Le tremblement de terre dévoile le coût humanitaire de l'isolement du régime d'Assad

Une opération des Casques blancs dans la ville de Harim, dans la province syrienne d'Idlib, tenue par l'opposition (Photo, AFP).
Une opération des Casques blancs dans la ville de Harim, dans la province syrienne d'Idlib, tenue par l'opposition (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 18 février 2023

Le tremblement de terre dévoile le coût humanitaire de l'isolement du régime d'Assad

  • Le débat est relancé par la décision des États-Unis d'exempter des sanctions, pour une durée limitée, certaines transactions liées à l'aide aux victimes du tremblement de terre
  • Ce n'est que le 10 février que le gouvernement Assad a approuvé l'acheminement de l'aide humanitaire dans les zones d'opposition

LEEDS, Royaume-Uni: Trois jours après les deux tremblements de terre massifs qui ont frappé le nord-ouest de la Syrie et le sud-est de la Turquie aux premières heures du 6 février, le Trésor américain a annoncé une exemption de sanctions de 180 jours pour «toutes les transactions liées aux efforts d'aide aux victimes du tremblement de terre» envoyées à la Syrie par des donateurs étrangers.

Cette décision relance le débat sur la levée par les États-Unis des sanctions imposées au régime du président Bachar el-Assad en réponse aux allégations selon lesquelles il aurait commis d'horribles crimes de guerre, afin de permettre au pays de commencer à se remettre de plus d'une décennie de destruction et de déplacements.

Le conseiller économique syrien Houmam al-Jazaeri a décrit la décision du Trésor comme un «signal audacieux adressé à la communauté internationale — pays et organisations — pour qu'elle apporte une aide et une assistance tangibles» à la suite des tremblements de terre.

«Cela est évident dans le nombre croissant de pays qui se manifestent, qui ont probablement eu des difficultés à le faire autrement», a révélé Al-Jazaeri à Arab News.

Les sanctions américaines ont été imposées à la Syrie pour la première fois en 1979, lorsque Washington l'a désignée comme un «État soutenant le terrorisme».

Les restrictions ont été renforcées pendant la guerre d'Irak en 2004 et plusieurs autres fois depuis le début de la guerre civile en Syrie en 2011. La loi César, introduite en 2019 pour pénaliser les soutiens financiers et politiques d'Assad à l'étranger, a entraîné les contraintes les plus sévères.

Après 12 ans de guerre civile, plus de 15 millions de personnes en Syrie avaient déjà besoin d'une aide humanitaire avant que les tremblements de terre ne surviennent.

Au 17 février, la mort d'au moins 5 800 personnes a été confirmée en Syrie à la suite de la catastrophe et des dizaines de milliers ont été blessées. L'ONU estime qu'environ 5,3 millions de Syriens se sont retrouvés sans abri.

Les pays arabes ont été parmi les premiers à envoyer des convois d'aide en Syrie et en Turquie dans les jours qui ont suivi la catastrophe, certains d'entre eux l'ayant fait avant même la levée des sanctions. L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Oman, l'Irak, l'Autorité palestinienne, la Libye, la Mauritanie et l'Algérie ont rapidement apporté une aide financière et des secours humanitaires essentiels.

Après que Washington a annoncé son exemption de sanctions, l'Italie a été le premier pays de l'UE à envoyer de l'aide à la Syrie. Massimiliano D'Antuono, l'envoyé de Rome à Damas, a déclaré que la cargaison de 30 tonnes, arrivée à Beyrouth le 11 février, comprenait des ambulances et d'autres équipements médicaux destinés aux zones tenues par le régime, a rapporté Reuters.

Néanmoins, de nombreux Syriens se sont rendus sur les médias sociaux pour se plaindre du fait qu'ils se sentent abandonnés par la communauté internationale et pour condamner les sanctions. Plusieurs ont partagé des captures d'écran de l'application de suivi des vols FlightRadar24, montrant des vols de secours affluant en Turquie mais pas en Syrie.

«Ce dont nous avons besoin de toute urgence, c'est d'un accès humanitaire total afin de pouvoir répondre aussi efficacement que possible aux efforts de secours en cas de tremblement de terre», a déclaré à Arab News Nicola Banks, responsable du plaidoyer de l'organisation caritative Action for Humanity, basée au Royaume-Uni.

«Cela doit être fait en étroite coopération et coordination avec la société civile et les ONG (organisations non gouvernementales) sur le terrain dans le nord-ouest de la Syrie. Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait de toute urgence élargir l'autorisation pour l'ONU de traverser le nord-ouest de la Syrie par des passages frontaliers supplémentaires.» 

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La loi César, introduite en 2019 pour pénaliser les soutiens financiers et politiques du dirigeant syrien Bachar el-Assad à l'étranger, a entraîné les contraintes les plus sévères (Photo, AFP).

Privés du niveau d'aide internationale fourni à la Turquie, les Syriens et les équipes de secours locales ont été contraints de creuser dans les montagnes de décombres à la recherche de survivants, en utilisant uniquement des machines de base et, souvent, à mains nues.

Les habitants des zones contrôlées par le régime ne sont pas les seuls à se sentir exclus. La Défense civile syrienne, mieux connue sous le nom de Casques blancs, qui a dirigé la réponse d'urgence dans les zones tenues par l'opposition, a accusé l'ONU, dans les jours qui ont suivi les tremblements de terre, de ne pas avoir fourni une aide appropriée. 

«L'ONU a commis un crime contre le peuple syrien dans le nord-ouest», a déclaré Raed Saleh, chef des Casques blancs, à l'agence de presse Agence France-Presse (AFP).

Les dégâts causés aux routes et les rigueurs de l'hiver ont entravé les efforts de sauvetage. Le premier convoi d'aide des Nations unies à atteindre le nord-ouest de la Syrie est arrivé le 9 février, trois jours après la catastrophe, et a été accueilli avec déception. Les Casques blancs ont exprimé leur sentiment de frustration et de désespoir dans un fil Twitter, soulignant que l'aide était simplement «l'aide régulière et périodique qui a lieu depuis avant le tremblement de terre».

L'organisation a ajouté: «Il ne s'agit pas d'une aide et d’équipements spéciaux pour les équipes de recherche et de sauvetage et la récupération des personnes piégées sous les décombres.»

Interrogé sur le fait de savoir si les sanctions internationales imposées au régime syrien avaient entravé la réponse humanitaire aux tremblements de terre, Banks a répondu: «Lorsqu'il s'agit de secours en cas de tremblement de terre, les choses sont un peu plus compliquées.»

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Les pays arabes ont été parmi les premiers à envoyer des convois d'aide en Syrie et en Turquie dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre, certains avant même la levée des sanctions (Photo, AFP).

Idlib, une zone fortement touchée par le tremblement de terre, est sous le contrôle du gouvernement du salut syrien — un gouvernement alternatif de facto de l'opposition syrienne dans le gouvernorat d'Idlib, formé début novembre 2017.

Banks a affirmé: «Les habitants d'Idlib comptent depuis lors sur l'aide humanitaire, notamment celle d'Action for Humanity. Le gouvernement syrien n'a jamais envoyé d'aide humanitaire dans ces régions et continue de bombarder la zone.»

Khaled Hboubati, chef du Croissant-Rouge arabe syrien, basé à Damas, a récemment souligné que son organisation était prête à acheminer de l'aide dans les zones contrôlées par l'opposition et a exhorté les États-Unis et l'Europe à lever les sanctions imposées au régime syrien afin de faciliter les opérations de secours.

EN BREF

* La Syrie fait l'objet de sanctions américaines depuis 1979, date à laquelle Washington l'a désignée comme un État soutenant le terrorisme.

* La Maison Blanche a renforcé les restrictions pendant la guerre d'Irak en 2004, puis à plusieurs reprises après le début de la guerre civile syrienne en 2011.

* En 2019, le Congrès a approuvé la loi César, pénalisant les soutiens financiers et politiques du président Bachar el-Assad à l'étranger.

Auparavant, Bassam Sabbagh, l'ambassadeur syrien auprès des Nations unies, avait déclaré que l'acheminement de toute l'aide en Syrie, notamment dans les zones échappant au contrôle du gouvernement, devait passer par Damas.

Dans un récent message posté sur Twitter, Charles Lister, directeur du programme de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme à l'Institut du Moyen-Orient, a accusé le régime Assad de profiter de la tragédie pour faire pression en faveur de la levée des sanctions.

«Les sanctions n'ont aucun effet sur l'acheminement de l'aide humanitaire dans les zones de la Syrie contrôlées par le régime d'Assad», a-t-il expliqué.

