Poutine juge « inévitable » de bombarder l'infrastructure ukrainienne

Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion avec les participants du II Congrès des jeunes scientifiques à Sotchi le 1er décembre 2022. (AFP).
Le président russe Vladimir Poutine assiste à une réunion avec les participants du II Congrès des jeunes scientifiques à Sotchi le 1er décembre 2022. (AFP).
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Publié le Vendredi 02 décembre 2022

Poutine juge « inévitable » de bombarder l'infrastructure ukrainienne

  • Selon le président russe, Kiev est responsable des explosions qui ont détruit en partie le pont de Crimée et d'autres installations russes
  • A Kiev, la population essaye néanmoins de vivre avec un soupçon de normalité

MOSCOU: "Nécessaire et inévitable": c'est ainsi que Vladimir Poutine a justifié vendredi les bombardements qui ont ravagé, juste à l'arrivée de l'hiver, l'infrastructure énergétique ukrainienne, laissant des millions de civils dans le noir et le froid.

Lors de leur première conversation téléphonique depuis la mi-septembre et malgré une série de revers militaires cinglants, le président russe a signifié rester droit dans ses bottes au chancelier allemand Olaf Scholz.

"Il a été souligné que les forces armées russes ont longtemps évité les frappes de missiles de haute précision sur certaines cibles en Ukraine, mais de telles mesures sont devenues nécessaires et inévitables face aux attaques provocatrices de Kiev", a indiqué le Kremlin dans un communiqué, résumant les propos de Vladimir Poutine.

Selon le président russe, Kiev est responsable des explosions qui ont détruit en partie le pont de Crimée et d'autres installations russes, et donc Moscou est dans son droit en bombardant les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, quitte à laisser dans le froid et le noir la population civile.

Inspiration, lumière et amour 

La dernière vague de frappes de missiles et de drones russe date du 23 novembre. Elle a plongé des millions d'Ukrainiens dans le noir et les a privés d'eau courante, parfois pendant plusieurs jours.

Dans un bilan dressé jeudi, une semaine après les attaques, l'opérateur privé ukrainien DTEK avait estimé que la Russie avait "détruit 40% du système énergétique ukrainien".

La majorité des foyers ukrainiens n'ont que quelques heures d'électricité par jour.

A Kiev, la population essaye néanmoins de vivre avec un soupçon de normalité, comme lors de ce concert de musique classique où 600 bougies LED artificielles illuminent la scène.

"Nous avons pensé que c'était une bonne idée d'économiser de l'énergie", explique à l'AFP Irina Mikolaenko, une organisatrice du concert.

"Nous voulons apporter de l'inspiration, de la lumière et de l'amour aux personnes qui se trouvent dans une situation (...) difficile et dire aux gens que nous ne sommes pas vaincus" ajoute-t-elle.

Les responsables ukrainiens ont dit lundi s'attendre à une nouvelle vague de bombardements russes prochainement.

Sur le fond, MM. Scholz et Poutine n'ont donc pu que constater leur désaccord.

Lors de l'entretien téléphonique d'une heure entre les deux dirigeants, M. Scholz "a insisté auprès du président russe pour qu'une solution diplomatique soit trouvée le plus rapidement possible, ce qui implique le retrait des troupes russes", a indiqué la chancellerie allemande.

Selon le communiqué du Kremlin, Vladimir Poutine a, à l'inverse, pointé la position "destructrice" de l'Occident dont le soutien politique, financier et militaire occidental incite selon lui Kiev à rejeter "l'idée de toute négociation".

Vladimir Poutine a appelé M. Scholz "à revoir son approche".

Plafond pétrolier ?

Un peu plus tôt, le Kremlin avait déjà balayé les conditions évoquées la veille par le président américain Joe Biden qui s'était dit "prêt" à discuter si le président russe cherchait "un moyen de mettre fin à la guerre" et retirait ses troupes.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov a souligné que la Russie rejetait "bien évidemment" cette idée. "L'opération militaire continue", a-t-il insisté.

