Bleus: fin du suspense, Deschamps rempile jusqu'en 2026

Didier Deschamps prolonge son mandat de sélectionneur de l'équipe de France jusqu'en 2026, a-t-il annoncé lors de l'assemblée générale de la Fédération française de football à Paris le 7 janvier 2023.
Didier Deschamps prolonge son mandat de sélectionneur de l'équipe de France jusqu'en 2026, a-t-il annoncé lors de l'assemblée générale de la Fédération française de football à Paris le 7 janvier 2023.
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Publié le Samedi 07 janvier 2023

Bleus: fin du suspense, Deschamps rempile jusqu'en 2026

  • «Je vais vous annoncer quelque chose qui est pour moi un immense plaisir, à savoir que mon président a décidé de me prolonger jusqu'en 2026», a déclaré Deschamps à la tribune de l'Assemblée générale de la Fédération, samedi à Paris
  • «Je remercie le président pour son soutien permanent et sa confiance maintenue», a ajouté 'DD'

PARIS : Sans contrat depuis le 31 décembre, Didier Deschamps a été reconduit samedi dans ses fonctions de sélectionneur, jusqu'en juin 2026, après des négociations plus ardues qu'habituellement entre la Fédération et le boss des Bleus, en place depuis une décennie.

Les deux parties souhaitaient prolonger leur aventure commune dans le souffle de la finale du Mondial, perdue le 18 décembre aux tirs au but contre l'Argentine, quatre ans après l'or de Moscou. Mais des points d'achoppement, en premier lieu la durée du contrat, ont retardé l'échéance.

Le bras de fer semble avoir été remporté par l'entraîneur de 54 ans, pourvu d'un nouveau bail de trois ans et demi censé l'emmener jusqu'à la Coupe du monde 2026 en Amérique du nord, un souhait que le président de la FFF Noël Le Graët était d'abord réticent à exaucer, préférant l'Euro-2024 comme horizon.

"Je vais vous annoncer quelque chose qui est pour moi un immense plaisir, à savoir que mon président a décidé de me prolonger jusqu'en 2026", a déclaré Deschamps à la tribune de l'Assemblée générale de la Fédération, samedi à Paris. "Je remercie le président pour son soutien permanent et sa confiance maintenue", a ajouté "DD", accueilli par une standing ovation.

Le sélectionneur adjoint Guy Stéphan, l'entraîneur des gardiens Franck Raviot et le préparateur physique Cyril Moine poursuivent également leur mission.

Nommé en juillet 2012 par  l'actuel patron du football français, Deschamps n'a jamais fait mystère de son souhait de continuer.

"L'équipe de France a toujours été la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie professionnelle, dans ma première vie de joueur puis comme sélectionneur", disait encore l'ancien milieu de terrain à Doha: "Le plus important ça n'a jamais été moi, mais l'équipe de France. Elle est au-dessus de tout, je suis à son service".

Bleus: Deschamps sélectionneur à la longévité déjà record

Nommé en 2012 et reconduit samedi jusqu'en 2026, Didier Deschamps est le sélectionneur de l'équipe de France à la plus grande longévité, devant Michel Hidalgo, avec un nombre record de sélections (138) sur le banc des Bleus.

La liste des sélectionneurs depuis la création du poste en 1964:

  • Henri Guérin (avril 1964 - juin 1966)
  • José Arribas et Jean Snella (septembre - novembre 1966)
  • Just Fontaine (mars - juin 1967)
  • Louis Dugauguez (septembre 1967 - novembre 1968)
  • Georges Boulogne (mars 1969 - mai 1973)
  • Stefan Kovacs (ROM) (août 1973 - novembre 1975)
  • Michel Hidalgo (mars 1976 - juin 1984)
  • Henri Michel (octobre 1984 - octobre 1988)
  • Michel Platini (novembre 1988 - juin 1992)
  • Gérard Houllier (août 1992 - novembre 1993)
  • Aimé Jacquet (février 1994 - juillet 1998)
  • Roger Lemerre (juillet 1998 - juillet 2002)
  • Jacques Santini (juillet 2002 - juillet 2004)
  • Raymond Domenech (juillet 2004 - juillet 2010)
  • Laurent Blanc (juillet 2010 - juillet 2012)
  • Didier Deschamps (depuis juillet 2012)

Longévité record

Le champion du monde 1998 possède la plus grande longévité au poste devant Michel Hidalgo, resté huit ans et six mois (mars 1976 - juin 1984), le record de matches sur le banc français (138, loin des 79 du précédent titulaire Raymond Domenech) et, surtout, le plus beau palmarès.