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Après 12 ans de guerre civile, plus de 15 millions de personnes en Syrie avaient déjà besoin d'une aide humanitaire avant les tremblements de terre (Photo, AFP).

David Romano, professeur de politique du Moyen-Orient à l'université d'État du Missouri, est d'accord pour dire que «l'allègement des sanctions à l'encontre de la Syrie afin de fournir une aide humanitaire urgente n'est pas vraiment nécessaire».

Il a déclaré à Arab News: «Les règles de sanction actuelles prévoient des exceptions pour l'aide humanitaire et ne constituent pas un obstacle à cette aide d'urgence.» Cependant, «le processus de reconstruction très difficile à long terme en Syrie bénéficierait grandement d'un allègement des sanctions.»

D'autres analystes, en revanche, estiment que l'allègement des sanctions ferait toute la différence dans la réponse immédiate au tremblement de terre en Syrie.

Mohammed al-Asadi, économiste chargé de recherche pour le Centre syrien de recherche sur les politiques, basé en Allemagne, a déclaré à Arab News: «L'allègement des sanctions faciliterait absolument la réponse humanitaire au tremblement de terre, depuis les petits dons financiers pour les personnes touchées jusqu'aux grands contrats d'approvisionnement des organisations humanitaires locales.»

«L'exploitation politique de l'aide pourrait être inévitable. Cependant, la réponse humanitaire devrait être prioritaire à ce stade.»

Jusqu'au 13 février, Bab al-Hawa était le seul point de passage à la frontière entre la Turquie et la Syrie qui restait ouvert pour l'acheminement de l'aide des Nations unies vers les zones tenues par les rebelles dans le nord-ouest de la Syrie, où environ 4 millions de personnes dépendent de l'aide extérieure depuis près de dix ans. Au début de la guerre, d'autres points de passage étaient disponibles, mais ils ont été fermés à cause des discussions au sein du Conseil de sécurité des Nations unies pour savoir si l'aide devait être acheminée directement vers les zones tenues par l'opposition ou par l'intermédiaire du régime de Damas.

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a salué la décision du régime Assad de rouvrir les postes-frontières de Bab al-Salam et Bab al-Raee afin de faciliter l'acheminement d'une aide supplémentaire à la région via la Turquie.

Cette année, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté à l'unanimité pour renouveler le mandat de l'aide transfrontalière à la Syrie pour six mois supplémentaires, gardant ainsi la seule ligne de vie vers le nord du pays. Plus de 80% de l'aide destinée à cette région a été acheminée par Bab al-Hawa.

Nicola Banks a indiqué que «jusqu'à ce que l'aide puisse accéder de manière fiable aux zones touchées pour soutenir les efforts du tremblement de terre, les organisations locales sont les seuls acteurs à répondre.»

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L'Arabie saoudite (aide saoudienne sur la photo), les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Oman, l'Irak, l'Autorité palestinienne, la Libye, la Mauritanie et l'Algérie ont rapidement apporté une aide financière et une assistance humanitaire essentielle à la suite du tremblement de terre (Photo, Shutterstock).

Banks a exhorté la communauté internationale à «veiller à ce que les ressources et les financements parviennent aux acteurs locaux sous une forme suffisamment souple.»

Pour l'instant, cependant, la petite fenêtre d'allègement des sanctions offerte par le Trésor américain offre au régime syrien un certain répit dans son isolement paralysant.

Longtemps dépendant de la Russie et de l'Iran pour consolider son économie, son armée et sa position diplomatique, Damas n'a que récemment commencé à faire des progrès vers le rétablissement officiel de ses relations avec la Turquie et la région arabe au sens large.

Selon Al-Jazaeri, les souffrances de la population ne peuvent être soulagées que par «une levée plus large et plus prononcée des sanctions» liée à une solution globale du conflit et à l'isolement mondial de la Syrie.

«Cela pourrait probablement être fondé sur un dialogue renouvelé de toutes les parties afin de faire une percée dans l'ensemble du ‘problème’ de la Syrie», a-t-il ajouté.

