Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 09 novembre 2022

Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

  • Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée
  • La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban

PLAINE DE LA BEKAA, LIBAN: Une décennie d'effroyable guerre civile a laissé la Syrie en ruines et fragmentée mais une drogue traverse toutes les lignes de front: le captagon.

Ce stimulant, autrefois associé aux jihadistes du groupe Etat islamique, a donné naissance à une industrie illégale de plus de 10 milliards de dollars qui soutient le régime paria du président Bachar al-Assad, mais également nombre de ses ennemis.

Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée.

Cette drogue est désormais de loin le premier produit d'exportation de la Syrie, dépassant toutes ses exportations légales réunies, selon des estimations établies à partir de données officielles recueillies par l'AFP.

Le captagon est une amphétamine dérivée d'un médicament censé traiter la narcolepsie ou les troubles du déficit de l'attention. Cette drogue illicite s'est répandue au Moyen-Orient.

L'AFP a interrogé au cours de son enquête plus de trente sources, dont d'anciens et d'actuels membres des services de sécurité en Syrie et dans d'autres pays, des trafiquants, des militants, des diplomates étrangers et des experts en stupéfiants pour tenter de saisir l'ampleur du phénomène.

Au moins vingt-cinq d'entre elles ont demandé à ce que leur identité soit protégée pour des raisons de sécurité.

Barons et tribus

La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban.

Le visage masqué et le regard caché par des lunettes noires, un trafiquant de la plaine orientale de la Bekaa au Liban raconte à l'AFP comment il organise l'expédition de la drogue.

"Quatre ou cinq grands noms s'associent généralement et partagent le coût d'une cargaison de 10 millions de dollars, disons, pour couvrir les matières premières, le transport et les pots- de-vin", explique-t-il au milieu d'un vignoble.

"Le coût est faible et les bénéfices élevés" car, explique le trafiquant, même si un seul envoi sur dix passe, "vous êtes toujours gagnant".

"Il y a un groupe de plus de cinquante barons (..) Ils forment un grand réseau, des Syriens, Libanais et Saoudiens", poursuit-il.

Le trafic du captagon couvre plusieurs pays et de nombreux acteurs clés ont des liens tribaux, notamment par le biais des Bani Khaled, une confédération bédouine qui s'étend de la Syrie et du Liban à la Jordanie, l'Irak et l'Arabie saoudite.

Une cargaison peut rester dans la sphère d'influence des Bani Khaled depuis la fabrication en Syrie jusqu'à la livraison en Arabie saoudite, selon des sources concordantes, dont un officier des renseignements, des déserteurs de l'armée syrienne et un trafiquant.

Et les chiffres donnent le vertige.

Le captagon, cette drogue qui fait des ravages au Moyen-Orient

Le captagon est l'ancien nom commercial d'un stimulant synthétique autrefois légal qui désigne aujourd'hui une amphétamine illicite, devenue l'une des drogues les plus consommées au Moyen-Orient.

Initialement, le captagon est l'un des noms sous lesquels la fénéthylline a été commercialisée pour la première fois après avoir été synthétisée par l'entreprise allemande Chemiewerk Homburg en 1961.

Le médicament a ensuite été breveté et vendu dans le cadre d'un traitement contre le trouble de l'attention, l'hyperactivité mais aussi contre la narcolepsie et, dans une moindre mesure, la dépression.

Malgré des cas d'abus limités, le captagon a finalement été répertorié comme substance psychotrope par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En 1986, il était interdit dans la plupart des pays. Mais entre-temps, la fénéthylline est devenue suffisamment prisée dans la péninsule arabique pour que les comprimés commencent à être produits illégalement, principalement dans l'ex-Yougoslavie et en Bulgarie.

Cette substance est étroitement liée à la méthamphétamine, un autre stimulant synthétique plus puissant dont on trouve parfois des traces dans le captagon.

Aujourd'hui, le captagon - connu pour son utilisation par les jihadistes de l'Etat islamique - est principalement fabriqué en Syrie et au Liban avec une production annuelle totale de centaines de millions de comprimés.

Comment le captagon est utilisé

Les comprimés de captagon sont généralement ingérés mais peuvent également être écrasés et sniffés.

