En Afrique, la diplomatie française tâtonne

Le président français Emmanuel Macron s'adresse à une conférence de presse conjointe avec son homologue béninois au palais de la Marina à Cotonou le 27 juillet 2022, dans le cadre de sa visite officielle au Bénin. (Photo, AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'adresse à une conférence de presse conjointe avec son homologue béninois au palais de la Marina à Cotonou le 27 juillet 2022, dans le cadre de sa visite officielle au Bénin. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 23 février 2023

En Afrique, la diplomatie française tâtonne

  • «Aujourd'hui, les pays africains choisissent leurs partenaires librement et souverainement, et c'est tant mieux», souligne la secrétaire d'Etat Chrysoula Zacharopoulou
  • Le président français se rendra du 1er au 5 mars dans quatre pays d'Afrique centrale pour un sommet consacré à la protection des forêts équatoriales et pour renforcer des liens bilatéraux (...)

PARIS: La France s'efforce de refonder ses relations avec les pays d'Afrique, non sans mal sur un continent où une frange grandissante de la population doute des promesses d'Emmanuel Macron de changer radicalement son approche diplomatique.

Le président français se rendra du 1er au 5 mars dans quatre pays d'Afrique centrale pour un sommet consacré à la protection des forêts équatoriales et pour renforcer des liens bilatéraux dans une sphère d'influence de plus en plus convoitée par la Russie et la Chine.

Le déplacement du chef d'Etat intervient alors que les forces spéciales françaises viennent de se retirer du Burkina Faso, à la demande des autorités burkinabè.

Les relations diplomatiques ne sont pas rompues avec Ouagadougou mais la dénonciation de l'accord militaire est un ultime signal lancé à l'ancienne puissance coloniale pour repenser sa stratégie.

Ces dernières années, la France s'est efforcée de rompre avec la "Françafrique", ses pratiques opaques et ses réseaux d'influence hérités du colonialisme. Mais sur le continent, on reproche toujours à Emmanuel Macron de poursuivre ses rencontres avec des dirigeants africains jugés autoritaires.

"Aujourd'hui, les pays africains choisissent leurs partenaires librement et souverainement, et c'est tant mieux", souligne la secrétaire d'Etat Chrysoula Zacharopoulou, qui accompagnera le président français dans sa tournée au Gabon, en Angola, au Congo et en République démocratique du Congo (RDC).

Elle estime en outre que le sentiment anti-français en Afrique francophone pousse Paris à faire évoluer sa "posture vers plus d'écoute et d'humilité".

Mais elle met aussi en garde ceux qui se tournent vers la Russie et le groupe de mercenaires russes Wagner.

"Nous misons sur le respect mutuel et la souveraineté de nos partenaires. D'autres misent sur l'intimidation et la désinformation", dit-elle.

Mais pour l'heure, cette posture ne rencontre pas l'écho escompté, en particulier auprès des jeunes sur un continent où la moitié de la population a moins de 20 ans, et semble réceptive aux messages anti-français diffusés sur les réseaux sociaux.

« A l'écoute »

Pour Hassane Koné, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS) à Dakar, "la diplomatie française doit être à l'écoute" des demandes des pays africains.

Depuis dix ans, la situation sécuritaire des pays du Sahel se dégrade, "de jour en jour", dit-il. "Si on sollicite un appui en équipements et que la France ferme la porte, ces pays se tournent vers la Russie, la Chine, la Turquie".

L'approvisionnement en matériels militaires est "un point clé", renchérit Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Mais cette demande est difficilement audible pour des pays comme la France "étant donné que certains pays sahéliens commettent des exactions contre les populations civiles", relève-t-il.

De plus, après l'échec de ses opérations militaires notamment au Mali, la France est plutôt encline à gommer sa présence militaire sur le continent et à mettre en avant les opportunités de coopération via ses écoles, ses instituts, ses formateurs, ses entreprises.

"Le volet sécuritaire a été trop visible ces dernières années au détriment de notre partenariat civil", souligne ainsi Chrysoula Zacharopoulou.

La relation entre la France et l'Afrique pourrait ainsi être à un tournant.

