Iran: un artiste rend les fontaines rouge sang pour illustrer la répression

Une photo obtenue par l'AFP hors d'Iran le 7 octobre 2022 montre un homme regardant l'eau, qui serait colorée en rouge en signe de protestation contre la répression meurtrière de trois semaines de manifestations déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, dans une fontaine située à l'extérieur du Forum des artistes au parc Honarmandan, dans la capitale iranienne Téhéran. (AFP).
Une photo obtenue par l'AFP hors d'Iran le 7 octobre 2022 montre un homme regardant l'eau, qui serait colorée en rouge en signe de protestation contre la répression meurtrière de trois semaines de manifestations déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, dans une fontaine située à l'extérieur du Forum des artistes au parc Honarmandan, dans la capitale iranienne Téhéran. (AFP).
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Publié le Samedi 08 octobre 2022

Iran: un artiste rend les fontaines rouge sang pour illustrer la répression

  • Les images des fontaines rouge sang ont été partagées en ligne par le média 1500tasvir, qui recense les violations. Ces fontaines sont situées dans le centre de Téhéran
  • Des militants ont décrit sur Twitter les fontaines rouges comme une «oeuvre d'art» baptisée «Téhéran recouverte de sang» et indiqué qu'elles avaient été conçues par un artiste anonyme

NICOSIE : Un artiste anonyme a coloré les fontaines d'eau de Téhéran en rouge vendredi en référence à la répression sanglante des trois semaines de manifestations qui ont éclaté après la mort de Mahsa Amini.

Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des moeurs pour infraction au code vestimentaire strict imposant notamment aux femmes de porter le voile dans la République islamique.

La colère suscitée par sa mort a déclenché les manifestations les plus importantes depuis près de trois ans en Iran. La répression a fait des dizaines de morts, et des centaines de personnes ont été arrêtées.

Malgré l'usage par les forces de sécurité d'armes létales pour les écraser, les manifestations se sont poursuivies pendant vingt jours et vingt nuits consécutifs, selon des vidéos en ligne authentifiées par l'AFP.

Les images des fontaines rouge sang ont été partagées en ligne par le média 1500tasvir, qui recense les violations. Ces fontaines sont situées dans le centre de Téhéran.

Des militants ont décrit sur Twitter les fontaines rouges comme une "oeuvre d'art" baptisée "Téhéran recouverte de sang" et indiqué qu'elles avaient été conçues par un artiste anonyme.

Selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, au moins 92 manifestants ont été tués dans la répression, qui s'est accompagnée de restrictions d'accès à Internet, notamment des blocages d'Instagram et de WhatsApp.

Sur une vidéo publiée en ligne jeudi et authentifiée par l'AFP, un groupe de femmes chante "mort au dictateur" à Racht, dans le nord. D'autres images montrent des femmes crier "Azadi" ("liberté" en persan) et applaudir fortement en marchant dans une rue de Qods, à l'ouest de Téhéran.

Amnesty International dit avoir confirmé 52 cas de personnes tuées par les forces de sécurité, mais estime que "le nombre réel est bien supérieur".

Dans un communiqué publié il y a une semaine, l'ONG affirme que l'Iran a délibérément eu recours à la force létale pour réprimer les manifestations menées par les femmes.

Amnesty indique avoir obtenu un document destiné aux commandants des forces armées de toutes les provinces émis le 21 septembre, leur ordonnant de "répondre fermement" face aux manifestants.

Un autre document révèle que le commandant de la province du Mazandéran (nord) demande aux forces de l'ordre de "faire face sans pitié" et d'"aller jusqu'à tuer" ce qui est décrit comme "tout chaos provoqué par des émeutiers".