L'amphétamine stimule certaines activités cérébrales, pouvant entraîner une plus grande attention, une plus grande confiance en soi, tout en diminuant l'appétit et la somnolence.

Cette polyvalence a rendu cette drogue populaire aussi bien parmi les étudiants qui font des nuits blanches avant leurs examens que les chauffeurs de taxi cumulant deux emplois, en passant par les professionnels de haut niveau qui veulent rester concentrés pendant de longues heures.

Effets secondaires

La consommation à long terme de la fénéthylline peut entraîner des effets secondaires tels que la dépression profonde, l'irritabilité, une vision floue et des problèmes cardiovasculaires, entre autres.

Cependant, parmi les millions de comprimés produits aujourd'hui dans des laboratoires illégaux en Syrie et au Liban, rares sont ceux qui contiennent de la fénéthylline, la formule du captagon étant devenue très variable.

La plupart des pilules contiennent de l'amphétamine, mais aussi des adultérants tels que du paracétamol, de la caféine, de la quinine et diverses substances anesthésiques, toutes potentiellement nocives.

L'abus d'amphétamine peut causer des lésions nerveuses ainsi que des problèmes musculaires et cardiaques, tandis que la variété d'agents de coupe présents dans les pilules peuvent être également dangereux.

Présentation

Lors des saisies, ce sont les deux C imbriqués visibles sur chaque pilule qui permettent de différencier le captagon, dont la formule est changeante, des autres drogues.

Ce même logo a valu au captagon d'être surnommé en arabe "Abou al-Hilalain" ou "père des deux croissants de lune".

Les pilules de meilleure qualité, destinées à l'exportation vers le Golfe, sont blanches, mais les comprimés peuvent également être de couleur jaune, beige, voire rose.

Le captagon est parfois vendu broyé mais essentiellement sous forme de comprimés, conditionnés en sachets de 200 pilules.

Différents logos sont apparus sur les sachets, que ce soit celui de Lexus - le plus répandu ces dernières années -, de Range Rover, Lacoste et dans certains cas un croissant et une étoile ou même une croix gammée.

Plus de 400 millions de comprimés ont été saisis au Moyen-Orient et au-delà en 2021, selon les chiffres officiels, et les découvertes de cette année devraient être encore plus importantes.

Pour chaque cargaison saisie, neuf autres sont expédiées, affirment à l'AFP des responsables des douanes et de la lutte antidrogue.

Cela signifie que, même avec un prix moyen de cinq dollars par comprimé et avec seulement quatre cargaisons sur cinq parvenant à destination, le captagon représente une industrie d'au moins 10 milliards de dollars.

La Syrie étant la source de 80% du trafic mondial, selon des responsables des services de sécurité, ce commerce représente par conséquent au moins trois fois son budget national.

Le frère d'Assad

Selon des experts en stupéfiants, l'Etat syrien est au coeur du trafic dans les zones contrôlées par le régime de Bachar al-Assad.

Le réseau opaque de seigneurs de guerre et de profiteurs sur lequel le président syrien s'est appuyé pour gagner la guerre a largement profité de ce trafic, estiment les experts. Ils citent en particulier le puissant Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, qui, selon eux, joue un rôle important dans la protection de la contrebande le long de la frontière libanaise, dans le sud- ouest de la Syrie.

"La Syrie a un besoin pressant de devises étrangères et cette industrie est capable d'alimenter le trésor public grâce à une économie parallèle, de l'importation des matières premières à la fabrication et enfin à l'exportation" des comprimés, explique à l'AFP un ancien conseiller du gouvernement syrien interrogé hors de Syrie.

Un nom revient dans toutes les interviews réalisées par l'AFP: celui de Maher al-Assad, frère redouté du président syrien, chef de facto de la Quatrième division, l'unité d'élite de l'armée syrienne.

Une dizaine de sources, dont deux trafiquants, un membre des forces de sécurité dans la région, un ex-officier de renseignement syrien, des militants, un membre d'une tribu syrienne impliquée dans le trafic du captagon et un employé du secteur pharmaceutique ont mis en cause cette brigade.

L'implication de Maher al-Assad a également été citée dans des rapports du Centre pour l'analyse opérationnelle et la recherche (Coar) et du Centre pour l'analyse historique et le conflit (CHACR).

