Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
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Publié le Mercredi 09 novembre 2022

Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

  • Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée
  • La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban

PLAINE DE LA BEKAA, LIBAN: Une décennie d'effroyable guerre civile a laissé la Syrie en ruines et fragmentée mais une drogue traverse toutes les lignes de front: le captagon.

Ce stimulant, autrefois associé aux jihadistes du groupe Etat islamique, a donné naissance à une industrie illégale de plus de 10 milliards de dollars qui soutient le régime paria du président Bachar al-Assad, mais également nombre de ses ennemis.

Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée.

Cette drogue est désormais de loin le premier produit d'exportation de la Syrie, dépassant toutes ses exportations légales réunies, selon des estimations établies à partir de données officielles recueillies par l'AFP.

Le captagon est une amphétamine dérivée d'un médicament censé traiter la narcolepsie ou les troubles du déficit de l'attention. Cette drogue illicite s'est répandue au Moyen-Orient.

L'AFP a interrogé au cours de son enquête plus de trente sources, dont d'anciens et d'actuels membres des services de sécurité en Syrie et dans d'autres pays, des trafiquants, des militants, des diplomates étrangers et des experts en stupéfiants pour tenter de saisir l'ampleur du phénomène.

Au moins vingt-cinq d'entre elles ont demandé à ce que leur identité soit protégée pour des raisons de sécurité.

Barons et tribus

La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban.

Le visage masqué et le regard caché par des lunettes noires, un trafiquant de la plaine orientale de la Bekaa au Liban raconte à l'AFP comment il organise l'expédition de la drogue.

"Quatre ou cinq grands noms s'associent généralement et partagent le coût d'une cargaison de 10 millions de dollars, disons, pour couvrir les matières premières, le transport et les pots- de-vin", explique-t-il au milieu d'un vignoble.

"Le coût est faible et les bénéfices élevés" car, explique le trafiquant, même si un seul envoi sur dix passe, "vous êtes toujours gagnant".

"Il y a un groupe de plus de cinquante barons (..) Ils forment un grand réseau, des Syriens, Libanais et Saoudiens", poursuit-il.

Le trafic du captagon couvre plusieurs pays et de nombreux acteurs clés ont des liens tribaux, notamment par le biais des Bani Khaled, une confédération bédouine qui s'étend de la Syrie et du Liban à la Jordanie, l'Irak et l'Arabie saoudite.

Une cargaison peut rester dans la sphère d'influence des Bani Khaled depuis la fabrication en Syrie jusqu'à la livraison en Arabie saoudite, selon des sources concordantes, dont un officier des renseignements, des déserteurs de l'armée syrienne et un trafiquant.

Et les chiffres donnent le vertige.

Le captagon, cette drogue qui fait des ravages au Moyen-Orient

Le captagon est l'ancien nom commercial d'un stimulant synthétique autrefois légal qui désigne aujourd'hui une amphétamine illicite, devenue l'une des drogues les plus consommées au Moyen-Orient.

Initialement, le captagon est l'un des noms sous lesquels la fénéthylline a été commercialisée pour la première fois après avoir été synthétisée par l'entreprise allemande Chemiewerk Homburg en 1961.

Le médicament a ensuite été breveté et vendu dans le cadre d'un traitement contre le trouble de l'attention, l'hyperactivité mais aussi contre la narcolepsie et, dans une moindre mesure, la dépression.

Malgré des cas d'abus limités, le captagon a finalement été répertorié comme substance psychotrope par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En 1986, il était interdit dans la plupart des pays. Mais entre-temps, la fénéthylline est devenue suffisamment prisée dans la péninsule arabique pour que les comprimés commencent à être produits illégalement, principalement dans l'ex-Yougoslavie et en Bulgarie.

Cette substance est étroitement liée à la méthamphétamine, un autre stimulant synthétique plus puissant dont on trouve parfois des traces dans le captagon.

Aujourd'hui, le captagon - connu pour son utilisation par les jihadistes de l'Etat islamique - est principalement fabriqué en Syrie et au Liban avec une production annuelle totale de centaines de millions de comprimés.

Comment le captagon est utilisé

Les comprimés de captagon sont généralement ingérés mais peuvent également être écrasés et sniffés.

L'amphétamine stimule certaines activités cérébrales, pouvant entraîner une plus grande attention, une plus grande confiance en soi, tout en diminuant l'appétit et la somnolence.

Cette polyvalence a rendu cette drogue populaire aussi bien parmi les étudiants qui font des nuits blanches avant leurs examens que les chauffeurs de taxi cumulant deux emplois, en passant par les professionnels de haut niveau qui veulent rester concentrés pendant de longues heures.

Effets secondaires

La consommation à long terme de la fénéthylline peut entraîner des effets secondaires tels que la dépression profonde, l'irritabilité, une vision floue et des problèmes cardiovasculaires, entre autres.

Cependant, parmi les millions de comprimés produits aujourd'hui dans des laboratoires illégaux en Syrie et au Liban, rares sont ceux qui contiennent de la fénéthylline, la formule du captagon étant devenue très variable.

La plupart des pilules contiennent de l'amphétamine, mais aussi des adultérants tels que du paracétamol, de la caféine, de la quinine et diverses substances anesthésiques, toutes potentiellement nocives.

L'abus d'amphétamine peut causer des lésions nerveuses ainsi que des problèmes musculaires et cardiaques, tandis que la variété d'agents de coupe présents dans les pilules peuvent être également dangereux.

Présentation

Lors des saisies, ce sont les deux C imbriqués visibles sur chaque pilule qui permettent de différencier le captagon, dont la formule est changeante, des autres drogues.

Ce même logo a valu au captagon d'être surnommé en arabe "Abou al-Hilalain" ou "père des deux croissants de lune".

Les pilules de meilleure qualité, destinées à l'exportation vers le Golfe, sont blanches, mais les comprimés peuvent également être de couleur jaune, beige, voire rose.

Le captagon est parfois vendu broyé mais essentiellement sous forme de comprimés, conditionnés en sachets de 200 pilules.

Différents logos sont apparus sur les sachets, que ce soit celui de Lexus - le plus répandu ces dernières années -, de Range Rover, Lacoste et dans certains cas un croissant et une étoile ou même une croix gammée.

Plus de 400 millions de comprimés ont été saisis au Moyen-Orient et au-delà en 2021, selon les chiffres officiels, et les découvertes de cette année devraient être encore plus importantes.

Pour chaque cargaison saisie, neuf autres sont expédiées, affirment à l'AFP des responsables des douanes et de la lutte antidrogue.

Cela signifie que, même avec un prix moyen de cinq dollars par comprimé et avec seulement quatre cargaisons sur cinq parvenant à destination, le captagon représente une industrie d'au moins 10 milliards de dollars.

La Syrie étant la source de 80% du trafic mondial, selon des responsables des services de sécurité, ce commerce représente par conséquent au moins trois fois son budget national.

Le frère d'Assad

Selon des experts en stupéfiants, l'Etat syrien est au coeur du trafic dans les zones contrôlées par le régime de Bachar al-Assad.

Le réseau opaque de seigneurs de guerre et de profiteurs sur lequel le président syrien s'est appuyé pour gagner la guerre a largement profité de ce trafic, estiment les experts. Ils citent en particulier le puissant Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, qui, selon eux, joue un rôle important dans la protection de la contrebande le long de la frontière libanaise, dans le sud- ouest de la Syrie.

"La Syrie a un besoin pressant de devises étrangères et cette industrie est capable d'alimenter le trésor public grâce à une économie parallèle, de l'importation des matières premières à la fabrication et enfin à l'exportation" des comprimés, explique à l'AFP un ancien conseiller du gouvernement syrien interrogé hors de Syrie.

Un nom revient dans toutes les interviews réalisées par l'AFP: celui de Maher al-Assad, frère redouté du président syrien, chef de facto de la Quatrième division, l'unité d'élite de l'armée syrienne.

Une dizaine de sources, dont deux trafiquants, un membre des forces de sécurité dans la région, un ex-officier de renseignement syrien, des militants, un membre d'une tribu syrienne impliquée dans le trafic du captagon et un employé du secteur pharmaceutique ont mis en cause cette brigade.

L'implication de Maher al-Assad a également été citée dans des rapports du Centre pour l'analyse opérationnelle et la recherche (Coar) et du Centre pour l'analyse historique et le conflit (CHACR).

