Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
Un responsable de la sécurité libanaise tient dans sa paume une poignée de pilules de captagon confisquées au siège de la police judiciaire de la ville de Zahlé, dans plaine de la Bekaa au Liban, le 21 juillet 2022. (Photo de JOSEPH EID / AFP)
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Publié le Mercredi 09 novembre 2022

Captagon: comment la Syrie est devenue un narco-Etat

  • Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée
  • La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban

PLAINE DE LA BEKAA, LIBAN: Une décennie d'effroyable guerre civile a laissé la Syrie en ruines et fragmentée mais une drogue traverse toutes les lignes de front: le captagon.

Ce stimulant, autrefois associé aux jihadistes du groupe Etat islamique, a donné naissance à une industrie illégale de plus de 10 milliards de dollars qui soutient le régime paria du président Bachar al-Assad, mais également nombre de ses ennemis.

Le captagon a fait de la Syrie le narco-Etat le plus récent du monde et ce commerce s'est profondément enraciné au Liban voisin dont l'économie s'est effondrée.

Cette drogue est désormais de loin le premier produit d'exportation de la Syrie, dépassant toutes ses exportations légales réunies, selon des estimations établies à partir de données officielles recueillies par l'AFP.

Le captagon est une amphétamine dérivée d'un médicament censé traiter la narcolepsie ou les troubles du déficit de l'attention. Cette drogue illicite s'est répandue au Moyen-Orient.

L'AFP a interrogé au cours de son enquête plus de trente sources, dont d'anciens et d'actuels membres des services de sécurité en Syrie et dans d'autres pays, des trafiquants, des militants, des diplomates étrangers et des experts en stupéfiants pour tenter de saisir l'ampleur du phénomène.

Au moins vingt-cinq d'entre elles ont demandé à ce que leur identité soit protégée pour des raisons de sécurité.

Barons et tribus

La drogue commence son voyage dans les zones de non-droit entre la Syrie et le Liban.

Le visage masqué et le regard caché par des lunettes noires, un trafiquant de la plaine orientale de la Bekaa au Liban raconte à l'AFP comment il organise l'expédition de la drogue.

"Quatre ou cinq grands noms s'associent généralement et partagent le coût d'une cargaison de 10 millions de dollars, disons, pour couvrir les matières premières, le transport et les pots- de-vin", explique-t-il au milieu d'un vignoble.

"Le coût est faible et les bénéfices élevés" car, explique le trafiquant, même si un seul envoi sur dix passe, "vous êtes toujours gagnant".

"Il y a un groupe de plus de cinquante barons (..) Ils forment un grand réseau, des Syriens, Libanais et Saoudiens", poursuit-il.

Le trafic du captagon couvre plusieurs pays et de nombreux acteurs clés ont des liens tribaux, notamment par le biais des Bani Khaled, une confédération bédouine qui s'étend de la Syrie et du Liban à la Jordanie, l'Irak et l'Arabie saoudite.

Une cargaison peut rester dans la sphère d'influence des Bani Khaled depuis la fabrication en Syrie jusqu'à la livraison en Arabie saoudite, selon des sources concordantes, dont un officier des renseignements, des déserteurs de l'armée syrienne et un trafiquant.

Et les chiffres donnent le vertige.

Le captagon, cette drogue qui fait des ravages au Moyen-Orient

Le captagon est l'ancien nom commercial d'un stimulant synthétique autrefois légal qui désigne aujourd'hui une amphétamine illicite, devenue l'une des drogues les plus consommées au Moyen-Orient.

Initialement, le captagon est l'un des noms sous lesquels la fénéthylline a été commercialisée pour la première fois après avoir été synthétisée par l'entreprise allemande Chemiewerk Homburg en 1961.

Le médicament a ensuite été breveté et vendu dans le cadre d'un traitement contre le trouble de l'attention, l'hyperactivité mais aussi contre la narcolepsie et, dans une moindre mesure, la dépression.

Malgré des cas d'abus limités, le captagon a finalement été répertorié comme substance psychotrope par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En 1986, il était interdit dans la plupart des pays. Mais entre-temps, la fénéthylline est devenue suffisamment prisée dans la péninsule arabique pour que les comprimés commencent à être produits illégalement, principalement dans l'ex-Yougoslavie et en Bulgarie.

