Les dandys «sapeurs» font leur show à Kinshasa

Des artistes se rassemblent dans un cimetière à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, le 10 février 2023. (AFP)
Des artistes se rassemblent dans un cimetière à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, le 10 février 2023. (AFP)
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Publié le Samedi 11 février 2023

Les dandys «sapeurs» font leur show à Kinshasa

  • Les dandys «sapeurs» congolais paradent à Kinshasa près de la tombe de leur idole, en ce 10 février, jour anniversaire de sa mort survenue il y a 28 ans
  • Ces adeptes de la «Sape», pour «Société des ambianceurs et des personnes élégantes», ont commencé leur show sur le boulevard du 30 Juin, la plus grande artère de la Gombe, quartier le plus opulent de Kinshasa

KINSHASA: Tenues excentriques et griffes de luxe, air bravache et démarche balancée, les dandys "sapeurs" congolais paradent à Kinshasa près de la tombe de leur idole, en ce 10 février, jour anniversaire de sa mort survenue il y a 28 ans.

Des dizaines d'entre eux se sont retrouvés vendredi, comme chaque année, pour célébrer Stervos Niarcos, dont la chanson "La religion Ya Kitendi", en 1989, a érigé la recherche vestimentaire en sens de la vie.

"Kitendi" signifie "tissu" en lingala, une des langues nationales de la République démocratique du Congo, parlée également de l'autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville.

Ces adeptes de la "Sape", pour "Société des ambianceurs et des personnes élégantes", ont commencé leur show sur le boulevard du 30 Juin, la plus grande artère de la Gombe, quartier le plus opulent de Kinshasa. Ils se sont ensuite rassemblés dans le cimetière attenant au boulevard, autour de la tombe de leur "pape" à eux.

Devant journalistes et curieux, ils prennent la pose, exhibent un mélange flamboyant et parfois cocasse de vêtements de marque et de créations très personnelles.

Ibrahim, par exemple, porte une veste de costume et une longue cape blanche sur une jupe à carreaux qui lui arrive aux chevilles.

Un sapeur de 52 ans, qui se fait appeler Maître Contrebasse, frime avec sa salopette bleue signée du styliste japonais Yohji Yamamoto. "Ça coûte très cher", déclare le quinquagénaire, qui se dit professeur de mathématiques.

Beaucoup dépensent des sommes folles pour répondre aux critères de la Sape, dans un pays dont les deux tiers des quelque 100 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté - 2,15 dollars par jour selon la Banque mondiale.

D'autres font avec les moyens du bord et l'inspiration.

Kadhi Kadhitoza, 53 ans, a fabriqué lui-même son costume de toile locale, avec des cauris comme boutons.

«Un truc que Dieu a créé»

Il considère Niarcos comme "le pape" des sapeurs. D'ailleurs, dit-il, "les habits, c'est un truc que Dieu a créé", à l'origine pour couvrir la nudité d'Adam et Eve après qu'ils ont péché dans le jardin d'Eden.

Le Congo a des sapeurs mais est aussi très croyant. "Tout le monde a sa façon de prier", constate Kadhi Kadhitoza.

Devant la tombe de Niarcos, certains énumèrent, en forme de prière, les marques des vêtements qu'ils portent. Souliers Givenchy, jupe Comme des Garçons, chapeau Kenzo...

Un sapeur dirige une prière. "Ô, Dieu de la Sape", lance-t-il. "Nous te prions. Tu fus le premier styliste, le premier modéliste, qui n'a point voulu voir la nudité de l'homme après le péché d'Adam".

La tradition des dandys d'Afrique centrale, née au Congo-Brazzaville, trouve ses origines à l'époque coloniale, dans la rencontre entre les Africains et la mode européenne.

Le phénomène des sapeurs s'est accentué dans l'ex-Congo belge durant le boom économique de l'après-guerre, explique l'écrivain André Yoka Lye, professeur et ancien directeur de l'Institut national des arts de Kinshasa.

Les adeptes du mouvement voulaient imiter le style européen et vivre joyeusement. Mais leurs motivations ont changé quand le Congo a plongé dans la crise après l'indépendance en 1960.

Le sapeur se livre à "une sorte de démonstration de force au-dessus de ses moyens", analyse le professeur, "d'où son côté excentrique".

Yoka Lye pense que beaucoup de ces sapeurs modernes sont frivoles, surtout au vu de la guerre qui sévit dans l'est du pays.

La région est en proie aux violences de groupes armés depuis près de 30 ans et vit une crise aiguë depuis la résurgence fin 2021 de la rébellion du "M23", qui s'est emparée de larges pans de territoire dans le Nord-Kivu.

