l'Iran, ou ceux très touristiques de Chibayich, de vastes étendues de terres humides ont cédé la place à des sols craquelés, parsemés d'arbustes jaunissant
  • Entre 2020 et 2022, dans les marais du sud de l'Irak, notamment ceux de Hawizeh et Chibayich, 41% des zones marécageuses ont souffert d'une réduction du niveau de l'eau et d'une baisse de l'humidité

MARAIS DE HAWIZEH: Pour nourrir et rafraîchir ses buffles, Hachem Gassed doit désormais parcourir une dizaine de kilomètres à travers des terres arides, brûlées par le soleil. Dans le sud de l'Irak, la sécheresse a emporté des pans entiers de marais mésopotamiens du mythique jardin d'Eden. 

Dans les marais de Hawizeh, chevauchant la frontière avec l'Iran, ou ceux très touristiques de Chibayich, de vastes étendues de terres humides ont cédé la place à des sols craquelés, parsemés d'arbustes jaunissant. 

En cause: trois années de sécheresse, des précipitations en baisse et un débit réduit des fleuves venus des pays voisins, Turquie et Iran, en raison des barrages construits en amont. 

« La sécheresse touche les hommes autant que les animaux », raconte Hachem Gassed, 35 ans, habitant un hameau près de Hawizeh. 

Autour de lui, l'immense lac d'Oum al-Naaj est devenu une terre aride. Par endroit subsistent des flaques d'eau boueuse et des rivières étranglées. On devine les lits asséchés des ruisseaux qui serpentaient dans des marais jadis luxuriants -- inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco. 

Comme son père avant lui, Hachem élève des buffles. « Ces marais sont notre gagne-pain: on y pêchait et nos bêtes pouvaient y paître et s'y abreuver. » 

De la trentaine de têtes du troupeau familial, il n'en reste que cinq. Les autres buffles sont morts ou ont été vendus pour boucler des fins de mois difficiles. Ceux qui restent doivent être surveillés: ils pourraient se noyer dans la boue, car incapables de s'en extirper. 

Pauvreté, changement climatique 

Les marais ont déjà connu des années de sécheresse, avant des saisons de pluies fastes qui viennent les ressourcer. 

Entre 2020 et 2022, dans les marais du sud de l'Irak, notamment ceux de Hawizeh et Chibayich, 41% des zones marécageuses ont souffert d'une réduction du niveau de l'eau et d'une baisse de l'humidité, tandis que 46% de ces zones ont perdu des eaux de surface, selon l'ONG néerlandaise PAX qui se base sur des données satellitaires. 

Notant « une baisse sans précédent du niveau de l'eau », l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) rappelle que les marais sont « une des régions les plus pauvres d'Irak et parmi les plus touchées par le changement climatique. » 

L'agence souligne « l'impact désastreux » sur plus de 6 000 familles, « en train de perdre leurs buffles, leur unique gagne-pain ». 

Mobilisé à Hawizeh, le militant écologiste Ahmed Saleh Neema fustige les conséquences environnementales: « Il n'y a plus de poissons, de loutres à pelage lisse, de sangliers ». 

Un désastre pour ces marais abritant « de nombreuses populations d'espèces menacées », selon l'Unesco. Le secteur représente « un des plus grands sites d'escale et d'hivernage » pour les canards, et une étape majeure pour environ 200 espèces d'oiseaux migrateurs. 

Ceux de Hawizeh sont irrigués par deux effluents du fleuve Tigre, qui prend sa source en Turquie, assure M. Neema. Leur débit a été réduit, dit-il, les autorités pratiquant un rationnement pour couvrir les besoins en eau du pays. 

« Le gouvernement veut préserver la plus grande quantité d'eau possible », reconnaît le militant critiquant toutefois « une mauvaise gestion du dossier ». Sous la pression de manifestations, les autorités ont rouvert partiellement les vannes, avant de les refermer, dit-il. 