Cette substance est étroitement liée à la méthamphétamine, un autre stimulant synthétique plus puissant dont on trouve parfois des traces dans le captagon.

Aujourd'hui, le captagon - connu pour son utilisation par les jihadistes de l'Etat islamique - est principalement fabriqué en Syrie et au Liban avec une production annuelle totale de centaines de millions de comprimés.

Comment le captagon est utilisé

Les comprimés de captagon sont généralement ingérés mais peuvent également être écrasés et sniffés.

L'amphétamine stimule certaines activités cérébrales, pouvant entraîner une plus grande attention, une plus grande confiance en soi, tout en diminuant l'appétit et la somnolence.

Cette polyvalence a rendu cette drogue populaire aussi bien parmi les étudiants qui font des nuits blanches avant leurs examens que les chauffeurs de taxi cumulant deux emplois, en passant par les professionnels de haut niveau qui veulent rester concentrés pendant de longues heures.

Effets secondaires

La consommation à long terme de la fénéthylline peut entraîner des effets secondaires tels que la dépression profonde, l'irritabilité, une vision floue et des problèmes cardiovasculaires, entre autres.

Cependant, parmi les millions de comprimés produits aujourd'hui dans des laboratoires illégaux en Syrie et au Liban, rares sont ceux qui contiennent de la fénéthylline, la formule du captagon étant devenue très variable.

La plupart des pilules contiennent de l'amphétamine, mais aussi des adultérants tels que du paracétamol, de la caféine, de la quinine et diverses substances anesthésiques, toutes potentiellement nocives.

L'abus d'amphétamine peut causer des lésions nerveuses ainsi que des problèmes musculaires et cardiaques, tandis que la variété d'agents de coupe présents dans les pilules peuvent être également dangereux.

Présentation

Lors des saisies, ce sont les deux C imbriqués visibles sur chaque pilule qui permettent de différencier le captagon, dont la formule est changeante, des autres drogues.

Ce même logo a valu au captagon d'être surnommé en arabe "Abou al-Hilalain" ou "père des deux croissants de lune".

Les pilules de meilleure qualité, destinées à l'exportation vers le Golfe, sont blanches, mais les comprimés peuvent également être de couleur jaune, beige, voire rose.

Le captagon est parfois vendu broyé mais essentiellement sous forme de comprimés, conditionnés en sachets de 200 pilules.

Différents logos sont apparus sur les sachets, que ce soit celui de Lexus - le plus répandu ces dernières années -, de Range Rover, Lacoste et dans certains cas un croissant et une étoile ou même une croix gammée.

Plus de 400 millions de comprimés ont été saisis au Moyen-Orient et au-delà en 2021, selon les chiffres officiels, et les découvertes de cette année devraient être encore plus importantes.

Pour chaque cargaison saisie, neuf autres sont expédiées, affirment à l'AFP des responsables des douanes et de la lutte antidrogue.

Cela signifie que, même avec un prix moyen de cinq dollars par comprimé et avec seulement quatre cargaisons sur cinq parvenant à destination, le captagon représente une industrie d'au moins 10 milliards de dollars.

La Syrie étant la source de 80% du trafic mondial, selon des responsables des services de sécurité, ce commerce représente par conséquent au moins trois fois son budget national.

Le frère d'Assad

Selon des experts en stupéfiants, l'Etat syrien est au coeur du trafic dans les zones contrôlées par le régime de Bachar al-Assad.

Le réseau opaque de seigneurs de guerre et de profiteurs sur lequel le président syrien s'est appuyé pour gagner la guerre a largement profité de ce trafic, estiment les experts. Ils citent en particulier le puissant Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, qui, selon eux, joue un rôle important dans la protection de la contrebande le long de la frontière libanaise, dans le sud- ouest de la Syrie.

"La Syrie a un besoin pressant de devises étrangères et cette industrie est capable d'alimenter le trésor public grâce à une économie parallèle, de l'importation des matières premières à la fabrication et enfin à l'exportation" des comprimés, explique à l'AFP un ancien conseiller du gouvernement syrien interrogé hors de Syrie.

Un nom revient dans toutes les interviews réalisées par l'AFP: celui de Maher al-Assad, frère redouté du président syrien, chef de facto de la Quatrième division, l'unité d'élite de l'armée syrienne.

