«Beatles» de l'EI: les enquêteurs britanniques racontent «un puzzle de toutes petites pièces»

Monter le dossier contre la cellule des «Beatles» du groupe djihadiste Etat islamique (EI) s'est apparenté à construire durant dix ans «un puzzle de toutes petites pièces», a expliqué mercredi la police britannique. (AFP)
Monter le dossier contre la cellule des «Beatles» du groupe djihadiste Etat islamique (EI) s'est apparenté à construire durant dix ans «un puzzle de toutes petites pièces», a expliqué mercredi la police britannique. (AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 17 août 2022

«Beatles» de l'EI: les enquêteurs britanniques racontent «un puzzle de toutes petites pièces»

  • Le surnom de «Beatles» avait été donné par des otages occidentaux à un groupe de djihadistes à l'accent britannique, actifs en Syrie entre 2012 et 2015
  • Ce groupe avait gagné une sinistre notoriété en mettant en scène l'exécution de captifs dans d'insoutenables vidéos de propagande

LONDRES: Monter le dossier contre la cellule des "Beatles" du groupe djihadiste Etat islamique (EI) s'est apparenté à construire durant dix ans "un puzzle de toutes petites pièces", a expliqué mercredi la police britannique, à l'approche de la sentence contre l'un d'eux aux Etats-Unis.

Le surnom de "Beatles" avait été donné par des otages occidentaux à un groupe de djihadistes à l'accent britannique, actifs en Syrie entre 2012 et 2015.

Ce groupe avait gagné une sinistre notoriété en mettant en scène l'exécution de captifs dans d'insoutenables vidéos de propagande. Deux des quatre hommes ont comparu devant la justice américaine pour le meurtre d'otages Américains: Alexanda Kotey, 38 ans, et El Shafee el-Sheikh, 34 ans.

Le procès de ce dernier s'est déroulé au printemps. Reconnu coupable, il risque la prison à vie lors de sa condamnation attendue vendredi, une peine déjà prononcée contre Alexanda Kotey fin avril.

Un autre membre présumé du groupe, Mohamed Emwazi, est mort dans une frappe de drone en Syrie en 2015, tandis que le quatrième, Aine Leslie Davis, 38 ans, a été inculpé à Londres le 11 août, dans la foulée de son expulsion de Turquie.

L'"enquête remarquable" menée pendant des années par la police britannique sur le groupe, été utilisée par l'accusation dans les procès aux Etats-Unis, s'est apparentée à "reconstituer un puzzle de toutes petites pièces", a expliqué mercredi à des journalistes le chef de la division antiterroriste de la police de Londres, Richard Smith.

"Nous avons suivi un chemin de petites miettes de pain, des fragments en fait, à partir d'une quantité énorme d'autres enquêtes", a-t-il raconté.

Scotland Yard a commencé à enquêter en novembre 2012 sur la cellule des "Beatles", au début d'une vague d'enlèvements de journalistes et de travailleurs humanitaires occidentaux dans le nord de la Syrie.

Après la libération de certains otages, et sur la base de vidéos d'exécutions, les policiers ont identifié un bourreau comme Mohamed Emwazi, originaire du Koweït mais ayant grandi au Royaume-Uni.

«Bout de conversation»

Mais c'est un "bout de conversation" entre kidnappeurs et otages qui a permis de retrouver les noms des autres membres du groupe.

Kotey et el-Sheikh ont en effet raconté à des captifs qu'ils avaient été arrêtés lors d'un défilé à Londres d'un groupe d'extrême-droite, en tant que participants à une contre-manifestation d'islamistes.

La police a retrouvé dans les archives d'arrestations les noms des deux hommes, impliquées dans une affaire de blessure par arme blanche en 2011.

Sur la base de bandes de vidéosurveillance et de données téléphoniques, les policiers ont alors établi un lien entre les deux hommes et Mohamed Emwazi.