"Nous sommes en guerre. Nous ne devrions pas nous habiller comme des clowns de cirque", lâche Yoka Lye.

Il y a néanmoins des allusions à cette guerre dans la parade des sapeurs.

Des perles gouttent des lunettes d'un dandy. Elles représentent les larmes des gens de l'Est, dit-il.

Kadhi Kadhitoza, avec son costume fait maison, considère simplement que la tradition de la Sape est indissociable de la culture congolaise. "C'est pour les Congolais, pour nous".


Mort à 79 ans de l'artiste palestinien Sliman Mansour

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
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  • Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970
  • Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne"

RAMALLAH: Le peintre et sculpteur Sliman Mansour, l'un des artistes palestiniens les plus renommés, est mort lundi à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille.

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches.

"Le dernier chapitre a été écrit. Le cœur serré par un chagrin indicible, nous annonçons que notre cher père a quitté ce monde", a déclaré sa famille dans un communiqué.

"Pour le monde, il laisse derrière lui une vie emplie de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui se perpétuera à travers toutes les personnes dont il a marqué l'existence. Quant à nous, nous avons perdu un père qui était notre source d'amour, de force et notre refuge", ajoute la famille.

Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970.

Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne".

Le ministère a salué sa toile la plus connue, "Camel of Hardships" ("Le Chameau des fardeaux", 1973) - qui représente un vieil homme palestinien portant la ville de Jérusalem sur son dos - la qualifiant d'"icône nationale et artistique". L'oeuvre de Sliman Mansour faisait office "de témoin de l'histoire palestinienne et de gardien de l'identité", a-t-il ajouté.

Pleurant une "immense perte", la galerie Zawyeh de Ramallah a salué une "figure artistique majeure", qui, "à travers son œuvre, a exploré les thèmes du déplacement, de la résilience, de la résistance et du lien indéfectible unissant les Palestiniens à leur terre natale".

Sliman Mansour a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe en 2019.


Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais

Canicule: un réfrigérateur pour humains soulage les travailleurs japonais
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  • Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale
  • Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros)

HIGASHIOSAKA: Pris de vertiges après être arrivé au travail à vélo sous la chaleur écrasante de l'été japonais, Isao Tabuchi, 51 ans, se dirige vers la dernière acquisition de son entreprise: un réfrigérateur pour humains.

"J'ai vraiment pu récupérer grâce à ça. Une fois qu'on l'utilise, c'est vraiment très frais", explique-t-il à l'AFP à la sortie de la machine, dans la ville industrielle de Higashiosaka (ouest du Japon), écrasée par le soleil d'août.

L'engin de la taille d'une cabine téléphonique, où des jets d'air à 5°C maintiennent une température froide, n'a été commercialisé que cette année mais rencontre déjà un vif succès dans un pays confronté à une hausse constante des températures.

Le distributeur d'équipements industriels Trusco Nakayama affirme avoir vendu plus de 300 exemplaires du "Do Hiemon Box" depuis avril, au prix de 1,5 million de yens (environ 8.000 euros). Ses clients les installent notamment sur des chantiers, des usines et des entrepôts.

Des terrains de golf ou des stades de baseball pourraient aussi être intéressés à l'avenir, selon China Yamamoto, une responsable commerciale.

"Il est grand, cher, et ce n'est pas le genre de produit que l'on peut expliquer simplement avec des mots" pour convaincre les clients. "Il y avait donc beaucoup d'incertitudes", explique-t-elle.

Selon les scientifiques, le changement climatique causé par l'activité humaine accroît la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur extrême. En 2025, le Japon a connu l'été le plus chaud de son histoire.

Cette année, l'Agence météorologique japonaise a même introduit un nouveau terme, "kokushobi" ("jour de chaleur cruelle"), lorsque la température atteint 40°C, appelant la population à considérer la chaleur extrême comme une catastrophe naturelle.

Deux minutes pour sécher 

A Tokyo, près de 120 décès liés à la chaleur ont été enregistrés entre mi-juillet et mi-août. À l'échelle nationale, près de 63.000 personnes ont nécessité des soins d'urgence cet été.

Depuis l'an dernier, les entreprises japonaises sont soumises à des obligations renforcées pour protéger les salariés travaillant dans la chaleur. Les chantiers doivent notamment fournir des vêtements adaptés, comme des vestes ventilées, ainsi que des espaces de repos climatisés et des zones ombragées.

L'impact économique est déjà tangible. Selon une enquête de Teikoku Databank publiée en juillet, 50% des entreprises estiment que la chaleur intense perturbe leurs activités, tandis que près de 88% ont renforcé leurs mesures de protection des salariés.

