Mali: Rencontres secrètes du djihadiste Iyad Ag Ghaly face à la poussée de ses rivaux

Un combattant du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) (Photo, AFP).
Un combattant du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 01 février 2023

Mali: Rencontres secrètes du djihadiste Iyad Ag Ghaly face à la poussée de ses rivaux

  • Kidal est un nœud stratégique du nord, contrôlé non par l'État malien
  • Les violences ont fait des centaines de morts civils et provoqué des mouvements massifs de déplacés

DAKAR: L'un des principaux chefs djihadistes au Sahel, Iyad Ag Ghaly, a rencontré récemment un certain nombre de personnalités du nord du Mali, dont des responsables de groupes armés combattant comme lui les groupes affiliés à l'organisation État islamique, a-t-on appris de sources proches des discussions.

Ces rencontres confidentielles dans la région de Kidal ont eu lieu alors que depuis des mois les spéculations ont cours sur l'éventualité d'une alliance entre le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, JNIM en arabe), l'alliance djihadiste dirigée par Iyad Ag Ghaly et affiliée à Al-Qaïda, et les groupes armés du nord signataires d'un accord de paix avec le gouvernement malien, face à la poussée de l'État islamique au grand Sahara (EIGS) dans une vaste région nord-est.

Les sources s'exprimant auprès de l'AFP n'ont pas fait état de discussions sur la possibilité d'une alliance. Mais elles ont indiqué que l'existence d'un ennemi commun avait figuré en bonne place. Elles parlaient sous le couvert de l'anonymat compte tenu de la sensibilité sécuritaire et politique du sujet.

"J'ai été reçu à titre individuel et seul par Iyad Ag Ghaly la semaine dernière dans la région de Kidal. D'autres y sont allés par petits groupes. Il a tenu le même discours: l'unité des fils de la région de Kidal", a dit un responsable communautaire.

Kidal est un nœud stratégique du nord, contrôlé non par l'État malien, mais la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), coalition de groupes armés à dominante touarègue qui ont combattu pour l'indépendance du nord à partir de 2012, puis signé en 2015 un accord de paix avec l'État et les groupes armés loyalistes. Les islamistes radicaux, également passés à l'offensive en 2012, continuent à combattre et se sont propagés au centre du Mali et aux pays voisins.

Si la région de Kidal est relativement préservée des violences, plus au sud, dans les secteurs de Gao et Ménaka, la CMA, les groupes loyalistes et le JNIM livrent séparément et depuis des mois d'intenses combats à l'EIGS.

Les violences ont fait des centaines de morts civils et provoqué des mouvements massifs de déplacés.

«Paysage inquiétant»

Iyad Ag Ghaly a "salué la fusion attendue début février de tous les mouvements" composant la CMA, a dit la source précédemment citée.

Les groupes indépendantistes et autonomistes qui composent la CMA pourraient annoncer leur fusion au cours d'une rencontre début février dans le nord, ont indiqué plusieurs sources proches de la coordination.

Le Touareg Iyad Ag Ghaly est considéré de longue date par un certain nombre de responsables maliens comme un interlocuteur incontournable dans la crise malienne. Il a été un interlocuteur du gouvernement par le passé.

La question d'un dialogue avec certains chefs djihadistes a cependant disparu du débat public depuis la prise du pouvoir par les militaires à Bamako à la faveur d'un putsch en 2020.

Les rencontres récentes ne sont pas "une nouveauté", a dit un autre responsable communautaire, selon qui Iyad AG Ghaly a toujours été en contact avec les hommes influents de sa région. Ce qui l'est, c'est qu'elles fuitent, a-t-il ajouté.

Iyad Ag Ghaly a aussi reçu des représentants des populations civiles, a rapporté un responsable de l'administration de la localité de Kidal. "Il a rassuré ces populations sans défense quant à sa volonté de défendre la charia et de les protéger contre l'armée malienne et les mercenaires russes", auxquels la junte à Bamako est accusée d'avoir fait appel, ce qu'elle dément, a-t-il dit.

