Le controversé barrage éthiopien sur le Nil en cinq questions

Image satellite montrant une vue de l’Éthiopie (Nord-Ouest) centrée sur le Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) et le Nil bleu en juillet 2020. (©2020 Maxar Technologies/AFP)
Image satellite montrant une vue de l’Éthiopie (Nord-Ouest) centrée sur le Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) et le Nil bleu en juillet 2020. (©2020 Maxar Technologies/AFP)
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Publié le Vendredi 24 juillet 2020

Le controversé barrage éthiopien sur le Nil en cinq questions

  • L’Éthiopie a annoncé mardi avoir atteint le niveau de remplissage prévu pour la première année du réservoir du Grand barrage de la Renaissance (Gerd)
  • Le colosse de béton de 145 m de haut alimente les tensions dans le bassin du Nil depuis près de dix ans

 

ADDIS ABEBA : La présidente éthiopienne, Sahle-Work Zewde, a estimé mercredi que la construction du barrage hydro-électrique avait "désormais atteint un point de non-retour", mais les points de contentieux demeurent avec l’Égypte et le Soudan, qui, situés en aval de l'édifice, craignent pour leur approvisionnement en eau.

Pourquoi le barrage est-il si controversé ?

Le barrage est situé dans l'ouest de l’Éthiopie sur le Nil bleu, qui converge avec le Nil blanc dans la capitale soudanaise Khartoum pour former le Nil et poursuivre son cours à travers l’Égypte vers la Méditerranée. Le Soudan et l’Égypte, laquelle dépend à 97% du fleuve pour son approvisionnement en eau, s'inquiètent des conséquences du Gerd sur le débit du fleuve, notamment en cas de sécheresse. L’Égypte invoque également "un droit historique" sur le fleuve garanti par des traités conclus en 1929 et 1959. Mais l’Éthiopie s'appuie sur un traité signé en 2010 et boycotté par l’Égypte et le Soudan autorisant des projets d'irrigation et de barrages sur le fleuve.  Un peu plus de la moitié des quelque 110 millions d’Éthiopiens n'a pas accès à l'électricité et le Gerd, qui doit devenir le plus grand barrage hydroélectrique d'Afrique avec une capacité de production de 5.150 mégawatts, devrait grandement remédier à cette situation.

L’Éthiopie a-t-elle commencé à remplir le Gerd ?

Les tensions régionales sur le barrage se sont envenimées ces derniers mois sur la question du remplissage du réservoir, d'une capacité de 74 milliards de mètres cubes d'eau.

L’Égypte et le Soudan réclament la conclusion d'un accord global sur la gestion du barrage avant que l’Éthiopie ne procède au remplissage. Mais l’Éthiopie estime que le début des opérations de remplissage est une étape-clé de la construction du barrage et Addis Abeba a reconnu la semaine dernière que l'eau s'accumulait dans le réservoir. Plusieurs responsables éthiopiens ont attribué cette accumulation à des causes naturelles : gonflé par les fortes précipitations de la saison des pluies en cours, le fleuve a vu son débit excéder la capacité des vannes du barrage à laisser passer l'eau en aval, provoquant le début du remplissage.

Ce sont en l'état au moins 4,9 milliards de mètres cubes, soit le niveau prévu pour la première année, qui se sont accumulés dans le réservoir et devraient permettre de tester les deux premières turbines du barrage. L’Éthiopie espère commencer à y produire de l’électricité début 2021 au plus tard.

Le remplissage, comment ça marche ?

Le début du remplissage du réservoir est-il lié aux fortes précipitations ou les Éthiopiens ont-ils accéléré le processus en fermant les vannes du barrage ? La question n'est pas tranchée. Pour Kevin Wheeler, un ingénieur de l'Université d'Oxford qui a étudié le Gerd, "l'Éthiopie n'a pas eu besoin de faire quoi que ce soit pour que le barrage commence à retenir de l'eau", au vu notamment "des abondantes précipitations cette année" et de "l'élévation actuelle de la structure". A mesure que le barrage gagne en hauteur, son déversoir (ou évacuateur de crue) est également positionné plus en hauteur, ce qui implique que l'édifice retient plus d'eau.  L’Éthiopie entend remplir le réservoir en cinq ans, tout en se disant prête à envisager d'étendre cette période à sept ans.

Quid des négociations ?

La question du début des opérations de remplissage ne doit pas faire oublier les autres points de contentieux, soulignent les observateurs. Les questions centrales de la résolution des différends et du fonctionnement du barrage en période de sécheresse n'ont toujours pas fait l'objet d'un accord, malgré de nombreuses réunions entre les parties prenantes. L'Union africaine a récemment pris la tête des pourparlers et lors de leur dernier sommet par visio-conférence mardi, les trois pays ont simplement accepté de poursuivre les discussions. Pour Mostafa Kamel el-Sayed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire, les récents développements constituent "une débâcle pour la diplomatie égyptienne". "Il est très surprenant de voir que le gouvernement égyptien a accepté de reprendre les négociations" alors que l’Éthiopie n'a montré "aucun signe d'assouplissement de sa position", a ajouté le professeur.

Que signifie le barrage pour l’Éthiopie ?

C'est une source d'orgueil national en Éthiopie depuis des années. Les travaux ont débuté en 2011 sous l'égide du Premier ministre de l'époque Meles Zenawi, qui en avait fait un instrument d'éradication de la pauvreté. Les fonctionnaires avaient alors donné un mois de salaire et le gouvernement a ensuite émis des obligations pour contribuer au financement de ce projet de plus de 4 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros), presque entièrement payé par l'Éthiopie. Près d'une décennie plus tard, le barrage est l'un des symboles des aspirations de l’Éthiopie au développement et un des rares facteurs d'unité nationale dans un pays traversé par des fractures politiques et ethniques marquées.


