Arts, théâtre, spectacles et musique pour célébrer la Fête nationale en Arabie saoudite

La célébration de la 92e Fête nationale de l'Arabie saoudite intervient à un moment capital de l'histoire de la nation en raison de son remarquable parcours de transformation et de développement. (Photo fournie).
La célébration de la 92e Fête nationale de l'Arabie saoudite intervient à un moment capital de l'histoire de la nation en raison de son remarquable parcours de transformation et de développement. (Photo fournie).
Short Url
Publié le Vendredi 23 septembre 2022

Arts, théâtre, spectacles et musique pour célébrer la Fête nationale en Arabie saoudite

  • Tenue traditionnelle encouragée pour les spectacles de musique et de folklore
  • Des chanteurs populaires locaux et arabes se produisent en direct

RIYAD: La célébration de la 92e Fête nationale de l'Arabie saoudite intervient à un moment capital de l'histoire de la nation en raison de son remarquable parcours de transformation et de développement.

Les citoyens et les résidents fêtent cette journée tout au long de la semaine, avec des événements rendant hommage au patrimoine, à l'art et à la culture du Royaume.

 

Riyad

Riyad célèbre la Fête nationale saoudienne avec toute une série d'événements et d'activités, notamment de la musique, du théâtre et un spectacle spécialement conçu par le Cirque du Soleil.

riyad
Vue nocturne de la capitale nationale, Riyad. (SPA).

En préparation, les principales routes de la capitale ont été parées de centaines de drapeaux nationaux verts.

Le ciel s'illuminera de feux d'artifice devant la Plaza Al-Thaghr le 23 septembre à partir de 21h.

L'Armée de l'air royale saoudienne présente un spectacle aérien avec des jets et des avions civils, qui peut être observé depuis le parc Um Ajlan les 22 et 23 septembre de 16h00 à 17h30.

La Garde royale défilera au Front de Riyad au son de l'Hymne national joué par une fanfare militaire, avant un cortège de voitures de collection, le 23 septembre de 21h à 22h.

L'entrée est gratuite pour le feu d'artifice, le spectacle aérien et le défilé de la Garde royale.

hawk
Les Hawks saoudiens répètent pour les célébrations de la 92e fête nationale saoudienne à Riyad. (SPA).

En outre, Jump Saudi organise une compétition de saut d'obstacles de deux jours. Les billets coûtent 57,50 riyals saoudiens (SAR) (1 SAR = 0,27 euro) et peuvent être obtenus en ligne sur Riyadh Platinum ou sur Enjoy Saudi via le site Web de la General Entertainment Authority. L'événement a lieu les 22 et 23 septembre de 16h à 1h du matin.

Cette année, le Cirque national présente un spectacle du Cirque du Soleil, conçu pour l'occasion, intitulé «The Wealth of a Nation», au théâtre Princess Nourah bint Abdulrahman University, du 21 au 24 septembre de 20h à minuit.

Les musiciens arabes Ahlam et Abady al-Johar se produiront le 23 septembre sur la scène Abo Baker Salim de 21h à minuit.

Le ministère de l'Intérieur organise ses propres festivités sous le slogan «La fierté de la nation» au Riyadh Front du 21 au 24 septembre. L'événement prévoit également un orchestre en direct et 12 pavillons interactifs.

cirque
Cette année, le cirque national présente un spectacle du Cirque du Soleil spécialement conçu pour l'occasion. (Photo fournie).

Un festival se tient au Grassy Park du quartier diplomatique du 21 au 24 septembre. Il propose des spectacles sur le patrimoine, des expositions d'artisanat, une fontaine musicale, des jeux d'action pour les enfants et des stands pour se restaurer.

L'auditorium du cinéma AMC-2 a présenté un spectacle de comédie de 90 minutes en direct le 22 septembre de 20 h à 21h30, avec trois artistes internationaux et un artiste saoudien.

Djeddah

La General Entertainment Authority a organisé plusieurs événements pour les citoyens et les résidents de Djeddah à l'occasion de la 92e Fête nationale du pays, notamment des feux d'artifice, des spectacles militaires aériens et maritimes, des concerts de musique et des festivals interactifs.