Le président russe a décrété l'annexion fin septembre de quatre régions d'Ukraine, bien qu'il ne les contrôle pas, en plus de la Crimée annexée en 2014.

Kiev rejette de son côté toute négociation avec Poutine, sans respect de son intégrité territoriale, Crimée comprise.

Militairement, l'armée russe a essuyé plusieurs défaites, ayant été obligée de se retirer du nord du pays en avril, puis d'une partie du nord-est en septembre et enfin d'une partie du sud en novembre.

Depuis octobre, les forces russes ont donc pris pour tactique de bombarder les installations fournissant électricité et chaleur au pays, alors même que l'hiver est en train de s'installer en Ukraine.

Pour accroître la pression sur la Russie, cible déjà d'une multitude de sanctions, les Occidentaux essayent de s'entendre sur un mécanisme de plafonnement des prix du pétrole russe.

Il s'agit pour les Américains comme les Européens d'essayer de priver Moscou de la manne qui lui sert à financer son offensive militaire.

Un accord a été quasiment ficelé jeudi soir par les ambassadeurs des pays de l'UE à Bruxelles, mais il attend encore feu vert de la Pologne qui juge l'instrument trop limité.

Si les sanctions adoptées depuis février ont largement isolé la Russie, son économie a jusqu'ici convenablement résisté, largement grâce aux revenus des hydrocarbures.


La Russie met en garde Israël contre toute livraison d'armes à l'Ukraine

La Russie a mis en garde Israël contre d'éventuelles livraisons d'armes à l'Ukraine, après que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué «examiner la question». (Photo, AFP)
La Russie a mis en garde Israël contre d'éventuelles livraisons d'armes à l'Ukraine, après que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué «examiner la question». (Photo, AFP)
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  • «S'agissant des livraisons d'armes (à l'Ukraine), on ne classe pas les pays selon la géographie», a dit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova
  • Mercredi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que son pays envisageait une aide militaire pour l'Ukraine, tout en se proposant comme médiateur dans le conflit ukrainien

MOSCOU: La Russie a mis en garde Israël mercredi contre d'éventuelles livraisons d'armes à l'Ukraine, après que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué "examiner la question".

"S'agissant des livraisons d'armes (à l'Ukraine), on ne classe pas les pays selon la géographie. Nous disons que tous les pays qui livrent des armes doivent comprendre que nous considèrerons (ces armes) comme des cibles légitimes pour les forces armées russes", a dit la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, au sujet de la possibilité d'approvisionnements israéliens.

Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine en février dernier, Israël a cherché à rester neutre dans ce conflit, ne fournissant par exemple pas d'armes à Kiev malgré les demandes répétées du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Israël a par ailleurs fait valoir des liens privilégiés avec Moscou, l'Etat hébreu comptant plus d'un million de citoyens originaires de l'ex-Union soviétique et la Russie disposant de troupes en Syrie, pays voisin d'Israël.

Mercredi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a cependant déclaré que son pays envisageait une aide militaire pour l'Ukraine, tout en se proposant comme médiateur dans le conflit ukrainien.

"Toute tentative -- réalisée ou même non réalisée, mais annoncée -- de livrer des armements supplémentaires, nouveaux, ou autres, aboutit et va aboutir à une escalade de cette crise. Tout le monde doit s'en rendre compte", a souligné Mme Zakharova.

Ces derniers jours, plusieurs pays occidentaux ont exprimé leur intention de fournir rapidement des chars lourds à l'Ukraine, à l'instar du Royaume-Uni qui compte fournir des Challenger fin mars et de l'Allemagne qui entend envoyer ses premiers Leopard 2 "fin mars-début avril".

Mais l'Ukraine réclame également à l'Occident des avions de combat et de l'artillerie lourde.