Nommé sur les ruines encore fumantes du fiasco de Knysna au Mondial-2010, après une parenthèse de deux ans sous Laurent Blanc, il a remis le navire bleu à flot avec une progression constante: un quart de finale au Mondial-2014 brésilien (perdu 1-0 contre l'Allemagne, futur vainqueur), une finale perdue à l'Euro-2016 en France et le titre mondial en Russie.

La déception du dernier Euro, achevé en huitièmes de finale à l'été 2021, avait fait vaciller son aura, mais pas sa détermination.

L'idée de partir ne l'a jamais effleuré, "même pas une demi-seconde", a-t-il confié en décembre 2021 à plusieurs médias, dont l'AFP. "Je ne ressens pas d'usure comme sélectionneur. Si je pouvais avoir dix ans de plus de ce que je vis aujourd'hui, ce serait l'idéal".

La sortie de piste précoce contre la Suisse a cependant laissé des traces. Contrairement à l'usage, Le Graët n'a par la suite pas prolongé le contrat de Deschamps une fois la qualification acquise pour le Mondial-2022.

L'ancien joueur de Nantes, Marseille et la Juventus, notamment, a donc traversé la compétition au Qatar sans sécurité contractuelle, une première sous son règne, sans que cela ne le perturbe visiblement.

Les Bleus sont arrivés au Qatar affaiblis par des derniers résultats décevants, des errements tactiques et une longue liste de blessés. Mais les tenants du titre et leur "père la victoire" ont tenu bon jusqu'en finale, une prouesse certaine au regard des nombreuses embûches.

Les vice-champions du monde retrouveront la compétition le 24 mars au Stade de France contre les Pays-Bas pour le début des qualifications à l'Euro-2024. Le seul trophée que "DD" n'a pas gagné sur le banc tricolore.

Bleus: Didier Deschamps en bref

Didier Deschamps, reconduit samedi au poste de sélectionneur de l'équipe de France, en bref.

Nom: Deschamps

Prénom: Didier

Nationalité: française

Date de naissance: 15 octobre 1968

Lieu de naissance: Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)

Discipline/poste: football/milieu de terrain, puis entraîneur

Carrière de joueur

  • Clubs: FC Nantes (1983-1989), Marseille (1989-1990 puis 1991-1994), Bordeaux (1990-1991), Juventus Turin (ITA/1994-1999), Chelsea (ENG/1999-2000), Valence CF (ESP/2000-2001)
  • Equipe de France: 103 sélections, 4 buts
  • Débuts internationaux: 29/04/1989, France-Yougoslavie (0-0)
  • Dernière sélection: 02/09/2000 France-Angleterre (1-1)
  • 52 fois capitaine de l'équipe de France

Palmarès de joueur

  • 1 Coupe du monde (1998)
  • 1 Euro (2000)
  • 2 Ligues des champions (1993, 1996)
  • 1 Coupe intercontinentale (1996)
  • 1 Supercoupe d'Europe (1996)
  • 2 Championnats de France (1990, 1992)
  • 3 Championnats d'Italie (1995, 1997, 1998)
  • 1 Coupe d'Italie (1995)
  • 2 Supercoupes d'Italie (1995, 1997)
  • 1 Coupe d'Angleterre (2000)

Carrière d'entraîneur

  • Clubs: Monaco (2001-septembre 2005), Juventus Turin (ITA/D2/2006-2007), Olympique de Marseille (2009-2012)