"Maher al-Assad prend une part des gains du captagon, qui servent même à payer en partie les soldes d'un groupe armé rattaché à la Quatrième division", affirme Rami Abdel Rahman, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH, ONG basée au Royaume-Uni).

Invitée à réagir, l'ambassade de Syrie à Paris a adressé à l'AFP une réponse du ministère syrien de l'Intérieur, affirmant que le trafic était le fait "des organisations terroristes" qui ont "bénéficié de leur contrôle sur les zones frontalières" du pays, en "coopération avec les trafiquants de drogue".

"Aucune usine ou laboratoire de fabrication de cette substance n'a été saisie sur le territoire de la République arabe syrienne", assure le ministère, qui dénonce "une campagne d'attaques médiatiques" dirigée contre la Syrie sur ce sujet.

"Les producteurs de captagon obtiennent les matières premières directement de la Quatrième division, parfois dans des sacs militaires", assure un militant qui a requis l'anonymat. Un trafiquant syrien indique à l'AFP que cette unité d'élite fournit la drogue à des groupes rebelles opposés au régime.

La Quatrième division contrôle une grande partie de la frontière poreuse avec le Liban essentielle au trafic, et le port méditerranéen de Lattaquié est également un de ses bastions.

"La Quatrième division a joué un rôle actif dans la protection, l'organisation et la fabrication de captagon, et dans le transport des cargaisons vers les ports de Lattaquié et de Tartous", dans le nord-ouest et l'ouest de la Syrie, affirme Caroline Rose, experte du New Lines Institute.

La frontière libanaise, qui n'a jamais été clairement délimitée, a toujours été un terrain privilégié pour les contrebandiers et le trafic de captagon est désormais en plein essor dans le nord.

"Wadi Khaled est la nouvelle plaque tournante, le lieu est plein de trafiquants", révèle à l'AFP une source judiciaire, faisant référence à cette région frontalière du nord du Liban où une grande partie de la population du côté libanais se considère comme syrienne.

Au plus fort de la guerre, des armes étaient introduites clandestinement en Syrie par la région de Wadi Khaled.

Olives, grenades ou moutons: comment le captagon passe en contrebande

Cousues dans le ventre de moutons, chargées sur des drones ou des planeurs ultra-légers, les pilules de captagon traversent les frontières du Moyen-Orient par mille et une manières de plus en plus ingénieuses.

Les contrebandiers ont caché des comprimés dans des pots de concentré de tomate, les ont dissimulés dans des grenades évidées ou encore soigneusement fourrés, un à un, dans des olives dénoyautées.

Des pilules ont également été cachées dans des fèves artificielles et des oranges en plastique ou dans des fresques en pierre sculptées.

L'imagination des contrebandiers continue de surprendre les douaniers, les saisies étant le plus souvent réalisées à la suite de dénonciations plutôt que de prouesses technologiques.

Voici quelques-unes des tentatives de contrebande les plus insolites déjouées ces dernières années:

Grenades

En avril 2021, plus de 5,3 millions de pilules ont été découvertes par les autorités saoudiennes dans une importante cargaison de grenades. Certains fruits étaient intacts, mais d'autres avaient été farcis de sachets de captagon.

L'Arabie saoudite a réagi en interdisant les importations de fruits et légumes en provenance du Liban, d'où provenait la cargaison.

Moutons

Fixer des armes ou de la drogue sur du bétail qui peut discrètement traverser les frontières pour paître est une technique de contrebande connue depuis longtemps.

Les cartels latino-américains sont allés un peu plus loin dans l'utilisation des animaux en cousant des sacs de cocaïne et d'héroïne sur des chiens et d'autres animaux.

En novembre 2021, les autorités koweïtiennes ont découvert 17 kilos de pilules de captagon dans des boyaux de moutons vivants importés.

Oranges en plastique

En décembre 2021, les autorités libanaises ont trouvé 9 millions de pilules blanchâtres cachées dans de fausses oranges destinées à l'exportation vers le Golfe.

Une semaine auparavant, 1,1 million de pilules emballées dans des petits paquets fourrés dans de faux citrons avaient été interceptées par les douanes des Emirats arabes unis.