Funérailles à Memphis de Tyre Nichols, victime de violences policières

Les manifestants bloquent la circulation alors qu'ils se rassemblent contre l'assaut policier mortel de Tyre Nichols, en Californie, le 29 janvier 2023. (Photo, AFP)
Les manifestants bloquent la circulation alors qu'ils se rassemblent contre l'assaut policier mortel de Tyre Nichols, en Californie, le 29 janvier 2023. (Photo, AFP)
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  • La vice-présidente Kamala Harris s'est entretenue mardi au téléphone avec la mère de Tyre Nichols, RowVaughn Wells, et son beau-père Rodney Wells, qui l'ont invitée aux funérailles
  • Tyre Nichols, 29 ans, avait été arrêté le 7 janvier par des agents d'une unité spéciale de Memphis, dans le sud des Etats-Unis, pour une simple infraction au code de la route, selon la police

MEMPHIS: Les funérailles de l'Afro-Américain Tyre Nichols, dont le passage à tabac mortel par des policiers noirs a choqué les Etats-Unis, se tiennent mercredi dans la ville de Memphis en présence de la vice-présidente Kamala Harris.

La cérémonie promet d'être politique, l'avocat de la famille de Tyre Nichols, Ben Crump, devant lancer "un appel à agir" contre les violences policières.

Symbole fort, un frère de George Floyd, quadragénaire noir dont la mort en 2020 sous le genou d'un policier blanc avait déclenché des manifestations antiracistes massives, assistera aux funérailles.

Et c'est le révérend Al Sharpton, figure de la lutte pour les droits civiques, qui prononcera l'oraison funèbre à la Mississippi Boulevard Christian Church.

D'abord prévu à 10H30 locales (16H30 GMT), l'office religieux se tiendra finalement à 13H00 (19H00 GMT).

En plus du frère de George Floyd, la mère de Breonna Taylor, Tamika Palmer, doit également être présente.

Breonna Taylor, une Afro-Américaine de 26 ans, avait été abattue en pleine nuit par la police dans son appartement du Kentucky en 2020 et était devenue une icône du mouvement "Black Lives Matter" (Les vies noires comptent).

Calvaire 

Tyre Nichols, 29 ans, avait été arrêté le 7 janvier par des agents d'une unité spéciale de Memphis, dans le sud des Etats-Unis, pour une simple infraction au code de la route, selon la police.

Mais roué de coups, à tel point qu'il était devenu méconnaissable d'après sa famille, il est mort trois jours plus tard à l'hôpital.

La vice-présidente Kamala Harris s'est entretenue mardi au téléphone avec la mère de Tyre Nichols, RowVaughn Wells, et son beau-père Rodney Wells, qui l'ont invitée aux funérailles, selon leur avocat.

Lors d'un appel téléphonique qu'il a décrit comme "plein d'émotion", "la vice-présidente a pu consoler Mme Wells et même l'aider à sourire", a affirmé Ben Crump, qui a également représenté la famille Floyd et s'est spécialisé dans la défense de victimes de violences policières.

Signe de l'attention accordée par la Maison Blanche à cette affaire, le président Joe Biden s'était lui-même entretenu, la semaine dernière, avec les parents de Tyre Nichols pour saluer "leur courage et leur force" quelques heures avant la publication de la vidéo de son calvaire aux mains des policiers.

RowVaughn Wells et Rodney Wells ont par ailleurs été invités par le groupe parlementaire rassemblant des élus afro-américains, à assister au discours de M. Biden sur l'état de l'Union, le 7 février au Congrès à Washington.

Réforme 

Les images insoutenables de l'interpellation et des coups infligés au jeune homme par les agents ont été diffusées, sans coupes, par les plus grandes chaînes du pays, faisant craindre un embrasement social aux autorités.

Les cinq policiers impliqués ont été licenciés et inculpés pour meurtre. L'"Unité Scorpion" à laquelle ils appartenaient, et qui avait pour mission de faire baisser le nombre d'activités illégales dans les quartiers sensibles en y déployant un plus grand nombre de policiers, a été démantelée.

Trois pompiers ont été limogés en lien avec les faits et deux autres policiers suspendus.

