A la barre, le récit de la policière ayant abattu l'auteur de l'attentat de Nice

Photo d'archive prise le 5 septembre 2022 montre des gendarmes français montant la garde à côté d'avocats au palais de justice de Paris, le jour de l'ouverture du procès de huit suspects pour l'attentat de juillet 2016 dans la ville méditerranéenne de Nice, où un terroriste de 31 ans, qui a été abattu par la police, a tué 86 personnes (Photo, AFP)
Photo d'archive prise le 5 septembre 2022 montre des gendarmes français montant la garde à côté d'avocats au palais de justice de Paris, le jour de l'ouverture du procès de huit suspects pour l'attentat de juillet 2016 dans la ville méditerranéenne de Nice, où un terroriste de 31 ans, qui a été abattu par la police, a tué 86 personnes (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Mardi 18 octobre 2022

A la barre, le récit de la policière ayant abattu l'auteur de l'attentat de Nice

  • Venue témoigner mardi au procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, elle fond en larmes
  • Interrogée sur le dispositif en place ce soir-là, côté police nationale, elle assure qu'il était «habituel pour le 14 juillet», mais ajoute «quand on voit le résultat, bien sûr, c'était trop léger»

PARIS: Quand elle s'avance à la barre, cette femme à la carrure athlétique paraît soudain très frêle: Magali Cotton est la policière qui a abattu l'auteur de l'attentat de Nice, en France, le 14 juillet 2016, mais elle ne joue pas les héroïnes.

Venue témoigner mardi au procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, elle fond en larmes, puis s'agrippe à la barre et commence d'une voix grave son récit.

Celui de trois policiers lancés, à pied, aux trousses d'un camion de 19 tonnes en train de commettre un massacre sur la Promenade des Anglais, où près de 30.000 personnes étaient rassemblées pour assister aux festivités de la fête nationale.

Arrivés à sa hauteur, ils s'approchent de la cabine et crient au chauffeur d'arrêter. Ils ne pensent alors pas à un attentat, plutôt à un homme ivre, "qui ne gère plus son véhicule".

Mais "le chauffeur pointe une arme sur nous et tire trois fois", avant de repartir à toute allure, affirme Magali Cotton, cheveux bruns tirés en arrière, jean et T-shirt noir, mimant le geste effectué par l'assaillant, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

"On part en courant derrière le camion. Il y a tous les gens qui se font écraser, on voit les gens qui passent sous les roues, qui se font projeter. Moi je me dis +putain, il faut que ça s’arrête, il faut que ça s'arrête+", raconte la policière, aujourd'hui âgée de 39 ans.

Après environ 200 mètres, le camion s’immobilise, suite à une panne mécanique.

Ses collègues partant sur la gauche, la jeune femme décide de remonter le camion par la droite.

"Il y a un homme qui est accroché portière passager. Je sais pas qui c’est. Il me dit +passe-moi ton arme, bute-le+. Je lui demande de partir", se rappelle-t-elle.

Radio en panne 

"Je m’avance. Je passe mon arme dans la cabine, la fenêtre était ouverte ou brisée, et je tire à plusieurs reprises", poursuit Magali Cotton.

Elle aperçoit alors la tête du conducteur "contre le montant" de la cabine, côté passager, "avec du sang".

Ses collègues arrivés entre-temps continuent à faire feu, jusqu'à ce que l'un d'eux ordonne de cesser les tirs.

Douze balles, provenant toutes de la police nationale, ont été retrouvées, lors de l'autopsie, dans le corps de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Celle qui a provoqué son décès a touché "la carotide du côté droit".

La policière, qui s'est constituée partie civile, remonte ensuite les victimes au sol pour porter secours, mais "il n'y avait rien à faire. Les gens qui avaient pu partir étaient partis".

"Je suis dans la police depuis 2005. J'ai déjà été confrontée à des choses dures. Mais par rapport à ça..." Elle secoue la tête et ajoute: "Je peux pas comparer".

Interrogée sur le dispositif en place ce soir-là, côté police nationale, elle assure qu'il était "habituel pour le 14 juillet", mais ajoute "quand on voit le résultat, bien sûr, c'était trop léger".

Son amertume pointe lorsqu'elle évoque le deuxième équipage de police positionné comme eux mais parti pour effectuer une procédure mineure, "un vélo bleu volé", juste avant que le camion ne surgisse. "J'ai dit à mon chef: +Il y a peut-être mieux à faire ce soir+", se rappelle-t-elle.

Autre grief, alors que deux collègues d'une unité canine les avaient avertis par radio de ce qu'il se passait, 45 secondes avant, sa "radio ne marchait pas", "un problème récurrent" selon elle.

"Donc ça aurait pu se terminer avant", estime-t-elle, s'ils avaient su qu'ils avaient à faire à un attentat dès la première fois où ils se sont approchés de la cabine du poids lourd.

Toujours dans la police, elle a demandé sa mutation à Lyon (centre-est) en 2017.

"Dans un service moins exposé?" l'interroge l'une des juges assesseur.

"Non non, je suis dans la BAC", la brigade anticriminalité, répond-t-elle, expliquant qu'elle "pense tous les jours" à l'attentat, mais qu'elle tient en mettant les images de cette soirée "dans des cases, pour essayer de les archiver".


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
Short Url
  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Short Url
  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Short Url
  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.