L’Occident doit agir face au terrorisme et aux meurtres systématiques iraniens

Le 12 août, Salman Rushdie a été poignardé à plusieurs reprises alors qu’il s’apprêtait à prononcer un discours lors d’un événement littéraire à New York. (Photo, AFP)
Le 12 août, Salman Rushdie a été poignardé à plusieurs reprises alors qu’il s’apprêtait à prononcer un discours lors d’un événement littéraire à New York. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 25 août 2022

L’Occident doit agir face au terrorisme et aux meurtres systématiques iraniens

L’Occident doit agir face au terrorisme et aux meurtres systématiques iraniens
  • L’attaque choquante de Salman Rushdie témoigne de la nature systématique du terrorisme du régime iranien et de l’existence de cellules terroristes dormantes que Téhéran peut activer à tout moment
  • La passivité et l’indifférence de l’Occident à l’égard du terrorisme de l’Iran, non moins odieux que d’autres actes terroristes, est franchement incompréhensible

En février 1989, Rouhollah Khomeini, qui était le Guide suprême à l’époque, a émis une fatwa, ou édit religieux, ordonnant et légitimant le meurtre de l’auteur Salman Rushdie. Khomeini a même rejeté la possibilité d’un repentir de Rushdie, déclarant que «même si Salman Rushdie se repent et devient l’homme le plus pieux de tous les temps, il incombe à chaque musulman d’employer tout ce qu’il possède, sa vie et sa richesse, pour l’envoyer dans les profondeurs les plus basses de l’enfer».

En 2017, l’actuel Guide suprême iranien, Ali Khamenei, a réaffirmé que la fatwa de Khomeini restait entièrement en vigueur et n’était en aucun cas rendue caduque par l’écoulement du temps. Il a souligné que cette question – traiter Rushdie et les auteurs partageant les mêmes idées de mécréants et ordonner ou légitimer leur assassinat – était cruciale pour l’élite théocratique iranienne et n’avait aucune limite dans le temps.

Le 12 août, Salman Rushdie a été poignardé à plusieurs reprises alors qu’il s’apprêtait à prononcer un discours lors d’un événement littéraire à New York. Il a été transporté d’urgence à l’hôpital, luttant pour sa vie. Selon des informations parues, l’auteur présumé de l’attentat, un Américain de 24 ans d’origine libanaise, aurait été recruté par le corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran (CGRI).

La tentative d’assassinat de Rushdie, perpétrée plus de trois décennies après la fatwa de Khomeini par un homme qui n’était même pas né à l’époque, soulève plusieurs questions, scénarios et points importants qui doivent être examinés.

Premièrement, cette attaque choquante témoigne de la nature systématique du terrorisme du régime iranien et de l’existence de cellules terroristes dormantes qui deviennent opérationnelles à la demande de Téhéran. Cette question ne se limite pas à la tentative d’assassinat de Rushdie. On peut également citer le complot récemment découvert visant à assassiner John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de l’administration Trump.

Ce complot a été découvert par les services de sécurité américains après qu’ils ont arrêté un suspect impliqué dans une tentative d’enlèvement ou de meurtre de la journaliste iranienne Masih Alinejad, une critique de la politique du régime iranien vivant actuellement aux États-Unis. Selon d’autres informations, Mike Pompeo, ancien secrétaire d’État américain sous la présidence de Trump, figure également sur la liste des cibles de l’Iran. Toutes ces informations confirment une fois de plus l’existence de cellules dormantes liées au régime iranien à l’intérieur des États-Unis.

En outre, les tentatives d’assassinat et les complots des sbires de l’Iran ne manquent pas. Par exemple, Adel al-Joubeir, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, a été victime d’une tentative d’assassinat alors qu’il occupait le poste d’ambassadeur du Royaume aux États-Unis en 2011.

Cette attaque choquante témoigne de la nature systématique du terrorisme du régime iranien et de l’existence de cellules terroristes dormantes qui deviennent opérationnelles à la demande de Téhéran 

Dr Mohammed Al-Sulami

L’Iran prend également pour cible des dissidents iraniens en Europe et ailleurs. En 2019, le scientifique iranien Massoud Molavi Vardanjani a été tué à Istanbul après avoir menacé de dénoncer la corruption parmi les responsables iraniens, y compris les hauts dirigeants militaires. Les autorités turques ont ensuite arrêté un diplomate du consulat iranien en lien avec le meurtre. En juin 2022, Mohammed Baqir Mouradi, un journaliste iranien dissident basé en Turquie, a été porté disparu.

Comme le montrent très clairement ces cas et bien d’autres qui ne sont pas mentionnés ici, l’assassinat de dissidents ou de toute personne qui déplaît aux dirigeants iraniens est si courant qu’il constitue une politique standard pour le régime et son élite religieuse, qui utilisent les édits religieux et le sectarisme pur et simple dans leur intérêt personnel.

