Pelé est mort: trois jours de deuil au Brésil, hommage planétaire

Pelé rit avec des photographes alors qu'il regarde la ville au sommet de l'Empire State Building lors d'un événement pour célébrer le début de la saison du New York Cosmos, à New York. (Reuters)
Pelé rit avec des photographes alors qu'il regarde la ville au sommet de l'Empire State Building lors d'un événement pour célébrer le début de la saison du New York Cosmos, à New York. (Reuters)
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Publié le Vendredi 30 décembre 2022

Pelé est mort: trois jours de deuil au Brésil, hommage planétaire

  • Après la mort d'Elizabeth II en septembre, c'est une autre figure majeure du XXe siècle qui disparaît en 2022, suscitant des réactions du monde du football, mais aussi bien au-delà
  • Pelé, élu athlète du siècle par le Comité international olympique en 1999, a été un sportif hors du commun

RIO DE JANEIRO: Le Brésil débute vendredi un deuil national de trois jours après le décès à 82 ans jeudi du "Roi" Pelé, considéré comme le meilleur joueur de football de tous les temps et pleuré à travers la planète.

Après la mort d'Elizabeth II en septembre, c'est une autre figure majeure du XXe siècle qui disparaît en 2022, suscitant des réactions du monde du football, mais aussi bien au-delà, de la politique ou encore de la culture.

La santé de Pelé , seul joueur de l'histoire à avoir remporté trois éditions de la Coupe du monde (1958, 1962, 1970), était chancelante depuis plusieurs mois: il luttait contre un cancer du côlon et avait été hospitalisé fin novembre à Sao Paulo, en plein Mondial au Qatar.

"Nous t'aimons à l'infini, repose en paix": c'est par ces mots, publiés sur Instagram que l'une de ses filles, Kely Nascimento, a annoncé le décès du Brésilien le plus connu de l'histoire, entouré de plusieurs membres de sa famille depuis quelques jours à l'hôpital Albert-Einstein de Sao Paulo.

Quelques heures plus tard, un décret annonçait un "deuil officiel" de trois jours, "une marque de respect après le décès d'Edson Arantes do Nascimento, Pelé".

Une veillée funèbre, ouverte au public, aura lieu lundi et durera 24 heures, au stade du Santos FC, club où l'éternel numéro 10 a brillé de 1956 à 1974.

L'enterrement, mardi, se déroulera en revanche dans l'intimité familiale, après un cortège suivant le cercueil dans les rues de Santos, ville portuaire à 80 km de Sao Paulo qui a décrété pour sa part un deuil de sept jours.

Devant l'hôpital de Sao Paulo où "O Rei" est décédé, des fans ont brandi une banderole où l'on pouvait lire: "Roi Pelé éternel". A Rio de Janeiro, le Christ Rédempteur du Corcovado, monument emblématique qui domine la baie, a été illuminé en hommage à Pelé, tout comme le mythique stade Maracana.

«Le plus grand»

"Deuil" pour le "roi immortel du football", a titré le quotidien brésilien O Globo sur son site, avec des images du joueur sous le maillot national, notamment celle, iconique, où tout sourire, il lève le bras droit, porté par son coéquipier Jairzinho vu de dos avec son numéro 7.

Le monde du foot a fait part sur les réseaux sociaux de son émotion et dessiné la dimension du personnage. "Il a fait du football un art", a écrit Neymar, son lointain successeur sous le N.10 de l'équipe brésilienne et qui a égalé au Qatar son record national de 77 buts pour la "Seleçao".

Hommages également des superstars actuelles Lionel Messi et Kylian Mbappé: "Repose en paix, Pelé", a souhaité l'Argentin, tandis que le Français relevait que "son héritage ne sera(it) jamais oublié".

Les Français Michel Platini et Zinédine Zidane, le Portugais Cristiano Ronaldo, évidemment d'innombrables Brésiliens, comme l'ex-attaquant Ronaldo, tous ont partagé quelques mots et des photos en compagnie de l'icône, "le plus grand", selon ses anciens coéquipiers Mario Zagallo (Brésil) et Franz Beckenbauer (Cosmos New York).