« A la recherche d'eau »  

Côté iranien, ces marais appelés Hoor al-Azim souffrent également de stress hydrique: la moitié du secteur iranien est actuellement asséché, rapportait récemment l'agence officielle Irna. 

« Le principal fleuve côté iranien qui alimente les marais de Hawizeh est totalement coupé depuis plus d'un an », explique Hatem Hamid, directeur du centre gouvernemental de gestion des ressources hydriques en Irak. 

Côté irakien, les besoins en eau des activités agricoles ou des marais sont couverts pour moitié seulement, reconnaît-il, car une des « priorités » est de fournir de l'eau potable. 

Par plus de 50 degrés, « impossible de compenser l'évaporation très élevée dans les marais », ajoute-t-il. 

Les responsables mettent en avant des canaux et ruisseaux réhabilités pour alimenter les marais: après avoir quitté les zones asséchées, c'est ici que les familles s'installent. 

Nichés entre les fleuves Tigre et Euphrate, les marais mésopotamiens -- considérés par certains comme le jardin d'Eden de la Bible -- ont déjà souffert du temps de l'ancien régime. 

Pour éradiquer l'insurrection qui s'y cachait, le dictateur Saddam Hussein les avait fait assécher dans les années 1990. Depuis, leur surface humide a été divisée par deux. 

A Chibayich, Ali Jawad, 20 ans, déplore le récent départ de dizaines de familles de son hameau. 

« Elles ont migré vers d'autres régions, à la recherche de zones où il y a de l'eau », explique-t-il: « Avant quand on venait dans les marais, on y trouvait de la verdure, de l'eau, la paix intérieure. Maintenant c'est comme un désert. » 


La Turquie espère «réduire les tensions» au Moyen-Orient lors d'un forum

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP. (AFP)
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  • Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement
  • Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

ANTALYA: La Turquie organise à partir de vendredi un vaste forum diplomatique qui accueillera notamment le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, au moment où Islamabad intensifie ses efforts pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les représentants de plus de 150 pays sont attendus au Forum d'Antalya, station balnéaire du sud de la Turquie, dont plus de 20 chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi eux figurent le président syrien Ahmad al-Chareh et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Une réunion entre les chefs de la diplomatie de la Turquie, de l'Egypte, du Pakistan et de l'Arabie Saoudite pour "des discussions sur le développement de solutions régionales aux problèmes régionaux, notamment à propos du conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran" est prévue vendredi soir en marge du forum, selon une source du ministère turc des Affaires étrangères.

Le forum annuel d'Antalya intervient alors que le Pakistan multiplie ses efforts de médiation en vue d'une nouvelle série de pourparlers entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre lancée le 28 mars par les Etats-Unis et Israël.

Le chef d'état-major de l'armée pakistanaise a rencontré jeudi à Téhéran des négociateurs de haut niveau et M. Sharif, arrivé jeudi à Antalya, s'est entretenu cette semaine avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani dans le cadre d'une tournée régionale.

De premiers pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan se sont soldés par un échec dimanche sans toutefois conduire à une rupture du cessez-le-feu de deux semaines mis en place le 8 avril.

La Turquie veut également contribuer au processus de stabilisation.

"Nous déployons les efforts nécessaires pour réduire les tensions, prolonger le cessez-le-feu et poursuivre les négociations", a déclaré son président, Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours cette semaine devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP.

"On ne peut pas négocier les poings serrés. Il ne faut pas laisser les armes parler à la place des mots. Il faut exploiter pleinement la fenêtre d'opportunité ouverte par le cessez-le-feu", a-t-il ajouté.

Réouverture d'Ormuz 

M. Erdogan prendra la parole lors du forum, qui se tiendra pendant trois jours, et rencontrera M. Sharif en marge de celui-ci.

La guerre et le blocus du détroit d'Ormuz, voie de passage stratégique, devraient être au cœur des discussions. La date et l'heure de cette rencontre n'ont pas encore été communiquées.