Bahreïn dénonce une "agression flagrante" après des frappes iraniennes

Des véhicules circulent sur une route dans la capitale du Bahreïn, Manama, le 11 mars 2026. (AFP)
Des véhicules circulent sur une route dans la capitale du Bahreïn, Manama, le 11 mars 2026. (AFP)
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  • Bahreïn affirme avoir intercepté sept missiles tirés lors de frappes iraniennes visant son territoire et le Koweït, qu’il qualifie d’attaque contre sa souveraineté
  • Téhéran a revendiqué des tirs de missiles en représailles à des frappes américaines, ciblant notamment une base aérienne au Koweït et un site militaire américain à Bahreïn

MANAMA: Bahreïn, déjà ciblé en début de semaine, a dénoncé samedi les frappes menées par l'Iran contre son territoire et le Koweït voisin, disant avoir intercepté sept missiles.

"Le ministère des Affaires étrangères condamne fermement ces nouvelles attaques", a-t-il écrit dans un communiqué. "Cette agression flagrante constitue une violation manifeste de la souveraineté des deux pays", a-t-il ajouté.

Les Gardiens de la Révolution iraniens avaient dit dans la nuit avoir tiré, en représailles à des frappes américaines, des missiles balistiques vers la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït, où sont stationnés des appareils américains, et le quartier général de la Ve flotte américaine à Bahreïn.


L'Iran n'a pas à "intervenir au Liban", dit le président libanais

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  • Le président libanais Joseph Aoun a appelé l’Iran à cesser toute ingérence au Liban, affirmant la souveraineté du pays dans une interview à CNN
  • Il a également exhorté le Hezbollah à privilégier la diplomatie et la négociation comme seule voie pour résoudre le conflit avec Israël

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a sommé l'Iran de ne plus "intervenir" dans son pays, dans une interview à la chaîne CNN diffusée vendredi, et affirmé au Hezbollah soutenu par Téhéran que la diplomatie était la seule solution au conflit avec Israël.

"Ce n'est pas votre pays, c'est le nôtre (...) Vous n'avez pas à intervenir dans notre pays", a lancé le dirigeant libanais à l'adresse de l'Iran.

"Le Hezbollah doit comprendre qu'il (n'y a pas) d'autre solution que de s'asseoir et de parler, pas d'autre moyen (...) de sauver ce qu'il reste sauf à travers la négociation et la diplomatie", a-t-il ajouté.


Liban: sept morts dans des frappes israéliennes sur Tyr, selon la défense civile

Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
Un médecin dans un laboratoire endommagé de l’hôpital Jabal Amel, à la suite de la frappe aérienne israélienne de lundi qui a touché un bâtiment voisin, dans la ville portuaire de Tyr, au sud du Liban. (AP)
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  • Des frappes israéliennes nocturnes à Tyr, dans le sud du Liban, ont fait au moins sept morts et plusieurs blessés, touchant notamment des zones proches d’un hôpital et des quartiers résidentiels
  • Israël annonce de nouvelles attaques contre le Hezbollah au nord du fleuve Litani et ordonne des évacuations, tandis que le conflit continue de provoquer de lourdes pertes civiles et des déplacements massifs

BEYROUTH: Des frappes nocturnes israéliennes sur la ville millénaire de Tyr, dans le sud du Liban, dont l'une près d'un hôpital, ont tué sept personnes, a indiqué vendredi à l'AFP une source au sein de la défense civile.

L'armée israélienne a annoncé de son côté qu'elle allait attaquer le Hezbollah dans trois localités au nord du fleuve Litani, à une quarantaine de km de la frontière, ordonnant à leur population d'évacuer.

Le mouvement pro-iranien avait rejeté jeudi un accord de cessez-le-feu annoncé la veille à Washington après des négociations entre le Liban et Israël, réclamant un retrait total des forces israéliennes qui occupent une partie du sud du pays.

A Tyr, une frappe tard jeudi soir a fait quatre morts et sept blessés, selon la Défense civile. Elle a dévasté le siège d'une banque et endommagé légèrement l'hôpital Jabal Amel, l'un des trois que compte la ville, a constaté le correspondant de l'AFP.

Une autre frappe sur un quartier résidentiel de la ville a tué trois personnes et en a blessé cinq autres dont deux enfants, selon la Défense civile.

Lundi, une frappe près de l'hôpital Jabal Amel avait tué quatre personnes et blessé 127 autres, dont 39 membres du personnel, selon le ministère de la Santé.

La ville côtière, qu'une partie de ses habitants refuse d'évacuer malgré les avertissements israéliens, est régulièrement pilonnée.

Des habitants s'étaient réfugiés dans le quartier chrétien exigu de la Vieille ville, épargné par les avertissements isaréliens, dormant dans leurs voitures ou sous des tentes.

Mais ils l'ont fui après qu'Israël a menacé mardi le quartier, accusant des membres du Hezbollah de s'y cacher, selon le correspondant de l'AFP.

Une frappe avait également visé mercredi soir les abords d'un parc où campent des dizaines de réfugiés syriens, selon le correspondant de l'AFP qui n'a pas fait état de victime.

Dans ce contexte, une pétition, appelant à exclure toute présence armée à Tyr - où le Hezbollah est fortement implanté - autre que celle de l'armée libanaise, a recueilli près de 250 signatures selon les organisateurs.

Une pétition similaire concernant Nabatiyé - autre grande ville du sud à majorité chiite - pratiquement désertée du fait des bombardements israéliens, a recueilli plus de 500 signatures.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait 3.526 morts depuis le début du conflit le 2 mars, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.