Le monde politique a fait chorus, ou équipe, jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Au Brésil, bien sûr: "Jamais il n'y a eu un numéro 10 comme lui", a réagi le président élu Luiz Inacio Lula da Silva, qui sera investi dimanche. Le président sortant Jair Bolsonaro a salué la mémoire de celui qui a "porté le nom du Brésil dans le monde entier".

Ailleurs, l'Américain Joe Biden a salué "une histoire de ce qui est possible", le Français Emmanuel Macron tweeté un triptyque "Le Jeu. Le Roi. L'Eternité." et le Sénégalais Macky Sall a applaudi "sa virtuosité, son génie et son humanisme".

Pelé, élu athlète du siècle par le Comité international olympique en 1999, a été un sportif hors du commun. Il y a son record de buts -1.281 en 1.363 matches sous les maillots de Santos, son club au Brésil (1956-74), de la Seleçao et du Cosmos de New York (1975-77), record homologué par la Fédération internationale (Fifa).

Mais, au-delà des statistiques, Pelé a révolutionné le foot, joueur emblématique du "jogo bonito" (beau jeu) et du Brésil titré à la Coupe du monde 1970 - "il était le plus grand, et elle était la plus belle", écrit Vincent Duluc dans l'éditorial du quotidien sportif français L'Equipe.

"Le ballon pleure: Pelé est mort", résume le quotidien sportif argentin Olé, tandis qu'un autre quotidien argentin AS consacre sa Une au célèbre cliché des pieds de Pelé pris par Annie Leibovitz qui disent tout de son incroyable parcours.

Promesse à son père 

Né le 23 octobre 1940 dans une famille pauvre à Tres Coraçoes, petite ville du Minas Gerais (sud-est) entourée de plantations de café, le petit Edson doit vendre des cacahuètes dans la rue pour aider ses parents.

La légende dit que, enfant, il voit son père pleurer lors du "Maracanazo" de 1950, cette défaite du Brésil face à l'Uruguay privant le pays de son premier titre mondial, et il lui promet qu'il le remportera.

Et il remplit sa promesse à 17 ans, en éclaboussant la Coupe du monde 1958 en Suède de ses buts et de sa classe. En larmes, il est porté en triomphe par ses coéquipiers. Il est à nouveau titré en 1962, même si son tournoi est abrégé par une blessure -une autre écourte aussi sa participation à l'édition 1966. Le Mondial-1970, le premier retransmis en couleur à la télévision, marque son apothéose.

C'est depuis un monument national et mondial même si, contrairement à l'éternel rebelle Diego Maradona ou à l'idole du peuple Garrincha, il a souvent été perçu au Brésil comme un homme proche du pouvoir établi, y compris pendant la dictature militaire (1964-1985).

Sa notoriété le poussera aussi vers d'autres terrains -le cinéma, la chanson et même la politique, avec un poste de ministre des Sports (1995-1998)- parallèlement à un trajectoire personnelle mouvementée -trois mariages, sept enfants (reconnus) et une vie de telenovela. Royale.

«Le ballon pleure: Pelé est mort»: la presse mondiale s'incline devant le «Roi»

PARIS : Pelé est mort, mais Pelé est «immortel»: les médias du monde entier saluent le légendaire Brésilien décédé jeudi à 82 ans, unique vainqueur de trois Coupes du monde et qui a donné au «futebol» ses heures de gloire et lettres de noblesse.

Les images du «Roi» et les commentaires tournent en boucle sur les télévisions de la planète, inondent les réseaux sociaux et phagocytent la Une des sites internet des journaux, avant leur parution.

«Deuil» pour le «roi immortel du football», titre le quotidien brésilien O Globo sur son site, avec des images du joueur sous le maillot national, notamment celle, iconique, où tout sourire, il lève le bras droit, porté par son coéquipier Jairzinho vu de dos avec son numéro 7.

