Le risque d’implosion de l’Europe face à la «guerre d’usure» en Ukraine

Le premier ministre ukrainien, Denys Schmyhal (à gauche), est accueilli par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, avant leur rencontre bilatérale au siège de l'UE à Bruxelles, le 5 septembre 2022. (AFP).
Le premier ministre ukrainien, Denys Schmyhal (à gauche), est accueilli par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, avant leur rencontre bilatérale au siège de l'UE à Bruxelles, le 5 septembre 2022. (AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 08 septembre 2022

Le risque d’implosion de l’Europe face à la «guerre d’usure» en Ukraine

  • Le coût et les conséquences politiques et économiques du soutien à l’Ukraine commencent à soulever des questions existentielles pour une UE manquant d’autonomie stratégique et de moyens économiques
  • Le poids politique et stratégique de l’Union européenne va dépendre de plusieurs facteurs internes et du sort de cette épreuve ukrainienne

PARIS: La guerre en Ukraine traîne en longueur. Elle vit son septième mois, sans issue à l’horizon. Avec ce conflit majeur qui a ramené la guerre sur le Vieux Continent, l’Europe et le monde subissent mutations et changements. En effet, cette guerre a inauguré une confrontation mondiale entre deux axes: l’Occident et l’Ukraine d’un côté, la Russie et ses alliés de l’autre.  

Ces tiraillements et ces chocs ont leurs retombées sur l'économie, l'énergie, la sécurité alimentaire et la stabilité, ce qui accentue les failles d'une mondialisation chancelante et redonne de l'élan aux tendances nationalistes, aux conflits identitaires et à la récession, au moment de la révolution numérique et de la première cyberguerre directe.  

L’Europe subit de plein fouet les effets d’une guerre destructrice et le spectre d’un déclin économique. Les contradictions entre les pays membres de l’Union européenne (UE) par rapport à la Russie, et la crise énergétique qui se dessine à l’approche de l’hiver, pourraient-elles provoquer l’implosion de l’UE, selon un scénario envisagé par le Premier ministre polonais? 

La cohérence de l’UE à l’épreuve de la guerre en Ukraine  

Au fil des jours, cela se transforme en «guerre d'usure» du fait de l’échec de la machine militaire russe à remporter rapidement la guerre et à se tenir dans l’ouest, notamment à Kiev. En se concentrant sur le Donbass, les forces russes ont contrôlé environ un quart du territoire ukrainien.  

Mais le soutien occidental massif aux forces ukrainiennes a conduit à des lignes de combat stabilisées à l'est et au sud, sans que cela implique qu'il n'y ait aucun risque d’aller vers une escalade majeure sur d'autres «fronts», comme en témoigne l'inquiétude suscitée par la centrale nucléaire de Zaporijia, la contre-offensive ukrainienne à Kherson et les frappes ukrainiennes en Crimée. La prochaine étape de la guerre se décidera en cas de gains ukrainiens au sud, ou si le président Poutine décide d'étendre l'attaque sur tout l'arc sud-est de l’Ukraine, de Kharkiv à Odessa, et de priver l'Ukraine de sa façade maritime. 

Face à ces développements, l’Otan d’un côté et l’UE de l’autre s’impliquent de plus en plus aux côtés de l’Ukraine dirigée par le président Volodymyr Zelensky. Mais le coût et les conséquences politiques et économiques commencent à soulever des questions existentielles pour une UE manquant d’autonomie stratégique et de moyens économiques. 

Malgré les surenchères de certains de ses membres, l’UE se trouve pratiquement coincée entre le marteau russe et l’enclume américaine. En mettant en échec le stratagème de  Poutine consistant à les diviser, les Européens ont su encaisser le choc et faire face à ce qu’ils ont considéré comme une agression contre un État indépendant, selon le droit international.  

Mais Washington et Londres ont décidé d’aller plus loin, en faisant du «péché» russe le prétexte pour piéger Moscou et transformer l’Ukraine en bourbier comme ce fut le cas de l’Afghanistan à l’époque soviétique. Dans ce contexte, Washington use de sa force de frappe financière et de ses capacités militaires pour diriger le front occidental, tandis que l’Europe peine à trouver les moyens pour assurer un soutien à long terme à Kiev.  

Cette faiblesse chronique de l’Europe met donc la cohérence de l’UE à l’épreuve de cette guerre meurtrière (à la fin du mois d’août, le gouvernement ukrainien a admis la perte de neuf mille soldats, et il y en a beaucoup plus du côté russe, sans parler des pertes civiles et des dégâts matériels). Ainsi, on constate au sein de l’UE une division croissante entre les partisans d’un jusqu’au-boutisme pro-Kiev, et ceux qui veulent «ne pas couper tous les ponts» avec la Russie.  

