En Afrique du Sud, le peuple zoulou couronne un roi controversé

Plus de 200 Zoulou habillés de manière traditionnelle défilent dans les rues de Johannesburg, le 5 mai 2021, pour rendre un dernier hommage à la reine zouloue Shiyiwe Mantfombi Dlamini Zulu décédée le 29 avril 2021. (AFP)
Plus de 200 Zoulou habillés de manière traditionnelle défilent dans les rues de Johannesburg, le 5 mai 2021, pour rendre un dernier hommage à la reine zouloue Shiyiwe Mantfombi Dlamini Zulu décédée le 29 avril 2021. (AFP)
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Publié le Vendredi 19 août 2022

En Afrique du Sud, le peuple zoulou couronne un roi controversé

  • Dans ce pays d'Afrique australe aux 11 langues officielles, les souverains et chefs traditionnels sont reconnus par la Constitution
  • Rois sans pouvoir exécutif, ils exercent une profonde autorité morale et sont vénérés par leur peuple

NONGOMA : Le rite est tenu secret: Misuzulu Zulu, le nouveau roi des Zoulous, souverain coutumier le plus puissant d'Afrique du Sud, sera couronné samedi après une querelle sans fin pour la succession au trône du légendaire "peuple du ciel".

Dans ce pays d'Afrique australe aux 11 langues officielles, les souverains et chefs traditionnels sont reconnus par la Constitution. Rois sans pouvoir exécutif, ils exercent une profonde autorité morale et sont vénérés par leur peuple.

Vendredi, le palais de KwaKhethomthandayo, à Nongoma, petite ville de la province du KwaZulu-Natal (KZN, sud-est) et berceau de la plus grande ethnie d'Afrique du Sud, bourdonnait. Des hommes ont monté des chapiteaux, d'autres ont sacrifié les vaches qui seront servies à la fête.

La veille, le roi a tué un lion dans une réserve voisine, dernière étape avant le couronnement.

Pour succéder à son père Goodwill Zwelithini, mort l'année dernière après 50 ans de règne, Misuzulu Zulu, 47 ans, entrera comme le veut la tradition dans "l'enclos à bétail" du palais. Seuls quelques membres de la famille royale et amaButho (guerriers) seront autorisés à pénétrer dans cette sorte de temple de la Nation zouloue.

Le souverain "sera ensuite présenté à la nation" qui doit l'accepter comme roi, explique à l'AFP Gugulethu Mazibuko, spécialiste en cultures africaines à l'Université du KZN.

A 82 ans, Siphiwe Joshua Mbatha assistera pour la seconde fois à un couronnement: "Une page de notre histoire". Serrant son imperméable, il explique que la fine pluie qui tombe est "un bon présage", dans la culture africaine.

Guerre de palais

Les onze millions de Zoulous du pays, soit quasiment un Sud-Africain sur cinq, répondent généralement en masse aux invitations à célébrer leur culture.

Les femmes, en tenues traditionnelles, hululent et frappent le sol en cadence. 

De longues colonnes d'hommes vêtus de peaux de bêtes et armés de sagaies miment la guerre, héritage du glorieux passé belliqueux contre le colon.

Car la grandeur et la renommée du peuple zoulou, qui résonnent au-delà des frontières africaines, reposent originellement sur les exploits de Chaka, impitoyable guerrier et créateur de l'armée qui, au XIXe siècle, remporte une bataille sanglante contre l'Empire britannique.

Des guerriers pieds nus, habillés de jupes en peau de singe et de bracelets, défont une armée régulière. L'imaginaire fait le reste, les historiens trouvent un surnom: "les Spartiates d'Afrique".

Aujourd'hui, c'est au sein du palais que la bataille fait rage. Fils de la favorite du roi défunt, Misuzulu Zulu est contesté par la première épouse, qui clame être la seule légitime et a porté son courroux devant les tribunaux.

Coup de théâtre de dernière minute, la justice a annoncé vendredi qu'elle réexaminera son recours pour contester le testament. Le roi Goodwill Zwelithini avait au total six femmes et au moins 28 enfants.

A ce jour, trois princes de différentes lignées prétendent au trône. Cette guerre de palais fait du peuple zoulou "une risée", a déploré vendredi lors d'une conférence de presse, Mangosuthu Buthelezi, membre influent de la famille royale.

Paix royale

Outre la couronne, la fortune du roi est également au centre de la dispute.

Le roi zoulou est un riche propriétaire de terres gérées par un trust dont il est seul administrateur. Il détient près de 30.000 km2, soit la superficie de la Belgique. Et près de 1.500 propriétés dont il peut tirer des loyers.

Connu pour mener un train de vie fastueux, le roi Zwelithini percevait environ 75.000 euros anneuls de l'Etat pour son usage personnel et un budget de 4,2 millions d'euros pour le fonctionnement du royaume, selon un barème du gouvernement.