"Maher al-Assad prend une part des gains du captagon, qui servent même à payer en partie les soldes d'un groupe armé rattaché à la Quatrième division", affirme Rami Abdel Rahman, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH, ONG basée au Royaume-Uni).

Invitée à réagir, l'ambassade de Syrie à Paris a adressé à l'AFP une réponse du ministère syrien de l'Intérieur, affirmant que le trafic était le fait "des organisations terroristes" qui ont "bénéficié de leur contrôle sur les zones frontalières" du pays, en "coopération avec les trafiquants de drogue".

"Aucune usine ou laboratoire de fabrication de cette substance n'a été saisie sur le territoire de la République arabe syrienne", assure le ministère, qui dénonce "une campagne d'attaques médiatiques" dirigée contre la Syrie sur ce sujet.

"Les producteurs de captagon obtiennent les matières premières directement de la Quatrième division, parfois dans des sacs militaires", assure un militant qui a requis l'anonymat. Un trafiquant syrien indique à l'AFP que cette unité d'élite fournit la drogue à des groupes rebelles opposés au régime.

La Quatrième division contrôle une grande partie de la frontière poreuse avec le Liban essentielle au trafic, et le port méditerranéen de Lattaquié est également un de ses bastions.

"La Quatrième division a joué un rôle actif dans la protection, l'organisation et la fabrication de captagon, et dans le transport des cargaisons vers les ports de Lattaquié et de Tartous", dans le nord-ouest et l'ouest de la Syrie, affirme Caroline Rose, experte du New Lines Institute.

La frontière libanaise, qui n'a jamais été clairement délimitée, a toujours été un terrain privilégié pour les contrebandiers et le trafic de captagon est désormais en plein essor dans le nord.

"Wadi Khaled est la nouvelle plaque tournante, le lieu est plein de trafiquants", révèle à l'AFP une source judiciaire, faisant référence à cette région frontalière du nord du Liban où une grande partie de la population du côté libanais se considère comme syrienne.

Au plus fort de la guerre, des armes étaient introduites clandestinement en Syrie par la région de Wadi Khaled.

Olives, grenades ou moutons: comment le captagon passe en contrebande

Cousues dans le ventre de moutons, chargées sur des drones ou des planeurs ultra-légers, les pilules de captagon traversent les frontières du Moyen-Orient par mille et une manières de plus en plus ingénieuses.

Les contrebandiers ont caché des comprimés dans des pots de concentré de tomate, les ont dissimulés dans des grenades évidées ou encore soigneusement fourrés, un à un, dans des olives dénoyautées.

Des pilules ont également été cachées dans des fèves artificielles et des oranges en plastique ou dans des fresques en pierre sculptées.

L'imagination des contrebandiers continue de surprendre les douaniers, les saisies étant le plus souvent réalisées à la suite de dénonciations plutôt que de prouesses technologiques.

Voici quelques-unes des tentatives de contrebande les plus insolites déjouées ces dernières années:

Grenades

En avril 2021, plus de 5,3 millions de pilules ont été découvertes par les autorités saoudiennes dans une importante cargaison de grenades. Certains fruits étaient intacts, mais d'autres avaient été farcis de sachets de captagon.

L'Arabie saoudite a réagi en interdisant les importations de fruits et légumes en provenance du Liban, d'où provenait la cargaison.

Moutons

Fixer des armes ou de la drogue sur du bétail qui peut discrètement traverser les frontières pour paître est une technique de contrebande connue depuis longtemps.

Les cartels latino-américains sont allés un peu plus loin dans l'utilisation des animaux en cousant des sacs de cocaïne et d'héroïne sur des chiens et d'autres animaux.

En novembre 2021, les autorités koweïtiennes ont découvert 17 kilos de pilules de captagon dans des boyaux de moutons vivants importés.

Oranges en plastique

En décembre 2021, les autorités libanaises ont trouvé 9 millions de pilules blanchâtres cachées dans de fausses oranges destinées à l'exportation vers le Golfe.

Une semaine auparavant, 1,1 million de pilules emballées dans des petits paquets fourrés dans de faux citrons avaient été interceptées par les douanes des Emirats arabes unis.

