Carburants: près d'une station-service sur trois n'avait rien à vendre au pire de la pénurie, selon une analyse

Une vue de la raffinerie Total Mardyck, près de Dunkerque, dans le nord de la France, le 18 octobre 2022. (AFP)
Une vue de la raffinerie Total Mardyck, près de Dunkerque, dans le nord de la France, le 18 octobre 2022. (AFP)
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Publié le Vendredi 21 octobre 2022

Carburants: près d'une station-service sur trois n'avait rien à vendre au pire de la pénurie, selon une analyse

  • La grève des raffineries a commencé le 27 septembre chez TotalEnergies, raréfiant progressivement les carburants dans toute la France
  • Le 17 octobre, seulement 53% des stations vendaient à la fois de l'essence et du diesel, contre 92% avant la grève, le 24 septembre, selon l'analyse par l'AFP

PARIS: La proportion de stations-service en France ne proposant ni essence ni diesel est montée jusqu'à 31% au niveau national mi-octobre, et jusqu'à près de la moitié dans les Hauts-de-France, selon les données officielles analysées par l'AFP, une pénurie plus marquée que la situation décrite par le gouvernement.

La grève des raffineries a commencé le 27 septembre chez TotalEnergies, raréfiant progressivement les carburants dans toute la France.

Un chiffre illustre la pénurie croissante qui a paralysé les stations françaises: le 17 octobre, seulement 53% des stations vendaient à la fois de l'essence et du diesel, contre 92% avant la grève, le 24 septembre, selon l'analyse par l'AFP des données officielles et publiques disponibles sur le site prix-carburants.gouv.fr. Jeudi à la mi-journée, cette proportion était remontée à 69%.

La grève continue chez TotalEnergies, les premiers vacanciers font la queue aux stations service

"J'ai laissé le plus possible la voiture au garage", mais maintenant il faut faire le plein: comme Mickael Grumen, nombre de vacanciers faisaient la queue vendredi matin devant les stations-service, toujours touchées à la veille des vacances par les pénuries liées à la grève sur des sites pétroliers de TotalEnergies.

A la station du boulevard Morizet de Boulogne-Billancourt, à l'ouest de Paris et aux portes de l'autoroute A13 qui mène en Normandie, une file de véhicules s’étirait dans la nuit noire, moteurs éteints et warnings allumés.

"J'ai laissé la voiture le plus possible au garage ces derniers jours, j'ai fait du télétravail", explique à l'AFP Mickael Grumen, 43 ans, qui attend pour récupérer de l'essence à 2,040 euro le litre. "J'ai vraiment attendu le dernier moment, d'être dans le rouge pour faire le plein car je compte partir en vacances à Dauville".

Les stations-service font face à d'importantes difficultés d'approvisionnement en raison du mouvement de grève initié le 27 septembre dans les raffineries et dépôts du groupe pétrolier TotalEnergies, où les salariés réclament une augmentation de salaire face à l'inflation et aux bénéfices géants engrangés par la société.

Si les grévistes de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique), du dépôt "Flandres" à Mardyck, près de Dunkerque (Nord), et de la bioraffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône) ont décidé mercredi de reprendre le travail après un accord avec la direction, deux sites pétroliers ont reconduit jeudi la grève.

A Gonfreville en Normandie, "la grève est reconduite jusqu'au 27 octobre", jour où TotalEnergies doit annoncer ses résultats du troisième trimestre, "à moins que la direction ne nous contacte avant", a annoncé Ludovic Desplanches, élu CGT. Le mouvement a aussi été reconduit au dépôt de carburants de Feyzin (Rhône).

Autoroutes «choyées»

Après un pic de pénuries la semaine dernière, les ruptures d'essence et de gazole se réduisaient cette semaine, tout en restant inédites dans l'histoire récente. Selon Francis Pousse, président national Distributeurs Carburants et Energies Nouvelles chez Mobilians, environ 17% des stations-service manquaient toujours vendredi d’un carburant.

"Cela s’améliore nettement par rapport au début de semaine", a-t-il fait valoir sur Radio classique, estimant qu'un retour à la normale devrait avoir lieu sous "cinq à sept jours".

Mais la pression sur le gouvernement se fait forte alors que les écoles ferment leurs portes vendredi soir pour deux semaines de vacances.