Une dizaine de sources, dont deux trafiquants, un membre des forces de sécurité dans la région, un ex-officier de renseignement syrien, des militants, un membre d'une tribu syrienne impliquée dans le trafic du captagon et un employé du secteur pharmaceutique ont mis en cause cette brigade.

L'implication de Maher al-Assad a également été citée dans des rapports du Centre pour l'analyse opérationnelle et la recherche (Coar) et du Centre pour l'analyse historique et le conflit (CHACR).

"Maher al-Assad prend une part des gains du captagon, qui servent même à payer en partie les soldes d'un groupe armé rattaché à la Quatrième division", affirme Rami Abdel Rahman, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH, ONG basée au Royaume-Uni).

Invitée à réagir, l'ambassade de Syrie à Paris a adressé à l'AFP une réponse du ministère syrien de l'Intérieur, affirmant que le trafic était le fait "des organisations terroristes" qui ont "bénéficié de leur contrôle sur les zones frontalières" du pays, en "coopération avec les trafiquants de drogue".

"Aucune usine ou laboratoire de fabrication de cette substance n'a été saisie sur le territoire de la République arabe syrienne", assure le ministère, qui dénonce "une campagne d'attaques médiatiques" dirigée contre la Syrie sur ce sujet.

"Les producteurs de captagon obtiennent les matières premières directement de la Quatrième division, parfois dans des sacs militaires", assure un militant qui a requis l'anonymat. Un trafiquant syrien indique à l'AFP que cette unité d'élite fournit la drogue à des groupes rebelles opposés au régime.

La Quatrième division contrôle une grande partie de la frontière poreuse avec le Liban essentielle au trafic, et le port méditerranéen de Lattaquié est également un de ses bastions.

"La Quatrième division a joué un rôle actif dans la protection, l'organisation et la fabrication de captagon, et dans le transport des cargaisons vers les ports de Lattaquié et de Tartous", dans le nord-ouest et l'ouest de la Syrie, affirme Caroline Rose, experte du New Lines Institute.

La frontière libanaise, qui n'a jamais été clairement délimitée, a toujours été un terrain privilégié pour les contrebandiers et le trafic de captagon est désormais en plein essor dans le nord.

"Wadi Khaled est la nouvelle plaque tournante, le lieu est plein de trafiquants", révèle à l'AFP une source judiciaire, faisant référence à cette région frontalière du nord du Liban où une grande partie de la population du côté libanais se considère comme syrienne.

Au plus fort de la guerre, des armes étaient introduites clandestinement en Syrie par la région de Wadi Khaled.

Olives, grenades ou moutons: comment le captagon passe en contrebande

Cousues dans le ventre de moutons, chargées sur des drones ou des planeurs ultra-légers, les pilules de captagon traversent les frontières du Moyen-Orient par mille et une manières de plus en plus ingénieuses.

Les contrebandiers ont caché des comprimés dans des pots de concentré de tomate, les ont dissimulés dans des grenades évidées ou encore soigneusement fourrés, un à un, dans des olives dénoyautées.

Des pilules ont également été cachées dans des fèves artificielles et des oranges en plastique ou dans des fresques en pierre sculptées.

L'imagination des contrebandiers continue de surprendre les douaniers, les saisies étant le plus souvent réalisées à la suite de dénonciations plutôt que de prouesses technologiques.

Voici quelques-unes des tentatives de contrebande les plus insolites déjouées ces dernières années:

Grenades

En avril 2021, plus de 5,3 millions de pilules ont été découvertes par les autorités saoudiennes dans une importante cargaison de grenades. Certains fruits étaient intacts, mais d'autres avaient été farcis de sachets de captagon.

L'Arabie saoudite a réagi en interdisant les importations de fruits et légumes en provenance du Liban, d'où provenait la cargaison.

Moutons

Fixer des armes ou de la drogue sur du bétail qui peut discrètement traverser les frontières pour paître est une technique de contrebande connue depuis longtemps.

Les cartels latino-américains sont allés un peu plus loin dans l'utilisation des animaux en cousant des sacs de cocaïne et d'héroïne sur des chiens et d'autres animaux.

En novembre 2021, les autorités koweïtiennes ont découvert 17 kilos de pilules de captagon dans des boyaux de moutons vivants importés.