Olives farcies

En avril 2015, la brigade anti-stupéfiants en Jordanie a arrêté un passeur avec 37.000 pilules dissimulées dans des olives vertes dénoyautées.

En décembre dernier, l'unité syrienne de lutte contre la drogue a arrêté un homme qui avait fourré 160.000 comprimés dans des olives après en avoir dénoyauté des milliers.

Roues de chariots

En mars 2021, lors de la plus grande saisie de captagon jamais réalisée, les douanes malaisiennes ont mis la main sur 94,8 millions de comprimés de captagon à Port Klang, dissimulés dans des roues de chariots. La cargaison n'était pas destinée au marché malaisien.

Trois semaines plus tard, trois autres millions de pilules ont été retrouvées dans le même port, cachées dans une cargaison de pièces de portes.

Planeur ultra-léger

En juin 2022, les forces de sécurité irakiennes ont ouvert le feu sur un planeur ultra-léger près de la frontière koweïtienne, le forçant à atterrir.

Le pilote a pris la fuite mais un million de pilules de captagon ont été récupérées dans le planeur abandonné.

Les rebelles impliqués

Dans le sud de la Syrie, les provinces de Soueida et de Deraa, à la frontière avec la Jordanie, sont deux autres voies principales de la contrebande vers l'Arabie saoudite.

Deraa abrite plusieurs laboratoires où la drogue est fabriquée. Soueida grouille de gangs transportant du captagon, les tribus bédouines acheminant des cargaisons depuis les principales usines de production autour de Damas et de la province de Homs (centre).

"La contrebande est organisée par les tribus qui vivent dans le désert, en coordination avec plus d'une centaine de petits gangs armés", explique Abou Timour, un porte-parole d'un groupe armé local, Al-Karama.

En Syrie, le juteux trafic a réconcilié les ennemis d'hier et la drogue a forgé des alliances improbables même dans le nord, qui abrite les dernières poches de résistance rebelles et jihadistes au régime.

"Le captagon a réconcilié toutes les parties au conflit (...) le gouvernement, l'opposition, les Kurdes et l'Etat islamique", souligne l'ancien conseiller du gouvernement syrien.

"Je travaille avec des gens à Homs et à Damas qui reçoivent les comprimés des dépôts de la Quatrième division", déclare à l'AFP un contrebandier de la zone rebelle dominée par la Turquie.

"Je distribue les comprimés ici ou j'effectue la coordination avec les groupes rebelles pour les envoyer en Turquie", détaille-t-il, qualifiant son travail de "très dangereux et très facile en même temps".

Le trafiquant a assuré qu'il vendait également du captagon à des chefs du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôle une partie de l'enclave d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie.

Selon lui, une myriade de groupes rebelles affiliés à la Turquie se sont récemment lancés dans le commerce du captagon. "La région grouille de groupes rebelles. C'est une jungle, tout le monde a faim", a-t-il témoigné.

Il ajoute que le nouveau roi du trafic dans la région est Abou Walid Ezza, un commandant de la faction Sultan Mourad de l'Armée nationale syrienne, un groupe pro-turc.

"Il a de très bonnes relations avec la Quatrième division, puisqu'il était auparavant basé à Homs", précise le trafiquant selon lequel "il apporte des comprimés d'excellente qualité".

Interrogé par l'AFP, le groupe rebelle a démenti tout lien avec le trafic de captagon.

Des parties turques sont également impliquées dans la contrebande, selon un enquêteur judiciaire de la région.

"L'éther diéthylique, une sorte de chloroforme, est l'un des principaux composants nécessaires à la fabrication du captagon et la plus grande partie de cette matière vient de Turquie", précise-t-il.

«Machine à bonbons»

Outre les produits chimiques, le plus gros investissement pour un laboratoire de captagon est une presse à comprimés ou une machine à fabriquer des bonbons.

Un site chinois propose même une "presse à comprimés de captagon" pour 2.500 dollars, capable de fabriquer des dizaines de milliers de comprimés par heure.

Une fois les précurseurs chimiques obtenus, il suffit de 48 heures pour mettre en place un laboratoire de fabrication de captagon avec un équipement relativement rudimentaire.