Palmarès d'entraîneur

  • 1 Championnat de France (2010)
  • 4 Coupes de la Ligue (2003, 2010, 2011, 2012)
  • 2 Trophées des champions (2010, 2011)
  • 1 Championnat d'Italie de 2e division (2007)
  • Finaliste de la Ligue des champions (2004)

Carrière de sélectionneur

  • Equipe de France (depuis juillet 2012)

Palmarès de sélectionneur

  • 1 titre de champion du monde (2018)
  • 1 titre de Ligue des nations (2021)
  • Finaliste de la Coupe du monde (2022)
  • Finaliste de l'Euro (2016)

Le budget de l'Etat pour 2026 promulgué au Journal officiel

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (C) fait un geste en s’exprimant lors d’un débat sur les motions de censure contre le projet de loi de finances 2026, adopté sans vote après que le gouvernement a déclenché l’article 49.3 de la Constitution, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • Le budget 2026 de l’État a été promulgué après validation quasi totale par le Conseil constitutionnel, mettant fin à plus de quatre mois de tensions parlementaires et à la loi spéciale reconduisant provisoirement le budget 2025
  • Adopté après trois recours au 49.3 par le gouvernement de Sébastien Lecornu, il prévoit un déficit public ramené à 5% du PIB, une hausse de 6,5 milliards d’euros pour la défense et des ajustements fiscaux pour les entreprises

PARIS: Le budget de l'Etat pour 2026, dont la quasi-totalité a été validée jeudi par le Conseil constitutionnel, a été promulgué vendredi au Journal officiel, marquant le point final de plus de quatre mois de feuilleton parlementaire et de débats houleux.

Le texte avait été adopté définitivement par le Parlement le 2 février après le rejet des motions de censure consécutives à un ultime 49.3 utilisé par le gouvernement.

Cette promulgation met fin à la loi spéciale qui reconduisait temporairement le budget 2025 et avait été votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l’État.

C'est le deuxième budget de l'État consécutif adopté à la suite d'un difficile compromis, dans un paysage politique très fracturé depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron en 2024.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche et renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement. Il aura finalement dégainé trois 49.3.

Ce budget adopté prévoit de réduire le déficit public à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025. Il visait 4,7% dans sa copie initiale.

Côté impôts, le gouvernement a plaidé la stabilité du cadre fiscal, même si les entreprises peuvent regretter plusieurs hausses d'impôts par rapport à la version initiale.

Le budget entérine aussi des coupes sélectives dans les dépenses. Les crédits de la défense augmentent de 6,5 milliards, quand d'autres missions voient leur budget stagner voire diminuer, hors ministères régaliens.


Mort de Quentin: vers la fin des gardes à vue, appels au calme

Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
Des personnes participent à une cérémonie d’hommage lors d’un rassemblement de soutien au militant d’extrême droite Quentin Deranque, à Nantes (ouest de la France), le 18 février 2026. (AFP)
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  • À Lyon, onze suspects liés à des mouvances d’ultragauche ont été placés en garde à vue dans l’enquête pour homicide volontaire après la mort de Quentin Deranque, 23 ans, frappé en marge d’une conférence de Rima Hassan
  • Le président Emmanuel Macron et les parents de la victime appellent au calme pour éviter un engrenage de violences

LYON: Des premières mises en examen sont attendues jeudi dans l'enquête sur la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, dont les parents, comme Emmanuel Macron, ont appelé au calme souhaitant éviter une "engrenage de la violence".

Le président "se préoccupe de la situation". Une "vive inquiétude" partagée par le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet qui a demandé à la préfecture d'interdire une marche, prévue samedi, réclamant "Justice pour Quentin, tué par les antifas".

Le procureur de Lyon tiendra à 17H00 une conférence de presse au moment où se termineront les gardes à vue de onze suspects interpellés mardi soir et mercredi matin dans le cadre d'une enquête ouverte notamment pour "homicide volontaire".

Sept sont soupçonnés d'avoir joué un rôle direct dans les violences survenues il y a une semaine, les quatre autres le sont pour avoir tenté de les aider à se soustraire aux recherches.