Le littoral de la ville sera illuminé par un gigantesque feu d'artifice de sept minutes le 23 septembre sur le parking du Jeddah Season, qui devrait être visible de n'importe quel endroit de la ville. Ce spectacle sera l’un des 17 autres spectacles semblables présentés dans le pays.

Pendant trois jours, du 18 au 20 septembre, les habitants de Djeddah ont pu assister à un spectacle aérien près de l'hôtel Hilton, sur la corniche, dès 16h30.

Les résidents de Djeddah pourront également assister à un défilé militaire à 17h le jour de la Fête nationale, organisé par le ministère de l'Intérieur sur la Jeddah Art Promenade. Des feux d'artifice illumineront le lieu à partir de 21h les 22, 23 et 24 septembre.

De plus, la Jeddah Art Promenade présente un spectacle sons et lumières le 23 septembre. Il y aura également un spectacle de folklore saoudien de 18h à minuit les 22, 23 et 24 septembre. Par ailleurs, des événements et des activités «Layali Watan» seront organisés au cours de la même période.

La Jeddah Art Promenade sera ornée d’un mur de mosaïque avec diverses pièces d'art les 22, 23 et 24 septembre, mettant en valeur l'histoire du Royaume.

La Promenade aura également un coin Fête nationale, avec un kiosque de photographie et un spectacle exclusif pour les enfants.

Le lieu accueillera plusieurs concerts de musique, avec Saud Sanan le 23 septembre, la chanteuse Dukhuon le même jour, et Ahmed Ashour le 24.

La chanteuse égyptienne Angham et son compatriote Ahmed Saad se produiront au Benchmark Theatre sur King's Road à 21h30 le 24 septembre. Selon le site Internet de la billetterie, tous les billets VVIP ont été vendus.

Des festivals sont également organisés de 17h à minuit au Prince Majed Park de la ville, du 21 au 24.

Province de l'Est

La province de l'Est propose une série d'événements divertissants pour tous les âges afin de célébrer la 92e Fête nationale du Royaume, notamment des spectacles vivants, des feux d'artifice et des shows maritimes et aériens.

Un florilège de festivités dont des danses folkloriques et des spectacles de fontaines musicales se déroulent au parc du Roi Abdullah à Dammam sur quatre jours du 21 au 24 septembre de 17h à minuit.

Des artistes déambuleront dans le parc, vêtus de tenues traditionnelles. Plusieurs jeux d'action et des cadeaux sont prévus pour les familles. L'événement est gratuit et ouvert aux enfants de tout âge.

Les familles sont encouragées à arborer des tenues traditionnelles pour les événements organisés tout au long de la semaine.

Dammam accueillera le spectacle annuel de feux d'artifice qui sera visible depuis la corniche le 23 septembre à partir de 21 h. L'entrée est gratuite et ouverte à tous.

Dix-huit villes du Royaume présenteront des feux d'artifice en même temps que Dammam, notamment Riyad, Djeddah, Abha, Tabuk et Al-Ahsa.

La ville voisine d'Alkhobar accueillera également un spectacle maritime dirigé par les Forces navales royales, le 23 septembre de 16h30 à 17h30 sur la corniche.

Après le show maritime, le front de mer de la corniche accueillera un spectacle aérien les 25 et 26 septembre de 16h à 17h30.

En outre, le King Abdullah Cultural Center de Jubail organise des concerts en direct avec certains des artistes régionaux les plus populaires, notamment Moudi Alshamrani, Sultan Khalifa, Shamma Hamdan et Khadijah Moath, du 21 au 24 septembre.

Les enfants ne sont pas autorisés à assister aux concerts. Les billets sont disponibles sur le site Web d'Enjoy Saudi.

Régions du sud et du nord

Les régions du sud et du nord du Royaume se préparent à célébrer la 92e Fête nationale le 23 septembre avec divers spectacles et concerts, dont A Homeland Salute par l'Armée de l'air royale saoudienne.

Le 23 septembre à partir de 21h, un gigantesque feu d'artifice de cinq minutes sera organisé dans plusieurs villes.