La conversation sur la manifestation "n'était pas très significative pour l'otage, mais elle s'est avérée très importante pour nous", a résumé M. Smith. "Cela nous a permis de nous concentrer sur eux" et de prouver "que c'était bien les hommes que les otages nous avaient décrits".

Les enquêteurs ont aussi utilisé le dossier judiciaire d'un frère d'el-Sheikh impliqué dans une affaire d'armes à feu, récupérant ainsi des preuves dans des téléphones saisis.

Y figuraient des photos d'el-Sheikh en Syrie, armé et en tenue de combat, et des photos de têtes humaines coupées, qualifiées de "victimes syriennes".

La cellule des "Beatles" est accusée d'avoir enlevé au moins 27 journalistes et travailleurs humanitaires venus des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de France, d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne, du Danemark, de Suède, de Belgique, de Nouvelle-Zélande, de Russie et du Japon.

Kotey et el-Sheikh, capturés par une milice kurde en Syrie et remis aux Etats-Unis, ont été déchus de leur nationalité par les autorités britanniques, qui ont accepté qu'ils soient jugés sur le sol américain.

Sept membres de la police londonienne ont témoigné lors de l'instruction du dossier d'el-Sheikh aux Etats-Unis, "l'une des affaires de terrorisme international les plus importantes qui ait jamais débouché sur un procès" selon M. Smith.

"Ces hommes pensaient qu'ils étaient hors de portée de la justice, et ils avaient tort", a-t-il déclaré.


La contre-offensive ukrainienne gagne du terrain dans le Sud

De leur côté, les forces ukrainiennes gardent le silence sur leurs avancées dans le Sud du pays (Photo, AFP).
De leur côté, les forces ukrainiennes gardent le silence sur leurs avancées dans le Sud du pays (Photo, AFP).
Short Url
  • Après une série de défaites cuisantes dans le Nord et l'Est de l'Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine a décidé d'annexer quatre régions ukrainiennes
  • Dans le Sud, les avancées des forces ukrainiennes ont jusqu'ici été plus modestes

MOSCOU: Les forces russes sont en difficulté dans le Nord de la région ukrainienne de Kherson, où l'armée de Kiev mène une contre-offensive depuis plusieurs semaines, selon des représentants de l'occupation et des blogueurs spécialisés suivant les mouvements militaires russes.

Le chef de l'occupation russe de Kherson (Sud), Vladimir Saldo, a le premier admis une "percée" ukrainienne et notamment la perte du village de Doudtchany, avant d'assurer que l'aviation russe avait "stoppé" l'avancée ukrainienne, selon un entretien lundi après-midi publié mardi sur la page Telegram de l'intéressé.

"L'avancé des Ukraïno-nazis dans la zone de de Doudtchany a été arrêtée (...) il ne faut pas paniquer", a martelé ensuite l'un de ses adjoints, Kirill Stremooussov, dans une vidéo diffusée mardi sur sa chaîne Telegram.

La chaîne Telegram russe Rybar qui suit les mouvements des forces russes a, elle, relevé que les Ukrainiens progressaient dans les zones de Arkhanguelské et Doudtchany afin de "couper les approvisionnements du groupement russe se trouvant sur la rive droite du Dniepr".

De leur côté, les forces ukrainiennes gardent le silence sur leurs avancées dans le Sud du pays. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est borné à dire dans son adresse du soir lundi que "de nouvelles localités ont été libérées dans plusieurs régions".

"De plus en plus d'occupants cherchent à fuir, de plus en plus de pertes sont infligées à l'armée ennemie", a-t-il encore dit.

Après une série de défaites cuisantes dans le Nord et l'Est de l'Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine a décidé d'annexer quatre régions ukrainiennes qu'elle contrôle au moins en partie et décrété une mobilisation de centaines de milliers de réservistes.

