Le cinéaste libanais Karim Kassem raconte Octopus, filmé après l'explosion du port de Beyrouth

Soutenu par le Fonds de la mer Rouge et l’Institut du film de Doha, Octopus a été présenté en première au Moyen-Orient et en Afrique du Nord lors du Festival international du film de la mer Rouge de Djeddah, en décembre dernier. (Fourni)
Soutenu par le Fonds de la mer Rouge et l’Institut du film de Doha, Octopus a été présenté en première au Moyen-Orient et en Afrique du Nord lors du Festival international du film de la mer Rouge de Djeddah, en décembre dernier. (Fourni)
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Publié le Jeudi 09 février 2023

Le cinéaste libanais Karim Kassem raconte Octopus, filmé après l'explosion du port de Beyrouth

  • Lorsque, le 3 août 2020, Karim Kassem est arrivé à Beyrouth pour tourner son film Octopus, il a été placé en quarantaine dans un hôtel qui donnait sur le port de la ville
  • «J'étais traumatisé pendant toute la durée du tournage. Je ne me rappelle même pas comment j'ai fait ce film», explique le réalisateur

DUBAΪ: Lorsque, le 3 août 2020, Karim Kassem est arrivé à Beyrouth pour tourner son film Octopus, il a été placé en quarantaine dans un hôtel qui donnait sur le port de la ville. Il s'est donc installé, a fait les préparatifs qu'il a pu et s'est reposé. Le lendemain, sa mère l'a rejoint et ils se sont assis tous les deux, à un mètre de distance, sur le balcon de l'hôtel. Ils discutaient, buvaient probablement du café ou du thé et profitaient de cette fin d'après-midi lorsque le cinéaste a aperçu un champignon au-dessus du port. Il attrape alors immédiatement sa mère et court à l'intérieur. Tous deux sont soufflés hors de la pièce.     

«À partir de ce moment précis, j'ai décidé de faire un Octopus différent», explique Kassem. «Il me suffisait de rentrer chez moi, de m'assurer que mon père et mes sœurs allaient bien puis de commencer immédiatement à planifier ce film muet. Je savais dès le départ qu'il serait muet. Il était presque nécessaire de le rendre silencieux, car tout ce qu’on pouvait dire se diluerait.»

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Karim Kassem a commencé à travailler sur Octopus en 2020. (Fourni)

Ce qui a émergé de cette première réaction est impossible à catégoriser. Bien qu’Octopus ait remporté la compétition Envision lors du Festival international du film documentaire d'Amsterdam en 2021, les caractéristiques traditionnelles d'un documentaire sont en grande partie absentes du film de Kassem. Il n'y a pas de dialogue, pas d'explication, pas de trame – la seule brève bribe de discours provient d'une émission de radio. À la place, il y a une série de plans lents et prolongés de personnes traumatisées, de rues vides, d'efforts collectifs. Le tout est filmé avec une patience et une poésie parfois hypnotiques. 

Dans sa forme la plus élémentaire, Octopus présente une série de plans magnifiquement cadrés accompagnés d'une musique d'ambiance sombre. Aux deux tiers du film environ, la caméra se concentre sur un seul carrefour de Beyrouth pendant un long moment. Alors que le son des cloches d'église se mêle au vacarme de la reconstruction, la caméra effectue des panoramiques à gauche et à droite, mais, la plupart du temps, elle se contente d'observer.

 

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Octopus présente une série de plans magnifiquement cadrés, accompagnés d'une musique d'ambiance sombre. (Fourni)

«Mon monteur appelle ce plan le “plan Pasolini” [en référence au cinéaste italien Pier Paolo Pasolini]», confie Kassem en souriant. «Parce qu'il reste en place pour toujours. Pour moi, il n'y avait pas d'autre façon de faire le film. C'était en grande partie instinctif. J'ai une formation en philosophie, alors j'essaie d’adopter ce que je pense être une position ontologique ou métaphysique, par exemple, et de l'appliquer à la culture. Le but de ce film est de poser les questions “Quel est notre but?”, “Quel est le sens de la vie?” et “Quelle est la nature de la réalité?”. Il a été conçu pour être intemporel. Ce n'est pas un lieu, ce n'est pas un moment, cela peut être n'importe quoi. Il pourrait n'y avoir aucune ligne de journal, vous pourriez juste entrer et regarder. Vous pouvez en faire ce que vous voulez.»