«Pelé est mort, le footbal perd son roi», titre O Estado de S. Paulo, un homme qui selon la Folha de Sao Paulo «a montré la puissance du sport et a repoussé les limites de la célébrité».

Sur le site de ce journal pauliste, Juca Kfouri fait l'éloge du «meilleur joueur de l'histoire» et cite l'écrivain Carlos Drummond de Andrade (1902-1987): «Ce n'est pas difficile de marquer mille buts comme Pelé: ce qui est difficile, c'est de marquer un but comme Pelé».

Ce journaliste, qui fait autorité au Brésil, conclut ainsi sa belle nécrologie: «Non, ce n'est pas vrai que Pelé est mort. Celui qui est mort, c'est Edson» - le prénom d'Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé.

En Argentine, pays de Diego Maradona et Lionel Messi, qui postulent eux aussi au titre officieux de meilleur joueur de tous les temps, Clarin voit en Pelé «la première grande star du football», un «grand parmi les grands» selon Luis Vinker.

«Le ballon pleure: Pelé est mort», titre Olé. Et le quotidien sportif argentin se montre beau joueur: «Au-delà de la rivalité qui existe entre l'Argentine et le Brésil, personne ne peut douter que Pelé était l'un des plus grands footballeurs de l'histoire, pour beaucoup le meilleur au-delà de Diego Maradona et Lionel Messi. Ce qui est certain, c'est qu'il a marqué une époque depuis ses débuts adolescent, à la fois avec Santos et l'équipe nationale du Brésil».

Toujours en Amérique latine, la presse mexicaine privilégie l'image du «Rei» fêtant son 3e titre mondial en 1970, au stade Azteca de Mexico, porté par ses coéquipiers, torse nu et coiffé d'un sombrero. «Le football est en deuil», titre El Universal.

En Equateur, El Universo de Guayaquil dit «adieu à Pelé, le +footballeur surnaturel+».

- «Le plus grand» et «la plus belle» -

Aux Etats-Unis, pays bien moins porté sur le sport roi, le New York Times évoque la disparition du «visage mondial du soccer», qui «a aidé à populariser ce sport aux Etats-Unis», lors de son passage au Cosmos New York (1975-1977).

«Le Brésil et le monde en deuil: il n'y avait qu'un Pelé», reconnaît le Washington Post, sur le site duquel la journaliste sportive Liz Clarke écrit: «On l'a surnommé le roi du football, mais c'est l'autre surnom de Pelé - la +Pérola Negra+, ou Perle noire - qui évoque le mieux l'intelligence rare qu'il renfermait dans son petit gabarit».

C'est aussi ce talent hors du commun que magnifie Vincent Duluc dans L'Equipe (22 pages spéciales Pelé): «Derrière la tristesse se cache le bonheur de l'avoir vu jouer, de l'avoir vu danser, même sur des images anciennes, et de l'avoir vu donner un autre sens au jeu le plus universel de la planète». L'éditorialiste du quotidien sportif français achève sa colonne dans un soupir de «saudade» en pensant au N.10 brésilien et à la Coupe du monde 1970, «il était le plus grand, et elle était la plus belle».

Le plus grand? C'est aussi l'avis du journal français Le Monde à propos du «monarque absolu du ballon rond». «O Rei. Le roi, tout simplement. Avec l'ensemble de ses attributs. Sa couronne, jamais contestée, pas même par Cruyff, Platini, Maradona, Zidane, Messi ou Cristiano Ronaldo», avance Bruno Lesprit.

Libération, toujours guetté pour sa Une lors des décès de personnalités, y propose une photo surprenante: on voit Pelé sur un terrain, en short et torse nu, mais un long manteau posé sur les épaules, et regardant en arrière (photo prise à Liverpool en 1966 après un Brésil-Portugal).

Le titre «Seleciao» ménage un jeu de mots («Seleçao» et tchao) et l'édito de Paul Quinio, titré «A jamais le premier», se plaît à imaginer Pelé parachever une «bande des quatre fantastiques» avec Diego Maradona, Johan Cruyff et George Best: «Ils sont si différents, ne se seraient sans doute pas entendus ici bas, dans un vestiaire, mais l'allégresse, le feu, la tactique, l'alcool, se mélangent là où ils sont désormais dans une harmonie extraterrestre, presque enfantine».