Dans le Sud, les avancées des forces ukrainiennes ont jusqu'ici été plus modestes, mais depuis plusieurs jours des vidéos de soldats ukrainiens hissant leur drapeau dans des villages du Nord de la région de Kherson se sont multipliées en ligne.


L'ex-chancelière allemande Angela Merkel reçoit le prix Nansen de l'ONU pour les réfugiés

L'ex-chancelière allemande Angela Merkel réagit sur scène avant le début de sa première conférence publique depuis sa démission, au théâtre Berliner Ensemble, à Berlin, le 7 juin 2022 (Photo, AFP).
L'ex-chancelière allemande Angela Merkel réagit sur scène avant le début de sa première conférence publique depuis sa démission, au théâtre Berliner Ensemble, à Berlin, le 7 juin 2022 (Photo, AFP).
Short Url
  • Le prix Nansen, attribué chaque année, a été créé en 1954 en l'honneur du premier Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés
  • Angela Merkel recevra son prix et les 150 000 dollars (151 500 euros) qui l'accompagnent lors d'une cérémonie à Genève le 10 octobre

GENEVE: L'ex-chancelière allemande Angela Merkel (2005-2021) a gagné mardi le prix Nansen du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), pour sa détermination à accueillir des demandeurs d'asile lorsqu'elle était en fonction.

Rappelant que l'Allemagne a accueilli plus de 1,2 million de réfugiés et demandeurs d'asile en 2015 et 2016, au pic de la crise des migrants notamment alimentée par la guerre en Syrie, le comité de sélection du HCR a loué "le leadership, le courage et la compassion" de l'ex-chancelière.

A l'époque, Mme Merkel, qui a dirigé l'Allemagne pendant 16 ans, avait jugé que la situation "est un test pour nos valeurs européennes comme rarement auparavant", pointant "un impératif humanitaire".

Le chef du HCR, Filippo Grandi, a salué la détermination de l'ancienne dirigeante à protéger les demandeurs d'asile et défendre les droits humains et les principes humanitaires.

"En aidant plus d'un million de réfugiés à survivre et se reconstruire, Angela Merkel a montré un grand courage moral et politique", a déclaré M. Grandi dans un communiqué. "C'était un vrai leadership faisant appel à notre compassion à tous, restant ferme face à ceux qui prêchaient la peur et la discrimination".

"Elle a montré ce qui peut être accompli lorsque les politiciens suivent la bonne ligne de conduite et oeuvrent à trouver des solutions aux défis mondiaux plutôt que de simplement en transférer la responsabilité à d'autres", a ajouté M. Grandi.

Le comité de sélection a souligné qu'en plus de protéger des personnes fuyant la guerre, Mme Merkel était la force motrice derrière les efforts collectifs allemands pour recevoir et intégrer les réfugiés.

Le prix Nansen, attribué chaque année, a été créé en 1954 en l'honneur du premier Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés, l'explorateur arctique norvégien et humanitaire Fridtjof Nansen (1861-1930), pour récompenser des accomplissements exceptionnels dans le domaine humanitaire.

Angela Merkel recevra son prix et les 150 000 dollars (151 500 euros) qui l'accompagnent lors d'une cérémonie à Genève (Suisse) le 10 octobre.


Mozambique: replanter les champs à Palma, décimée par les djihadistes

Des policiers rwandais le 27 septembre 2022 devant un centre de jeunesse abandonné à Palma, dans la province septentrionale de Cabo Delgado, au Mozambique. (Camille LAFFONT/AFP)
Des policiers rwandais le 27 septembre 2022 devant un centre de jeunesse abandonné à Palma, dans la province septentrionale de Cabo Delgado, au Mozambique. (Camille LAFFONT/AFP)
Short Url
  • La province pauvre et à majorité musulmane du Cabo Delgado, frontalière avec la Tanzanie, est frappée depuis 2017 par des attaques de groupes armés affiliés au groupe Etat islamique
  • Depuis, la vie et les gens reviennent lentement mais tout manque

PALMA, MOZAMBIQUE: La brousse est silencieuse, la faune a disparu. Autour de la ville portuaire de Palma, dans le nord-est du Mozambique, théâtre il y a plus d'un an d'une violente attaque djihadiste, ceux qui osent revenir replantent les champs, survivant dans l'attente des premières récoltes.