À Jouf, au nord du Royaume, les habitants de Sakaka pourront se rassembler au centre culturel King Abdullah pour assister au spectacle.

Dans la région des frontières du Nord, les spectateurs d'Arar pourront le voir au Water Tower Park de la ville.

Dans le sud-ouest, il pourra être vu dans le quartier d'Al-Nahdah à Najran, et à Abha dans l'Asir, ils au parc Sama Abha.

Les activités comprennent des spectacles aériens et maritimes.

L'Armée de l'air royale saoudienne se produira pendant dix jours avec des avions de chasse Typhoon, F-15, Tornado et F-15C dans 14 villes. Le spectacle est intitulé «A Homeland Salute», pour célébrer ses réalisations.

À Abha, le spectacle aérien se tient au parc de l'aéroport d'Abha les 22 et 23 septembre à 17h30.

Divers festivals avec des danses folkloriques, des jeux et de l'artisanat sont organisés dans plusieurs parcs publics du 21 au 24 septembre de 17h à minuit.

Les habitants du nord pourront célébrer la journée au parc Al-Nakheel à Sakaka, et dans le district d'Al-Refa à Arar.

Ceux qui commémorent la journée dans le sud trouveront leur bonheur au parc Sama Abha à Abha, et au parc Aba Al-Rashash à Najran.

Des artistes importants se produisent à cette occasion. À Abha, un concert de Mohammed Abdo, dirigé par le maestro Walid Fayed, aura lieu au théâtre Talal Maddah le 24 septembre.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


À l’IMA, deux historiens s’accordent: la Palestine n’est pas un conflit mais une guerre coloniale

Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ». (IMA)
Short Url
  • Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle
  • Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées

PARIS: Devant un amphithéâtre comble, l’historien palestino-américain Rashid Khalidi et le professeur émérite Henry Laurens ont échangé pendant près de deux heures, à l’invitation de l’Institut du Monde Arabe à Paris (IMA), autour du thème « Écrire l’histoire de la Palestine ».

D’emblée, une grande complicité et une admiration réciproque se dégagent entre Laurens, spécialiste du monde arabe et auteur de l’ouvrage intitulé « Question juive, problème arabe », et Khalidi, de passage à Paris à l’occasion de la publication en français de « Cent ans de guerre contre la Palestine », paru aux États-Unis en 2020.

IMA

C’est ce lien personnel entre les deux intervenants qui a donné lieu à un dialogue fluide, dense mais sans concessions, qui ne se contente pas de revisiter l’histoire, mais propose un changement de regard.

IMA

Ce que l’on appelle communément « conflit israélo-palestinien » est en réalité, selon Khalidi, une guerre coloniale inscrite dans la longue durée, dont les Palestiniens seraient la cible depuis plus d’un siècle.

Dès les premières minutes, le ton est donné : Khalidi récuse l’idée d’un affrontement symétrique entre deux peuples. Selon lui, cette grille de lecture masque l’asymétrie du rapport de force entre les parties impliquées.

Il ne s’agit pas simplement d’une rivalité nationale entre deux peuples vivant sur une même terre, mais d’un projet d’implantation soutenu par des puissances extérieures, inscrit dans une logique coloniale classique.

Loin d’être un accident de l’histoire, ce processus répond à une dynamique structurée, progressive et profondément politique, dont le moment fondateur reste la Déclaration Balfour.

Avec le soutien du Royaume-Uni à l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, cette déclaration transforme une aspiration politique en projet réalisable. Khalidi insiste : sans cet appui impérial, le mouvement sioniste n’aurait pas pu s’imposer de cette manière. Il rappelle les démarches antérieures de Theodor Herzl auprès des grandes puissances, restées infructueuses, jusqu’à ce que Chaim Weizmann obtienne le soutien britannique.

IMA
Les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. (Arlette Khouri)

À cette lecture, Henry Laurens n’oppose pas un refus, mais une mise en perspective. Il propose de remonter à 1908, moment charnière où émergent à la fois une conscience politique palestinienne et les premières tensions ouvertes autour de la présence sioniste.

Laurens insiste sur un point fondamental : le conflit est international dès l’origine. Il ne se joue pas seulement sur le territoire de la Palestine mandataire, mais aussi dans les capitales européennes, au sein des institutions internationales et, plus tard, dans les équilibres de la guerre froide.

Sur ce point, les deux historiens convergent pleinement : le rôle des puissances étrangères est central, hier comme aujourd’hui. La période du mandat britannique illustre parfaitement cette imbrication, notamment à travers la répression des révoltes palestiniennes — en particulier celle de 1936-1939 — menée en grande partie par les forces britanniques.

Pour Khalidi, cela confirme que la guerre n’oppose pas seulement deux acteurs locaux, mais qu’elle met en jeu une alliance entre projet sioniste et puissance impériale.

Laurens souligne pour sa part un aspect lié au langage : la Déclaration Balfour ne mentionne pas les Palestiniens en tant que peuple, évoquant simplement des « communautés non juives ». De même, le mandat britannique parle des « indigènes », un vocabulaire qui traduit une invisibilisation politique caractéristique des contextes coloniaux. Selon lui, le peuple palestinien, en tant que sujet politique, mettra des décennies à être reconnu comme tel, y compris dans le monde arabe.

Les deux historiens s’accordent également à souligner la coexistence de ruptures et de continuités. Les accords d’Oslo, par exemple, apparaissent comme un moment charnière.

Pour Khalidi, ils constituent à la fois une rupture — avec la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP — et l’aboutissement d’un processus engagé dès les années 1970, lorsque les dirigeants palestiniens prennent acte de l’impossibilité d’une solution militaire régionale.

Cette tension entre continuité et rupture se retrouve dans l’analyse des événements les plus récents. Le 7 octobre 2023 marque, selon Khalidi, une rupture par l’ampleur de la violence et le nombre de victimes, tout en s’inscrivant dans une logique ancienne de confrontation.

Double regard

Ce double regard permet d’éviter les simplifications et rappelle que, si rien n’est totalement nouveau, rien n’est strictement identique non plus.

Ainsi, la figure de l’ancien président palestinien Yasser Arafat illustre bien cette complexité. À la fois acteur de la lutte et artisan de compromis, il incarne une période où un certain équilibre interne était encore possible. Sa disparition marque une rupture majeure.

Laurens souligne qu’il était sans doute le seul capable d’éviter une guerre civile palestinienne. Celle-ci éclatera quelques années plus tard, opposant notamment le Hamas à l’Autorité palestinienne, accentuant la fragmentation déjà profonde des rangs palestiniens.

Cette fragmentation constitue l’un des obstacles majeurs à l’écriture d’une histoire cohérente. À ce propos, Khalidi insiste sur l’absence d’archives nationales centralisées, conséquence directe de la dispersion du peuple palestinien.

L’historien doit alors recomposer le récit à partir de sources éparses : archives familiales, témoignages, documents internationaux. Il évoque aussi, plus personnellement, le recours à sa propre expérience — une démarche inhabituelle dans son parcours académique, mais rendue nécessaire par les lacunes documentaires.

Enfin, l’échange s’ouvre sur le présent et ses évolutions. Khalidi observe un changement notable dans l’opinion publique occidentale, en particulier aux États-Unis, où les mobilisations étudiantes, les débats académiques et les campagnes de boycott ont contribué à transformer le regard porté sur la Palestine.

Mais cette évolution s’accompagne, selon lui, d’une réaction tout aussi forte : une restriction croissante de la liberté d’expression, qu’il n’hésite pas à comparer au climat du maccarthysme.

Le dialogue s’achève sur une question plus large : que révèle la question de la Palestine pour le monde contemporain ?

Pour Khalidi, elle constitue l’un des derniers avatars d’une histoire coloniale que l’on croyait révolue. Pour Laurens, elle reflète un conflit profondément inscrit dans les dynamiques internationales.


Chez le chef français Alain Passard, le végétal radical

Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive. (AFP)
Short Url
  • "Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef
  • "Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans

PARIS: Le chef français triplement étoilé Alain Passard, devenu depuis août le seul de cette lignée à ne cuisiner que des végétaux, rêve que l'on "fasse de la place" dans la haute gastronomie française à cette cuisine disruptive.