- «Légende absolue» -

Alors, le plus grand? «Pelé était meilleur que Messi, Maradona et Ronaldo ensemble», affirme Alfred Draxler, rédacteur en chef des sports du tabloïd allemand Bild. Die Zeit, toujours en Allemagne, rappelle que Pelé «commença pieds nus dans les rues de Bauru et devint le footballeur du siècle».

«Je pensais que Messi était le meilleur de tous les temps, mais je me rends compte maintenant que c'est Pelé», assure John Carlin, du britannique The Times. Richard Williams, du Guardian, retient «la joie» qui émanait de Pelé: «La première superstar mondiale du football donnait le sourire à tout le monde et ses tours de passe-passe n'étaient jamais faits pour rabaisser ses adversaires».

«Pelé sera toujours associé au +beau jeu+ - et personne ne l'a joué plus magnifiquement», affirme Phil McNulty de la BBC en chute de sa nécrologie.

«Pelé, la +perle noire+ qui a enchanté le monde, n'est plus», titre The Times of India. «Légende absolue», abonde Aujourd'hui le Maroc.

Tonalité similaire en Espagne, où El Pais célèbre «Pelé, le football mondial en quatre lettres». La Vanguardia évoque «la dernière grande légende du football mondial», et Marca met en valeur sur son site le portrait du jeune Pelé avec une couronne sur la tête, les années 1940 et 2022, et un liseré noir, couleur du deuil. Le quotidien sportif met aussi en lien la vidéo «qui montre que toutes les grandes actions de Cruyff, Zidane, Messi... Pelé les avait déjà inventées».

El Mundo remémore «les deux plus beaux buts de l'histoire», regrettant qu'on «ne peut pas les voir» faute du moindre enregistrement vidéo: un but en 1959, à l'issue de quatre coups du sombrero, et un autre en 1961, lorsque Pelé reçoit le ballon devant sa surface, élimine sept adversaires et marque son but.

«Le monde du foot perd son +Rei+», déplore La Stampa, en Italie. Sur le site du quotidien turinois, Matteo Giusti démarre son article avec une citation attribuée à l'écrivain brésilien Jorge Amado: «Si le football ne s'était pas appelé ainsi, il aurait dû s'appeler Pelé».


IMA: « Raconte moi ton mariage », un événement qui met à l’honneur une France multiculturelle

Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.  Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire. Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais. (Photo Arlette Khouri)
  • Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin
  • Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français

PARIS: Sous un soleil écrasant, le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) s’est transformé, le temps d’une journée, en une immense fête populaire.

Des centaines de personnes, de toutes générations et de toutes origines, sont venues participer à « Raconte-moi ton mariage », une création de l’artiste Mohamed Bourouissa, organisée en partenariat par l’IMA et le Grand Palais.

Les youyous résonnent, les mains se parent de henné, un orchestre nord-africain entraîne la foule dans une danse spontanée, les enfants courent entre les voitures décorées de fleurs, tandis que les visiteurs se mêlent aux comédiens sans toujours distinguer où s’arrête la représentation et où commence la réalité.

Pendant quelques heures, Paris prend les couleurs d’un mariage maghrébin. Mais derrière cette ambiance joyeuse se dessine un projet précis : faire du mariage un récit collectif, transmettre une mémoire familiale et rappeler que les traditions populaires ont pleinement leur place dans le paysage culturel français.

Conçue à partir de témoignages recueillis auprès d’habitants de Gennevilliers, Saint-Denis, Pantin ou Saint-Ouen, la performance donne vie à des histoires de mariage issues de l’immigration maghrébine.

Des cortèges de voitures fleuries convergent vers l’IMA avant de poursuivre leur route jusqu’au Grand Palais, où un couscous géant, des concerts et des spectacles prolongent la fête jusque tard dans la nuit.