"Je sais que la situation est encore difficile pour beaucoup de nos compatriotes, mais la dynamique est là", avait souligné mercredi la Première ministre Elisabeth Borne, "je veux une nouvelle fois appeler les salariés grévistes à reprendre le travail".

Le groupe Vinci Autoroutes a voulu rassurer les vacanciers à venir en annonçant mercredi qu'au moins 90% des stations-service de son réseau étaient en mesure de fournir du carburant.

"La continuité de service est assurée à 82% concernant l'essence sans plomb, et à 88% s’agissant du gasoil, sur les 97 aires de services des autoroutes APRR et AREA", précisent de leur côté les filiales du groupe Eiffage.

M. Pousse s'est voulu lui aussi rassurant vis-à-vis des vacanciers, affirmant que "les compagnies pétrolières ont un engagement de continuité de service avec les sociétés d’autoroutes donc elles ont une obligation à livrer du carburant".

"Le réseau autoroutier est particulièrement bien choyé pour l’approvisionnement d’essence", a-t-il détaillé, "ce qui est logique, c’est compliqué de laisser des voitures en panne sur l’autoroute".

5% d'augmentation 

Pressé d'accélérer les livraisons dans les stations, le gouvernement a une nouvelle fois réquisitionné des salariés pour travailler jeudi sur le site de Feyzin, ce qui doit aider toute la région Auvergne-Rhône-Alpes.

La CGT dit avoir proposé mercredi, sans succès, un "protocole de sortie de fin de conflit" à la direction du groupe, prévoyant notamment "des négociations locales sur les problématiques spécifiques remontées par les grévistes".

Mais TotalEnergies a fait valoir qu'il n'y avait pas lieu de rouvrir des négociations, un accord ayant été conclu vendredi avec les deux syndicats majoritaires du groupe, la CFE-CGC et la CFDT. Un texte que la CGT n'a pas signé.

L'accord prévoit une hausse générale de 5% des salaires, assortie de hausses individuelles et d'une prime exceptionnelle comprise entre 3.000 et 6.000 euros. La CGT réclamait une augmentation des salaires de 10%.

Un mouvement avait aussi eu lieu au sein d'Esso-ExxonMobil, avant d'être levé la semaine passée après la conclusion d'un accord salarial.

Ce sont des moyennes nationales. Certaines régions, comme les Hauts-de-France avec 49% de stations en rupture totale le 11 octobre ou l'Ile-de-France à 47% le 10 octobre, ont été plus touchées que d'autres.

Pendant la crise, le ministère de la Transition énergétique a communiqué quotidiennement la proportion de stations "en difficulté", c'est-à-dire manquant d'au moins un carburant, entre gazole et essence (SP95, SP95-E10, SP98). Ce baromètre gouvernemental est monté à 31% en moyenne nationale, le 11 octobre, et était jeudi soir redescendu à 16,9%.

Les données analysées par l'AFP suggèrent que les ruptures étaient bien supérieures, puisque de l'ordre d'une station sur trois était fermée, auxquelles il fallait ajouter les stations manquant de l'un ou l'autre des carburants.

Il y a en France environ 9 900 stations-service actives, qui renseignent chaque jour leurs prix sur un portail du ministère de l'Economie, une obligation plus ou moins bien respectée et qui concerne celles qui vendent plus de 500 mètres cubes par an. Ces données sont téléchargeables sur prix-carburants.gouv.fr.

Le ministère, interrogé par l'AFP, a expliqué qu'il ne comptait que les stations déclarant une "rupture", mais pas les stations cochant une autre case disant qu'un carburant est "non distribué" pour d'autres motifs, une catégorie qui n'est pas distinguée dans les données publiques; le ministère n'a pas voulu fournir ses données complètes incluant cette catégorie.

Les horaires des remontées peuvent également influer à la marge (quelques points) sur le taux de rupture constaté.

Malgré ces écarts, la tendance reste nettement à l'amélioration cette semaine, à la faveur des réquisitions de salariés grévistes et des suspensions de grèves chez Esso-ExxonMobil et TotalEnergies, seuls deux derniers sites du groupe pétrolier français étant encore en grève jeudi.


