Ethiopie: les forces du Tigré ont bombardé Asmara, nouvelle escalade dangereuse

Migrants éthiopiens qui ont fui les combats au Tigré . (Ebrahim HAMID / AFP)
Migrants éthiopiens qui ont fui les combats au Tigré . (Ebrahim HAMID / AFP)
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Publié le Dimanche 15 novembre 2020

Ethiopie: les forces du Tigré ont bombardé Asmara, nouvelle escalade dangereuse

  • Les autorités de la région dissidente éthiopienne du Tigré ont tiré samedi des roquettes sur la capitale de l'Erythrée
  • "Une implication de l'Erythrée permet aussi de justifier par avance le coût de la guerre pour la population civile" au Tigré explique Roland Marchal

ADDIS ABEBA: Les autorités de la région dissidente éthiopienne du Tigré ont tiré samedi des roquettes sur la capitale de l'Erythrée frontalière qu'elles accusent de prêter main-forte à l'armée fédérale éthiopienne dans son offensive contre elles, une escalade susceptible de faire dégénérer le conflit.

Le 4 novembre, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l'armée fédérale à l'assaut du Tigré, après des mois de tensions croissantes avec les autorités régionales du Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF).

Premier ministre depuis 2018, M. Abiy a obtenu l'année suivante le prix Nobel de la paix l'année suivante pour avoir réconcilié l'Ethiopie et l'Erythrée, avec laquelle son pays était à couteaux tirés depuis une guerre meurtrière entre 1998 et 2000, menée alors que le TPLF était le parti tout-puissant à Addis Abeba.

Il a progressivement écarté du pouvoir le TLPF, qui représente la minorité tigréenne (6% de la population) et qui durant presque 30 ans a contrôlé l'appareil politique et sécuritaire éthiopien.

Le TPLF a accusé ces derniers jours le pouvoir d'Asmara, son ennemi juré, de laisser l'armée éthiopienne utiliser son territoire - bordant toute la frontière Nord du Tigré - pour y faire passer ses troupes ou décoller ses avions, et affirme que l'armée érythréenne participe directement à des combats au sol au Tigré.

Dimanche, le président du Tigré, Debretsion Gebremichael, a revendiqué le tir des roquettes qui ont frappé la veille au soir, selon des diplomates basés à Addis Abeba, les abords de l'aéroport d'Asmara.

Aucune information n'était disponible dimanche sur le bilan humain ou des dégâts à Asmara, capitale d'un des Etats les plus fermés au monde, dirigé d'une main de fer par Issaias Afeworki depuis son indépendance de l'Ethiopie en 1993.

"Cible légitime"

"Les forces éthiopiennes utilisent aussi l'aéroport d'Asmara" ce qui en fait "une cible légitime", a justifié dimanche M. Debretsion, répétant que les forces du TPLF "combattent les forces érythréennes depuis quelques jours sur plusieurs fronts" au Tigré.

Les multiples affirmations de l'un et l'autre camp sont invérifiables de source indépendante, en raison du blackout imposé à la région et des restrictions de déplacement des journalistes.

Ces derniers jours, le gouvernement éthiopien a ainsi assuré que les forces du TPLF étaient "à l'agonie" tandis que celles-ci ont affirmé avoir infligé de "lourdes pertes" à l'armée fédérale.

Dimanche, M. Abiy a assuré que les opérations militaires "progressaient bien" et que "l'Ethiopie était plus que capable d'(en) atteindre les objectifs (...) par elle-même".

Dimanche, des médias d'Etat ont fait état de la prise d'Alamata, localité du Sud-Est du Tigré, à 180 km de route au sud de la capitale régionale Mekele.

Les tirs contre Asmara marquent une nouvelle escalade dans le conflit.

Les autorités du Tigré souhaitent "l'internationalisation de la guerre", explique à l'AFP Roland Marchal, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po, afin de faire intervenir la communauté internationale tout en créant un sentiment nationaliste en Ethiopie qui leur serait favorable.

"Une implication de l'Erythrée permet aussi de justifier par avance le coût de la guerre pour la population civile" au Tigré, ajoute ce spécialiste de l'Afrique.

Samedi, le TPLF avait déjà revendiqué le tir de "missiles" contre deux aéroports de la région voisine de l'Amhara, également utilisés selon lui par l'aviation militaire éthiopienne.

Les tirs vers l'Amhara et l'Erythrée, montrent la capacité du TPLF à porter les hostilités loin de son fief. Ce, alors que le général Berhanu Jula, chef d'état-major de l'armée fédérale, avait assuré au début de l'offensive que "la guerre ne gagnerait pas le centre du pays" et "se terminerait" au Tigré.

En outre, même si le TPLF assure que "le conflit ne concerne pas les civils amhara", de vieux différends territoriaux opposent les Amharas, deuxième groupe ethnique du pays, et les Tigréens. Et des milliers de miliciens amhara ont déjà rejoint le Tigré pour appuyer l'armée fédérale éthiopienne.