Une nouvelle étape dans l’évolution de l’IMA

Pour Chawki Abdel Amir, vice-président de l’Institut du monde arabe, cette manifestation marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’institut.

« On nous reproche parfois d’être trop intellectuels », déclare-t-il à Arab News en français. « Or, la culture, ce ne sont pas seulement les colloques ou les collections patrimoniales ; c’est aussi la cuisine, les coutumes, les mariages. Nous voulions montrer une culture vivante, joyeuse, telle qu’elle est réellement vécue. »

Dans une période internationale marquée par les conflits et les tensions, il revendique le choix d’offrir « un peu de bonheur » et de faire du parvis de l’IMA un lieu où les cultures populaires retrouvent toute leur vitalité.

Au-delà de l’aspect festif, il voit également dans cette célébration une manière d’assumer sereinement des identités parfois contestées, malgré les polémiques récurrentes autour des cortèges de mariage ou des youyous.

Il regrette que certains cherchent à faire disparaître des expressions culturelles pourtant parfaitement compatibles avec les valeurs de la République.

Ses propos font écho aux initiatives de certaines municipalités visant, au nom de l’ordre public ou d’une conception très restrictive de la neutralité, à encadrer, voire à décourager, certaines manifestations festives inspirées des cultures d’origine.

« La France est une idée universelle, rappelle-t-il. Elle s’est toujours enrichie des cultures qui la composent. Vouloir effacer ces particularités, c’est finalement appauvrir ce qu’elle représente. »

Le cortège lui-même illustre cette volonté de rendre visibles des traditions souvent confinées à la sphère privée.

Au volant de la voiture des mariés, l’un des participants raconte avec enthousiasme cette traversée de Paris, commencée à Gennevilliers.

Le convoi a emprunté les grands axes de la capitale, traversé Bir-Hakeim, longé les Champs-Élysées avant de rejoindre l’Institut du monde arabe.

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.

Tout au long du parcours, les passants applaudissaient, klaxonnaient et répondaient spontanément à la fête. « Les gens participaient comme s’ils assistaient à un vrai mariage », raconte-t-il avec émotion.

« C’était formidable de voir autant de sourires. Même devant l’Assemblée nationale, nous avions l’impression de partager un moment avec toute la ville. »

Pour Mohamed Bourouissa, cette réaction confirme l’ambition de son projet. « On ne voit pas cela tous les jours à Paris, indique-t-il. Je voulais rejouer le rituel du mariage parce qu’il est porteur de joie, d’amour et de mémoire. C’est un moment qui rassemble toute une communauté, mais qui parle aussi à tout le monde. »

L’artiste explique avoir voulu dépasser le simple folklore pour transformer ces récits familiaux en une œuvre contemporaine.

Les histoires recueillies auprès de familles venues principalement du Maghreb, mais aussi du Liban et d’autres horizons du monde arabe, deviennent ici une matière artistique qui relie les générations. La traversée entre les villes populaires de la périphérie parisienne et le cœur de la capitale revêt d’ailleurs une portée hautement symbolique.

« J’ai eu l’impression de vivre une véritable odyssée, confie-t-il, car cette traversée raconte quelque chose de notre histoire commune. »

En célébrant des traditions parfois regardées avec méfiance, « Raconte-moi ton mariage » apparaît finalement comme une réponse joyeuse à ceux qui voudraient uniformiser les expressions culturelles au nom d’une conception étriquée de l’identité française.


Le Festival d'Avignon ouvre sa 80e édition entre création, parité et focus coréen

Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
Des personnes préparent la scène du nouveau théâtre La Scala Provence avant le début de la 76e édition du Festival international de théâtre d'Avignon, à Avignon, dans le sud de la France, le 5 juillet 2022. (AFP)
  • Le 80e Festival d'Avignon s'ouvre avec une programmation marquée par une majorité de femmes à la mise en scène et un focus sur les artistes sud-coréens
  • Le Festival Off réunit 1.400 compagnies et 1.780 spectacles, tout en ouvrant le débat sur les défis économiques du spectacle vivant

AVIGNON: Trompettes, retentissez! La 80e édition du Festival d'Avignon, grand rendez-vous international de théâtre, démarre samedi pour trois semaines, avec un spectacle-fleuve de cinq heures à l'ouverture, plus de femmes à la mise en scène, un zoom sur les artistes sud-coréens et un Off toujours en force.