Le maillon faible du jeu international 

En tirant les enseignements et en observant cette mêlée en Ukraine, laquelle s’étend d’une façon ou d’une autre à Taïwan, certains stratèges européens constatent que le Vieux Continent risque d’être le maillon faible dans le grand jeu qui va se dérouler ces prochaines années. 

Le désordre international (et non le système multipolaire) marque notre époque, et la probable alternative se concentre autour d’un système tripolaire américain-chinois-russe.  

Cette polarisation tripartite marginalise une UE sans autonomie stratégique et qui ne possède pas une politique homogène et unie. Ainsi, cette guerre représente un test capital pour la vitalité et la fiabilité de l’UE. 

L’avertissement du Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, concernant le risque d’implosion n’est pas fortuit car, selon lui, «certains États membres préfèrent rechercher la paix plutôt que de rester avec Kiev jusqu’à ce qu’elle prenne le dessus dans sa lutte contre la Russie». 

Face aux maximalistes européens, les tenants du dialogue avec Moscou sont en mauvaise posture après le renforcement du leadership américain et l’élargissement de l’Otan. De surcroît, le chantage au gaz orchestré par la Russie a pour but de fracturer l’Europe en jouant sur ses divisions. L’hiver sera un moment de vérité pour l’UE. 

Dans tous les cas, l’UE pourrait éviter l’implosion et maintenir son unité de façade. Mais son poids politique et stratégique va dépendre de plusieurs facteurs internes et du sort de cette épreuve ukrainienne.  


L'armée américaine arraisonne un bateau suspecté de se diriger vers un port iranien

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
Short Url
  • L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations
  • En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mardi avoir arraisonné un navire marchand dans la mer d'Arabie, soupçonné d'avoir tenté de violer le blocus américain des ports iraniens.

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien", a affirmé le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"A ce jour, 39 navires ont été redirigés afin de garantir le respect" du blocus, a-t-il ajouté.

La publication comprenait également une vidéo montrant un hélicoptère au-dessus du navire alors que les Marines américains descendaient en rappel sur des conteneurs empilés sur le bateau.

L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations visant à mettre fin au conflit.

En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril.

Le ministre de la Défense Pete Hegseth avait affirmé aux journalistes en avril que Washington maintiendrait son blocus "aussi longtemps qu'il le faudra".

"Ce blocus s'applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, en direction ou en provenance des ports iraniens", avait précisé le chef d'état-major de l'armée américaine Dan Caine, présent aux côtés de Pete Hegseth.

 

 


Donald Trump presse l'Iran de faire «vite» pour conclure un accord

 Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
Short Url
  • Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril
  • Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social

TEHERAN: Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Les conséquences se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale iranienne, le rial, a atteint mercredi un plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979, selon plusieurs sites de suivi des changes.

Et dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie à l'AFP Ali, un architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

"Ils partent négocier et reviennent avec encore plus de sanctions, et les discussions portent toujours sur le nucléaire: on ne parle jamais des gens, de l'économie ou de la liberté", ajoute-t-il, alors que son pays est sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

"Devenir intelligents" 

Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social.

Dans le même message est publié un photo-montage du président portant un fusil d'assaut au milieu d'un décor de guerre, avec ce commentaire : "FINI DE JOUER LES GENTILS!".

Les Etats-Unis affichent leur scepticisme sur une nouvelle proposition de Téhéran pour débloquer le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique pour le commerce de pétrole et de gaz.

L'Iran le verrouille depuis le début de la guerre et les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Selon un article du site américain Axios, relayé par l'agence officielle iranienne Irna, l'offre de Téhéran vise à rouvrir le détroit et mettre fin à la guerre, repoussant à une date ultérieure les discussions sur le dossier nucléaire.

 "Plus de risques" 

Mais ce sujet reste central pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.

Selon le Wall Street Journal (WSJ), le président américain a demandé aux responsables de la sécurité nationale de se préparer à un long blocus des ports iraniens afin de contraindre Téhéran à abandonner son programme nucléaire.

D'après le journal, M. Trump estime pouvoir forcer Téhéran à suspendre l'enrichissement de l'uranium pendant 20 ans, puis à accepter de strictes restrictions par la suite.

L'Iran réaffirme de son côté régulièrement son droit inaliénable au nucléaire civil, tout en jugeant "négociable" le taux d'enrichissement.

Selon des responsables américains cités par le WSJ, Donald Trump considère en outre que bloquer les infrastructures portuaires iraniennes permettrait de continuer à mettre sous pression l'économie iranienne et ses exportations de pétrole.

Le locataire de la Maison Blanche "a estimé que ses autres options — reprendre les bombardements ou se retirer du conflit — comportaient plus de risques que le maintien du blocus", ont indiqué ces responsables.