Oranges en plastique

En décembre 2021, les autorités libanaises ont trouvé 9 millions de pilules blanchâtres cachées dans de fausses oranges destinées à l'exportation vers le Golfe.

Une semaine auparavant, 1,1 million de pilules emballées dans des petits paquets fourrés dans de faux citrons avaient été interceptées par les douanes des Emirats arabes unis.

Olives farcies

En avril 2015, la brigade anti-stupéfiants en Jordanie a arrêté un passeur avec 37.000 pilules dissimulées dans des olives vertes dénoyautées.

En décembre dernier, l'unité syrienne de lutte contre la drogue a arrêté un homme qui avait fourré 160.000 comprimés dans des olives après en avoir dénoyauté des milliers.

Roues de chariots

En mars 2021, lors de la plus grande saisie de captagon jamais réalisée, les douanes malaisiennes ont mis la main sur 94,8 millions de comprimés de captagon à Port Klang, dissimulés dans des roues de chariots. La cargaison n'était pas destinée au marché malaisien.

Trois semaines plus tard, trois autres millions de pilules ont été retrouvées dans le même port, cachées dans une cargaison de pièces de portes.

Planeur ultra-léger

En juin 2022, les forces de sécurité irakiennes ont ouvert le feu sur un planeur ultra-léger près de la frontière koweïtienne, le forçant à atterrir.

Le pilote a pris la fuite mais un million de pilules de captagon ont été récupérées dans le planeur abandonné.

Les rebelles impliqués

Dans le sud de la Syrie, les provinces de Soueida et de Deraa, à la frontière avec la Jordanie, sont deux autres voies principales de la contrebande vers l'Arabie saoudite.

Deraa abrite plusieurs laboratoires où la drogue est fabriquée. Soueida grouille de gangs transportant du captagon, les tribus bédouines acheminant des cargaisons depuis les principales usines de production autour de Damas et de la province de Homs (centre).

"La contrebande est organisée par les tribus qui vivent dans le désert, en coordination avec plus d'une centaine de petits gangs armés", explique Abou Timour, un porte-parole d'un groupe armé local, Al-Karama.

En Syrie, le juteux trafic a réconcilié les ennemis d'hier et la drogue a forgé des alliances improbables même dans le nord, qui abrite les dernières poches de résistance rebelles et jihadistes au régime.

"Le captagon a réconcilié toutes les parties au conflit (...) le gouvernement, l'opposition, les Kurdes et l'Etat islamique", souligne l'ancien conseiller du gouvernement syrien.

"Je travaille avec des gens à Homs et à Damas qui reçoivent les comprimés des dépôts de la Quatrième division", déclare à l'AFP un contrebandier de la zone rebelle dominée par la Turquie.

"Je distribue les comprimés ici ou j'effectue la coordination avec les groupes rebelles pour les envoyer en Turquie", détaille-t-il, qualifiant son travail de "très dangereux et très facile en même temps".

Le trafiquant a assuré qu'il vendait également du captagon à des chefs du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôle une partie de l'enclave d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie.

Selon lui, une myriade de groupes rebelles affiliés à la Turquie se sont récemment lancés dans le commerce du captagon. "La région grouille de groupes rebelles. C'est une jungle, tout le monde a faim", a-t-il témoigné.

Il ajoute que le nouveau roi du trafic dans la région est Abou Walid Ezza, un commandant de la faction Sultan Mourad de l'Armée nationale syrienne, un groupe pro-turc.

"Il a de très bonnes relations avec la Quatrième division, puisqu'il était auparavant basé à Homs", précise le trafiquant selon lequel "il apporte des comprimés d'excellente qualité".

Interrogé par l'AFP, le groupe rebelle a démenti tout lien avec le trafic de captagon.

Des parties turques sont également impliquées dans la contrebande, selon un enquêteur judiciaire de la région.

"L'éther diéthylique, une sorte de chloroforme, est l'un des principaux composants nécessaires à la fabrication du captagon et la plus grande partie de cette matière vient de Turquie", précise-t-il.

«Machine à bonbons»

Outre les produits chimiques, le plus gros investissement pour un laboratoire de captagon est une presse à comprimés ou une machine à fabriquer des bonbons.