- Diversité de propositions

"Il y a des spectacles pour tous les goûts", déclare à l'AFP le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une "célébration des arts vivants", avec du théâtre, de la danse, des performances et du cirque, et une "fête de la création", avec des artistes d'une grande diversité qui "s'emparent des problèmes et des joies du monde".

Pour la première fois, le Festival compte une majorité de metteuses en scène avec 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs. Par ailleurs, 24 artistes français tels que Jeanne Candel, Rebecca Chaillon, Boris Charmatz et 25 artistes internationaux, comme les Brésiliennes Christiane Jatahy, Carolina Bianchi, l'Egyptien Ahmed El Attar, ou le collectif belge flamand tg Stan, sont invités.

Quelque 136.000 places sont en vente.

Cette édition se veut également une "fête des questionnements" avec le public, qui se terminera par une nuit de réflexions dans la cour d'honneur "autour des questions que l'art peut poser au monde", avec artistes, scientifiques, philosophes, personnalités de la société civile, etc.

- Ouverture par Julien Gosselin

Musique forte, vidéo, démesure: avec "Maldoror", le directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris, Julien Gosselin, embarque samedi soir le public de la Cour d'honneur du Palais des papes dans un spectacle-fleuve.

Cette fiction, inspirée de textes de l'écrivain chilien Roberto Bolaño et de poèmes du recueil "Les chants de Maldoror" de Lautréamont, "parle du mal, ce qui fait que des artistes cheminent autour du mal", selon le metteur en scène, figure emblématique du Festival.

"J'ai toujours été extrêmement intéressé par le fait que sous la beauté, ou sous la culture, pouvait en fait se cacher l'horreur", confie-t-il à l'AFP. "Quand je lis Bolaño, je ressens une forme de fraternité, de douceur, même si les thèmes qu'il travaille sont très violents".

- Han Kang et les artistes coréens à l'honneur

Après l'anglais, puis l'espagnol et l'arabe, le coréen est la langue invitée du Festival. Théâtre populaire, théâtre documentaire, performances visuelles, danse et cirque, pansori (récit chanté accompagné au tambour): les arts vivants coréens vont représenter quelque 20% de la programmation totale cette année.

La lauréate du prix Nobel de littérature 2024 Han Kang, présente du 12 au 18 juillet, a inspiré deux spectacles, "Oiseau", une lecture performance avec les actrices Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee et "Che dolore terribile è l'amore", mise en scène par l'Italienne Daria Deflorian.

- 1.400 compagnies pour le Off

En parallèle du Festival in, les compagnies du Off investissent les 141 théâtres de la ville, la transformant en gigantesque marché du spectacle vivant.

Quelque 1.400 compagnies, soit une cinquantaine de plus que l'an dernier, proposent 1.250 spectacles par jour et 1.780 spectacles au total, certains n'étant pas programmés sur toute la durée du festival.

Selon Avignon Festival & Compagnies (AF&C), qui gère la manifestation), cela représente 27.000 représentations pour lesquelles 2,6 millions de billets sont en vente.

Dans un contexte de crise du secteur, équipes artistiques, chargés de diffusion, collectivités, institutions, vont participer en parallèle à des "assises" organisées les 7, 9 et 10 juillet.

Ce chantier de réflexion portera cette année sur "les réalités économiques", "les métiers et les conditions de diffusion" et "les politiques publiques". Il se poursuivra lors de l'édition 2027.

Le spectacle vivant subit en effet des coupes budgétaires des collectivités territoriales et de l'Etat.