La plupart sont liés à des mouvements d'ultragauche, selon une source proche de l'enquête. Figurent parmi eux deux collaborateurs parlementaires et un ancien stagiaire du député LFI Raphaël Arnault, fondateur du groupuscule La Jeune Garde Antifaciste, dissoute par décret en juin 2025 notamment pour des "violences".

Alors que la pression monte sur La France insoumise, notamment à droite et à l'extrême droite, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé jeudi matin sur FranceInfo qu'il n'était "pas question" de suspendre ou d'exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l'Assemblée nationale, au motif notamment qu'il ne saurait être "tenu responsable des actes de ses salariés".

- "Conclusions" -

Quentin Deranque, 23 ans a été frappé le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis qui manifestait contre la venue de l'élue. Souffrant d'un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.

Devant les enquêteurs, Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, "a reconnu (...) la commission de violences et sa présence sur les lieux" mais "a indiqué qu’il n’était pas l’auteur des coups qui ont provoqué le décès de M. Deranque", a dit à la presse son avocat, Me Bertrand Sayn.

La présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a suspendu ses accès aux locaux du Palais Bourbon, tout comme un deuxième collaborateur de M. Arnault en garde à vue, Robin C. connu à l'assemblée sous le nom de Robin Michel, et qui est lui soupçonné d'avoir aidé un des auteurs principaux à se cacher.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé jeudi Raphaël Arnault à "tirer les conclusions (...) si jamais la justice trouve des indices graves et concordants qui touchent lui-même (ou) ses collaborateurs qu'il a embauchés". Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission de l'Assemblée nationale.

La veille, le président du RN Jordan Bardella a également réclamé sa démission et mené l'offensive contre le parti d'extrême gauche en visant tout particulièrement son leader Jean-Luc Mélenchon. Il a aussi prôné un "front commun", un "cordon sanitaire" pour un "tout sauf LFI" aux élections municipales de mars et la présidentielle de 2027.

- "Dans la retenue" -

Jeudi matin, l'entourage d'Emmanuel Macron en visite en Inde a assuré que le président "se préoccupait de la situation" et appelait à éviter "tout engrenage de la violence".

Sur RTL, leur avocat a assuré que les parents de Quentin appelaient "au calme et à la retenue" et dénonçaient "toute forme d'appel à la violence, toute forme de violence politique".

Ils ne participeront pas, si elle a lieu, à une marche en hommage à Quentin samedi à Lyon et "souhaitent que si des personnes veulent s'agréger à cette initiative, qu'elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique", a expliqué l'avocat.

Cette marche, à l'appel d'une amie de Quentin et d'une ex-porte-parole du mouvement anti-avortement Marche pour la vie, n'a pour l'heure été ni autorisée ni interdite par la préfecture, dont les services continuent d'"évaluer" les risques qu'elle pourrait poser "pour la sécurité des participants comme des habitants".

Les autorités s'intéressent notamment aux nombreux appels sur les réseaux sociaux de groupes qui pourraient se greffer ou même se "désolidariser" de la marche, a indiqué la préfecture à l'AFP. Ces appels proviennent de groupes d'ultradroite comme d'ultragauche, y compris de l'étranger.

Mais jeudi matin, le maire Grégory Doucet, a demandé de l'interdire "face au risque réel de débordements violents".


Anne-Claire Legendre: Une diplomate chevronnée à l’élégance maîtrisée à la présidence de l’IMA

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, Anne-Claire Legendre semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale. (AFP)
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  • C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines
  • Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque

PARIS: Silhouette longiligne rehaussée par des talons aiguilles, regard clair, élégance sobre et intelligence affûtée : en plus d’être une diplomate chevronnée, exigeante, cultivée et résolument tournée vers le dialogue.

C’est elle, Anne-Claire Legendre, qui devient à 46 ans la première femme à diriger l’Institut du monde arabe (IMA), tête de pont reliant la France et les sociétés arabes contemporaines. Sa nomination n’est pas simplement un passage de relais institutionnel : elle marque un moment de bascule, presque un changement d’époque.