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Octopus présente une série de plans magnifiquement cadrés, accompagnés d'une musique d'ambiance sombre. (Fourni)

«J'ai beaucoup travaillé avant le tournage. J’ai rencontré des gens, j’ai pris leurs numéros. Vous leur parlez, vous leur dites que vous allez filmer ça, et vous tournez comme si c'était un documentaire. Vous faites exprès de donner cette impression. Mais, pour moi, c'est hybride. Il y a certaines caractéristiques du documentaire, mais je ne sais même plus ce que cela veut dire.»

Le tournage a commencé un mois après l'explosion et il a duré trente-six jours. Kassem, qui a réalisé, produit et tourné le film lui-même, était accompagné d'un coordinateur de production et, à l’occasion, d'un assistant. Bien que certaines personnes aient accepté de lui parler pendant des heures, elles n’étaient pas toujours disposées à être filmées. Toutefois, comme Kassem avait lui-même vécu l'explosion, les gens le laissaient entrer.

«J'étais traumatisé pendant toute la durée du tournage. Je ne me rappelle même pas comment j'ai fait ce film», admet-il. «Cela me dépasse. Je ne savais pas ce qui se passait parce que j'étais sous le choc. J'ai volontairement attendu un mois, car, à ce moment-là, ils avaient presque tout nettoyé. J'aurais pu tourner immédiatement, alors que les destructions étaient nettement plus visibles, mais j'ai tourné bien plus tard. C'est à ce moment-là que les émotions ont commencé à se faire sentir et que les regards des milliers de personnes sont devenus plus présents. C'était le moment pour moi de faire le film.»

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Octopus a remporté la compétition Envision au Festival international du film documentaire d'Amsterdam en 2021. (Fourni)

Pour Kassem, qui a vécu à New York pendant dix ans avant de passer la majeure partie de l'année dernière à Beyrouth à développer son quatrième film ou à passer d'un endroit à l'autre, le film propose un dialogue intérieur avec le spectateur. En tant que telle, son œuvre peut être interprétée d'un nombre infini de façons. Au début du film, par exemple, un homme anonyme conduit vers un lieu situé dans la banlieue de Beyrouth un camion rempli de portes. Sur chacune d’elles est dessinée au pochoir une pieuvre. À la fin du film, ces portes sont transportées à travers Beyrouth, mais le porteur ne reçoit aucune réponse lorsqu'il tente de les livrer à plusieurs appartements.

Quelle est la signification de tout cela et de la pieuvre elle-même? Kassem indique qu'il n'y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses. Peut-être que les tentacules de l’animal représentent la multiplicité des expériences et des pensées humaines. Ou bien s'agit-il d'une simple ode à la mer (lorsque la caméra va sous les vagues, elle ne trouve que des déchets). Ou encore, c’est un message politique. «On pourrait dire: “Oui, ce gouvernement ressemble à une pieuvre, qui opère en secret”», explique le réalisateur. «On ne le voit jamais vraiment, mais il contrôle tout. À Beyrouth, à chaque pas que vous faites, vous êtes en quelque sorte sous contrôle – vous avez l'impression d'avoir un rôle à jouer, mais ce n'est pas le cas.»

Soutenu par le Fonds de la mer Rouge et l’Institut du film de Doha, Octopus a été présenté en première au Moyen-Orient et en Afrique du Nord lors du Festival international du film de la mer Rouge de Djeddah, en décembre, peu avant la première mondiale de son troisième film, Thiiird, au Festival international du film de Rotterdam, en février. Avec pour vedette le porteur de porte d’Octopus, Thiiird est le film que Kassem avait initialement prévu de réaliser lorsqu'il est arrivé à Beyrouth en août 2020. Aujourd'hui, raconte-t-il, c'est «comme un écho des idées que j'ai eues pour Octopus au départ».

