Les juifs américains confrontés à l'arrivée d'un antisémitisme «banalisé»

Le rappeur américain Kanye West (Photo, AFP).
Le rappeur américain Kanye West (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 04 décembre 2022

Les juifs américains confrontés à l'arrivée d'un antisémitisme «banalisé»

  • «J'aime Hitler», a lancé à plusieurs reprises l'artiste, qui se fait désormais appeler Ye
  • Pour les analystes, ces propos montrent que l'intolérance religieuse et les théories du complot impliquant la communauté juive

WASHINGTON: La ferme condamnation de l'antisémitisme de Joe Biden vendredi répond à une banalisation alarmante de propos antisémites et d'incitations à la haine venus de personnalités influentes, amplifiées par les réseaux sociaux, selon les experts.

"Plutôt que lui offrir une tribune, nos responsables politiques devraient dénoncer publiquement l'antisémitisme partout où il se trouve", a tweeté le président américain.

"L'Holocauste s'est bien produit. Hitler était une personne diabolique", a-t-il ajouté au lendemain du tollé provoqué par le rappeur Kanye West, qui a confessé son admiration pour Hitler et les nazis lors d'une interview avec un présentateur américain complotiste.

"J'aime Hitler", a lancé à plusieurs reprises l'artiste, qui se fait désormais appeler Ye et qui avait dîné en petit comité quelques jours plus tôt au domicile de Donald Trump en Floride avec l'ancien président républicain, en présence d'un suprémaciste blanc, Nick Fuentes, connu pour avoir remis en cause la réalité de la Shoah.

Pour les analystes, ces propos montrent que l'intolérance religieuse et les théories du complot impliquant la communauté juive sont devenues presque normales.

Elles sont relayées notamment par le mouvement MAGA ("Make America great again", ou rendre à l'Amérique sa grandeur) de Donald Trump et la nébuleuse complotiste d'extrême droite QAnon, mais aussi par des personnalités du sport et du show business comme Kanye West ou la star du basket Kyrie Irving, qui a récemment fait la promotion d'un film à caractère antisémite, contenant entre autres une citation attribuée à Adolf Hitler et niant la réalité de l'Holocauste.

Le facteur Trump 

"Quand on a des célébrités qui défendent un antisémitisme classique comme Kanye West, qui a plus d'abonnés à son compte Twitter qu'il n'y a de juifs sur la planète Terre, c'est une chose qui va entrer dans le débat public", note Oren Segal, de l'organisation de lutte contre l'antisémitisme ADL.

Il n'y a pas que Donald Trump qui a déjeuné avec Kanye West et Nick Fuentes, remarque-t-il. Plusieurs élus républicains ont participé à une conférence pro-Trump organisée par Fuentes il y a quelques mois.

"Cette normalisation n'a pas commencé lorsque Kanye a perdu la tête", souligne Oren Segal auprès de l'AFP. "C'est une chose à laquelle nous assistons depuis longtemps."

Pour lui, le trumpisme est un facteur important de la banalisation de ces incitations à la haine. "Le trumpisme est compris comme la normalisation de la désinformation et des théories du complot, et la normalisation de l'antisémitisme n'est pas loin", explique-t-il.

Et les conséquences sont réelles, rappelle-t-il, mentionnant les attentats sanglants contre les synagogues de Pittsburgh, en Pennsylvanie (11 morts en 2018) et de Poway, en Californie (1 mort en 2019).

Alliances défaites

Le fait que Kanye West et Kyrie Irving soient tous les deux afro-américains a fait craindre une montée de l'antisémitisme dans la communauté noire et chez les jeunes.

Mais pour Cheryl Greenberg, professeure au Trinity College, il s'agit surtout d'une "tendance à banaliser des idées extrémistes".

Cette tendance est selon elle favorisée par le fait que les plus jeunes générations connaissent moins bien l'Holocauste et sont davantage sensibilisées aux problèmes des autres communautés marginalisées ou oppressées. 

"En faisant de l'antisémitisme la question centrale, les juifs ont compliqué le dialogue avec beaucoup d'autres communautés", estime l'experte du Trinity College, notant que l'alliance traditionnelle des communautés juive et afro-américaine qui existait dans les années 1950-60 pour la défense des droits civiques s'est aujourd'hui défaite.

Les personnalités noires les plus jeunes et les autres minorités ne considèrent plus les juifs comme des victimes, mais comme des personnes blanches qui ont réussi.

"Il y a beaucoup de communautés, il n'y a pas que les juifs", et la seule solution est de coopérer avec les autres -- même celles qui critiquent Israël -- pour continuer à lutter contre le sentiment anti-juifs, estime Mme Greenberg, qui est elle-même juive.

La prise de contrôle chaotique de Twitter par Elon Musk a par ailleurs montré à quel point des contenus problématiques peuvent réapparaître rapidement sur les réseaux sociaux dès que les responsables de la modération des contenus relâchent leur vigilance.

Mais Oren Segal s'inquiète plutôt de "l'écosystème" des hébergeurs de vidéos basés sur des algorithmes, comme TikTok, ou des plateformes de discussion sans modération des contenus, comme Telegram ou Reddit, où des communautés entières se sont bâties autour de l'antisémitisme.

"C'est un environnement toxique où les plus vulnérables viennent former leurs opinions", conclut-il. "Nous commençons à en voir les conséquences."