"Ça n'existait pas, un grand chef qui fait sans le beurre, la crème, les œufs", dit d'emblée le mythique chef.

"Cet été, j'ai compris que j'étais prêt, culinairement, mentalement", poursuit à l'AFP le cuisinier de 70 ans, quelques mois après avoir annoncé tourner une page dans l'histoire de son mythique restaurant parisien l'Arpège, ouvert il y a 40 ans dans le quartier des ministères.

La protéine animale était déjà devenue discrète dans les assiettes du chef, qui avait banni la viande rouge en 2001. Alain Passard, qui avait pourtant bâti sa carrière et sa réputation sur la grande tradition de la rôtisserie française, se disait "dés-inspiré".

Sa nouvelle religion, il la fonde depuis 2001 en cultivant ses potagers privés à travers la France, et dans la saisonnalité.

"La nature a tout écrit. Par exemple, le poireau en hiver, c'est un produit de la nature fait pour réchauffer. Une tomate, c'est un verre d'eau, c'est fait pour désaltérer", assure-t-il, l'œil bleu pétillant.

En cuisine, une heure avant le service, c'est l'heure des "potions magiques" : six chaudrons et casseroles, remplies à ras bord de légumes, fanes, herbes, jus et réductions, viennent former le rituel de base de cette cuisine végétale.

Bien-être animal 

En maître des lieux, le "consommé" : une marmite de 10 litres d'un peu tous les végétaux de saison, avec "très peu d'eau, à niveau", la manne qui viendra délayer et faire vivre les sauces du midi.

Ce jour-là, cela viendra nourrir un consommé de céleri, qui fait presque sentir la viande ou une sauce au vin jaune, grasse, épaisse, à en rappeler le beurre, et un velouté de cresson bien iodé, sans avoir jamais connu la moindre goutte d'eau de mer.

Dans la nouvelle cuisine d'Alain Passard, très peu d'épices. Aucune "poudre de perlimpinpin", dit-il, peu de condiments et, en dehors des légumes, feuilles et fruits du potager, quasiment pas de céréales ou légumineuses.

Alain Passard plonge dans cet inconnu au moment exact, l'été dernier, où le seul chef triplement étoilé vegan au monde, Daniel Humm, à New York, remet la protéine au menu.

"Le moment est bon, la société est réceptive au respect des saisons, à la lutte contre le gaspillage alimentaire ou le bien-être animal", répond Alain Passard.

"Mais ce n'est pas politique, c'est artistique", ajoute le patron de l'Arpège, collectionneur d'art et peintre à ses rares heures perdues.

Nouvelles bases 

Mais dans la profession, ce modèle de restaurateur indépendant qui travaille seul et ne quitte jamais son établissement, devient parfois incompris. "Ils ne m'ont pas épargné : à la cérémonie du (guide gastronomique) Michelin, il y en a que je connais depuis 40 ans qui ont refusé de me saluer", dit-il en serrant les lèvres.

"Ce n'est pas leur conception de la cuisine", poursuit-il, alors que s'affirme en France un courant de chefs plus "identitaire", replié sur les traditions culinaires.

"Quand on va chez Alain, il faut oublier tout ce que l'on sait, il faut arriver vierge et être prêt à vivre quelque chose d'unique", le défend auprès de l'AFP le chef triplement étoilé Emmanuel Renaut.

En octobre, le critique Stéphane Durand-Souffland repart de l'Arpège "furieux qu'on ait essayé, moyennant une addition à 495 euros pour un couvert, de nous faire prendre des rince-doigts pour des lanternes", écrit-il dans le Figaro.

À l'AFP, il explique quelques mois plus tard avoir attendu dans le médiatique parti-pris de l'Arpège "un manifeste, sans avoir la révolution espérée".

"Quand on change autant de paradigme, il faut remonter une cuisine, prendre d'autres bases", dit le chroniqueur, citant les traditions culinaires végétaliennes de l'Inde au Japon.