Fabien Gabel, la musique de père en fils

Le chef d'orchestre et musicien français Fabien Gabel pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 novembre 2022. (AFP).
Le chef d'orchestre et musicien français Fabien Gabel pose lors d'une séance photo à Paris, le 21 novembre 2022. (AFP).
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  • «J'avais trois ou quatre ans et c'était Noël. L'orchestre de l'Opéra jouait comme tous les ans l'ouverture de Carmen; je me souviens aussi d'un sapin immense et du père Noël au Palais Garnier», se remémore en souriant le chef d'orchestre de 47 ans
  • «Enfant, j'allais plus dans la fosse que dans la salle elle-même. J'ai connu l'envers du décor avant le lieu du décor», explique le maestro qui a grandi dans les Yvelines

PARIS : A huit ans, son père trompettiste l'avait emmené dans la fosse d'orchestre de l'Opéra de Paris, où son grand-père maternel était violoncelliste. Quatre décennies plus tard, le chef d'orchestre français Fabien Gabel fait ses débuts au pupitre de la prestigieuse maison.

Des débuts d'autant plus émouvants qu'il dirige à l'Opéra Bastille une longue série de "Carmen" de Bizet (jusqu'au 25 février), son premier souvenir à l'Opéra.

"J'avais trois ou quatre ans et c'était Noël. L'orchestre de l'Opéra jouait comme tous les ans l'ouverture de Carmen; je me souviens aussi d'un sapin immense et du père Noël au Palais Garnier", se remémore en souriant le chef d'orchestre de 47 ans.

Biberonné à la musique classique dès son plus jeune âge, avec également une mère harpiste et un frère aîné violoniste, il a été en immersion dans la fosse avant même d'apprendre un instrument - la trompette -, avant de se convertir plus tard à la direction d'orchestre.

"Enfant, j'allais plus dans la fosse que dans la salle elle-même. J'ai connu l'envers du décor avant le lieu du décor", explique le maestro qui a grandi dans les Yvelines.

Désir latent

"La première fois, c'était un soir où l'orchestre jouait Norma (de Bellini). Mon père m'a dit: 'Tu ne bouges pas'. J'étais tiré à quatre épingles, je me mettais au bord de la fosse pour que personne ne me voie", se souvient-il.

Il est alors fasciné par les musiciens, par le son enveloppant de l'orchestre mais aussi "les voix du public au-dessus de la fosse, les applaudissements et les coulisses".

"Il m'a même entraîné dans la fosse des Folies Bergère et, là, c'était des plumes qui tombaient", rit-il, en référence aux heures de gloire cet ancien cabaret.

A 16 ans, il est admis au Conservatoire de Paris pour étudier la trompette et, la même année, l'Opéra de Paris fait appel à lui pour jouer lors d'une soirée consacrée à l'opéra "Elektra" de Richard Strauss.

Mais la direction d'orchestre a toujours été un "désir latent". Alors qu'il a 14 ans, en 1989, il se souvient avoir vu le légendaire Carlos Kleiber diriger le concert du Nouvel An à Vienne.

Fasciné, cet amoureux du répertoire français entame cette nouvelle carrière à 27 ans; un long processus durant lequel il se forme aux côtés d'éminents maestros comme Sir Colin Davis, avant de se lancer à l'international. Il deviendra pendant de longues années directeur musical de l'Orchestre symphonique de Québec.

Avant lui, son père et son grand-père avaient côtoyé les plus grands.

Son grand-père, qui a également joué avec l'Orchestre Lamoureux, a travaillé avec les compositeurs Igor Stravinski, Wilhelm Furtwängler, Igor Markevitch ou Bruno Walter. Son père a connu l'ère de Rolf Liebermann, administrateur de l'Opéra entre 1973 et 1980 qui a attiré de grands noms.

"Un soir, Lorin Maazel dirigeait 'Pelléas et Mélisande', le lendemain, Georg Solti dirigeait "L'Or du Rhin" et la semaine d'après, Karl Böhm était là pour 'Elektra', en sachant que ces deux derniers avaient travaillé eux-mêmes avec Richard Strauss. C'était des légendes vivantes", précise Fabien Gabel.

Son expérience comme instrumentiste lui a appris l'humilité et surtout à être sensible aux états d'âme des musiciens qui lui font face.