Avec un casting d’amateurs, le film raconte l'histoire d'un mécanicien automobile qui a du mal à joindre les deux bouts pendant la crise économique du pays. Mais lorsque les gens lui apportent leurs voitures pour la faire réparer, il devient rapidement évident que ce sont leurs propriétaires qui ont besoin d'être aidés.

«Il devient une sorte de thérapeute», explique Kassem. «Et son garage devient cet environnement dans lequel nous plongeons tous dans notre subconscient.»

Thiiird est le troisième film réalisé par Kassem en trois ans. Il travaille actuellement sur son quatrième. Il enchaîne les tournages comme s'il n'y avait pas de lendemain. Pourquoi?

«Parce que je sais qu'il faut beaucoup de temps pour faire des films et que j’ignore si je ne vais pas mourir demain», répond-il. «J'ai toujours eu cette conviction – depuis très jeune – que je mourrais très vite, ce qui est normal, je pense. C'est une philosophie qui m'anime. Je ne ferai peut-être pas de film pendant deux ans, peut-être trois, quatre... Je ne sais pas. La vie vous emmène dans des directions différentes. Mais cela fait trois ans, trois longs métrages consécutifs sans la moindre aide. Je les ai tous produits moi-même, de manière indépendante. J'ai eu la chance d'obtenir des subventions de postproduction du Fonds de la mer Rouge, de Doha et de l'Arab Fund for Arts and Culture [Afac], mais c’est tout. Je viens en quelque sorte de l'underground. Je suis juste un cinéaste indépendant qui trace sa propre route.»


Mondial-2026: l'Egypte renverse la Nouvelle-Zélande (3-1) et entrevoit les 16es

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah". (AFP)
  • Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités
  • Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique

VANCOUVER: L'Egypte, pourtant menée durant une heure, a réussi à renverser la situation, pour finalement remporter sa toute première victoire en Coupe du monde, aux dépens de la Nouvelle-Zélande (3-1), et ainsi entrevoir les 16e de finale, dimanche à Vancouver.

Profitant du nul entre la Belgique et l'Iran (0-0) plus tôt à Los Angeles, les Egyptiens prennent seuls la tête du groupe G avec deux points de mieux que leurs rivaux précités.

Un nul contre les Iraniens vendredi à Seattle leur suffira pour valider leur ticket pour le tour suivant. Ce qui serait une première en quatre participations pour le septuple champion d'Afrique.

Voilà donc l'Egypte en ballottage bien favorable, mais l'histoire avait commencé à s'écrire autrement face à des Néo-Zélandais bien mieux entrés dans le match, grâce à l'ouverture du score de leur défenseur Finn Surman, auteur d'un coup de tête puissant (15e).

Apathique jusque-là, l'Egypte a abordé la seconde période avec d'autres intentions et c'est Mostafa Zico, lui aussi de la tête, qui a égalisé (58e), avant de permettre à Salah de marquer son troisième but dans un Mondial (deux en 2018) d'un plat du pied délicieux à la "Salah".

Et un homonyme célèbre suivant un autre, Trezeguet s'est chargé de donner de la largesse au résultat (82e) mérité pour son équipe, qui a su réagir dos au mur.

"Dans les années à venir, on se souviendra que cela a été l'un des grands moments de l'histoire. On avait l'impression de jouer (chez nous) en Égypte", a déclaré Salah après le match. "C'est une superbe victoire et l'ambiance était géniale."

Les All Whites eux n'ont pas réussi à garder leur avantage plus d'une heure, mais ils conservent tout de même l'espoir de se qualifier. Il leur faudra pour cela battre la Belgique sur cette même pelouse de la BC Place vendredi. Ce qui serait un sacré exploit, mais pas impossible au regard des doutes qui traversent les Diables Rouges dans ce tournoi.