Il a soutenu: «Sinon, en l'absence d'une telle démarche, une détérioration plus drastique des moyens de subsistance de l'ensemble de la population et des régions en Syrie serait inévitable.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: frappe israélienne contre un groupe islamiste à Saïda

Une frappe israélienne a visé mardi un siège d'une organisation islamiste alliée au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, à Saïda, principale ville du sud du Liban, a rapporté l'agence de presse officielle ANI. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mardi un siège d'une organisation islamiste alliée au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, à Saïda, principale ville du sud du Liban, a rapporté l'agence de presse officielle ANI. (AFP)
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  • Saïda a été en grande partie épargnée par les principales attaques israéliennes lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, auxquelles un cessez-le-feu conclu en novembre 2024 visait à mettre fin
  • Mardi, l'immeuble de sept étages visé a été presque entièrement détruit et plusieurs équipes de secours sont mobilisées, selon un photographe de l'AFP présent sur place

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mardi un siège d'une organisation islamiste alliée au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, à Saïda, principale ville du sud du Liban, a rapporté l'agence de presse officielle ANI.

"L'ennemi israélien a mené un raid sur un siège de la Jamaa islamiya", a précisé l'agence.

Ce mouvement libanais avait revendiqué des attaques contre Israël au début de la guerre avec le Hezbollah en 2023 et avait déjà été visé par des frappes israéliennes.

Dans un communiqué, il a indiqué que la frappe n'avait pas fait de victimes et a dénoncé un "crime de guerre".

Saïda a été en grande partie épargnée par les principales attaques israéliennes lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, auxquelles un cessez-le-feu conclu en novembre 2024 visait à mettre fin.

Mardi, l'immeuble de sept étages visé a été presque entièrement détruit et plusieurs équipes de secours sont mobilisées, selon un photographe de l'AFP présent sur place.

Le souffle de l'explosion a provoqué des dégâts dans les bâtiments avoisinants, l'immeuble étant situé dans un quartier populaire animé de la ville côtière, selon des images diffusées par des médias locaux.

Peu après la frappe, l'armée israélienne a publié un avis d'évacuation pour un autre immeuble de la ville, prévenant qu'elle allait attaquer "une infrastructure militaire du Hezbollah".

Le groupe libanais Jamaa islamiya est étroitement lié au Hamas palestinien. En février, l'armée israélienne avait enlevé l'un de ses responsables lors d'une incursion dans un village frontalier du sud du pays.

Elle avait dit avoir "appréhendé un terroriste majeur" et l'avoir "transféré vers le sol israélien pour être interrogé".

 


L'armée libanaise met en place des check-points, met en oeuvre l'interdiction des activités militaires du Hezbollah

Les habitants du village de Kfarkila, dans le sud du Liban, se rassemblent à un point de contrôle de l'armée libanaise à Burj Al-Muluk, à la périphérie de leur village. (File/AFP)
Les habitants du village de Kfarkila, dans le sud du Liban, se rassemblent à un point de contrôle de l'armée libanaise à Burj Al-Muluk, à la périphérie de leur village. (File/AFP)
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  • Le ministre de la Justice à Arab News : L'État n'appartient pas à un groupe plutôt qu'à un autre ; nous corrigeons le tir
  • M. Nassar a évoqué les efforts déployés par le gouvernement pour limiter les armes au contrôle de l'État au cours de l'année qui a suivi l'accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre le Liban et Israël.

BEYROUTH : L'armée libanaise a mis en place mardi des points de contrôle sur l'autoroute menant de Beyrouth au sud du Liban, en particulier dans la région de Zahrani vers Nabatieh et Tyr, en application des récentes décisions du gouvernement d'interdire les activités militaires du Hezbollah.

Les points de contrôle militaires se sont concentrés sur les véhicules circulant vers le sud, ce qui est inhabituel puisque des dizaines de milliers d'habitants fuyaient simultanément dans la direction opposée, vers Beyrouth, après que l'armée israélienne a émis des avertissements d'évacuation aux civils dans des dizaines de villages au sud et au nord du fleuve Litani.

Sur les positions de l'armée, le personnel de sécurité a vérifié les documents d'identité, fouillé les véhicules à la recherche d'armes et interrogé les conducteurs sur l'objet de leur voyage vers le sud.

Ces mesures constituent un événement sans précédent au Liban au cours des quatre dernières décennies. Depuis la fin de la guerre civile, le Hezbollah a conservé son arsenal sous la bannière de la "résistance", contrairement aux autres milices qui ont désarmé en vertu de l'accord de Taëf de 1989 et des résolutions internationales ultérieures.

Une source judiciaire a déclaré à Arab News que les points de contrôle de l'armée libanaise sont chargés de rechercher les personnes portant des armes et lançant des roquettes, et d'arrêter tous les individus armés, mais a noté que "jusqu'à présent, personne n'a été arrêté".