Coupe du monde 2026 : l’Égypte élimine l’Australie et file en huitièmes de finale

  • Les Pharaons s’imposent 4-2 aux tirs au but après un match tendu conclu sur un 1-1
  • Première victoire historique en phase à élimination directe : l’Égypte rejoint le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe en huitièmes

DUBAÏ : L’Égypte a battu l’Australie aux tirs au but au stade de Dallas pour se qualifier pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Il s’agit de sa toute première victoire en phase à élimination directe.

Ils rejoignent ainsi le Maroc comme deuxième nation africaine et arabe à atteindre les huitièmes de finale de ce tournoi.

L’Égypte avait été rassurée par les nouvelles concernant son capitaine et joueur clé Mohamed Salah, remis de ses inquiétudes liées à une blessure après avoir demandé à être remplacé lors du dernier match de groupe contre l’Iran. Avant la rencontre, un quatuor offensif composé de Salah, Mostafa Zico, Emam Ashour et Omar Marmoush apparaissait sur le papier comme une menace sérieuse pour la défense australienne.

Les Socceroos ont de nouveau débuté en 3-4-3, avec le jeune Nestor Irankunda, 20 ans, chargé d’animer l’attaque.

La première occasion du match est venue de Cristian Volpato à la 5e minute, sa frappe enroulée du pied gauche frôlant la barre égyptienne. Quelques minutes plus tard, Jordan Bos a percé la défense égyptienne avant d’être stoppé par Mohamed Hany alors qu’il s’apprêtait à tirer face au but de Mostafa Shobeir.

La situation s’est débloquée de l’autre côté du terrain, et les Pharaons n’ont eu besoin que de 13 minutes pour prendre l’avantage, Ashour étant à l’origine puis à la conclusion de l’action collective qui lui a offert son deuxième but du tournoi. Sa première tentative, sur une remise de Salah, avait été contrée, et lorsque le ballon a ensuite été centré dans la surface par Karim Hafez, la tête d’Ashour, totalement libre, n’a laissé aucune chance au gardien australien Patrick Beach.

Après la pause hydratation, l’Australie est davantage entrée dans le match, mais la première mi-temps est restée hachée, entre fautes et interruptions.

Dès le début de la seconde période, Omar Marmoush aurait pu faire le break, mais son tir du droit a frôlé le poteau après une passe parfaite de Zico. L’Égypte allait regretter cette occasion à la 55e minute, lorsque un coup franc a été dévié dans ses propres filets par Mohamed Hany : 1-1, tout était relancé.

À la 67e minute, l’Égypte a tenté de réagir en remplaçant Zico et Hamdi Fathy par Haissem Hassan et Hossam Abdelmaguid. Cinq minutes plus tard, Ashour manquait le cadre après une belle séquence collective. Malgré une pression croissante en fin de match, la défense australienne, menée par l’excellent Harry Souttar, tenait bon.

Dans le temps additionnel, Ramy Rabia a failli offrir la victoire à l’Égypte, mais sa tête sur un centre de Salah a été repoussée par un arrêt exceptionnel de Beach.

Avec Trezeguet et Hassan très dangereux sur les côtés, les Australiens semblaient même satisfaits de voir arriver la prolongation.

Salah a enfin eu une vraie occasion trois minutes après le début des prolongations, mais sa frappe a survolé la barre. Les occasions sont restées rares.

À la 108e minute, une frappe déviée de Marwan Attia a failli tromper Beach, mais le gardien a pu capter le ballon. L’Égypte poussait, sans parvenir à faire céder la défense australienne. Salah a encore fait parler sa classe en éliminant plusieurs adversaires à sept minutes de la fin, mais sa frappe a été contrée. Les tirs au but se profilaient, et l’Australie a remplacé Beach par le vétéran Matt Ryan.

Souttar et Lucas Harrington ont manqué leurs tirs côté australien. Mahmoud Saber, Rabia, Salah (avec une panenka) et Abdelmaguid ont marqué, permettant à l’Égypte de s’imposer au terme d’une soirée épuisante.

Les Pharaons affronteront désormais soit l’Argentine soit le Cap-Vert en huitièmes de finale, le mardi 7 juillet, au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com