Téhéran veut garder le contrôle d'Ormuz, fin du round de négociations

Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
  • Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures
  • En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna

BURGENSTOCK: Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Ces discussions ont permis de poser des "bases très solides pour aboutir à un accord final réussi", s'est félicité lundi le vice-président américain JD Vance, les Etats-Unis annonçant dans la foulée une suspension de deux mois des sanctions sur le pétrole iranien.

Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures, laissant à des diplomates le soin de poursuivre des discussions "techniques" sur place.

Celles-ci se sont également achevées et les pourparlers se poursuivront ultérieurement au sein de groupes de travail, a indiqué mardi la diplomatie iranienne à l'agence officielle Irna.

En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna.

Le passage par Ormuz, où transite en temps normal 20% du pétrole et du GNL mondial, était libre de tout contrôle avant le déclenchement par les Etats-Unis et Israël le 28 février de la guerre contre l'Iran.

Mais "l'administration du détroit d'Ormuz ne redeviendra jamais ce qu'elle était avant la guerre", a assuré M. Ghalibaf, martelant que "l'Iran administrera" celui-ci.

L'Iran a par ailleurs indiqué mardi avoir conclu en Suisse avec les Américains un accord pour le déblocage "immédiat" de 12 milliards d'avoirs iraniens gelés.

Ceux-ci seront libérés "en deux tranches de 6 milliards", a détaillé auprès d'Irna le chef de la délégation iranienne chargé des discussions techniques, le vice-ministre de Affaires étrangères Kazem Gharibabadi.

M. Vance avait souligné que son pays s'assurerait qu'un éventuel déblocage d'avoirs iraniens "ne servirait pas à financer le terrorisme".

Ghalibaf à Oman 

Le cycle de négociations entamé ce week-end en Suisse nourrit les espoirs d'un règlement durable du conflit et a fait retomber le cours du baril de Brent de la mer du Nord sous la barre des 78 dollars, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme de la guerre.

Les négociations, où le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation, doivent aboutir à un document final sous un délai de 60 jours renouvelables.

Dans ce cadre, le président iranien, Massoud Pezeshkian, doit effectuer une visite d'Etat à Islamabad mardi, selon la diplomatie pakistanaise.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio est pour sa part attendu de mardi à jeudi aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, selon son ministère.

Et l'équipe de négociateurs iraniens, emmenée par M. Ghalibaf, s'est rendue de son côté à Oman pour parler précisément de la gestion du détroit d'Ormuz, selon Irna.

Pressé de mettre un terme à un conflit qui pèse sur le pouvoir d'achat de ses citoyens, Washington a multiplié les gestes envers Téhéran.

Concernant le pétrole, principale ressource de la République islamique, "toutes les transactions" concernant la production, la vente et le transport d'hydrocarbures d'origine iranienne "sont autorisées jusqu'au 21 août", a détaillé le ministère américain des Finances.

Selon M. Vance, Téhéran a accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ce que l'Iran n'a pas confirmé.

"Premier test réel" 

Mises en place par l'accord de 2015 déchiré par M. Trump en 2018, ces inspections avaient été suspendues par l'Iran après les bombardements israélo-américains de ses installations en juin 2025.

Les inspecteurs de l'AIEA n'ont depuis pas pu visiter les sites touchés, laissant planer le doute sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de la République islamique, un point de contentieux majeur avec Washington.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de l'arme nucléaire, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

Sur le front libanais, que Téhéran a insisté pour associer aux discussions, une "cellule de gestion des conflits" va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a ainsi fait savoir avoir reçu un appel de M. Vance au sujet de "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard".

L'offensive au Liban, destinée selon Israël à empêcher les attaques du Hezbollah, a fait plus de 4.100 morts selon les autorités et plus d'un million de déplacés.

Pour le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le respect de ce cessez-le-feu sera "le premier test réel" de la solidité du protocole d'accord américano-iranien.


Pourparlers Iran-Etats-Unis : «des bases très solides» en vue d'un accord final, selon JD Vance

Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
  • "Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis
  • Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna

BURGENSTOCK: Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance.

"Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi. L'accord final, c'est la maison. Nous en avons posé les fondations. Nous n'avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides pour atteindre une issue favorable pour le peuple américain", a-t-il déclaré aux journalistes.

Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière et un démarrage dans le chaos, ces négociations, lancées dimanche dans le complexe hôtelier du Burgenstock, dans les Alpes suisses, doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un document final.

"Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis.

Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna.

Des négociations vont toutefois se poursuivre au niveau technique.

"Nos équipes, en collaboration avec les Iraniens, les Qataris et les Pakistanais, ont réalisé d'importants progrès hier. Elles continueront à travailler au niveau technique avec les équipes présentes ici au Burgenstock", a indiqué JD Vance.

"Ces négociations techniques se poursuivront ensuite au cours des semaines et des jours à venir. Nous voulions mettre en place une structure pour garantir une supervision politique adéquate", a-t-il ajouté.


Iran et Etats-Unis s'accordent sur une feuille de route pour un accord définitif sous 60 jours

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
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  • Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient
  • "La médiation pakistanaise et qatarie a permis des progrès majeurs afin de mettre un terme à la guerre au Liban"

BURGENSTOCK: Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, lors de leur première séance de négociations en Suisse, ont annoncé lundi les médiateurs pakistanais et qatari.

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint.