A Kryvyï Rig, les bocaux de la colère après que les Russes ont fait sauter un barrage

Cette photo prise le 15 septembre 2022 montre Lubov, 69 ans, tenant des bocaux à fruits récupérés dans la cave de sa maison endommagée par l'eau dans la ville de Kryvyi Rih, où des dizaines de maisons ont été inondées après qu'une attaque russe a endommagé un barrage en amont le 14 septembre. (photo Genya SAVILOV / AFP).
Cette photo prise le 15 septembre 2022 montre Lubov, 69 ans, tenant des bocaux à fruits récupérés dans la cave de sa maison endommagée par l'eau dans la ville de Kryvyi Rih, où des dizaines de maisons ont été inondées après qu'une attaque russe a endommagé un barrage en amont le 14 septembre. (photo Genya SAVILOV / AFP).
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Publié le Samedi 17 septembre 2022

A Kryvyï Rig, les bocaux de la colère après que les Russes ont fait sauter un barrage

  • L’armée russe a fait sauter mercredi le barrage hydraulique de Karatchoun et la rivière Ingoulets est alors progressivement sortie de son lit, montant de plusieurs mètres
  • De leur côté, les forces ukrainiennes avaient ouvert un barrage près d'Irpin, au nord de Kiev, fin février, inondant le village de Demydiv, pour ralentir l'avancée russe sur la capitale, qui semblait alors imminente

KRYVYÏ RIG, Ukraine :  Dans la cave de Lioubov Adamenko, des dizaines de bocaux surnagent, cul par-dessus tête, dans de l'eau croupie. Depuis deux jours, la boue a recouvert son quartier de Kryvyï Rig (Sud), après que l'armée russe a fait exploser un nouveau barrage en Ukraine.

«J'ai récupéré toutes mes confitures», lance-t-elle presque joyeuse, même si de nombreuses autres conserves restent introuvables. Chaque été, la solide babouchka (grand-mère) aux fines lèvres ornées d'un trait de rouge à lèvres explique mettre dans des pots en verre les fruits et légumes qu'elle consommera l'hiver.

Une tradition de petits gens, qui permet de se nourrir, mais aussi d'économiser, quand le froid se fait mordant, raconte-t-elle.

Autrefois ses grands-parents, qui ont bâti du temps de l'Union soviétique la petite maison ouvrière dotée d'un potager dans laquelle elle vit, faisaient de même.

Cet hiver, les mets estivaux auront pourtant un goût amer. La faute à l'armée russe, qui mercredi après-midi a fait sauter le barrage hydraulique de Karatchoun, construit dans les années 1930 sous Joseph Staline, quand Ukraine et Russie appartenaient au même ensemble.

L'ouvrage était situé à moins de 10 km à vol d'oiseau de la maison familiale. «J'y jouais quand j'étais jeune», se souvient l'énergique quasi-septuagénaire qui fêtera ses 70 printemps la semaine prochaine. Mais sa fête d'anniversaire est d'ores et déjà gâchée par l'armée russe et ses soldats, «pires que des cochons», peste-t-elle.

Car mercredi, huit missiles de croisière ont fracassé la paroi du réservoir Karatchoun, accuse Kiev.

- 'Guerre contre les civils' -

La rivière Ingoulets, qui borde le quartier de Lioubov Adamenko, est alors progressivement sortie de son lit, montant de plusieurs mètres. Plus de cent maisons ont été inondées en contrebas, évaluent les autorités locales. Vendredi après-midi, certaines rues de Kryvyï Rig étaient encore couvertes de boue.

«L'Etat terroriste (russe) continue de mener une guerre contre les civils», a dénoncé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, originaire de cette ville. Moscou veut «semer la panique», «laisser les gens sans lumière, chauffage, eau et nourriture».

Quelques jours plus tôt, les autorités ukrainiennes avaient dénoncé des bombardements russes sur des infrastructures stratégiques ayant entraîné des coupures d'électricité massives dans nombre de régions.