Moyen-Orient: Macron dénonce une "escalade inconsidérée" et plaide pour une trêve pendant l'Aïd

Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
Le président Emmanuel Macron arrive au sommet de l’Union européenne à Bruxelles le 19 mars 2026. Les dirigeants de l’Union européenne se réunissent dans un contexte de guerre au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et l’Iran, avec des impacts sur l’énergie et la sécurité. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron dénonce une « escalade inconsidérée » au Moyen-Orient, où les frappes touchent désormais des infrastructures énergétiques, notamment au Qatar
  • Il appelle à un arrêt temporaire des combats pendant l’Aïd al-Fitr et à l’ouverture de discussions directes entre les États-Unis et l’Iran

BRUXELLES: Emmanuel Macron a dénoncé jeudi une "escalade inconsidérée" au Moyen-Orient où la guerre s'est étendue aux sites de production d'hydrocarbures, en particulier au Qatar, et a appelé à "stopper" les combats pendant l'Aïd el-Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan.

"Plusieurs (...) pays du Golfe ont été frappés pour la première fois sur leurs capacités de production, de la même manière que l'Iran avait été frappé", a relevé le président français à son arrivée à un sommet européen à Bruxelles, appelant de ses voeux des discussions "directes" entre Américains et Iraniens sur cette question.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, Emmanuel Macron avait proposé un "moratoire sur les frappes ciblant les infrastructures civiles, en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques" après avoir parlé au président américain Donald Trump et à l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

Ces frappes se sont poursuivies après cet appel.

"Nous allons continuer de nous mobiliser et, évidemment, nous avons passé aussi ce message aux Iraniens", a dit le président français devant la presse à Bruxelles. Il a ajouté souhaiter "qu'il y ait des discussions directes qui puissent s'établir entre Américains et Iraniens sur ce point".

"Je pense que tous les esprits devraient se calmer et le combat devrait stopper au moins pour quelques jours pour essayer de redonner une chance aux négociations", à la faveur de la fin du ramadan célébrée dans les tout prochains jours, a insisté Emmanuel Macron.


Le ramadan finira vendredi pour tous les musulmans en France

A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars. (AFP)
A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars. (AFP)
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  • La commission religieuse de la Grande mosquée, réunie mercredi après-midi, "a constaté l'impossibilité d'observer la nouvelle lune", affirme l'institution dans un communiqué
  • De ce fait "le mois de ramadan durera 30 jours" ce qui fixe à vendredi la date de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, mois de jeûne, de prières et de partage pour les cinq à six millions de musulmans vivant en France.

PARIS: Après un début en deux temps qui avait consterné les fidèles, le ramadan se terminera vendredi pour tous les musulmans de France, la Grande mosquée de Paris ayant elle aussi arrêté cette date pour l'Aïd el-Fitr.

La commission religieuse de la Grande mosquée, réunie mercredi après-midi, "a constaté l'impossibilité d'observer la nouvelle lune", affirme l'institution dans un communiqué.

De ce fait "le mois de ramadan durera 30 jours" ce qui fixe à vendredi la date de l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan, mois de jeûne, de prières et de partage pour les cinq à six millions de musulmans vivant en France.

Cette décision met un terme au pataquès qui avait entouré les dates du ramadan cette année en France, déploré par beaucoup comme un signe de division interne.

La Grande mosquée de Paris avait en effet fixé son début au 18 février, à rebours de la date du 19 arrêtée par de nombreuses autres institutions parmi lesquelles le Conseil français du culte musulman (CFCM), ex-instance de représentation de l'islam auprès des pouvoirs publics.

En ce qui concerne la fin du ramadan, le CFCM avait de longue date fixé à vendredi le jour de l'Aïd el-Fitr.

A l'issue d'une démarche exceptionnelle de concertation, plusieurs instances départementales avaient également annoncé en début de semaine la date du 20 mars.

La divergence dans la fixation des dates vient de la méthode retenue, selon que le calcul astronomique est ou non associé à l'observation de la lune.


Macron près de Nantes pour dévoiler le nom du futur porte-avions géant

Le président français Emmanuel Macron salue des militaires à bord du porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée, après des frappes de drones iraniens sur Chypre, le 9 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron salue des militaires à bord du porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée, après des frappes de drones iraniens sur Chypre, le 9 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron se rend à Indret pour dévoiler le nom du futur porte-avions français, qui remplacera le Charles de Gaulle en 2038
  • Le projet, estimé à 10 milliards d’euros sur 20 ans, représente un symbole de puissance militaire française et intègre une technologie américaine électromagnétique pour les catapultes, tout en restant évolutif pour accueillir drones et aéronefs futurs

PARIS: Un nouveau navire amiral, embarquant des drones et fort de trois catapultes: Emmanuel Macron se rend mercredi à Indret, près de Nantes, où il dévoilera le nom du futur porte-avions français dont la construction vient de débuter.