L'art numérique se fait une place sur le marché de l'art à la foire de Bâle

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR). (AFP)
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  • Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars
  • En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante

BALE: Entre une toile de Picasso et une sculpture de Niki de Saint Phalle, les organisateurs de la foire de Bâle, en Suisse, ont mis un coup de projecteur sur l'art numérique pour détailler comment les artistes s'emparent des outils technologiques.

En plein débat sur l'intelligence artificielle (IA), les organisateurs de cet événement phare pour le marché de l'art contemporain, qui referme ses portes dimanche soir, ont voulu mettre en lumière ce segment qui cherche encore sa place sur le marché après l'éclatement en 2022 de la bulle des NFT ("Non-fungible tokens", des objets numériques uniques à collectionner, NDLR).

Dans une section à part appelée Zero 10, la foire expose 16 oeuvres qui donnent un aperçu de la palette d'outils à la disposition des artistes, en présentant l'art numérique "dans son acceptation large", précise l'artiste américain Trevor Paglen, 51 ans, co-responsable de cette exposition.

"L'idée que les artistes utilisent les technologies n'est pas si nouvelle", a-t-il déclaré à l'AFP, expliquant que l'art numérique ne se résumait pas aux NFT. Il a voulu montrer que dès les "les années 1950", les artistes cherchaient déjà à produire "des images générées par ordinateur".

L'exposition présente notamment une installation de l'artiste allemande Hito Steyerl, intitulée "Green screen", couverte d'un côté de plantes dont les signaux bioélectriques sont utilisés pour produire, de l'autre côté, des images de fleurs pixelisées.

Le Français William Mapan, 38 ans, qui se définit comme "codeur et peintre" y présente lui une série de toiles intitulées "paysages plausibles". Pendant deux ans, cet artiste parisien a développé un algorithme qui génère des milliers de compositions abstraites. Et lorsque l'une de ces images aléatoires en noir et blanc lui rappelle une photo ou un souvenir, il reprend ses pinceaux et la reproduit sur la toile en y ajoutant ses couleurs, a-t-il expliqué à l'AFP.

Segment émergent 

L'artiste ouzbek Aziza Kadyri, 31 ans, présente de son côté des étoffes ornées de fines broderies produites en se jouant des erreurs de l'intelligence artificielle. Pour concevoir les motifs, elle commence par soumettre à une IA des broderies Suzani, la broderie traditionnelle d'Asie centrale, en sachant parfaitement que cette IA va les interpréter de travers, passer à côté de leur signification et finalement lui proposer un dessin complètement à côté de la plaque qu'elle s'amuse ensuite à reproduire sur étoffe en utilisant les techniques traditionnelles de la broderie ouzbèke.

Selon un rapport réalisé pour la foire par UBS et le cabinet Arts Economics, l'art numérique ne représentait que 0,4% des ventes sur le marché de l'art en 2025, contre 59% pour la peinture et 15% pour la sculpture. Le rapport note cependant un intérêt grandissant de la part des riches collectionneurs.

Dès le premier jour de la foire, un triptyque sur écrans LED de l'artiste irlandais John Gerrard, présenté dans cette exposition, s'est vendu pour un demi-million de dollars.

Le souvenir de la bulle des NFT est toutefois encore très frais dans les mémoires. En 2021, un NFT de l'artiste américain Beeple s'était arraché à 69,3 millions de dollars au sommet de la bulle, mais les prix s'étaient effondrés l'année suivante.

Les choses sont différentes quand "la démarche aboutit sur une oeuvre tangible", a indiqué à l'AFP Hans Laenen, expert en art chez Axa XL, pour ces nouvelles formes d'art numérique qui ont "beaucoup plus de chances de rester".