D'où les craintes croissantes de nombreux observateurs que ce conflit entraîne l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique (100 millions d'habitants) et mosaïque de peuples, dans une guerre communautaire incontrôlable, mais déstabilise aussi toute la région de la Corne de l'Afrique.

Aucun bilan humain n'est connu dans l'immédiat, mais les analystes s'attendent à un conflit très meurtrier.

De son côté, le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) a dit s'attendre à une vague massive de réfugiés au Soudan voisin, estimant que le conflit risquait de s'intensifier. Près de 25.000 Ethiopiens, hommes, femmes et enfants, ont déjà fui au Soudan les combats au Tigré, selon l'agence officielle soudanaise Suna.

Certains ont retrouvé un camp où ils avaient déjà trouvé refuge 20 ans auparavant pour fuir la famine qui décimait l'Ethiopie.


Les Etats-Unis suppriment un statut de protection pour les exilés yéménites

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire. (Reuters)
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  • Les États‑Unis ont annoncé la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants yéménites, accordé depuis 2015 en raison du conflit armé, avec une mise en œuvre prévue dans 60 jours selon le Département de la Sécurité intérieure
  • Cette décision reflète une politique plus large du gouvernement américain visant à réduire les protections humanitaires pour les migrants

WASHINGTON: Le gouvernement américain a annoncé vendredi mettre fin au statut de protection accordé aux exilés originaires du Yémen, qui était en vigueur depuis dix ans.

La ministre de la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a affirmé que le statut de protection temporaire (TPS), initialement accordé aux ressortissants de ce pays en septembre 2015 en raison du conflit armé qui y sévit, prendrait fin dans 60 jours.

Le TPS permet à un petit nombre de personnes de vivre et de travailler aux États-Unis si elles sont considérées comme étant en danger en cas de retour dans leur pays d'origine, en raison d'une guerre, d'une catastrophe naturelle ou d'autres circonstances exceptionnelles.

Environ 1.400 Yéménites bénéficient de ce statut aux Etats-Unis.

L'administration Trump a déjà supprimé les protections TPS de nombreux Etats, comme le Venezuela, Haïti ou le Népal, dans le cadre de sa politique drastique visant à réduire l'immigration.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres du monde et fait face à une guerre civile depuis 2014.

"Après avoir examiné la situation dans le pays et consulté les agences gouvernementales américaines compétentes, j'ai déterminé que le Yémen ne remplissait plus les conditions légales pour bénéficier du statut de protection temporaire", a déclaré Mme Noem dans un communiqué.

"Permettre aux bénéficiaires du TPS yéménites de rester temporairement aux États-Unis est contraire à notre intérêt national", a ajouté la ministre.

Les bénéficiaires du TPS yéménite qui n'ont aucune autre base légale pour rester aux États-Unis ont 60 jours pour quitter le territoire américain, sous peine d'être arrêtés, précise le communiqué, promettant un billet d'avion gratuit et une "prime de départ" de 2.600 dollars à ceux qui partiront de leur plein gré.


Iran: Trump évoque désormais un renversement du pouvoir

Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
Le président Donald Trump avant d’embarquer à bord de l’Air Force One après une visite de la base de l’armée américaine de Fort Bragg, vendredi. (AFP)
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  • Le président américain Donald Trump a évoqué un possible renversement du régime iranien tout en envoyant un deuxième porte-avions dans le Golfe, sur fond de négociations difficiles avec Téhéran
  • Les manifestations en Iran, réprimées début janvier, ont fait des milliers de morts et plus de 53.000 arrestations ; Reza Pahlavi appelle à de nouvelles mobilisations internationales et à l’intérieur du pays pour faire pression sur le régime

WASHINGTON: Donald Trump a évoqué ouvertement vendredi un renversement du pouvoir en Iran, sur fond de difficile dialogue entre Washington et Téhéran sur les capacités nucléaires et balistiques de la République islamique.

Le président américain, qui oscille entre promesses d'une issue négociée et menaces militaires, avait peu auparavant confirmé l'envoi "très bientôt" d'un deuxième porte-avions américain dans la région.

"Il semble que ce serait la meilleure chose qui puisse arriver", a dit le président américain à des journalistes qui l'interrogeaient sur éventualité d'un "changement de régime".

"Depuis 47 ans, ils parlent et parlent et parlent. Et pendant ce temps nous avons perdu beaucoup de vies", a ajouté le dirigeant républicain, en quittant la base militaire de Fort Bragg (Caroline du Nord, sud-est).

Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d'Iran, a lui appelé les Iraniens à de nouvelles actions de protestation, après la vague de mobilisation réprimée dans le sang début janvier, parallèlement à des rassemblements prévus samedi à l'étranger.

Le président américain avait brandi la menace d'une intervention militaire en Iran face à la répression des manifestations qui, selon des ONG de défense des droits humains, a fait des milliers de morts.

Il a ensuite continué de menacer Téhéran pour pousser à un accord, notamment sur le dossier nucléaire.