« Revoir notre logiciel » 

Pour l'heure, c'est un peu comme "un couple" qui traverse "une brouille", souligne Hassane Koné. Le couple paraît irréconciliable mais le chercheur se dit "très optimiste" compte-tenu "des liens séculaires" unissant la France à ces pays.

Côté français, "on doit sans cesse revoir notre logiciel", souligne une source diplomatique, qui reconnaît une connaissance "insuffisante" de l'Afrique, "avec une vision trop réductrice".

L'Afrique, ce n'est pas un mais une cinquantaine de pays, poursuit cette source, estimant que "la dimension principale est humaine".

Mais pour Hassane Koné, la France doit aussi apporter la preuve de son attachement à cette relation en particulier dans le contexte de la guerre en Ukraine. Car, l'attention accordée aux Ukrainiens "suscite chez les Africains beaucoup d'interrogations sur ce que, eux, représentent pour les Français", dit-il.

Et d'expliquer le ressentiment grandissant dans des pays comme le Mali ou le Sénégal, l'importante aide apportée aux Ukrainiens y étant perçue comme un deux poids, deux mesures.

"Quand de jeunes médecins, déjà diplômés, s'efforcent d'obtenir des stages d'approfondissement en France et qu'ils sont obligés d'aller les chercher en Allemagne ou dans d'autres pays, cela questionne", souligne M. Koné.

La secrétaire d'Etat française affirme, elle, que Paris et ses partenaires européens sont aux côtés des Africains pendant les crises, dont la pandémie. Et qu'aujourd'hui ils répondent "à l'urgence alimentaire" provoquée par la guerre en Ukraine.

Pour Antoine Glaser, co-auteur du livre "Le piège africain de Macron", le fond du problème est que la France "n'a pas mesuré ce passé, qui ne passe pas". Et d'ajouter: "la Russie n'a pas déclenché le sentiment anti-français, elle ne fait que surfer sur ce ressentiment".

A défaut d'apaiser immédiatement les esprits dans les anciennes colonies, Emmanuel Macron poursuit par ailleurs un travail de rapprochement avec les pays anglophones et lusophones.


Macron affirme que «les Européens ne sont pas les prédateurs» du XXIe siècle en Afrique

Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report. (AFP)
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  • Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle"
  • "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles

NAIROBI: Le président français Emmanuel Macron, qui ouvre lundi à Nairobi un sommet franco-africain, défend les Européens qui "ne sont pas les prédateurs de ce siècle" en Afrique, par opposition notamment à la Chine, dans un entretien publié par Jeune Afrique et The Africa Report.

Dans cette interview, M. Macron rappelle avoir "condamné avec force la colonisation" dès 2017, année de son arrivée au pouvoir.

"Mais je ne lui imputerai pas tout" (à la colonisation), car "on ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances" de la plupart des anciennes colonies européennes en Afrique, ajoute-t-il, appelant les dirigeants africains à "améliorer la gouvernance".

Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle". "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles, dit-il.

Sur les minerais critiques et les terres rares, "la Chine, pour la citer, est dans une logique prédatrice: elle transforme chez elle" et crée "des dépendances avec le reste du monde", estime-t-il. "Ce n’est pas ce que nous proposons", insiste le président français, défendant une "stratégie d'autonomie pour l'Europe comme pour l'Afrique" pour ne "pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu'il soit".

Il prône une fois de plus une transformation de "l’architecture financière internationale", notamment afin de "mettre en place un système de garanties financières pour faire venir les investisseurs privés" en Afrique - son cheval de bataille avec le président kényan William Ruto, qui sera mardi au menu du second jour du sommet Africa Forward à Nairobi.

Interrogé sur les militaires qui ont pris le pouvoir dans trois pays sahéliens (Mali, Burkina Faso et Niger) entre 2020 et 2023, précipitant le divorce avec la France et le départ de l'armée française, Emmanuel Macron répond: "J'ai la conviction qu’il faut laisser ces États et leurs dirigeants, même putschistes, tracer leur propre chemin".

Il réitère que la France était présente militairement au Sahel à la demande de ces pays pour combattre la menace jihadiste. "Quand notre présence n’a plus été souhaitée, après les coups d’État, nous sommes partis. Cela n'a pas été une humiliation, mais une réponse logique à une situation donnée", assure-t-il.

"Une ère nouvelle va s’ouvrir. Le Sahel retrouvera un jour une gouvernance normale" avec des dirigeants "démocratiquement élus, qui se soucient véritablement de leur peuple", selon le chef de l’État français.


Départ de Vallaud: Faure appelle le PS à «avancer d'un même pas», «le congrès permanent ce n'est pas possible»

Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
Boris Vallaud, président du groupe parlementaire « Socialistes et Apparentes », assiste à une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 16 décembre 2025. (AFP)
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  • Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas"
  • "Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun"

PARIS: Olivier Faure a appelé lundi les socialistes "à avancer d'un même pas", jugeant que "le congrès permanent, ce n'est pas possible" après le départ fracassant de Boris Vallaud de la direction du PS sur fond d'opposition à une primaire pour désigner le candidat de la gauche hors LFI à la présidentielle.

"Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. Je veux un processus qui soit commun à tous, qui permette de se mettre d'accord sur la façon d'arriver à un candidat commun", a réagi M. Faure, partisan de la primaire, sur franceinfo.

 

 

 


Une Française rapatriée du MV Hondius positive à l'hantavirus, 22 cas contacts en France

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter. (AFP)
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  • "Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist
  • Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg

PARIS: Une passagère française, rapatriée du bateau de croisière MV Hondius, a été testée positive à l'hantavirus, a annoncé lundi la ministre de la Santé Stéphanie Rist, faisant également état de 22 cas contacts identifiés en France.

Parmi les croisiéristes déjà évacués, un Américain et cette Française ont été testés positifs à l'hantavirus, contre lequel n'existe aucun vaccin ni traitement et qui peut provoquer un syndrome respiratoire aigu.

La crise à bord du MV Hondius, qui doit repartir pour les Pays-Bas lundi, a suscité l'inquiétude, ravivant les souvenirs de la pandémie de Covid, même si à ce stade l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne recense que six cas confirmés d'hantavirus parmi huit cas suspects, comprenant trois personnes décédées de ce virus connu mais rare.

Sur les cinq Français rapatriés et placés à l'isolement à Paris, l'état de santé d'une femme s'est "malheureusement dégradé cette nuit" et les "tests sont revenus positifs", a dit la ministre française de la Santé sur la radio France Inter.

Les cinq passagers "sont hospitalisés dans des chambres avec des flux d'air qui permettent d'éviter la contamination", "ils sont évidemment isolés dans cet hôpital et y resteront jusqu'à nouvel ordre", au minimum 15 jours, a-t-elle ajouté.

Concernant les cas contacts, elle a confirmé qu'une vingtaine de Français avaient été identifiés : huit parmi les passagers du vol du 25 avril entre Sainte-Hélène et Johannesbourg, qui "ont été mis à l'isolement rapidement", et 14 à bord du vol Johannesbourg-Amsterdam.

"Nous demandons" à ces 14 passagers "qu'ils nous contactent parce qu'il faut qu'on puisse renforcer l'isolement", a dit Stéphanie Rist.

Une croisiériste néerlandaise infectée par le virus et depuis décédée avait voyagé à bord du vol Sainte-Hélène-Johannesbourg. Elle était aussi brièvement montée à bord de l'avion pour Amsterdam, mais n'avait finalement pas voyagé à son bord.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu "tiendra une nouvelle réunion" lundi après-midi "pour suivre au plus près l'évolution de la situation" sur le virus hantavirus, a annoncé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

"Nous suivons la situation avec la plus grande vigilance, sur la base d'un virus que l'on connaît, d'où les 42 jours d'isolement qui ont été décidés et un objectif qui reste le même, protéger les Françaises et les Français", a-t-elle ajouté sur BFMTV.

Elle a appelé à "ne pas créer de panique", "nous n'en sommes absolument pas à avoir ces discussions-là" comme lors de l'épidémie de Covid-19.

La variante du virus détectée à bord du navire MV Hondius, l'hantavirus Andes, est une souche rare qui peut se transmettre d'homme à homme avec un délai d'incubation pouvant aller jusqu'à six semaines.