Budget, fin de vie, retraite : Macron repasse à l'offensive

Le président français Emmanuel Macron (C) assiste à une rencontre avec de jeunes agriculteurs dans le cadre de la 8e édition de la manifestation agricole Les Terres de Jim à Outarville, au sud de Paris, le 9 septembre 2022. (Teresa SUAREZ / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron (C) assiste à une rencontre avec de jeunes agriculteurs dans le cadre de la 8e édition de la manifestation agricole Les Terres de Jim à Outarville, au sud de Paris, le 9 septembre 2022. (Teresa SUAREZ / POOL / AFP)
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Publié le Mardi 13 septembre 2022

Budget, fin de vie, retraite : Macron repasse à l'offensive

  • Emmanuel Macron s'affiche déterminé à aboutir rapidement sur des sujets qui fâchent et à se poser à nouveau en réformateur, après un début de quinquennat chamboulé par la perte de la majorité absolue à l'Assemblée
  • Grand chantier sociétal de ce début de second quinquennat, la fin de vie fera l'objet dès octobre d'une Convention citoyenne, après la remise mardi d'un avis du Comité d'éthique

PARIS: Budget, fin de vie, retraites : Emmanuel Macron s'affiche déterminé à aboutir rapidement sur des sujets qui fâchent et à se poser à nouveau en réformateur, après un début de quinquennat chamboulé par la perte de la majorité absolue à l'Assemblée.

Devant les journalistes de l'Association de la presse présidentielle lundi, le chef de l'Etat a insisté sur sa volonté d'agir dans un "esprit d'écoute" et de "compromis", mais aussi sans "tabou" sur le fond comme sur la méthode et en recourant à l'épreuve de force si nécessaire.

"Oui au compromis, non au blocage puisque le pays n'a pas les moyens d'être bloqué", a-t-il résumé à propos de la discussion difficile à venir au Parlement autour du budget pour 2023.

Grand chantier sociétal de ce début de second quinquennat, la fin de vie fera l'objet dès octobre d'une Convention citoyenne, après la remise mardi d'un avis du Comité d'éthique.

Le président assure n'avoir pas de "position officielle" sur ce sujet clivant et avoir retenu les leçons de son premier quinquennat.

S'inspirant des conventions citoyennes organisées en Irlande, le chef de l'Etat souhaite que la réflexion sur la fin de vie, qu'il veut "apaisée", soit menée pendant "environ six mois" avec l'objectif de changer ou non le cadre légal "avant la fin 2023".

Réforme des retraites, «dès 2023»

Il n'exclut ni une issue par la voie parlementaire, ni un référendum, qui serait le premier depuis son arrivée à l'Elysée en 2017.

Sur le budget 2023, où l'opposition promet de croiser le fer avec le gouvernement, Emmanuel Macron "n'exclut" rien non plus, y compris le recours à l'article 49-3 de la Constitution, qui permet l'adoption d'un texte sans vote sauf motion de censure.

En cas "d'obstruction généralisée", il n'aura, assure-t-il, "aucun état d'âme à utiliser" cette arme constitutionnelle.

Selon lui, la réforme des retraites ne peut pas non plus attendre. Elle doit entrer en vigueur "dès 2023", a-t-il réitéré en insistant sur la nécessité de dégager des marges budgétaires pour d'autres chantiers, de l'école à la santé.

Sera-t-elle examinée dès cet automne dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, comme certains dans la majorité le suggèrent ? Cette décision "appartiendra" au gouvernement, au fond "les choses importent peu", dit-il.

Cependant, aucune force syndicale ou politique "ne peut s'affranchir du réel", dit-il alors que les discussions s'annoncent houleuses et pourraient déboucher sur une fronde sociale d'envergure.

Elles s'inscriront en outre dans un contexte économique et social tendu, avec l'envolée des prix de l'énergie et de l'alimentation liée en partie à la guerre en Ukraine.

Le président assure ne pas avoir voulu dramatiser les enjeux en évoquant la "fin de l'abondance" ou le "prix à payer pour la liberté". La situation va nécessiter des "efforts, pas des sacrifices", relativise-t-il.

«Petite musique d'ambiance»

Pour faire face à la hausse des prix de l'essence et de l'électricité, le gouvernement va mettre en place des mesures ciblées vers les ménages les plus modestes et les classes moyennes.

Alors que sa majorité se déchire sur une éventuelle taxation des superprofits des groupes énergétiques, le chef de l'Etat plaide une nouvelle fois pour une solution "en Européens".

Idem pour la taxe carbone sur les jets privés suggérée par son ministre des Transports Clément Beaune. Les "plus riches" iront mettre leurs jets ailleurs, réplique-t-il.

Plus que des "mesures symboliques", il faut prendre le "problème à la racine", ajoute-t-il, en plaidant pour une stratégie européenne et non pas nationale de décarbonation.

Après plusieurs mois de flottement, de l'avis même de membres de sa majorité, Emmanuel Macron entend, à travers ces différentes mesures, reprendre fermement la main face à une opposition déterminée à en découdre.

Il n'entend pas non plus se laisser déborder par les ambitions des uns ou des autres alors qu'il ne pourra pas se représenter en 2027, après deux quinquennats consécutifs.

Il assure vouloir "agir jusqu'au dernier quart d'heure". "Le reste, c'est de la musique d'ambiance", qui n'est pas celle qu'il préfère, ironise-t-il.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
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  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
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  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.