Pendant l'interpellation, "personne n'a fait preuve d'humanité envers Tyre Nichols, et ceux qui sont responsables doivent rendre des comptes", a dit Ben Crump.

Le président Biden prévoit de recevoir jeudi à la Maison Blanche des membres du groupe parlementaire rassemblant des élus afro-américains pour "discuter de la législation sur une réforme policière et d'autres priorités communes", a déclaré Olivia Dalton, une porte-parole de l'exécutif.

"Le président Biden est déterminé à faire tout ce qui est en son pouvoir (...) pour faire en sorte que notre système pénal soit à la hauteur des attentes en matière de justice impartiale (...) et de dignité pour tous", a-t-elle ajouté.


Subventions américaines: visite ministérielle franco-allemande à Washington le 7 février

Le ministre allemand de l'Économie et de la Protection du climat Robert Habeck (à gauche) et le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire tiennent une conférence de presse conjointe au ministère fédéral de l'Économie et de l'Action climatique (BMWK) à Berlin, le 31 mars 2022. (Photo, AFP)
Le ministre allemand de l'Économie et de la Protection du climat Robert Habeck (à gauche) et le ministre français de l'Économie Bruno Le Maire tiennent une conférence de presse conjointe au ministère fédéral de l'Économie et de l'Action climatique (BMWK) à Berlin, le 31 mars 2022. (Photo, AFP)
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  • Bruno Le Maire et Robert Habeck se rendront à Washington mardi 7 février pour discuter avec les autorités américaines des conséquences de l'IRA sur l'industrie européenne
  • Les Européens tentent depuis plusieurs semaines d'obtenir des dérogations afin d'éviter la fuite d'entreprises européennes attirées par les aides américaines

PARIS: Le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, et son homologue allemand Robert Habeck, se rendront le 7 février à Washington pour des discussions sur les subventions massives américaines à leur industries, jugées protectionnistes, a-t-on appris mercredi auprès de Bercy.

"Bruno Le Maire et Robert Habeck se rendront à Washington mardi 7 février pour discuter avec les autorités américaines des conséquences de l'IRA sur l'industrie européenne", a indiqué cette source au ministère de l'Economie et des Finances.

L'"Inflation Reduction Act", le grand plan de 420 milliards de dollars du président américain Joe Biden, largement consacré au climat et qui prévoit notamment de larges aides pour les entreprises implantées aux Etats-Unis dans le secteur des véhicules électriques ou des énergies renouvelables, suscite l'inquiétude de nombreux pays, dont ceux de l'Union européenne, qui le jugent protectionniste.

Préparant la riposte européenne, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a proposé mercredi de faciliter les aides d'État dans l'UE pour soutenir la transition verte des industriels européens face aux subventions américaines et chinoises, sans nouveaux financements de l'UE dans l'immédiat.

Ses propositions seront débattues lors d'un sommet des chefs d’État et de gouvernement de l'UE les 9 et 10 février à Bruxelles, avant des décisions attendues en mars.

"Nous saluons les propositions fortes de la Commission européenne qui vont dans le sens de ce que demande le président de la République depuis plusieurs semaines", a réagi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"Face à l'IRA, l’Europe doit se mettre en ordre de bataille et défendre son industrie. La France est totalement déterminée à protéger et développer son outil productif", a-t-il ajouté, selon une réaction transmise à l'AFP par son ministère.

Les Européens tentent aussi depuis plusieurs semaines d'obtenir des dérogations afin d'éviter la fuite d'entreprises européennes attirées par les aides américaines.

Le président français Emmanuel Macron est aussi à la manœuvre pour convaincre ses partenaires d'adopter un plan européen tout aussi massif. Les Allemands refusent la création d'un fonds souverain européen pour financer des aides aux entreprises.

Fin janvier, le ministre français de l'Industrie, Roland Lescure, avait dit espérer que Paris et Berlin puissent s'entendre sur réponse européenne d'ici "février".