Le ministre de la justice, Adel Nassar, a déclaré à Arab News : "Le gouvernement a été clair dans ses décisions et dans leur mise en œuvre à l'encontre de ceux qui violent la loi. Le Hezbollah est le produit de 40 ans d'accumulation, et aujourd'hui nous corrigeons le tir."

M. Nassar a évoqué les efforts déployés par le gouvernement pour limiter les armes au contrôle de l'État au cours de l'année qui a suivi l'accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre le Liban et Israël.

"Nous attendions une réponse de l'État, qui n'est pas au service d'un groupe au détriment d'un autre, mais qui est plutôt le gardien de tous les peuples. Des tentatives ont été faites pour favoriser l'engagement dans le projet de l'État au lieu de l'engagement avec des parties extérieures, et nous en sommes maintenant arrivés à ce point", a-t-il déclaré à Arab News.

Le Hezbollah a réagi aux décisions du gouvernement lundi soir en publiant une déclaration signée par le député Mohammad Raad, dont la mort lors d'une frappe israélienne à l'aube lundi avait fait l'objet de rumeurs, les qualifiant de "décisions contre les Libanais".

Après avoir rejeté ces décisions, le Hezbollah a lancé d'autres roquettes sur la Haute Galilée, revendiquant la responsabilité de ces tirs dans des déclarations publiées sous la bannière de la défense du sud.

Le groupe militant a accusé le gouvernement d'avoir été "incapable de prendre des décisions sur la guerre et la paix et de les imposer à l'ennemi qui viole la paix nationale et persiste dans sa guerre agressive contre le Liban et son peuple".

M. Nassar a réaffirmé que les mandats d'arrêt contre les auteurs des tirs de roquettes étaient entrés en vigueur et que des enquêtes étaient en cours.

"Il y a plus d'une affaire en cours pour identifier les responsables", a-t-il ajouté, refusant de divulguer des détails.

Mardi, le président Joseph Aoun a déclaré aux membres du comité du Quintet au palais présidentiel que la décision de réserver au seul État libanais l'autorité exclusive sur la guerre et la paix, et d'interdire toute activité militaire et de sécurité illégale en dehors de son autorité, "est une décision souveraine et irréversible".

Il a ajouté : "Le Cabinet a chargé l'armée et les forces de sécurité d'appliquer cette décision sur l'ensemble du territoire libanais, soulignant que l'État est le seul à avoir le droit de décider de la guerre et de la paix".

Une source officielle a déclaré à Arab News que le président et le premier ministre restaient en contact avec les dirigeants mondiaux et les principales parties prenantes, les exhortant à mettre fin à la guerre israélienne contre le Liban.

Selon le bureau des médias de la présidence libanaise, le président français Emmanuel Macron a réaffirmé le "soutien indéfectible de son pays au Liban", notant que les décisions du cabinet renforcent la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble de son territoire et affirment sa seule autorité sur les armes.

Le Premier ministre Nawaf Salam a reçu un appel du secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, qui a réaffirmé le soutien de la Ligue aux décisions du gouvernement.

Mardi, l'armée libanaise s'est redéployée à partir de positions nouvellement établies le long de la ligne bleue vers ses bases principales dans les villages de la ligne de front, alors qu'Israël a déclaré vouloir créer une nouvelle zone tampon dans le sud du Liban.

Dans le même temps, la FINUL a annoncé le retrait de tout le personnel civil de son quartier général de Naqoura. Dans le même temps, les frappes aériennes israéliennes se sont intensifiées dans la banlieue sud de Beyrouth et au Sud-Liban, ciblant ce qu'Israël affirme être des réunions de dirigeants du Hezbollah.

Le chef de la communication et des médias des Forces libanaises, Charles Jabbour, a appelé à "une séparation claire entre la dimension politique et la dimension de terrain dans l'évaluation des développements de ces dernières 48 heures au Liban".

S'adressant à Arab News, il a déclaré que pour la première fois, l'État libanais avait pris des décisions qui ont effectivement démantelé l'aile militaire du Hezbollah, "ce qui signifie qu'il n'y a plus de soi-disant 'résistance' ou d'armes échappant à l'autorité de l'État".

Il a qualifié cette décision d'"historique et sans précédent", tout en soulignant que sa mise en œuvre prendrait du temps.