Olives farcies

En avril 2015, la brigade anti-stupéfiants en Jordanie a arrêté un passeur avec 37.000 pilules dissimulées dans des olives vertes dénoyautées.

En décembre dernier, l'unité syrienne de lutte contre la drogue a arrêté un homme qui avait fourré 160.000 comprimés dans des olives après en avoir dénoyauté des milliers.

Roues de chariots

En mars 2021, lors de la plus grande saisie de captagon jamais réalisée, les douanes malaisiennes ont mis la main sur 94,8 millions de comprimés de captagon à Port Klang, dissimulés dans des roues de chariots. La cargaison n'était pas destinée au marché malaisien.

Trois semaines plus tard, trois autres millions de pilules ont été retrouvées dans le même port, cachées dans une cargaison de pièces de portes.

Planeur ultra-léger

En juin 2022, les forces de sécurité irakiennes ont ouvert le feu sur un planeur ultra-léger près de la frontière koweïtienne, le forçant à atterrir.

Le pilote a pris la fuite mais un million de pilules de captagon ont été récupérées dans le planeur abandonné.

Les rebelles impliqués

Dans le sud de la Syrie, les provinces de Soueida et de Deraa, à la frontière avec la Jordanie, sont deux autres voies principales de la contrebande vers l'Arabie saoudite.

Deraa abrite plusieurs laboratoires où la drogue est fabriquée. Soueida grouille de gangs transportant du captagon, les tribus bédouines acheminant des cargaisons depuis les principales usines de production autour de Damas et de la province de Homs (centre).

"La contrebande est organisée par les tribus qui vivent dans le désert, en coordination avec plus d'une centaine de petits gangs armés", explique Abou Timour, un porte-parole d'un groupe armé local, Al-Karama.

En Syrie, le juteux trafic a réconcilié les ennemis d'hier et la drogue a forgé des alliances improbables même dans le nord, qui abrite les dernières poches de résistance rebelles et jihadistes au régime.

"Le captagon a réconcilié toutes les parties au conflit (...) le gouvernement, l'opposition, les Kurdes et l'Etat islamique", souligne l'ancien conseiller du gouvernement syrien.

"Je travaille avec des gens à Homs et à Damas qui reçoivent les comprimés des dépôts de la Quatrième division", déclare à l'AFP un contrebandier de la zone rebelle dominée par la Turquie.

"Je distribue les comprimés ici ou j'effectue la coordination avec les groupes rebelles pour les envoyer en Turquie", détaille-t-il, qualifiant son travail de "très dangereux et très facile en même temps".

Le trafiquant a assuré qu'il vendait également du captagon à des chefs du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôle une partie de l'enclave d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie.

Selon lui, une myriade de groupes rebelles affiliés à la Turquie se sont récemment lancés dans le commerce du captagon. "La région grouille de groupes rebelles. C'est une jungle, tout le monde a faim", a-t-il témoigné.

Il ajoute que le nouveau roi du trafic dans la région est Abou Walid Ezza, un commandant de la faction Sultan Mourad de l'Armée nationale syrienne, un groupe pro-turc.

"Il a de très bonnes relations avec la Quatrième division, puisqu'il était auparavant basé à Homs", précise le trafiquant selon lequel "il apporte des comprimés d'excellente qualité".

Interrogé par l'AFP, le groupe rebelle a démenti tout lien avec le trafic de captagon.

Des parties turques sont également impliquées dans la contrebande, selon un enquêteur judiciaire de la région.

"L'éther diéthylique, une sorte de chloroforme, est l'un des principaux composants nécessaires à la fabrication du captagon et la plus grande partie de cette matière vient de Turquie", précise-t-il.

«Machine à bonbons»

Outre les produits chimiques, le plus gros investissement pour un laboratoire de captagon est une presse à comprimés ou une machine à fabriquer des bonbons.

Un site chinois propose même une "presse à comprimés de captagon" pour 2.500 dollars, capable de fabriquer des dizaines de milliers de comprimés par heure.

Une fois les précurseurs chimiques obtenus, il suffit de 48 heures pour mettre en place un laboratoire de fabrication de captagon avec un équipement relativement rudimentaire.