La province pauvre et à majorité musulmane du Cabo Delgado, frontalière avec la Tanzanie, est frappée depuis 2017 par des attaques de groupes armés affiliés au groupe Etat islamique.

En mars 2021, un raid meurtrier minutieusement planifié a dévasté Palma, 75.000 habitants. Le mégaprojet de gaz naturel du groupe français TotalEnergies, à seulement quelques kilomètres, a été stoppé net.

Depuis, la vie et les gens reviennent lentement mais tout manque: "Quand nous avons fui dans la brousse nous avons mangé ce que nous avons trouvé, des singes, des éléphants. Nous commençons à replanter nos champs, mais nous avons besoin que le gouvernement nous aide", confie à l'AFP Henriques Laba, chef du village de Mute, dans le district de Palma.

Mais les autorités locales ont déserté. Le centre administratif de Palma n'est plus que ruines. Les djihadistes se sont acharnés sur les bâtiments gouvernementaux, symboles d'un Etat accusé d'avoir depuis longtemps abandonné la population locale.

Les rangs des groupes armés ont été grossis pas le ressentiment d'une jeunesse locale, pauvre et sans emploi, qui accuse les autorités de s'emparer sans partage des richesses locales.

Racines du mal

"Si on laisse des jeunes ici, sans éducation, avec seulement leurs croyances religieuses, c'est facile de les manipuler et de les recruter pour un peu d'argent", explique à l'AFP Jonas Alvaro José, un enseignant de Palma où seulement deux écoles ont rouvert.

La province du Cabo Delgado compte le plus fort taux d'analphabétisme du pays, environ 67% selon l'Agence américaine pour l'aide au développement (USAID).

A Mute, le chef de village assure qu'aucun des jeunes n'a rejoint les djihadistes, pour l'instant. "Je voudrais que le gouvernement fasse le nécessaire pour que ça n'arrive jamais. Les recrutés sont principalement des Mozambicains, ce qui conduit un jeune à rejoindre leurs rangs, c'est la pauvreté", est convaincu Henriques Laba.

Le gouvernement a "significativement augmenté son budget destiné aux provinces du nord, ce qui démontre qu'il y a une prise de conscience des enjeux", souligne auprès de l'AFP Mirko Manzoni, envoyé spécial des Nations unies au Mozambique.

Mais selon lui, les connaissances sur le fonctionnement et le mode de recrutement de ces groupes armés sont insuffisantes pour tirer des conclusions.

L'armée mozambicaine en difficulté est épaulée depuis l'an dernier par plus de 3.100 soldats rwandais et des pays voisins d'Afrique australe.

Ces derniers mois, les violences ont connu une relative accalmie dans les deux districts sous protection des forces rwandaises. Mais des attaques sporadiques se poursuivent, notamment dans le sud de la province. Les organisations humanitaires restreignent encore leurs déplacements sur des routes peu sûres.

A Olumbi, un autre village à quelques dizaines de kilomètres de Palma, la plupart des maisons ont été détruites et l'aide se fait attendre. "Nous souffrons parce que nous manquons de nourriture et nous n'avons plus de moyens de gagner notre vie", explique Najum Ntete, un commerçant.

Il a perdu plusieurs membres de sa famille dans les violences et sa maison. Le village est à 85% musulman mais les djihadistes n'ont pas fait de distinction.

Pour certains locaux, la présence des troupes étrangères est la seule planche de salut: "Si les Rwandais s'en vont, je m'en vais aussi", jure Markito, qui ne donne pas son nom.