Elle succède à Jack Lang, figure flamboyante de la vie culturelle française, qui aura présidé l’institution pendant près de treize ans. Avec Legendre, le style change, laissant percevoir moins d’éclat médiatique, davantage de rigueur stratégique et plus de méthode.

Le monde arabe, Legendre ne l’a pas étudié à distance : elle l’a vécu, arpenté, observé, analysé dans ses tensions comme dans ses espérances. Sa carrière commence à l’ambassade de France au Yémen, immersion fondatrice dans une région dont elle deviendra l’une des meilleures spécialistes françaises. Très vite, elle se distingue par une compréhension fine des équilibres politiques et humains. À la mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, elle travaille sur les dossiers les plus sensibles du Moyen-Orient au Conseil de sécurité.

Première femme consule générale de France à New York, ambassadrice au Koweït, puis porte-parole du Quai d’Orsay, elle devient finalement l’une des conseillères les plus influentes du président Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Dans les cercles diplomatiques, on la décrit comme celle qu’on envoie quand la situation se complique : les dossiers brûlants ne la rebutent pas, ils la stimulent, et elle les travaille avec passion et acharnement. Elle tente ainsi de réchauffer les relations franco-algériennes lors d’une mission auprès du président Abdelmadjid Tebboune ; elle œuvre pour la désescalade au Liban et suit avec une attention minutieuse les évolutions du dossier israélo-palestinien. Certains diplomates lui attribuent même un rôle déterminant dans la décision française de reconnaître l’État palestinien en 2025, qui a constitué un tournant diplomatique majeur.

Ce qui frappe chez elle n’est pas seulement la compétence, mais la persévérance : elle travaille dans la durée, patiemment, presque obstinément. Sa désignation à la tête de l’Institut du monde arabe intervient à un moment charnière, puisque l’institution approche de son quarantième anniversaire et doit se réinventer pour continuer à peser dans le paysage culturel et diplomatique.

Une ambitieuse feuille de route

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a fixé une feuille de route ambitieuse : moderniser la gouvernance de l’IMA, restaurer l’équilibre financier, renforcer les règles de déontologie et surtout faire rayonner l’institut bien au-delà de ses murs. Une mission immense, mais qui semble taillée pour le tempérament de Legendre, qui a fait ses preuves dans l’art de structurer, clarifier, stabiliser, puis projeter.

Son élection a d’ailleurs fait l’unanimité au sein du conseil d’administration, où siègent représentants français et ambassadeurs des pays de la Ligue arabe, ainsi que des personnalités économiques. Rarement une nomination aura suscité un tel consensus. Cependant, réduire Legendre à une technicienne de la diplomatie serait une erreur, car sa formation intellectuelle dit autre chose.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, arabisante formée à l’INALCO, également diplômée en lettres modernes de l’Université Sorbonne-Nouvelle, elle appartient à cette tradition française où la culture nourrit l’action publique.

Et puis, il y a cette facette plus intime, presque secrète, dévoilée par un texte publié par la radio France Culture, qui révèle une plume sensible, habitée par la mémoire et la réparation des blessures collectives. Dans ce poème, Legendre évoque les morts qu’il faut nommer, les fractures qu’il faut recoudre, la lumière qu’il faut rallumer dans les zones sombres de l’histoire : un thème poignant au cœur de l’actualité du monde.

Sa présidence s’ouvre pour trois ans, soit une période décisive pour transformer l’Institut du monde arabe en un acteur encore plus central du dialogue entre la France, l’Europe et les sociétés arabes. Elle devra moderniser, réorganiser, assainir. Mais surtout, elle devra incarner. Car l’atout majeur de Legendre réside peut-être là : une autorité sans dureté, une rigueur sans rigidité, une élégance qui n’est jamais superficielle.

À la croisée de la politique, de la culture et du dialogue des peuples, elle semble avoir trouvé son lieu naturel — et l’Institut du monde arabe, peut-être, sa présidente idéale.