- "Traumatisantes" -

Des négociations entre les deux pays ennemis ont repris le 6 février à Oman mais leur poursuite demeure incertaine tant les positions restent éloignées.

Washington, encouragé par Israël, veut également limiter le programme de missiles balistiques de l'Iran et mettre fin au soutien à des groupes armées dans la région.

L'Iran de son côté ne veut parler que du programme nucléaire et insiste pour conserver des capacités de raffinage d'uranium.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé jeudi le pays de conséquences "traumatisantes", en rappelant le bombardement par les Etats-Unis de sites nucléaires iraniens lors d'une guerre de 12 jours déclenchée par Israël en juin.

A l'époque, le président américain avait déjà évoqué en termes confus un possible changement du pouvoir en Iran mais avait ensuite rejeté cette idée, jugeant que cela apporterait du "chaos".

Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln et de ses navires d'escorte, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit donc les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Les cibles que Washington pourrait viser dans le cas d'une intervention ne sont pas claires non plus.

Le secrétaire général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Rafael Grossi, a lui indiqué vendredi qu'un accord entre l'AIEA et Téhéran sur les inspections du programme nucléaire était "possible", mais "terriblement difficile".

- Répression -

L'Iran avait refusé en novembre que l'AIEA inspecte ses différents sites bombardés en juin.

Dans le même temps, Reza Pahlavi, qui vit aux Etats-Unis et n'a pas remis les pieds dans son pays natal depuis la Révolution islamique de 1979, a appelé à manifester samedi à Munich, Toronto et Los Angeles pour réclamer une action internationale contre l'Iran.

Dans un message publié sur X, le fils exilé du dernier chah a exhorté en outre les Iraniens de l'intérieur à s'associer à ces manifestations en scandant, samedi et dimanche, des slogans depuis leurs fenêtres et leurs toits.

Selon le groupe basé aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA), au moins 7.008 personnes, la plupart des manifestants, ont été tuées lors des protestations, début janvier, et plus de 53.000 personnes ont été arrêtées depuis.

Si quelques figures du courant réformateur ont été libérées, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) des centaines de personnes sont poursuivies pour des chefs d'accusation liés aux manifestations, qui pourraient aboutir à leur condamnation à mort.

Selon les autorités iraniennes, les manifestations ont fait plus de 3.000 morts, en grande majorité des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des "terroristes", à la solde selon Téhéran d'Israël et des Etats-Unis.


Merz et Macron évoquent leur discussion sur la dissuasion nucléaire avant un discours français

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E-3, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
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  • Le chancelier Friedrich Merz a confirmé des discussions avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne, alors que la France envisage d’articuler sa doctrine nationale avec des intérêts de sécurité communs à certains pays européens
  • Berlin insiste pour que toute évolution s’inscrive strictement dans le cadre de l’OTAN et refuse l’émergence de niveaux de protection nucléaire différenciés entre États européens

MUNICH: Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué vendredi ses "discussions confidentielles" avec Emmanuel Macron sur "la dissuasion nucléaire européenne", le président français envisageant d'"articuler" la "doctrine nationale" française avec des "intérêts de sécurité communs" de certains pays européens.

La France est le seul pays de l'Union européenne, et le seul pays européen avec le Royaume-Uni, à disposer de l'arme nucléaire. Tous les autres pays sont protégés par la dissuasion élargie américaine dans le cadre l'alliance atlantique Otan.

Emmanuel Macron doit prononcer fin février un important et rare discours mettant à jour la doctrine nucléaire française, alors que plusieurs voix en Europe ont appelé à réfléchir à de nouvelles pistes pour protéger le Vieux continent.

Mais le chancelier allemand a estimé qu'il ne fallait pas que ces réflexions aboutissent à créer des différences de protection nucléaire entre Européens.

Toute dissuasion nucléaire européenne doit "s'inscrire strictement dans le cadre de notre participation nucléaire à l'Otan. Et nous ne laisserons pas apparaître en Europe des zones de sécurité différentes", a-t-il mis en garde.

Les Etats-Unis, qui ont assumé depuis des décennies la protection de l'Europe tandis que les pays du Vieux Continent réduisaient leurs dépenses de défense, exigent désormais de leurs alliés qu'ils se prennent en main. Dans le même temps, la Russie a envahi l'Ukraine, menant une guerre en Europe protégée par son propre arsenal nucléaire.

Interrogé sur le sujet à Munich, le président français a expliqué envisager d'"articuler" la "doctrine nationale, qui est garantie et contrôlée par la Constitution, avec des coopérations spéciales, des excercices communs, et des intérêts de sécurité communs avec certains pays-clés".

"C'est exactement ce que nous faisons pour la première fois de l'histoire avec l'Allemagne", a-t-il dit.

Selon lui, la dissuasion doit être "articulée dans une approche holistique de défense et sécurité". "C'est une manière de créer de la convergence dans notre approche statégique et culture stratégique entre l'Allemagne et la France", a-t-il ajouté.