«(Les Russes) se sont mis en colère car notre armée les repousse dans une contre-offensive» particulièrement réussie dans l'Est, mais visiblement moins décisive dans la région de Kherson (Sud), voisine de Kryvyï Rig, estime Svitlana Chpouk, une ouvrière de 42 ans.

«Ce n'est pas une catastrophe naturelle, c'est la guerre. Ils ont juste décidé de nous inonder, nous le peuple» soupire cette ouvrière chaussée de bottes en caoutchouc, dont la maison a également souffert.

Moscou, en détruisant le barrage, a ainsi «essayé de faire monter le niveau de l'eau de la rivière Ingoulets pour endommager les ponts flottants installés par l'armée ukrainnienne dans le Sud», affirme à l'AFP Sergiï Zgurets, un analyste militaire basé à Kiev.

- 'Démoraliser' -

L'Institut pour l'étude de la guerre, un centre de recherche américain indépendant, opérait jeudi le même raisonnement. L'Ingoulets est «un élément important de la contre-offensive» dans le Sud, les troupes ukrainiennes tentant de progresser depuis cette rivière, observait-il.

La question de l'eau est en outre un «outil clef de la guerre» en Ukraine, note un analyste du centre de recherche britannique Janes.

Et cet expert de rappeler que dès 2014, après l'annexion de la Crimée par Moscou, Kiev a fait construire un barrage sur le fleuve Dnipro, privant ce territoire russe de 85% de ses ressources en eau. L'ouvrage a été «détruit par les troupes russes» dès le premier jour de la guerre cette année, affirme-t-il.

Les forces ukrainiennes ont également ouvert un barrage près d'Irpin, au nord de Kiev, fin février, inondant le village de Demydiv, pour ralentir l'avancée russe sur la capitale, qui semblait alors imminente.

Désormais, l'un des principaux objectifs du Kremlin est de «supprimer la résistance de la population» ukrainienne, de «la démoraliser», voire de «potentiellement fomenter de l'agitation» en son sein contre ses autorités en le privant d'eau ou d'électricité, observe l'analyste de Janes.

Vu de Kryvyï Rig la manœuvre semble peu concluante. Questionnée sur l'armée russe, la babouchka Lioubov Adamenko, un chaton ronronnant sur l'épaule gauche, paraît plus remontée encore. Et de lancer : «qu'elle fasse comme le navire» amiral russe Moskva, qui a sombré mi-avril au large de l'Ukraine.


Trump menace de cibler les champs gaziers iraniens après des attaques contre le Qatar

Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi. (AFP)
Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi. (AFP)
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  • Le président américain a confirmé qu'Israël était à l'origine de l'attaque mercredi contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe persique, dont l'autre partie est exploitée par le Qatar
  • Les Etats-Unis "ne savaient rien" de cette attaque, a assuré M. Trump

DOHA: Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi.

Si l'Iran "décide imprudemment d'attaquer un pays tout à fait innocent, en l'occurrence le Qatar", alors "les Etats-Unis d'Amérique, avec ou sans l'aide ou le consentement d'Israël, détruiront massivement l'intégralité du gisement de gaz de South Pars avec une force et une puissance que l'Iran n'a jamais vues ni connues auparavant", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.

Le président américain a confirmé qu'Israël était à l'origine de l'attaque mercredi contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe persique, dont l'autre partie est exploitée par le Qatar. Les Etats-Unis "ne savaient rien" de cette attaque, a assuré M. Trump.

En représailles, l'Iran s'en est pris mercredi au complexe gazier qatari de Ras Laffan, plus important site de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde. Cela a de nouveau été le cas jeudi.

La compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, a fait état de "dommages considérables" causés à l'aube sur ce site.

Les incendies provoqués par l'attaque ont été maîtrisés en début de matinée, selon le ministère de l'Intérieur. Aucune victime n'a été signalée.