"Je suis dans ce métier depuis 40 ans, je connais ma musique, mon solfège", répond Alain Passard, persuadé qu'il faut qu'on "fasse une place" dans la cuisine française au végétalisme.


Azzedine Alaïa et Christian Dior : aux racines d’un maître tunisien de la haute couture

Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Le livre coïncide avec une exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris, qui se termine le 21 juin. (Avec l'autorisation de Damiani Books)
Short Url
  • Le livre met en lumière un dialogue esthétique et technique entre Alaïa et Dior, fondé sur une vision commune de la forme et du savoir-faire
  • L’expérience fondatrice d’Alaïa chez Dior et son admiration durable ont profondément influencé son parcours et inspiré l’exposition et l’ouvrage

DHAHRAN : Le livre de table publié par Damiani, « Azzedine Alaïa et Christian Dior, deux maîtres de la haute couture », tisse avec élégance un dialogue visuel entre ces couturiers emblématiques du XXe siècle.

À travers des photographies capturant ces vêtements sculpturaux, l’ouvrage offre un festin visuel d’une grande élégance, ponctué de quelques pages de textes soigneusement sélectionnés.

Disponible uniquement en anglais, le livre, paru ce mois-ci, se lit aisément, avec une préface de l’éditrice et galeriste italienne Carla Sozzani, qui écrit : « Il ne s’agit pas simplement d’un dialogue entre deux maîtres de la haute couture, mais d’un retour à une origine profondément humaine et formatrice.

Christian Dior et Azzedine Alaïa ont développé un langage commun fondé sur une discipline intérieure et un respect de la forme, un langage qui a inspiré, inspire encore et continuera d’inspirer des générations. » 

--
Le livre est sorti le 21 avril. (Publié par et avec l’autorisation de Damiani Books)

D’autres éclairages sont apportés par des figures telles qu’Olivier Saillard, historien de la mode français et directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, ainsi qu’Olivier Flaviano, directeur de La Galerie Dior depuis son inauguration en 2022, entre autres.

L’ouvrage présente également 70 pièces textiles impeccablement mises en scène, issues des archives des années 1950 et conservées à la Fondation Alaïa.

L’histoire commence en Tunisie, où le jeune Alaïa (1935-2017) découvre pour la première fois les créations de Dior (1905-1957) en feuilletant des magazines de mode français fournis par Madame Pinault, une sage-femme locale qui l’avait pris sous son aile.

Fils d’agriculteurs céréaliers, Alaïa est envoyé vivre chez ses grands-parents avec sa sœur jumelle, Hafida. À 15 ans, il ment sur son âge pour intégrer l’Institut des Beaux-Arts de Tunis en tant qu’apprenti sculpteur.

Il finance ses études en aidant une couturière qui vendait des reproductions de créations de grands couturiers parisiens à une clientèle tunisienne aisée.

Encouragé par Habiba Menchari, figure de l’émancipation féminine en Tunisie, il approche Madame Zeineb Levy-Despas, cliente de la maison Dior alors dirigée par Yves Saint Laurent, qui lui obtient un stage intensif de quatre jours à la Maison Dior.

En juin 1956, Alaïa, âgé de 21 ans, arrive dans l’atelier de Christian Dior, alors âgé de 51 ans, situé rue François 1er, au cœur du Triangle d’Or, épicentre du luxe parisien.

Bien que trois décennies les séparent, leurs esthétiques et leurs silhouettes présentent des similitudes, renforcées par leur goût intemporel.

Tous deux discrets, ils étaient fascinés par un artisanat minutieux et somptueux, laissant leurs œuvres — véritables sculptures à porter — s’exprimer d’elles-mêmes. Ils partageaient un goût pour les textures, les constructions ingénieuses et une architecture du vêtement à la fois douce et puissante.

Cette expérience brève mais fondatrice — ainsi que des décennies de collection des chefs-d’œuvre de Dior — a largement contribué à cette exposition.

Si l’exposition à la Fondation Azzedine Alaïa à Paris s’achève le 21 juin, près de 70 ans après ce stage, les images et les chefs-d’œuvre détaillés présentés dans le livre, eux, perdureront toute une vie. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com