"L'orchestre est une micro-société. (...) Il y a des musiciens nerveux, qui ont besoin d'aide, d'autres à qui on peut parler ouvertement", souligne-t-il.

Dans sa carrière, il dit avoir vu "des chefs très durs envers les musiciens, avec des comportements qui n'avaient pas lieu d'être, mais cela a changé".

Après, nuance-t-il, "cela n'empêche pas la rigueur et l'autorité car il faut bien que quelqu'un régule les choses".


Nour Cadour, une «porte-parole poétique»

Couverture de L'âme du luthier,  de Nour Cadour (fournie)
Couverture de L'âme du luthier, de Nour Cadour (fournie)
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  • Nour Cadour exerce le métier de docteur en médecine nucléaire à Montpellier, en Occitanie, non loin de la Méditerranée. Sa passion pour la littérature remonte à son enfance
  • «J'ai ce besoin d'écrire parce que, pour moi, la poésie est comme une arme, mais une arme pacifique»

PARIS: «Fait-il toujours aussi froid en Syrie?» Nour Cadour a pris du temps avant de comprendre le sens de cette question. Son malheureux interlocuteur français avait confondu la Syrie avec la Sibérie. Pays longtemps méconnu avant d’être au cœur de l'actualité internationale à partir de 2011, la Syrie mérite d'être vue autrement, selon la romancière, poétesse et peintre Nour Cadour. Arab News en français s'est entretenu avec celle qui se considère comme étant une «porte-parole poétique».

Nour Cadour (fournie)
Nour Cadour (fournie)

De l'importance de la poésie

Nour Cadour exerce le métier de docteur en médecine nucléaire à Montpellier, en Occitanie, non loin de la Méditerranée. Sa passion pour la littérature remonte à son enfance. Déjà, elle notait dans son carnet les critiques des livres qu'elle avait lus. Son goût pour la poésie naît après une remarque de sa professeure de français en seconde qui lui confie que son style est «poétique».

L’enseignante a vu juste. Nour Cadour remporte la mention spéciale du jury du concours international Poésie en liberté en 2014 dans la catégorie «Étudiants de France». Dès lors, celle qui défend la poésie contemporaine et la liberté qu'elle procure fait de belles rencontres et, surtout, rencontre le succès. Son recueil de poèmes Larmes de lune a reçu en 2021 le prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des poètes français et, en novembre 2022, le prix de poésie de la Fondation Saint-John Perse.

La force de la poésie est de dénoncer des choses en quelques vers tout en transmettant un message de beauté et d'espoir.

Elle est guidée par ce qu'elle appelle un «besoin d'écrire»: «J'ai ce besoin d'écrire parce que, pour moi, la poésie est comme une arme, mais une arme pacifique. Il y a des choses dans le monde dans lequel on vit qui me rendent triste et me mettent en colère. Ma poésie est engagée, elle pousse les gens non à adhérer à ce que j'écris, mais au moins à réfléchir sur certaines idées sur lesquelles ils ont des préjugés.»

La poésie est selon elle la forme artistique la mieux adaptée à son engagement: «La force de la poésie est de dénoncer des choses en quelques vers tout en transmettant un message de beauté et d'espoir. Cela apaise ce que l'on veut dénoncer, qui est parfois violent.»

La Syrie, un thème majeur de son œuvre

À travers son engagement, Nour Cadour souhaite changer les regards et les représentations qui pèsent sur son pays d'origine. La moitié de l'intrigue de son premier roman, L’Âme du luthier, publié chez Hello Éditions en février 2022, se déroule en Syrie. «J'ai publié ce roman parce que j'avais envie de montrer que la Syrie n'est pas seulement le pays que l'on est en train de découvrir aujourd’hui avec la guerre. Je voulais montrer, avec mes personnages et leur vie quotidienne, que c'est une terre de culture.» Ce roman possède une part autobiographique: «Je me suis inspirée de mes beaux souvenirs de vacances avec mes grands-parents.»