M. Jabbour a souligné qu'aucun parti ou force politique ne s'opposait à la décision du gouvernement contre le Hezbollah, y compris les plus proches alliés du groupe. "Des personnalités que le parti a soutenues pendant des années sont restées silencieuses et ont déclaré qu'il n'avait pas le droit d'entraîner le Liban dans un conflit.

Il a souligné que les autorités doivent disposer de suffisamment de temps, mais qu'en contrepartie, elles doivent rapidement mettre en œuvre les décisions qu'elles ont prises. "Je pense que le projet iranien et ses mandataires touchent à leur fin".

En revanche, Mahmoud Qamati, chef adjoint du conseil politique du Hezbollah, a déclaré que l'escalade militaire du parti contre Israël découlait de ce qu'il a décrit comme une incapacité à continuer de tolérer "le meurtre de nos citoyens, la destruction des maisons de notre peuple et les accusations de faiblesse", alors que le gouvernement, a-t-il affirmé, continuait à faire des "concessions gratuites" à l'ennemi et à poursuivre une politique d'"étranglement".

Dans un discours adressé à la base de soutien du Hezbollah dans le Sud, il a déclaré que "la période de patience est terminée, ce qui ne nous laisse d'autre choix que de revenir à la résistance, même si cela signifie une guerre ouverte avec l'ennemi".

Les Nations unies ont estimé qu'au moins 30 000 personnes avaient été déplacées au Liban au cours des deux derniers jours à la suite des raids israéliens, mais aucun chiffre officiel n'a été publié par les ministères libanais de l'intérieur et des affaires sociales.


Les ambassades américaines au Moyen-Orient ferment alors que la guerre avec l’Iran s’intensifie

Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
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  • Des alertes de sécurité ont été émises à l’attention des citoyens américains, leur conseillant de quitter les lieux lorsque cela est possible

Alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifie, les ambassades américaines à travers le Moyen-Orient sont passées en mode d’urgence, multipliant les alertes de sécurité, suspendant leurs services et appelant les ressortissants américains à prendre des précautions immédiates.

En Arabie saoudite, l’Ambassade des États-Unis à Riyad a fermé ses portes après que des drones iraniens ont frappé le complexe, provoquant des dégâts mineurs et un petit incendie. La mission a annulé tous les rendez-vous consulaires, qu’ils soient de routine ou d’urgence, et conseillé aux Américains à Riyad, Djeddah et Dhahran de rester confinés chez eux. Il leur a également été demandé d’éviter les abords de l’ambassade jusqu’à nouvel ordre.

Au Koweït, l’Ambassade des États-Unis à Koweït City a demandé à son personnel ainsi qu’aux citoyens américains présents dans le pays de rester à l’intérieur face à la menace persistante de missiles et de drones. L’ambassade a averti la population de ne pas s’approcher du complexe, de rester loin des fenêtres et de suivre les alertes officielles.

L’Ambassade des États-Unis à Bahreïn a également suspendu ses opérations normales. Les avis de sécurité invitent les personnes à se mettre à l’abri à l’intérieur et à faire preuve de vigilance, avertissant que des zones civiles pourraient être exposées au risque à mesure que les tensions régionales s’aggravent.

Au Qatar, qui abrite la grande base militaire américaine d’Al Udeid, l’Ambassade des États-Unis au Qatar a diffusé des consignes similaires, demandant aux Américains de rester confinés et de se préparer à d’éventuelles perturbations. L’alerte insiste sur la nécessité de demeurer dans des lieux sécurisés et de disposer de provisions essentielles.

En Jordanie, l’Ambassade des États-Unis en Jordanie a averti que des missiles, roquettes ou drones pourraient pénétrer l’espace aérien jordanien à mesure que le conflit évolue. Les citoyens américains ont été encouragés à rester vigilants et prêts à se mettre à l’abri en cas de sirènes ou d’alertes officielles.

En Israël, où les hostilités sont directement liées à la confrontation plus large avec l’Iran, l’Ambassade des États-Unis en Israël a recommandé aux Américains de revoir leurs plans de sécurité personnels. Elle a indiqué que sa capacité à faciliter les départs pourrait être limitée dans les conditions actuelles et a exhorté les citoyens à suivre attentivement les directives officielles.

Au-delà des alertes nationales, le Département d’État des États-Unis a élargi ses avis régionaux, appelant les Américains présents dans plusieurs pays du Moyen-Orient à envisager un départ en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com