"L'art numérique est un domaines de création qui évolue très vite", et "finira par trouver sa place", estime lui aussi Nicolas Kaddeche, qui exerce chez l'assureur Hiscox, même s'il faut "rester prudent", selon lui.

"Cela reste un segment émergent et encore très spéculatif", prévient-il.


La nouvelle saison de l’IMA démarre, par un événement dédié au mariage dans le Maghreb

La présidente de l'IMA, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu de la saison 2026/2027, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes. (Photo Arlette Khouri)
La présidente de l'IMA, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu de la saison 2026/2027, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes. (Photo Arlette Khouri)
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  • Au-delà de cette parade spectaculaire, la saison 2026/2027 de l’Institut du monde arabe s’inscrit dans une ambition plus large qui est de faire de l’institution un lieu pleinement ouvert, vivant, et tourné vers les nouvelles générations
  • Sous l’impulsion de Legendre, cette programmation entend conjuguer héritage et création contemporaine, transmission et innovation, dans un dialogue constant entre les cultures

PARIS: Le 4 juillet prochain, les rues de Paris, ou du moins celles reliant l’Institut du monde arabe (IMA) au Grand Palais, deux bâtiments emblématiques de la capitale française, vibreront au rythme du Maghreb.

Des voitures de mariage décorées selon les traditions des différents pays du Maghreb sillonneront les rues reliant les deux institutions ainsi que celles de plusieurs communes périphériques, avec à la clé des cérémonies de henné, de la musique orientale et des concerts de youyous.

C’est l’innovation la plus originale et la plus cocasse de la saison 2026-2027 de l’IMA, dont la présidente, Anne-Claire Legendre, a dévoilé le contenu, conçu « sous le signe de la jeunesse », selon ses termes.

Un événement festif

Il s’agit d’un événement festif, reflet des joies de la vie réelle, imaginé par Mohamed Bourouissa, plasticien algérien qui s’est inspiré des rituels du mariage pour concevoir une création mêlant mémoire, musique et célébration collective.

Au-delà de cette parade spectaculaire, la saison 2026-2027 de l’Institut du monde arabe s’inscrit dans une ambition plus large : faire de l’institution un lieu pleinement ouvert, vivant et tourné vers les nouvelles générations.

Sous l’impulsion d’Anne-Claire Legendre, cette programmation entend conjuguer héritage et création contemporaine, transmission et innovation, dans un dialogue constant entre les cultures.

Dès l’été, l’IMA investira son vaste parvis, conçu par Jean Nouvel, en le transformant en un espace de convivialité accessible à tous, avec du mobilier urbain, une offre de restauration légère et des espaces de détente invitant les visiteurs à s’approprier ce lieu comme un véritable espace de rencontre.

Ce dispositif s’accompagnera d’une programmation estivale riche, notamment à l’occasion de la Fête de la musique, revisitée à travers une création poétique et musicale inspirée de l’écrivain libanais Gibran Khalil Gibran.

L’été sera également rythmé par une offre renforcée de médiation culturelle, ouverte dès le plus jeune âge. Des ateliers de calligraphie, des contes, des carnets de voyage ou encore des stages linguistiques viendront compléter cette volonté d’ancrer l’IMA dans une dynamique familiale.

La promenade du « Paris arabe historique », organisée chaque semaine, prolongera cette immersion en dehors des murs de l’institution.

Mais au cœur de la saison, un premier grand axe intitulé « Héritage et circulation » mettra en lumière les continuités culturelles entre passé et présent.

Trois expositions majeures

Trois expositions majeures structureront cette réflexion. La première, consacrée aux rituels du mariage en Algérie, au Maroc et en Tunisie, prolongera la parade inaugurale en explorant les traditions et leur réinterprétation par des artistes contemporains.

Des costumes, des objets et des témoignages constitueront le socle d’une programmation de débats et de rencontres autour des réalités sociales du mariage.