Le réfrigérateur humain, branché sur une prise électrique classique, consomme environ 16 yens d'électricité par heure selon son fabricant. Afin d'éviter tout usage excessif, il s'arrête automatiquement au bout de 20 minutes.

Pour Yutaka Kono, de l'entreprise Konoe, où travaille Isao Tabuchi, investir dans la lutte contre la chaleur est devenu indispensable pour conserver les effectifs et attirer de nouveaux employés.

"J'ai été vraiment surpris par ce concept consistant à faire entrer les gens dans une sorte de réfrigérateur. J'ai trouvé très séduisante l'idée qu'une personne puisse y faire baisser instantanément sa température corporelle à un niveau sûr", explique-t-il.

Taichi Konishi, 24 ans, l'utilise environ trois fois par jour. Après avoir déplacé à la main de lourdes caisses d'outils et de pièces métalliques, il entre dans la cabine et s'assoit.

"C'est vraiment agréable", confie-t-il à l'AFP. "Je n'y suis resté qu'environ deux minutes, mais cela a suffi pour faire sécher toute ma transpiration."


Philippe Bouvard est mort, «Les Grosses Têtes» sont orphelines

Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans. (AFP)
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  • "Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier
  • Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux

PARIS: Il était un monument de la radio et de la télévision françaises, créateur des "Grosses Têtes" sur RTL en 1977 et découvreur de toute une génération d’humoristes avec "Le Petit Théâtre de Bouvard" dans les années 80. Philippe Bouvard est mort lundi à l’âge de 96 ans.

C'est sa radio de toujours qui a annoncé son décès, après en avoir été informée par son épouse. "Il s'est éteint ce matin aux alentours de huit heures, en douceur", a déclaré à l'antenne la présentatrice de la matinale de RTL, Céline Landreau.

Les hommages ont aussitôt afflué sur la station pour saluer celui que beaucoup considéraient comme un précurseur, à la frontière du journalisme et du divertissement.

"Il a créé l'impertinence à la radio et à la télévision. (...) Thierry Ardisson, Marc-Olivier Fogiel, moi peut-être, nous sommes les enfants et petits-enfants de Philippe Bouvard", a déclaré Laurent Ruquier, qui lui avait succédé aux commandes des "Grosses Têtes" en 2014 pour rajeunir l'émission.

Un épisode que l'intéressé avait d'ailleurs mal vécu, parlant lui-même d'"un déchirement". Il était resté 37 ans aux commandes de cette émission culte, qu'il avait lancée en 1977, et dont le succès ne s'est jamais démenti.

Le principe est simple: les "sociétaires" des "Grosses Têtes", des personnalités, doivent trouver les réponses aux "colles" des auditeurs, sur un ton volontiers grivois et irrévérencieux.

Avec cette émission, "Philippe a su mettre à la portée de tous la culture générale", a estimé Jean-Pierre Foucault, en saluant "notre maître à tous".

Philippe Bouvard "a plus fait pour la langue française que la moitié des 40 momies de l'Académie française" mais "n'a jamais été récompensé de cet effort populaire", a regretté le navigateur Olivier de Kersauson, pilier historique des "Grosses Têtes", que Bouvard avait coutume de saluer par une apostrophe qui a marqué le programme: "Bonne réponse de l'Amiral!"

"Français moyen" 

"C'était quelqu'un de curieusement très attachant. Je n'ai jamais su s'il nous aimait ou pas", a réagi l'humoriste Bernard Mabille, autre figure de l'émission.

Pour le journaliste Marc-Olivier Fogiel, le principal atout de Philippe Bouvard était "de ne pas avoir de frontières": "C'était un journaliste qui pouvait passer du divertissement au sérieux".

Après avoir entamé sa carrière de journaliste au Figaro dans les années 50, Bouvard avait rejoint France Soir en 1973, parallèlement à son parcours sur RTL.

A la télévision, il avait présenté de 1982 à 1987 "Le petit théâtre de Bouvard" sur Antenne 2, une émission de sketchs où il donnait leur chance à des comédiens débutants dont plusieurs allaient devenir des vedettes : Muriel Robin, Les Inconnus, Mimie Mathy Michèle Bernier ou encore le duo Chevallier et Laspalès.

Hyperactif, Philippe Bouvard tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD, ainsi qu'une chronique dominicale sur RTL. Il avait tout arrêté le 1er janvier 2025 après avoir atteint son "double record": "60 ans de radio et 60 ans de RTL".

Physique rond et jovial, passionné de jeux d'argent et de belles voitures, ce fils d'un couple de petits commerçants se revendiquait comme "un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe", comme il le disait au journal Le Parisien en 2022. Pour autant, il avouait regretter parfois de "s'être laissé engluer dans ce personnage".