Iyad Ag Ghaly "veut s'imposer en leader incontesté du nord du Sahel en obtenant l'adhésion des populations et de différents groupes armés", analyse un diplomate étranger informé des rencontres "périodiques" entre le chef djihadiste et des acteurs de terrain dans le nord. Le diplomate s'interroge sur la réaction des autorités face à "ce nouveau paysage inquiétant".

Les autorités dominées par les militaires assurent avoir inversé la dynamique contre les jihadistes. "Contrairement aux informations tendancieuses véhiculées par certains médias manifestement en mission contre le Mali, la peur a changé de camp", a dit lundi le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga. L'ONU notamment dresse un tableau plus sombre.

La CMA et d'autres groupes ont suspendu en décembre leur participation à la mise en œuvre de l'accord de paix signé en 2015, devant ce qu'ils considèrent comme "l'inertie" de la junte face à la situation au nord-est. L'application de cet accord est jugée importante pour une stabilisation du Mali.

Une mission internationale de bons offices doit se rendre mercredi à Kidal pour tenter de renouer les liens, a-t-on appris de sources diplomatiques.


L'UE appelle Israël à cesser son « escalade militaire» au Liban

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  • Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays
  • "Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne"

BRUXELLES: Israël doit cesser son "escalade militaire" au Liban et respecter "la souveraineté et l'intégrité territoriale" de ce pays, où les autorités israéliennes envisagent d'établir dans le sud une zone sous contrôle militaire, a affirmé lundi un porte-parole de l'Union européenne.

"Le peuple libanais a déjà enduré d’immenses épreuves. Il n’a pas choisi cette guerre, et cette guerre n’est pas la sienne", a affirmé ce porte-parole, Anouar El Anouni.

 

 


Trump a renvoyé une proposition d'accord plus stricte à l'Iran 

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  • D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran
  • Selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens

WASHINGTON: Donald Trump a renvoyé une nouvelle proposition d'accord plus stricte à l'Iran pour mettre fin à la guerre, alors qu'une entente semblait se rapprocher ces derniers jours, affirment samedi des médias américain.

D'après le New York Times, citant samedi des responsables ayant connaissance des tractations, le président américain a durci certains termes de la proposition qui était sur la table et a adressé ce nouveau plan à Téhéran.

Le média américain n'est pas en mesure de préciser les changements apportés par le républicain. Mais selon le site Axios, il souhaitait renforcer la position de Washington sur plusieurs aspects qu'il considère personnellement comme importants, notamment le sort des matériaux nucléaires iraniens.

M. Trump a maintes fois répété qu'il était exclu que Téhéran se dote de l'arme atomique, et exige que son stock d'uranium hautement enrichi soit détruit.

La question du nucléaire est l'un des principaux points de friction dans les négociations pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive israélo-américaine contre la République islamique.

Parmi les autres priorités du président figurent la réouverture et le déminage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui en bloquant cette voie d'eau perturbe gravement les approvisionnements en carburant et l'économie mondiale en général.

Les modifications apportées par Donald Trump pourraient encore prolonger les négociations. Des sources américaines ont indiqué à l'AFP que le président n'avait pas décidé de signer la proposition sur son bureau vendredi, après une réunion de crise à la Maison Blanche.

Dans la soirée, un responsable de la présidence avait affirmé que Donald Trump ne signerait un accord "que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".


Les Etats-Unis et l'Iran s'attaquent mutuellement malgré le cessez-le-feu

Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent. (AFP)
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  • Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même
  • Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé dans la nuit de dimanche à lundi une série d'attaques réciproques, portant un nouveau coup au cessez-le-feu au moment où leurs négociations pour mettre fin à la guerre patinent.