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L'exposition sur les rituels du mariage en Algérie, au Maroc et en Tunisie, prolongera la parade inaugurale en explorant les traditions et leur réinterprétation par des artistes contemporains. (Photo Arlette Khouri)

Une seconde exposition immersive plongera les visiteurs dans les splendeurs de l’Alhambra. À travers objets, reconstitutions et dispositifs sensoriels, elle offrira une exploration des arts nasrides, de la calligraphie aux jeux d’eau en passant par les motifs géométriques.

Enfin, une troisième exposition, en partenariat avec l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine, rappellera l’urgence de préserver les sites culturels menacés, de Mossoul à Alep, en passant par Beyrouth.

Dans cette même logique de transmission, l’IMA valorisera sa riche photothèque, forte de plus de 86 000 clichés, dont une sélection consacrée à la Palestine. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de numérisation et d’accessibilité du patrimoine.

Parallèlement, la saison fera la part belle aux « nouvelles scènes » du monde arabe. Littérature, poésie, musique, cinéma, design et mode seront réunis dans une programmation foisonnante.

Une semaine dédiée à la langue arabe, en décembre, mettra à l’honneur auteurs, traducteurs et éditeurs, tandis que le Prix de la littérature arabe gagnera en visibilité, notamment auprès des lycéens.

La poésie occupera une place centrale, avec des rencontres régulières et un événement inédit, « Poésie sous les étoiles », parrainé par le grand poète Adonis, qui mettra en lumière une nouvelle génération de poétesses.

Côté musique, l’IMA poursuivra son exploration des traditions arabo-andalouses sous la houlette de l’ancien ambassadeur François Gouyette, tout en lançant un nouveau festival, « Arab Touch », consacré aux expressions contemporaines, du rap à l’électro.

Le cinéma constituera également un pilier de cette saison, avec des avant-premières régulières et de nouveaux partenariats, notamment autour de l’adaptation d’œuvres littéraires.

Le spectacle vivant ne sera pas en reste, avec le retour du festival « L’IMA fait son festival » et une programmation mêlant théâtre, danse et humour.

Les figures marquantes seront également à l’honneur avec l’inauguration de la bibliothèque Leila Shahid, ancienne ambassadrice de la Palestine, ainsi qu’une soirée dédiée au musicien Ziad Rahbani, avec la participation de Toufic Farroukh, son ami de longue date et musicien lui aussi.

Dans le domaine des industries créatives, l’IMA renforcera sa présence lors des grands rendez-vous parisiens. Prix du design, prix de la mode et lancement d’un prix d’art contemporain du monde arabe témoigneront de cette volonté de soutenir les talents émergents et de créer des passerelles professionnelles.

La langue arabe

Troisième pilier de la saison, la « Fabrique des savoirs » proposera un éclairage sur les grandes questions historiques et contemporaines. Les Journées de l’histoire seront consacrées aux sciences arabes, tandis que des débats aborderont les enjeux géopolitiques et sociétaux actuels.

Mais c’est l’attention portée à la jeunesse qui constitue la véritable nouveauté de cette saison. Pour la première fois, une exposition entièrement dédiée aux enfants permettra de découvrir le monde arabe de manière ludique et pédagogique.

Des projets participatifs, notamment avec le dramaturge et ancien directeur du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad, offriront aux jeunes un espace d’expression et de réflexion.

Cette ouverture se veut également sociale et territoriale. L’IMA multipliera les actions en direction des publics éloignés, notamment à travers des programmes d’art-thérapie ou des dispositifs adaptés aux personnes en situation de handicap.

Enfin, la question de la langue arabe occupe une place stratégique dans cette programmation. L’IMA ambitionne de contribuer à son enseignement à l’échelle nationale en proposant des formations certifiées et en accompagnant les bibliothèques dans le développement de fonds en langue arabe.

Plus que jamais, affirme Anne-Claire Legendre, l’Institut entend être « ce lieu singulier où les récits se croisent sans se confondre » et où la culture « fait ce qu’elle sait faire le mieux : maintenir vivant ce qui nous relie », en dépit des vents contraires.