Téhéran a appelé de son côté Washington à renoncer à ses exigences "irrationnelles", estimant que les Etats-Unis n'étaient "plus en position de dicter leur politique à des nations indépendantes".

Audition de Hegseth 

Alors que l'Iran annonce régulièrement des arrestations ou pendaisons de personnes accusées de liens avec Israël ou les Etats-Unis, le Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU a affirmé mercredi que 21 personnes avaient été exécutées et plus de 4.000 interpellées pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale depuis le début du conflit.

L'Iran n'a pas réagi dans l'immédiat à ces allégations.

Sur le front libanais, Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées mercredi dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise.

Chaque camp accuse l'autre de violer une trêve entrée en vigueur le 17 avril.

Aux Etats-Unis, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth va devoir s'expliquer mercredi sur la conduite la guerre en Iran lors de sa première audition parlementaire depuis le début du conflit.

Depuis fin février, des parlementaires démocrates et républicains ont critiqué l'exécutif américain pour le manque d'information qui leur a été fournie.


Le roi Charles à New York pour célébrer les liens entre Royaume-Uni et Etats-Unis

Ce troisième jour de la visite d'Etat du roi intervient au lendemain d'un discours devant le Congrès américain, le premier pour un souverain britannique depuis 1991, et d'un banquet à la Maison Blanche. (AFP)
Ce troisième jour de la visite d'Etat du roi intervient au lendemain d'un discours devant le Congrès américain, le premier pour un souverain britannique depuis 1991, et d'un banquet à la Maison Blanche. (AFP)
Short Url
  • Charles III se rend mercredi à New York pour assister à une cérémonie au mémorial du 11-Septembre et célébrer les liens culturels et économiques entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis
  • Mercredi, Charles III et la reine Camilla commenceront leur visite à New York par une cérémonie de dépôt de gerbe au mémorial des attentats du 11 septembre 2001, qui ont tué près de 3.000 personnes il y a 25 ans

NEW YORK: Charles III se rend mercredi à New York pour assister à une cérémonie au mémorial du 11-Septembre et célébrer les liens culturels et économiques entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis à un moment de tensions entre les deux alliés historiques.

Ce troisième jour de la visite d'Etat du roi intervient au lendemain d'un discours devant le Congrès américain, le premier pour un souverain britannique depuis 1991, et d'un banquet à la Maison Blanche.

Mercredi, Charles III et la reine Camilla commenceront leur visite à New York par une cérémonie de dépôt de gerbe au mémorial des attentats du 11 septembre 2001, qui ont tué près de 3.000 personnes il y a 25 ans. Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, sera présent.

"Cette tragédie a été un moment fondateur pour l'Amérique, et votre douleur, votre choc a été ressenti de par le monde", a déclaré mardi le souverain devant les parlementaires américains.

"Nous nous sommes alors tenus à vos côtés. Et nous sommes aujourd'hui a vos côtés pour se souvenir de ce jour qui ne devra jamais être oublié", a ajouté Charles III à la tribune du Congrès, avant d'appeler Washington à rester fidèle à ses alliés occidentaux et lancé quelques critiques voilés à l'attention de Donald Trump.

Winnie l'ourson 

Il rencontrera ensuite des secouristes du 11-Septembre et des familles de victimes, avant d'aller visiter un projet de ferme urbaine.

Pendant ce temps, Camilla va célébrer le 100e anniversaire de Winnie l'ourson à la bibliothèque municipale de New York en offrant un jouet à l'effigie de Petit Gourou, un autre personnage de cet univers.

Le roi doit ensuite participer à un événement économique centré sur la coopération entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, en présence d'investisseurs et de patrons d'entreprises.

Donald Trump a laissé planer mi-avril la menace d'un retrait des Etats-Unis de l'accord conclut avec Londres sur les droits de douane, arme économique favorite d'un président américain résolument protectionniste.

Le milliardaire républicain est agacé par la réticence du gouvernement britannique à aider Washington dans sa guerre contre l'Iran menée avec Israël.

En fin de journée, Charles III se rendra à une réception pour son association d'aide à la jeunesse, The King's Trust. Le couple royal reviendra à Washington jeudi avant de se rendre sur le territoire britannique des Bermudes.

Cette visite d'Etat de plusieurs jours devait aider à recoller les morceaux d'une "relation spéciale" fissurée par les désaccords politique entre Donald Trump et le Premier ministre travailliste Keir Starmer à propos de la guerre en Iran.

En cette année qui marque le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, par laquelle des colonies britanniques sont devenues les Etats-Unis d'Amérique, le président républicain a affiché sa fascination pour la monarchie en recevant le chef d'Etat britannique avec tous les honneurs: militaires en tenue d'apparat, fanfare, 21 coups de canon et survol de la Maison Blanche par des avions de combat.