Un soutien à un souverain qui joue un rôle de garant de la paix sociale. "Il veille au bien-être de ses sujets, se soucie de la pauvreté et du développement de la communauté", plaidant par exemple pour la création d'infrastructures, explique Sihawukele Ngubane de l'Université du KZN.

Dans les prochains mois, le président Cyril Ramaphosa scellera le couronnement en reconnaissant formellement le roi des Zoulous, espérant mettre fin aux rivalités qui menacent la paix sur le royaume.


Les Etats-Unis visent «l'asphyxie économique» de l'Iran et menacent les alliés de Téhéran

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  • L'Iran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit et discute depuis des semaines d'un accord sur les modalités de son franchissement avec Oman, qui borde la rive sud du détroit
  • Lors d'une conférence de presse à Washington, le ministre des Finances Scott Bessent a présenté un nouveau train de sanctions dites "secondaires", touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux

WASHINGTON: Le gouvernement américain a affirmé lundi sa volonté de "couper toutes les ressources économiques" de l'Iran et adressé un avertissement ferme aux pays qui continueraient à soutenir Téhéran, qui voit là un "aveu de défaite" des Etats-Unis.

Lors d'une conférence de presse à Washington, le ministre des Finances Scott Bessent a présenté un nouveau train de sanctions dites "secondaires", touchant non pas l'Iran directement mais ses partenaires commerciaux, sur l'or, la technologie, les actifs numériques, l'aviation et le transport maritime.

Il n'a toutefois pas précisé quand elles entreraient en vigueur ni quels pays pourraient se retrouver dans le viseur des Etats-Unis. La Chine, par exemple, est une grande consommatrice de pétrole iranien.

"L'Iran fait face à un choix très clair, avec seulement deux chemins possibles: un isolement total et une économie de subsistance, ou un retour vers la normalité avec la possibilité de rejoindre l'économie mondiale", a prévenu M. Bessent.

L'avertissement s'adresse également au reste du monde puisque les pays qui ne participeront pas aux sanctions américaines "partageront l'isolement de l'Iran", a menacé le ministre, envisageant notamment d'expulser les récalcitrants "du système dollar".

"Nous tiendrons chacun pour responsable. Ceci marque l'asphyxie économique de ce régime. Personne ne devrait tester notre volonté" en la matière, a ajouté Scott Bessent.

"Nouvelle défaite" 

La veille, il avait promis à l'Iran un "D-Day économique" - en référence au Débarquement allié de 1944 en France - visant à couper ses dernières "lignes de survie", alors que les efforts diplomatiques pour régler le conflit, déclenché le 28 février par une offensive israélo-américaine contre Téhéran, sont dans l'impasse.

Sur la télévision d'Etat iranienne, le ministre de l'Economie Ali Madanizadeh a rétorqué que les menaces américaines se traduiraient par "une nouvelle défaite" de Washington et que Téhéran disposait d'un "plan sur deux ans" pour contrer ces sanctions.

Avant même la conférence de presse de Scott Bessent, Pékin, partenaire stratégique de Téhéran, avait estimé que les "sanctions et la pression" américaines ne permettraient pas de résoudre le conflit régional.

Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a lui affirmé devant la presse que cette pression économique maximale ne signifiait pas la fin des frappes, si Washington les jugeait nécessaires.

"Situation très difficile" 

Au cœur du conflit, le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est verrouillé par Téhéran quasiment sans interruption depuis six mois, ce qui a entraîné une envolée des prix du pétrole et une pression accrue sur Donald Trump aux Etats-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre.

L'Iran a exclu tout retour à la situation d'avant-guerre dans le détroit et discute depuis des semaines d'un accord sur les modalités de son franchissement avec Oman, qui borde la rive sud du détroit. Le chef de la diplomatie omanaise, Badr al-Busaidi, est attendu mardi à Téhéran.

Illustrant les risques liés à la traversée du détroit, un pétrolier a été touché par un "projectile inconnu" alors qu'il circulait au large d'Oman, a annoncé dans la nuit de lundi à mardi l'agence maritime britannique, UKMTO.

En dépit de la fermeté affichée par Téhéran, le président iranien Massoud Pezeshkian a reconnu que le pays faisait face à "de nombreuses difficultés économiques", après des décennies de sanctions américaines et internationales.

"L'Iran devrait faire des compromis dès maintenant", estime Sarah Hassanbeigi, une pharmacienne interrogée par l'AFP à Téhéran. "La situation est vraiment très difficile. Je ne pense pas que les gens puissent supporter cela beaucoup plus longtemps."

Le 22 juillet, l'inflation atteignait 66% sur douze mois dans le pays, contre 46% en février, et la monnaie nationale poursuit sa dégringolade: un dollar s'échangeait la semaine dernière contre 1,88 million de rials, contre 1,65 million juste avant le conflit.

Et selon la société de suivi maritime Kpler, le blocus américain imposé aux ports iraniens a entraîné une chute des exportations pétrolières de l'Iran, passées de deux millions de barils par jour avant la guerre à seulement 0,4 million à la mi-août, leur plus bas depuis le début du conflit.


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.