Les informations de médias américains pendant le week-end faisant état de nouvelles exigences américaines envers Téhéran ont refroidi les espoirs d'accord imminent, alimentés par Donald Trump lui-même.

Et tandis que sur le front libanais Israël a intensifié son offensive, l'armée américaine a annoncé avoir mené samedi et dimanche une nouvelle vague de frappes "défensives" sur le sud de l'Iran, la troisième en un peu plus d'une semaine.

Ces bombardements ont visé des systèmes de radar et de contrôle de drones dans la ville de Goruk et l'île de Qeshm dans le détroit d'Ormuz, a précisé le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dimanche soir sur X.

Ces opérations ont été menées "en réponse à des actions agressives de l'Iran, dont la destruction d'un drone américain MQ-1 qui opérait au-dessus des eaux internationales", a ajouté la même source.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, peu après, ont affirmé avoir attaqué une base utilisée par l'armée américaine pour des frappes contre son territoire.

La localisation de cette base n'a pas été précisée dans le communiqué des Gardiens diffusé par les médias d'Etat.

L'armée du Koweït a annoncé de son côté faire face à une attaque de drones et missiles.

Washington et Téhéran s'étaient déjà accusés mutuellement jeudi de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, après des frappes américaines sur le sud de l'Iran suivies d'une attaque contre le Koweït.

Plus de fermeté 

La guerre a été déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine, alors que Téhéran et Washington avaient repris des négociations sur le nucléaire. Le conflit, qui a fait des milliers de morts, ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Alors que les deux pays semblaient ces derniers jours se rapprocher d'un accord, le New York Times a rapporté samedi, sans plus de détails, que le président américain avait durci sa proposition et envoyé une nouvelle version d'un possible protocole d'accord à Téhéran.

Selon le site américain Axios, M. Trump, dont la priorité déclarée est de mettre fin au programme nucléaire iranien et de rétablir le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, souhaite plus de fermeté des négociateurs de Washington.

La chaîne CBS a rapporté dimanche soir que la nouvelle proposition américaine prévoit une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours avec des clauses prévoyant la réouverture d'Ormuz et un cadre pour une reprise des négociations sur le nucléaire.

"Nous n'approuverons aucun accord tant que nous n'aurons pas la certitude que les droits du peuple iranien ont été pleinement garantis", a averti dimanche le principal négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'Iran, qui revendique son droit à mener un programme nucléaire civil, a toujours démenti vouloir se doter de l'arme atomique, malgré les soupçons en ce sens des Etats-Unis et de nombreux pays.

Il souhaite aborder ce dossier dans un second temps en cas d'accord avec Washington et exige une levée immédiate des sanctions le frappant.

Site stratégique 

Donald Trump a insisté dimanche sur Truth Social que le projet d'accord "stipule très clairement que l'Iran n'aura pas d'arme nucléaire", et ce "en des termes très fermes".

Téhéran insiste aussi pour que tout accord inclue la fin des hostilités au Liban, où Israël veut "éliminer" le Hezbollah pro-iranien.

Mais sur ce front, l'armée israélienne continue à avancer dans le sud du pays où elle a mené de nouvelles frappes, et le Hezbollah poursuit ses attaques notamment dans le nord israélien, malgré la trêve en vigueur depuis le 17 avril, mais non respectée.

L'armée israélienne s'est emparée dimanche de la forteresse médiévale de Beaufort, un site stratégique où elle avait établi une base pendant les deux décennies de l'occupation israélienne, achevée en 2000.

Pour les Etats-Unis, c'est au Hezbollah de cesser les tirs en premier, en contrepartie de quoi Israël "s'abstiendrait de toute escalade à Beyrouth", selon un plan rapporté par un responsable américain à la suite d'entretiens menés dimanche par le chef de la diplomatie Marco Rubio avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La France a demandé une réunion d'urgence au Conseil de sécurité, qui se tiendra lundi, selon des sources diplomatiques à l'AFP.