Ce qui signifie que même en cas de descente des unités de lutte antidrogue, les fabricants peuvent rapidement se remettre à l'oeuvre. Ils ont même installé des laboratoires mobiles à l'arrière de camionnettes après une récente perquisition dans l'est du Liban.

Le gouvernement syrien agit également mais la plupart des saisies "ne sont que pure comédie (...) les responsables de l'application de la loi sont eux-mêmes les voleurs", assure un employé d'une entreprise pharmaceutique syrienne, interrogé hors de Syrie, selon lequel certaines usines pharmaceutiques sont impliquées dans le trafic.

Des vidéos des douanes et de la police saoudiennes montrent comment elles emploient des

technologies de pointe et des unités canines pour déjouer la contrebande.

Mais les trafiquants ont toujours une longueur d'avance, estiment de hauts responsables de la sécurité et de la justice dans la région.

"Au port de Tripoli (Liban nord), par exemple, le scanner doit toujours être réparé le mauvais jour ou est éteint par inadvertance", dit à l'AFP un haut responsable libanais.

"Et lorsque des arrestations sont effectuées, c'est toujours le chauffeur, le seul homme qui ne sait rien, que les services de sécurité présentent au tribunal", ajoute-t-il.

«Le roi du captagon»

Le "roi du captagon" Hassan Dekko dirigeait son empire depuis le Tfail, un village libanais à la frontière avec la Syrie, avant son arrestation en avril à la suite d'importantes saisies de captagon.

L'homme, qui a la double nationalité libanaise et syrienne et qui entretient des relations politiques de haut niveau dans les deux pays, a nié tout lien avec le trafic de drogue, selon des documents judiciaires obtenus par l'AFP.

Mais les responsables de la lutte antidrogue au Liban assurent que certaines des entreprises qu'il possède, notamment une usine de pesticides en Jordanie, une concession automobile en Syrie et une flotte de camions-citernes, sont des couvertures courantes pour les barons de la drogue.

Un haut responsable de la sécurité a cependant déclaré que l'influence de Dekko avait diminué.

Plusieurs sources de sécurité et des déserteurs de l'armée syrienne ont évoqué le nom du député syrien Amer Khiti, sous sanctions américaines, qui serait selon eux une figure majeure du trafic.

"Le rôle de Khiti est d'assurer la protection des cargaisons" de drogue, affirme le chef de l'OSDH.

Le député, que l'AFP a tenté de joindre sans succès, est également cité dans des rapports du CHACR.

L'un de ses employés a déclaré à l'AFP avoir vu du captagon être livré dans un entrepôt près de Damas.

"C'est un homme bon. Peu importe ce qu'il fait, tant qu'il aide les gens", affirme l'employé.

"La famille Khiti est impliquée dans cette affaire depuis avant la guerre. Ils avaient l'habitude de mettre les pilules dans des sacs en plastique et de les coudre à l'intérieur de moutons" pour les faire passer en contrebande, ajoute-t-il.

Epicentre mondial

Les crises économique et politique n'étant pas près de se dénouer en Syrie et au Liban, il est à craindre que le trafic du captagon ne prenne encore plus d'ampleur.

"La Syrie est devenue l'épicentre mondial de la production de captagon par choix délibéré", estime Ian Larson, analyste en chef de la Syrie au Coar.

Son économie étant paralysée par la guerre et par les sanctions, "Damas avait peu de bonnes options", ajoute-t-il.

La manne du captagon arrose large en Syrie et au Liban, des responsables du régime aux hommes d'affaires millionnaires au haut de la pyramide jusqu'aux villageois et aux réfugiés qui fabriquent et dissimulent la drogue.

"Il n'y a toujours pas de preuve irréfutable reliant directement Bachar al-Assad à l'industrie du captagon et nous ne devons pas nécessairement nous attendre à en trouver une", ajoute M. Larson, qui a beaucoup écrit sur cette drogue.

Tant les trafiquants que ceux qui luttent contre cette drogue estiment que l'ère du captagon n'en est qu'à ses débuts.

"Le métier ne s'arrêtera jamais", insiste le trafiquant libanais. Une opinion partagée par une source judiciaire haut placée: "Ils ne sont jamais condamnés et l'argent en jeu est énorme."


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.