Sa démarche ne consiste pas simplement à changer les regards des gens, mais aussi à transmettre et à partager, dans la bienveillance. C’est dans ce but qu’elle a cofondé l’association de poésie montpelliéraine intitulée «L’Appeau’Strophe», qui organise une fois par mois une soirée de poésie en musique.

Logo de L'Appeau Strophe (fourni)
Logo de L'Appeau Strophe (fourni)

Son prochain projet littéraire est consacré à ce désir de partage et de transmission: «Je vais publier en janvier 2023 un recueil qui se partage en différents poèmes et chacun d’eux sera la voix d'une femme d'un pays ou d'une ville du monde. Ce sont des femmes que je connais ou que j'ai rencontrées lors de mes voyages. Il s'agit pour moi d'être leur “porte-parole poétique”, de parler des difficultés qu'elles rencontrent au quotidien. Les mêmes problématiques reviennent, quelles que soient les cultures ou les religions.»

Nour Cadour continue ainsi à faire passer un message universel de convivialité et de bienveillance, tout en exposant l’âpreté de la réalité. Un travail de poète et, surtout, d’alchimiste!


Trump vivement critiqué pour avoir dîné avec Kanye West et un suprémaciste blanc

Donald Trump et Kanye West (Photo, AFP).
Donald Trump et Kanye West (Photo, AFP).
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  • Interrogé, le président américain Joe Biden a balayé samedi la question: «Vous ne voulez même pas savoir ce que j'en pense»
  • Au coeur de la polémique, Nick Fuentes, 24 ans, connu pour diffuser les idées du suprémacisme blanc dans ses podcasts

WASHINGTON: L'ancien président américain Donald Trump a essuyé samedi une pluie de critiques de la Maison Blanche et d'une partie de son camp pour avoir dîné cette semaine avec le rappeur Kanye West et un suprémaciste blanc.

Kanye West, qui se fait appeler Ye, est au coeur d'une série de controverses, entre autres pour avoir publié des propos dénoncés comme antisémites sur ses réseaux sociaux.

Donald Trump, candidat à l'élection présidentielle de 2024, a confirmé avoir dîné avec la star de la mode et du rap à Mar-a-Lago, sa résidence en Floride, s'attirant immédiatement de vives critiques de la classe politique américaine.

"L'intolérance, la haine et l'antisémitisme n'ont aucune place en Amérique - y compris à Mar-a-Lago", a fustigé un porte-parole de la Maison Blanche, Andrew Bates.

Au coeur de la polémique, la participation à ce dîner de Nick Fuentes, 24 ans, connu pour diffuser les idées du suprémacisme blanc dans ses podcasts. Selon l'organisation américaine de lutte contre l'antisémitisme Anti Defamation League (ADL), le jeune aurait aussi remis en cause l'existence de l'holocauste.

Interrogé, le président américain Joe Biden a balayé samedi la question: "Vous ne voulez même pas savoir ce que j'en pense", a-t-il déclaré.

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Nick Fuentes, étudiant conservateur et sympathisant du président américain Donald Trump (Photo, AFP).

Les dénonciations ont également émané du camp de Donald Trump.

"Toute entrevue, même de courtoisie, avec un antisémite comme Kanye West et une ordure comme Nick Fuentes est inacceptable", a regretté David Friedman, son ancien ambassadeur en Israël. "Je veux dire à mon ami Donald Trump qu'il vaut mieux que ça", a-t-il tweeté.

L'ancien locataire de la Maison Blanche s'est défendu sur son réseau social, assurant que le repas était "rapide" et "sans histoire". Donald Trump a affirmé s'être "très bien entendu" avec Kanye West et que ce dernier n'avait tenu "aucun propos antisémite".

Le magnat de l'immobilier a précisé que le rappeur s'était "pointé avec trois de ses amis, dont je ne savais rien". "Je ne connaissais pas Nick Fuentes", a-t-il réitéré dans une autre publication.

Interviewé par l'AFP en 2017 après sa participation à un rassemblement d’extrême droite à Charlottesville, Nick Fuentes détaillait sa lutte contre l'"immigration massive" et "le multi-culturalisme".