Il convient par ailleurs de souligner la passivité de l’Occident face au terrorisme iranien. Compte tenu des outils déployés par les pays occidentaux pour lutter contre d’autres actes terroristes, notamment l’utilisation de drones en Afghanistan, au Yémen et en Syrie pour cibler les dirigeants d’organisations terroristes, cette indifférence à l’égard du terrorisme non moins odieux de l’Iran est franchement incompréhensible. Ces mêmes pays occidentaux ne prêtent aucune attention au terrorisme iranien et aux organisations liées au CGRI, bien que nombre de ces groupes figurent sur la liste des organisations terroristes des États-Unis.

Le régime iranien a son propre point de vue, diffusant à plusieurs reprises un discours dans lequel les opposants américains à l’accord sur le nucléaire de 2015, en particulier le lobby israélien, seraient responsables de la tentative d’assassinat de Rushdie et du complot contre Bolton. La faible plausibilité de ce récit n’a pas duré longtemps avec la célébration de la tentative d’assassinat par l’élite religieuse iranienne. Le fait que Salman Rushdie ait été pris pour cible constituait une source de fierté pour les responsables et les médias iraniens. Ils ont justifié l’attaque et rendu l’auteur responsable de ce qui lui est arrivé, affirmant qu’il exerce ce qu’ils appellent le «terrorisme culturel».

Moustafa Mir-Salim, député iranien et membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime, a fait part de son soutien à l'attaque, déclarant que «le système judiciaire occidental doit être condamné parce qu’il a reporté le procès de cet apostat qui a insulté le Prophète et le Coran pendant trente-trois ans. Les partisans de Rushdie devraient être avertis de sa fin macabre». En outre, le journal Kayhan publié à Téhéran a fait l’éloge de l’agresseur: «Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l’apostat et le vicieux Salman Rushdie». «Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l’ennemi de Dieu avec un couteau», ajoute le journal.

Après la fatwa de Khomeini, le pouvoir de faire respecter et d’exécuter les peines est passé des appareils exécutif et judiciaire et des instances dirigeantes de l’État au peuple. Cependant, la jurisprudence chiite traditionnelle approuvée délègue le pouvoir de faire respecter et d’exécuter ces édits religieux au dirigeant ou à son adjoint, et non à tous. Cette situation favorise sans aucun doute le ressentiment, la sédition, le chaos, les luttes intestines, les assassinats et le terrorisme.

Bien que l’Iran prétende lutter contre Daech, sa politique d’assassinats et de transfert de l’autorité judiciaire reflète celle des groupes radicaux, tels que Daech, qui neutralisent et bafouent l’État de droit, et créent un terrain propice à l’anarchie et à l’extrémisme. Aucune des personnes assassinées ou visées par l’Iran n’a bénéficié de procès équitables ou indépendants.

L’Iran refuse de tenir des procès équitables et indépendants pour ses adversaires et ses dissidents dans le pays. Au lieu de cela, le régime les élimine alors qu’ils marchent dans la rue ou circulent en voiture, comme il l’a fait dans les années 1990, lorsqu’il s’est lancé dans une longue série de meurtres d’écrivains, de journalistes, de religieux et de politiciens affiliés à des réformateurs politiques et à des figures de l’opposition. Le régime emprisonne aussi régulièrement les dissidents à l’issue de procès injustes qui ne durent souvent que quelques minutes et se déroulent sans respect des droits juridiques fondamentaux.

Aussi évident que cela puisse paraître, il est important de souligner que l’emploi, la politisation et la délégation du pouvoir d’émettre des fatwas de la Hawza (séminaire religieux) à l’État, ainsi que la délégation du pouvoir au peuple de prendre les affaires judiciaires en main, sont inacceptables. Outre le fait qu’il s’agit d’une violation flagrante des normes internationales et juridiques, il est ridicule d’attendre du reste du monde qu’il accepte le résultat de décisions émises sous forme de fatwas par un Guide suprême iranien qui croit en une domination mondiale au détriment des lois et des Constitutions modernes. 

En somme, on pourrait dire que le monde libre n’a d’autre choix que d’accepter la lourde responsabilité d’agir de manière définitive et décisive pour freiner l’Iran et ses actions terroristes. L’approche actuelle, profondément insatisfaisante, qui consiste à fermer les yeux passivement, ne fonctionne manifestement pas et ne fait que donner le feu vert à l’Iran, et probablement à d’autres acteurs, pour qu’ils utilisent le même modèle extrémiste. 

En conséquence, le régime poursuivra cette politique d’assassinats, qui conduira inévitablement à une escalade des confrontations et des affrontements dans différentes parties du monde, l’extrémisme engendrant la lutte contre l’extrémisme dans un cycle de violence ininterrompue.

 

Le Dr Mohammed al-Sulami est directeur de l’Institut international d’études iraniennes (Rasanah). Twitter: @mohalsulami

 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com