Un site chinois propose même une "presse à comprimés de captagon" pour 2.500 dollars, capable de fabriquer des dizaines de milliers de comprimés par heure.

Une fois les précurseurs chimiques obtenus, il suffit de 48 heures pour mettre en place un laboratoire de fabrication de captagon avec un équipement relativement rudimentaire.

Ce qui signifie que même en cas de descente des unités de lutte antidrogue, les fabricants peuvent rapidement se remettre à l'oeuvre. Ils ont même installé des laboratoires mobiles à l'arrière de camionnettes après une récente perquisition dans l'est du Liban.

Le gouvernement syrien agit également mais la plupart des saisies "ne sont que pure comédie (...) les responsables de l'application de la loi sont eux-mêmes les voleurs", assure un employé d'une entreprise pharmaceutique syrienne, interrogé hors de Syrie, selon lequel certaines usines pharmaceutiques sont impliquées dans le trafic.

Des vidéos des douanes et de la police saoudiennes montrent comment elles emploient des

technologies de pointe et des unités canines pour déjouer la contrebande.

Mais les trafiquants ont toujours une longueur d'avance, estiment de hauts responsables de la sécurité et de la justice dans la région.

"Au port de Tripoli (Liban nord), par exemple, le scanner doit toujours être réparé le mauvais jour ou est éteint par inadvertance", dit à l'AFP un haut responsable libanais.

"Et lorsque des arrestations sont effectuées, c'est toujours le chauffeur, le seul homme qui ne sait rien, que les services de sécurité présentent au tribunal", ajoute-t-il.

«Le roi du captagon»

Le "roi du captagon" Hassan Dekko dirigeait son empire depuis le Tfail, un village libanais à la frontière avec la Syrie, avant son arrestation en avril à la suite d'importantes saisies de captagon.

L'homme, qui a la double nationalité libanaise et syrienne et qui entretient des relations politiques de haut niveau dans les deux pays, a nié tout lien avec le trafic de drogue, selon des documents judiciaires obtenus par l'AFP.

Mais les responsables de la lutte antidrogue au Liban assurent que certaines des entreprises qu'il possède, notamment une usine de pesticides en Jordanie, une concession automobile en Syrie et une flotte de camions-citernes, sont des couvertures courantes pour les barons de la drogue.

Un haut responsable de la sécurité a cependant déclaré que l'influence de Dekko avait diminué.

Plusieurs sources de sécurité et des déserteurs de l'armée syrienne ont évoqué le nom du député syrien Amer Khiti, sous sanctions américaines, qui serait selon eux une figure majeure du trafic.

"Le rôle de Khiti est d'assurer la protection des cargaisons" de drogue, affirme le chef de l'OSDH.

Le député, que l'AFP a tenté de joindre sans succès, est également cité dans des rapports du CHACR.

L'un de ses employés a déclaré à l'AFP avoir vu du captagon être livré dans un entrepôt près de Damas.

"C'est un homme bon. Peu importe ce qu'il fait, tant qu'il aide les gens", affirme l'employé.

"La famille Khiti est impliquée dans cette affaire depuis avant la guerre. Ils avaient l'habitude de mettre les pilules dans des sacs en plastique et de les coudre à l'intérieur de moutons" pour les faire passer en contrebande, ajoute-t-il.

Epicentre mondial

Les crises économique et politique n'étant pas près de se dénouer en Syrie et au Liban, il est à craindre que le trafic du captagon ne prenne encore plus d'ampleur.

"La Syrie est devenue l'épicentre mondial de la production de captagon par choix délibéré", estime Ian Larson, analyste en chef de la Syrie au Coar.

Son économie étant paralysée par la guerre et par les sanctions, "Damas avait peu de bonnes options", ajoute-t-il.

La manne du captagon arrose large en Syrie et au Liban, des responsables du régime aux hommes d'affaires millionnaires au haut de la pyramide jusqu'aux villageois et aux réfugiés qui fabriquent et dissimulent la drogue.

"Il n'y a toujours pas de preuve irréfutable reliant directement Bachar al-Assad à l'industrie du captagon et nous ne devons pas nécessairement nous attendre à en trouver une", ajoute M. Larson, qui a beaucoup écrit sur cette drogue.

Tant les trafiquants que ceux qui luttent contre cette drogue estiment que l'ère du captagon n'en est qu'à ses débuts.