Pétrole à plus de 112 dollars 

Le Qatar est le deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) derrière les Etats-Unis et Ras Laffan son premier site de production de GNL.

Déjà mercredi, ce site avait subi des dommages "considérables" dans une attaque attribuée à l'Iran.

Aux Emirats arabes unis, Abou Dhabi a fermé un complexe gazier après la chute de débris de missiles interceptés

Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a déploré que ces attaques dans la région "ont franchi toutes les lignes rouges en ciblant des civils, des installations civiles et vitales".

Ce nouvel épisode dans la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne sur l'Iran a de nouveau fait grimper le prix pétrole, poussant le baril de Brent au-delà des 112 dollars.

Les craintes d'une régionalisation du conflit à tout le Moyen-Orient s'accentue, l'Arabie saoudite ayant souligné jeudi se "réserver le droit" de répliquer militairement à l'Iran, qui cible régulièrement le pays avec des drones et des missiles.

Un couloir sécurisé pour Ormuz ? 

Le blocage par l'Iran du détroit stratégique d'Ormuz, par où circule d'ordinaire 20% du pétrole et du gaz mondiaux, reste au coeur de l'attention.

C'est au sud de ce passage, dans le golfe d'Oman, qu'un navire a de nouveau été touché jeudi par un "projectile inconnu", selon l'agence maritime britannique UKMTO. Un incendie s'est déclenché à bord du bateau. Un autre navire a été touché au large de Ras Laffan, selon l'UKMTO.

Réunie en urgence à Londres, l'Organisation maritime internationale (OMI) doit demander jeudi la mise en place d'un couloir maritime sécurisé pour évacuer les bateaux bloqués dans le Golfe persique.

L'organe onusien chargé de la sécurité en mer estime que 20.000 marins patientent actuellement à bord de 3.200 bateaux près du détroit d'Ormuz.

Après la réserve fédérale américaine mercredi (Fed), la flambée des prix de l'énergie due à la guerre dominera jeudi la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), qui redoute des conséquences sur l'inflation et la croissance.

Le président français Emmanuel Macron a appelé jeudi à un moratoire concernant "les infrastructures civiles", notamment énergétiques, après un échange avec Donald Trump et l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

"Les populations civiles et leurs besoins essentiels, ainsi que la sécurité des approvisionnements énergétiques, doivent être préservés de l'escalade militaire", a-t-il souligné.

En presque trois semaines, la guerre a fait plus de 2.200 morts, selon les autorités, essentiellement en Iran et au Liban, deuxième principal front de guerre, où s'affrontent le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah et Israël.

 


Trump s'en prend aux pays de l'Otan qui ont rejeté sa demande d'aide

Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis. (Reuters)
Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis. (Reuters)
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  • "Nous avons aidé avec l'Ukraine et ils n'aident pas avec l'Iran, et ils reconnaissent tous que l'Iran ne doit pas avoir l'arme nucléaire", a encore dit Donald Trump. "C'est une très mauvaise chose pour l'Otan", a-t-il estimé
  • "Nous n'avons plus besoin et nous ne voulons plus de l'aide des pays de l'Otan. NOUS N'EN AVONS JAMAIS EU BESOIN," avait assuré le président américain peu auparavant sur son réseau Truth Social, en citant aussi le Japon, l'Australie et la Corée du Sud

WASHINGTON: Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis.

"Je pense que l'Otan fait une erreur vraiment stupide", a-t-il déclaré à la presse depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, peu après avoir affirmé sur son réseau Truth Social qu'il n'avait plus besoin de leur aide pour sécuriser ce passage stratégique pour l'économie mondiale.

"J'ai longtemps dit que je me demandais si l'Otan serait jamais là pour nous. Donc ceci est, ceci était un grand test, parce que nous n'avons pas besoin d'eux mais ils auraient dû être là", a-t-il insisté.

"L'autre chose, qui est, je pense, très importante, c'est que nous n'avions pas à être là pour l'Ukraine", a ajouté le président américain, qui recevait le Premier ministre irlandais Micheal Martin à l'occasion de la Saint-Patrick.

"Nous avons aidé avec l'Ukraine et ils n'aident pas avec l'Iran, et ils reconnaissent tous que l'Iran ne doit pas avoir l'arme nucléaire", a encore dit Donald Trump. "C'est une très mauvaise chose pour l'Otan", a-t-il estimé.

"Nous n'avons plus besoin et nous ne voulons plus de l'aide des pays de l'Otan. NOUS N'EN AVONS JAMAIS EU BESOIN," avait assuré le président américain peu auparavant sur son réseau Truth Social, en citant aussi le Japon, l'Australie et la Corée du Sud, autres alliés ayant rejeté ses demandes d'assistance.

Dans le Bureau ovale, il a toutefois déclaré que les Etats-Unis "aimeraient avoir un peu d'aide" pour détecter des mines dans le détroit d'Ormuz.

Interrogé sur ses intentions concernant l'alliance de défense transatlantique, dont les Etats-Unis sont le pilier, le républicain est resté vague.

"Je n'ai rien de précis en tête", a-t-il déclaré, tout en lançant, après avoir parlé des dépenses que les Etats-Unis font pour l'Otan: "C'est certainement quelque chose à quoi nous devrions réfléchir".

Il a jugé que le Premier ministre britannique Keir Starmer avait fait une "grosse erreur" en rejetant sa demande d'aide, et a balayé l'opposition du président français Emmanuel Macron en déclarant que ce dernier quitterait bientôt ses fonctions.

 


Iran: l'armée israélienne dit avoir éliminé le général commandant la milice Bassidj

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  • "Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone
  • "Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution

JERUSALEM: L'armée israélienne a déclaré mardi matin avoir éliminé dans une frappe à Téhéran le général Gholamréza Soleimani, commandant du Bassidj, milice de volontaires islamistes chargés notamment du maintien de l'ordre en Iran.

Les médias israéliens affirment également qu'Ali Larijani, l'un des plus hauts dirigeants iraniens, a été la cible d'une tentative d'élimination dans une autre frappe au cours de la nuit.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone.

"Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, avait été tué dans "une frappe ciblée à Téhéran".

Selon Kan, la radio TV publique israélienne, Ali Larijani, chef du Conseil suprême de la sécurité nationale, "a été la cible d'une tentative d'élimination". "Les résultats de la frappe sont encore en cours d'examen", a annoncé pour sa part la chaîne N12.

"Nous ciblons des éléments des Gardiens de la Révolution et de l'appareil répressif du régime", a déclaré l'armée, citant dans un communiqué son chef d'état-major.

"Des résultats préventifs significatifs ont été enregistrés cette nuit, susceptibles d'influencer l'issue des opérations et les objectifs de l'armée israélienne", a indiqué le lieutenant-général Eyal Zamir.

Depuis l'élimination du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, au premier jour des frappes israélo-américaines en Iran le 28 février, M. Larijani est l'un des principaux visages du pouvoir iranien.

Avec les Gardiens de la Révolution, le Bassidj est depuis plusieurs jours la cible des frappes aériennes d'Israël. Cette milice recrute essentiellement dans la jeunesse, et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.

Elle "fait partie de l'appareil armé du régime terroriste iranien" et a "mené les principales opérations de répression, recourant à une violence extrême, à des arrestations massives et à l'usage de la force contre des manifestants civils", a commenté l'armée israélienne.

"L'élimination de Soleimani s'ajoute à celle de dizaines de hauts commandants des forces armées du régime iranien qui ont été éliminés au cours de l'opération, et constitue un nouveau coup dur porté aux structures de commandement et de contrôle du régime en matière de sécurité", affirme l'armée.