La Maison Blanche a déclaré que de nouvelles discussions avec l'Iran se tiendraient "très probablement" à Islamabad, où le vice-président JD Vance a dirigé la délégation américaine lors du premier cycle de négociations.

"Nous continuerons à apporter tout le soutien possible pour faire en sorte que le cessez-le-feu temporaire en cours devienne permanent", a déclaré jeudi une source du ministère turc de la Défense.

"Nous espérons que cette guerre, dont les effets se font de plus en plus sentir non seulement au niveau régional mais aussi mondial, prendra fin au plus vite et que les parties agiront de manière constructive dans le processus de négociation en cours", a déclaré la source.

Critique virulente d'Israël, la Turquie s'est jointe aux efforts diplomatiques du Pakistan et de l'Egypte pour contribuer à l'instauration d'un cessez-le-feu, tant en Iran qu'au Liban.

Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a par ailleurs demandé lundi une réouverture "dès que possible" du détroit d'Ormuz et le rétablissement de son statut de "zone de libre passage international".

Parallèlement, le président français Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et les Premiers ministres britanniques Keir Starmer et italienne Giorgia Meloni se réunissent vendredi à Paris pour discuter de la mise en place d'une mission de sécurisation de la navigation dans le détroit d'Ormuz. Une trentaine de participants d'autres pays se joindront à eux en visioconférence.

 


Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël

Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump. (AFP)
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  • La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Celle-ci a été annoncée par le président américain Donald Trump.

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi matin, après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump.

La trêve a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit entre Israël et le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah. Ce dernier a rejoint début mars la guerre au Moyen-Orient en lançant des roquettes contre le territoire israélien, en solidarité avec l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

 

 


Le Liban accuse Israël de violer le cessez-le-feu tout juste entré en vigueur

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  • Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi)
  • Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran

BEYROUTH: Un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban est entré en vigueur vendredi après avoir été annoncé par le président américain Donald Trump, l'armée libanaise dénonçant aussitôt des violations de la part d'Israël dans le sud du pays.

Cette trêve, qui suit celle conclue pour deux semaines entre les Etats-Unis et l'Iran, a débuté à minuit heure locale dans les deux pays (21H00 GMT jeudi). Elle intervient après un mois et demi de conflit entre Israël et le groupe chiite libanais Hezbollah, financé et armé par Téhéran. De nombreux tirs de célébration ont retenti dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du mouvement, selon des journalistes de l'AFP.

Des images de l'AFPTV ont montré des personnes retournant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, particulièrement ciblée ces dernières semaines, certaines agitant le drapeau jaune du Hezbollah ou portant des portraits de son ancien chef, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Nous sommes fatigués de la guerre et nous voulons la sécurité et la paix", a dit à l'AFP à Beyrouth Jamal Chehab, une femme au foyer de 61 ans, saluant l'accord de trêve.

Mais quelques heures plus tard, l'armée libanaise a évoqué "un certain nombre de violations de l'accord, plusieurs actes d'agression israéliens ayant été recensés, sans compter les bombardements sporadiques qui ont touché plusieurs villages". Elle a appelé les personnes déplacées par les combats à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du Liban.

L'armée israélienne a averti qu'elle maintenait son déploiement terrestre dans cette région, et a demandé à la population de ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani.

Malgré ces mises en garde, des journalistes de l'AFP ont vu des embouteillages monstres se former au nord du Litani, motocyclistes et automobilistes patientant pendant des heures pour pouvoir franchir le dernier pont, lourdement endommagé par un bombardement israélien, reliant le sud du Liban au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé avoir "bombardé un rassemblement de soldats israéliens près de la ville de Khiam", dans le sud-est du Liban, "en réponse à la violation du cessez-le-feu par l'armée d'occupation".

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a rapporté des bombardements contre cette localité et le village voisin de Debbine, ainsi que d'"intenses activités de drones" dans la même région.

Donald Trump a annoncé jeudi qu'Israël et le Liban s'étaient mis d'accord sur un cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu'il s'efforçait d'organiser la toute première rencontre à la Maison Blanche entre le président du Liban Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.