Le chef de l'Etat est attendu vers 15H00 sur le site du constructeur Naval Group où seront fabriquées les deux chaufferies nucléaires du bâtiment. Il remplacera en 2038 le Charles de Gaulle, sur lequel Emmanuel Macron s'est récemment rendu alors qu'il naviguait en Méditerranée orientale face aux risques d'extension de la guerre au Moyen-orient.

Le chef de l'État a donné le feu vert à la construction de ce porte-avions de nouvelle génération en décembre, concrétisant un projet en gestation depuis 2018. Ce déplacement devrait être l'occasion de dévoiler le nom du navire, dont la coque sera façonnée à Saint-Nazaire à partir de 2031.

Le "Richelieu" ? "François Mitterrand" ? Le "Marie Marvingt", pionnière de l'aviation ?  Ou encore le "Simone Veil", figure politique française ? Les paris vont bon train sur internet, en attendant le verdict présidentiel. Donner le nom d'une femme à un tel bâtiment serait en tout cas une première.

Ce nouveau fleuron, qui représentera 10 milliards d'euros d'investissements sur une vingtaine d'années, est d'ores et déjà paré de tous les superlatifs. "Ce sera le plus gros navire militaire construit en France, avec 77.000 tonnes contre 42.000 pour le Charles de Gaulle", relève l'Elysée.

Seuls deux pays au monde disposent de porte-avions nucléaires, les Etats-Unis (11 bâtiments) et la France. La Chine et l'Inde en ont à propulsion classique et les autres (Royaume-uni, Italie..) sont équipés de porte-aéronefs à décollage vertical.

De quoi faire du navire un symbole de la puissance militaire française, à l'heure où Emmanuel Macron met un accent particulier sur l'effort de défense, à l'image de son récent discours sur la dissuasion nucléaire qui marque l'augmentation de l'arsenal français et une coopération avec huit pays européens.

Ce futur bâtiment "sera capable à la fois de catapulter et de récupérer des avions. Actuellement, sur la plupart des porte-avions, vous catapultez et vous reconfigurez ensuite le pont pour récupérer, ce qui limite en termes de capacité opérationnelle", souligne la présidence.

- "Plan B" -

Avec trois rails de catapulte, au lieu de deux actuellement, il maximisera aussi la capacité d'envol des 40 aéronefs embarqués.

Un gros bémol toutefois: la technologie électromagnétique des futures catapultes relèvera de l'américain General Atomics, source de vulnérabilité potentielle dans un monde aux rapports de forces de plus en plus exacerbés.

"Le choix a été fait, et c'est un choix économique de travailler avec les États-Unis, qui est parfaitement cohérent, mais il existe bien évidemment d'autres plans, un plan B, si jamais on avait des contraintes particulières", assure toutefois un conseiller présidentiel.

Le bâtiment devra aussi être "évolutif" pour pouvoir accueillir tous les types d'avions qui seront déployés pendant sa durée de vie, mais aussi des drones, le nouveau défi militaire révélé par les guerres en Ukraine et au Moyen-orient.

Un enjeu énorme. "On ne peut pas se contenter de reproduire un outil qui a été conçu à la moitié du siècle dernier", souligne le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon.

"Demain, le porte-avions ne sera pas qu'un porte-avions (..) Nous aurons besoin de drones qui vont pénétrer les défenses adverses, que ce soit des drones de combat ou des munitions téléopérées, de drones ravitailleurs, de drones de surveillance...", renchérit le chef d'état-major de la Marine, l'amiral Nicolas Vaujour.

Vecteur de projection de puissance, les porte-avions représentent aussi des coûts astronomiques, en période de restriction budgétaire. "Sur un programme de près de 20 ans, nous sommes précautionneux", concède l'Elysée tout en maintenant l'estimation de 10 milliards d'euros.

La question d'un deuxième porte-avions continue aussi de se poser, alors qu'un seul bâtiment n'est disponible que 65% du temps. "A ce stade, non", répond-on toutefois à l'Elysée.