"Le métier ne s'arrêtera jamais", insiste le trafiquant libanais. Une opinion partagée par une source judiciaire haut placée: "Ils ne sont jamais condamnés et l'argent en jeu est énorme."


Liban: nouveaux ordres d'évacuation, l'armée israélienne progresse en profondeur

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  • Israël a ordonné l’évacuation de 7 villages du sud du Liban avant de nouvelles frappes et affirme avoir avancé au-delà du Litani
  • Malgré l’escalade, Israël et le Liban poursuivent des discussions à Washington pour tenter d’obtenir un accord de sécurité

BEYROUTH: L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi la population de villages du sud du Liban à évacuer, en vue de frappes, alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait état de la progression plus en profondeur de son armée dans le pays voisin.

L'armée israélienne a intensifié ces derniers jours ses opérations aériennes et terrestres au Liban, où elle dit cibler le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont tenu vendredi une réunion militaire à Washington, en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les frappes de vendredi sur une trentaine localités ont fait 11 morts dans la région de Tyr, dont un secouriste, et blessé huit autres personnes, selon le ministère de la Santé.

L'armée israélienne a appelé samedi la population à évacuer sept villages du sud du Liban, avant d'y mener des frappes, malgré une trêve en vigueur depuis le 17 avril qui n'a jamais été respectée.

Une grande partie de ces villages sont situés à proximité de la ville de Nabatiyé.

Vendredi, le Hezbollah a dit avoir attaqué des troupes israéliennes qui tentaient d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de Nabatiyé.

Le Hezbollah a également revendiqué plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Le mouvement chiite à d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

- La trêve, "passage obligé" -

Israël a dit cette semaine considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat" et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait "traversé le Litani", fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Le Hezbollah, dont Israël réclame le désarmement au gouvernement libanais, y est ferment opposé.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

Selon le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby, les discussions serviront "de base au volet politique" en référence à des négociations prévues les 2 et 3 juin à Washington.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les ordres d'évacuation israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef.


Israël progresse en profondeur au Liban, réunion "constructive" à Washington

Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
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  • Israël affirme avoir avancé plus profondément dans le sud du Liban et poursuit ses frappes contre le Hezbollah
  • Des discussions militaires israélo-libanaises jugées « constructives » ont eu lieu à Washington, malgré la poursuite des combats

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait progressé encore plus en profondeur au Liban parallèlement à ses frappes intensives, au moment où les deux pays tenaient à Washington des discussions militaires jugées "constructives" par les Etats-Unis.

Israël a ordonné l'évacuation de villages et poursuivi ses frappes sur plus de 30 localités dans le sud, certaines proches de la ville millénaire de Tyr, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien.

Ces frappes ont fait 11 morts dans trois localités de la région de Tyr, dont un secouriste et un ressortissant syrien, et blessé huit autres, dont un autre secouriste, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à au moins 121 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre le 2 mars.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Dans une série de communiqués, le mouvement islamiste a affirmé avoir visé à l'aide de drones des rassemblements de soldats près d'une localité du nord d'Israël, un autre dans un camp militaire en Galilée ainsi qu'une caserne.

Il a également dit attaquer des troupes israéliennes qui tentent d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de la ville libanaise de Nabatiyé.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

Ces affrontements interviennent alors que, sur l'autre front de la guerre au Moyen-Orient, l'incertitude règne sur l'issue des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, soutien du Hezbollah.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

"Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine", a écrit sur le réseau social X le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Une nouvelle session est prévue les 2 et 3 juin à Washington.

- "Jamais imaginé vivre cela" -

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les avertissements israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef. Depuis le début, le 17 avril, du cessez-le-feu, jamais respecté, ils sont 55 enfants à avoir péri dans des bombardements, sur un total de 608 personnes tuées recensées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- "Passage obligé" -

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne et dit considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat". En visite dans le nord d'Israël auprès de soldats près de la frontière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son armée avait "traversé le Litani", fleuve à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Dans un communiqué distinct, le département d'Etat a indiqué que M. Rubio avait, lors de leur appel, "salué le courage dont fait preuve le président Aoun en poursuivant des négociations directes avec Israël", et réaffirmé que "le Hezbollah était entièrement responsable des combats en cours".

Beyrouth va "insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.