Ce qui signifie que même en cas de descente des unités de lutte antidrogue, les fabricants peuvent rapidement se remettre à l'oeuvre. Ils ont même installé des laboratoires mobiles à l'arrière de camionnettes après une récente perquisition dans l'est du Liban.

Le gouvernement syrien agit également mais la plupart des saisies "ne sont que pure comédie (...) les responsables de l'application de la loi sont eux-mêmes les voleurs", assure un employé d'une entreprise pharmaceutique syrienne, interrogé hors de Syrie, selon lequel certaines usines pharmaceutiques sont impliquées dans le trafic.

Des vidéos des douanes et de la police saoudiennes montrent comment elles emploient des

technologies de pointe et des unités canines pour déjouer la contrebande.

Mais les trafiquants ont toujours une longueur d'avance, estiment de hauts responsables de la sécurité et de la justice dans la région.

"Au port de Tripoli (Liban nord), par exemple, le scanner doit toujours être réparé le mauvais jour ou est éteint par inadvertance", dit à l'AFP un haut responsable libanais.

"Et lorsque des arrestations sont effectuées, c'est toujours le chauffeur, le seul homme qui ne sait rien, que les services de sécurité présentent au tribunal", ajoute-t-il.

«Le roi du captagon»

Le "roi du captagon" Hassan Dekko dirigeait son empire depuis le Tfail, un village libanais à la frontière avec la Syrie, avant son arrestation en avril à la suite d'importantes saisies de captagon.

L'homme, qui a la double nationalité libanaise et syrienne et qui entretient des relations politiques de haut niveau dans les deux pays, a nié tout lien avec le trafic de drogue, selon des documents judiciaires obtenus par l'AFP.

Mais les responsables de la lutte antidrogue au Liban assurent que certaines des entreprises qu'il possède, notamment une usine de pesticides en Jordanie, une concession automobile en Syrie et une flotte de camions-citernes, sont des couvertures courantes pour les barons de la drogue.

Un haut responsable de la sécurité a cependant déclaré que l'influence de Dekko avait diminué.

Plusieurs sources de sécurité et des déserteurs de l'armée syrienne ont évoqué le nom du député syrien Amer Khiti, sous sanctions américaines, qui serait selon eux une figure majeure du trafic.

"Le rôle de Khiti est d'assurer la protection des cargaisons" de drogue, affirme le chef de l'OSDH.

Le député, que l'AFP a tenté de joindre sans succès, est également cité dans des rapports du CHACR.

L'un de ses employés a déclaré à l'AFP avoir vu du captagon être livré dans un entrepôt près de Damas.

"C'est un homme bon. Peu importe ce qu'il fait, tant qu'il aide les gens", affirme l'employé.

"La famille Khiti est impliquée dans cette affaire depuis avant la guerre. Ils avaient l'habitude de mettre les pilules dans des sacs en plastique et de les coudre à l'intérieur de moutons" pour les faire passer en contrebande, ajoute-t-il.

Epicentre mondial

Les crises économique et politique n'étant pas près de se dénouer en Syrie et au Liban, il est à craindre que le trafic du captagon ne prenne encore plus d'ampleur.

"La Syrie est devenue l'épicentre mondial de la production de captagon par choix délibéré", estime Ian Larson, analyste en chef de la Syrie au Coar.

Son économie étant paralysée par la guerre et par les sanctions, "Damas avait peu de bonnes options", ajoute-t-il.

La manne du captagon arrose large en Syrie et au Liban, des responsables du régime aux hommes d'affaires millionnaires au haut de la pyramide jusqu'aux villageois et aux réfugiés qui fabriquent et dissimulent la drogue.

"Il n'y a toujours pas de preuve irréfutable reliant directement Bachar al-Assad à l'industrie du captagon et nous ne devons pas nécessairement nous attendre à en trouver une", ajoute M. Larson, qui a beaucoup écrit sur cette drogue.

Tant les trafiquants que ceux qui luttent contre cette drogue estiment que l'ère du captagon n'en est qu'à ses débuts.

"Le métier ne s'arrêtera jamais", insiste le trafiquant libanais. Une opinion partagée par une source judiciaire haut placée: "Ils ne sont jamais condamnés et l'argent en jeu est énorme."


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
Short Url
  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
Short Url
  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »