Le Brésil est à la recherche d’investisseurs arabes désireux de financer des projets d’infrastructure

Le pays sud-américain est le plus grand exportateur de protéines halal au monde. Des partenariats avec les pays du Golfe pour améliorer les systèmes logistiques du Brésil seraient donc tout à fait naturels. (Photo fournie)
Le pays sud-américain est le plus grand exportateur de protéines halal au monde. Des partenariats avec les pays du Golfe pour améliorer les systèmes logistiques du Brésil seraient donc tout à fait naturels. (Photo fournie)
Short Url
Publié le Lundi 27 février 2023

Le Brésil est à la recherche d’investisseurs arabes désireux de financer des projets d’infrastructure

  • Le pays a ouvert la voie aux investissements privés dans le secteur public au cours des trente dernières années
  • Le Brésil dispose actuellement de nombreux agents locaux qui peuvent apporter une fiabilité supplémentaire aux investisseurs internationaux

SÃO PAULO: Avec de nouveaux gouverneurs et un nouveau président, le Brésil devrait devenir un terreau fertile pour les investisseurs internationaux qui souhaitent financer des projets d’infrastructure. Les pays du Golfe sont bien placés pour participer à ce processus.

Actuellement, plusieurs raisons font du Brésil un lieu propice pour les investissements. Non seulement il doit développer de toute urgence ses systèmes logistiques et ses infrastructures de production d’énergie, mais ses autorités ont également appris, au fil du temps, qu’elles doivent favoriser les partenariats public-privé si elles veulent avoir accès aux fonds nécessaires et accélérer le changement.

Lors du Forum économique mondial (WEF) de Davos en janvier, le ministre brésilien des Finances, Fernando Haddad, a rencontré le ministre saoudien de l’Investissement, Khaled al-Falih. Les deux dirigeants ont discuté de partenariats potentiels.

«Ils disposent de fonds d’investissement et ils portent une attention particulière aux appels à partenariats que le gouvernement brésilien, les États et les municipalités vont désormais initier. C’est une situation positive, car cela permettra de dégager un volume important de fonds», a déclaré M. Haddad après la réunion.

Le gouverneur de São Paulo, Tarcisio de Freitas, a également rencontré M. Al-Falih et lui a présenté, ainsi qu’à Bandar Alkhorayef, ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, le portefeuille d’actifs de l’État.

Au cours du forum, le gouverneur s’est également entretenu avec Mansour ben Ebrahim al-Mahmoud, PDG de la Qatar Investment Authority, et Sultan Ahmed ben Soulayem, PDG de la multinationale émiratie de logistique DP World.

Le ministre brésilien des Finances, Fernando Haddad, discute de partenariats potentiels avec le ministre saoudien de l’Investissement, Khalid al-Falih, lors du Forum économique mondial en janvier. (Photo fournie)
Le ministre brésilien des Finances, Fernando Haddad, discute de partenariats potentiels avec le ministre saoudien de l’Investissement, Khalid al-Falih, lors du Forum économique mondial en janvier. (Photo fournie)

Guilherme Schmidt, associé dans le cabinet d’avocats Schmidt Valois Advogados et expert en projets d’infrastructure, déclare à Arab News: «C’est un moment intéressant pour les investissements potentiels étant donné que les premières années de gouvernement offrent généralement de nouvelles possibilités.»

«Heureusement, le Brésil a appris de ses erreurs passées. Il évitera ainsi de les répéter et de faire fuir les investisseurs.»

Le pays a ouvert la voie aux investissements privés dans le secteur public au cours des trente dernières années. Il n’y a désormais plus de risques politiques pour les agents étrangers dans le pays, déclare Armando Castelar, économiste et expert en infrastructure.

«Le gouvernement fédéral ne provoquera pas de perturbations dans ce domaine. La société brésilienne comprend déjà l’importance des investissements privés», confie-t-il à Arab News.

Le Parti des travailleurs du président, Luiz Inacio Lula da Silva, a critiqué dans le passé les politiques de privatisation initiées par l’ancien président, Fernando Henrique Cardoso (1995-2003).

Toutefois, durant les deux premiers mandats de M. Lula (2003-2010) et les administrations de la présidente Dilma Rousseff (2011-2016), le gouvernement brésilien a collaboré étroitement avec le secteur privé.

«Nous ne devrions pas attendre la privatisation des entreprises publiques pendant le mandat de M. Lula, mais nous aurons plusieurs accords de concession. Mme Rousseff, à titre d’exemple, a ouvert des concessions pour les aéroports», précise M. Castelar.

De nombreuses possibilités de partenariat vont émerger dans les énergies renouvelables et le Brésil dispose déjà d’un solide modèle de concession.

Des projets sont développés pour produire des biocarburants, des appels d’offres pour des centrales éoliennes continueront d’être programmés et l’énergie solaire connaîtra une croissance plus importante.

Le Brésil dispose déjà d’un solide modèle de concession dans les énergies renouvelables. (Photo fournie)
Le Brésil dispose déjà d’un solide modèle de concession dans les énergies renouvelables. (Photo fournie)

Mais les attentes sont plus élevées en matière d’infrastructure logistique. Au mois de janvier, le ministre des Transports, Renan Filho, a annoncé qu’il souhaitait augmenter la participation des chemins de fer dans le système logistique brésilien de 20 à 40% d’ici à 2035.

En avril, a-t-il indiqué, le gouvernement programmera la vente aux enchères d’une nouvelle partie de la concession du chemin de fer d’intégration ouest-est dans l’État de Bahia.

Le gouvernement a également l’intention de reprendre le projet Ferrograo, un chemin de fer qui reliera l’État du Mato Grosso, l’épicentre de l’agro-industrie brésilienne, à l’État du Pará, d’où les expéditions pourront atteindre l’Atlantique par l’intermédiaire du fleuve Tapajos.

Les plans du projet ont été suspendus en raison de préoccupations environnementales, mais M. Filho espère que ces obstacles pourront désormais être résolus et il discutera de la question avec la ministre de l’Environnement, Marina Silva.

«Le domaine des transports présente des défis supplémentaires étant donné que concéder des projets au secteur privé est une démarche assez nouvelle. Parfois, il n’existe pas de modèles établis en ce sens au Brésil», soutient Armando Castelar.

Les ports constituent un autre domaine prometteur. M. De Freitas incite le gouvernement fédéral à lui permettre de privatiser le port de Santos – le plus important du pays.

Le chef de cabinet de M. Lula, Rui Costa, semble disposé à débattre de cette possibilité, tandis que le ministre des Ports et Aéroports, Marcio França, rejette l’idée.

M. França estime cependant qu’un certain nombre de services dans les ports, comme le dragage, peuvent être privatisés.

«Le Brésil compte des dizaines de ports qui pourraient potentiellement être modernisés avec l’aide du secteur privé», rapporte Tamer Mansour, secrétaire général de la Chambre de commerce arabo-brésilienne, à Arab News.

«Nous faisons face à de grandes difficultés étant donné que les ports de Santos et de Paranagua ne peuvent plus répondre aux besoins du commerce entre le Brésil et le Moyen-Orient.»

Le pays sud-américain est le plus grand exportateur de protéines halal au monde. Des partenariats avec les pays du Golfe pour améliorer les systèmes logistiques du Brésil seraient donc tout à fait naturels, souligne M. Mansour, ajoutant que le moment était venu pour faire de tels investissements.

Au cours des quatre dernières années, sous l’administration du président, Jair Bolsonaro, le Brésil a renforcé ses liens avec le Golfe.

M. Bolsonaro a rencontré les autorités du Golfe à différentes occasions et il a signé des accords importants. Le Fonds public d’investissement (PIF) d’Arabie saoudite, à titre d’exemple, a annoncé des investissements d’une valeur de dix milliards de dollars (1 dollar = 0,95 euro) dans différentes régions du Brésil après la visite de Jair Bolsonaro dans le Royaume en 2019.

«Je suis encore plus optimiste avec l’administration actuelle», précise Tamer Mansour, ajoutant que M. Lula «était un grand partenaire des nations arabes lors de ses administrations précédentes. Il œuvrera à intensifier les partenariats et les investissements.»

Le gouvernement brésilien est mieux préparé à accroître la transparence de ses projets, en présentant tous les détails nécessaires en temps voulu, déclare-t-il.

«Je pense que les pays arabes sont prêts à investir davantage dans des pays comme le Brésil. Il y a désormais davantage de stabilité et le bon état d’esprit pour travailler sur des partenariats», poursuit M. Mansour.

L’un des exemples de coopération réussis entre les pays du Golfe et le Brésil dans le domaine des infrastructures est la participation du groupe émirati Mubadala Capital au système de métro de Rio de Janeiro.

Le fonds a acquis une partie de la société en charge du métro en 2017 et il en a pris le contrôle total en 2021.

«La société d’investissement arabe a été très professionnelle et elle a fait un excellent travail. Depuis, on a recouru à ses services pour de nombreux autres projets», déclare M. Schmidt, qui a travaillé sur ce dossier, dans un entretien accordé à Arab News.

Parmi les États brésiliens, non seulement São Paulo, mais aussi Paraná, Rio Grande do Sul et Goiás prendront probablement l’initiative et programmeront des projets d’infrastructure financés par le secteur privé, estime M. Castelar. «Ce sont les États qui ont le plus progressé dans la structuration des modèles de partenariat public-privé», ajoute-t-il.

Tamer Mansour affirme que certains gouverneurs ont assisté à l’Expo 2020 à Dubaï et qu’ils ont entamé le dialogue avec les autorités arabes.

«Ils ont été réélus et la structure de leurs administrations demeure inchangée, ce qui peut donner plus de confiance aux investisseurs», note-t-il.

M. Mansour indique que le Brésil dispose actuellement de nombreux agents locaux qui peuvent apporter une fiabilité supplémentaire aux investisseurs internationaux.

«Quand on parle de mégaprojets, on a toujours besoin de partenaires locaux pour participer aux investissements, de manière directe ou indirecte. Le Brésil dispose d’institutions financières solides qui jouent ce rôle», conclut-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Vision Golfe 2026 confirme son rôle de moteur du partenariat économique entre la France et le CCG

L’événement a été inauguré par Roland Lescure, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ainsi que par Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, aux côtés de Louis Margueritte, directeur général de Business France. (Photo fournie)
L’événement a été inauguré par Roland Lescure, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ainsi que par Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, aux côtés de Louis Margueritte, directeur général de Business France. (Photo fournie)
  • Organisé par Business France, le forum s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour les acteurs économiques souhaitant renforcer les liens commerciaux et d’investissement entre les deux régions
  • L’événement a été inauguré par Roland Lescure, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ainsi que par Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité

PARIS:  L’édition 2025 de Vision Golfe a confirmé son statut de principale plateforme de coopération économique entre la France et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), réunissant à Paris plus de 1 200 participants, parmi lesquels des ministres, de hauts responsables gouvernementaux et des dirigeants d’entreprises de premier plan venus de France et de l’ensemble de la région du Golfe.

Organisé par Business France, le forum s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour les acteurs économiques souhaitant renforcer les liens commerciaux et d’investissement entre les deux régions, dans un contexte marqué par la diversification économique des pays du Golfe et la recherche de nouveaux partenariats stratégiques.

L’événement a été inauguré par Roland Lescure, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ainsi que par Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, aux côtés de Louis Margueritte, directeur général de Business France.

La forte présence de responsables du Golfe a également marqué cette édition. Parmi eux figuraient Son Excellence l’ingénieur Khalid bin Saleh Al-Mudaifer, vice-ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales, Son Excellence Mohammed Abdulrahman Al Hawi, sous-secrétaire au ministère de l’Investissement des Émirats arabes unis, ainsi que Son Excellence Khalid Ebrahim Humaidan, gouverneur de la Banque centrale de Bahreïn. Leur participation a illustré la volonté commune de franchir une nouvelle étape dans la coopération économique entre la France et les pays du CCG.

Tout au long de la journée, les échanges ont porté sur plusieurs secteurs stratégiques appelés à façonner l’économie de demain, notamment l’énergie, l’intelligence artificielle, l’industrie, la santé, la sécurité alimentaire et l’investissement. Plus de 3 500 rencontres d’affaires (B2B) ont été organisées, offrant aux entreprises françaises et du Golfe l’opportunité d’explorer de nouvelles perspectives de collaboration.

Au-delà des discussions, le forum a débouché sur des résultats concrets avec la signature de plusieurs protocoles d’accord stratégiques. Parmi les annonces marquantes figure un partenariat dans le domaine des technologies quantiques entre Quandela et Mekdam Holding Group, illustrant l’intérêt croissant du Golfe pour les technologies de pointe.

Dans le secteur de la sécurité alimentaire, un autre accord a été conclu entre SEMMARIS, gestionnaire du Marché International de Rungis, et Abu Dhabi Food Hub. Cette coopération vise à renforcer les échanges de savoir-faire et à soutenir le développement de chaînes d’approvisionnement alimentaires plus résilientes et innovantes.

Ces accords témoignent du rôle croissant de Vision Golfe en tant que catalyseur de partenariats concrets entre la France et les pays du Golfe. Alors que les économies de la région poursuivent leur transformation dans le cadre de stratégies ambitieuses telles que la Vision 2030 saoudienne ou les plans de diversification économique des Émirats arabes unis et de Bahreïn, le forum apparaît plus que jamais comme un espace privilégié pour construire des collaborations durables, fondées sur l’innovation, l’investissement et la confiance mutuelle.


Troisième édition du « French-Saudi youth business club »: un dialogue portée par l’innovation la culture et la jeunesse

Rahma Alazhrani et Caroline Petroque- Gomer s’exprimant ensemble lors de la rencontre. (Photo Arlette Khouri)
Rahma Alazhrani et Caroline Petroque- Gomer s’exprimant ensemble lors de la rencontre. (Photo Arlette Khouri)
  • Dans le prolongement de l’événement « Vision Golfe », cette rencontre a rassemblé entrepreneurs, institutions et jeunes talents autour d’une ambition commune : construire des partenariats durables tournés vers l’avenir
  • Au cœur des échanges, la transformation profonde engagée par l’Arabie saoudite dans le cadre de la Vision 2030 a occupé une place centrale, comme l’a souligné Axel Baroux, directeur régional de Business France pour le Moyen-Orient

PARIS: La troisième édition du « French-Saudi Business Youth », qui s’est tenue à Paris à l’Institut du monde arabe, a confirmé la vitalité du dialogue entre la France et l’Arabie saoudite.

Dans le prolongement de l’événement « Vision Golfe », cette rencontre a rassemblé entrepreneurs, institutions et jeunes talents autour d’une ambition commune : construire des partenariats durables tournés vers l’avenir.

Au cœur des échanges, la transformation profonde engagée par l’Arabie saoudite dans le cadre de la Vision 2030 a occupé une place centrale, comme l’a souligné Axel Baroux, directeur régional de Business France pour le Moyen-Orient.

« Ce dialogue ne cesse de se renforcer et de se structurer autour de stratégies ambitieuses », a-t-il souligné, en insistant sur le fait que le Royaume connaît « une transformation économique majeure, portée par des projets gigantesques, un développement culturel affirmé et des investissements massifs dans de nombreux secteurs ».

Dans ce contexte, les entreprises françaises disposent d’une opportunité stratégique. Business France joue un rôle clé en facilitant leur implantation, en identifiant les bons partenaires locaux et en accompagnant leur développement sur le long terme.

Les secteurs concernés sont nombreux : infrastructures, énergie, technologies, environnement, mais aussi industries culturelles.

IMA
Le fondateur et président du « French Saudi Hoth Business Club » prononçant un mot d’ouverture. (Photo Arlette Khouri)

La dimension culturelle a également été largement mise en avant. Plusieurs interventions ont rappelé que l’architecture constitue souvent « la première impression qu’un visiteur perçoit d’un pays ».

Elle ne se limite pas à la construction de bâtiments, mais reflète une identité, une histoire et une vision. En Arabie saoudite, les nouveaux projets intègrent cette dimension en cherchant à préserver l’authenticité culturelle tout en accompagnant la modernisation.

Cette approche se traduit par une volonté de créer des espaces où « culture et hospitalité » occupent une place centrale.

Les projets sont conçus pour offrir une expérience globale, mêlant patrimoine, innovation et qualité d’accueil, dans le but de construire des environnements qui ne soient pas seulement fonctionnels, mais également porteurs de sens et d’émotion.

La coopération franco-saoudienne s’inscrit pleinement dans cette logique, et l’expertise française, notamment dans les domaines de l’architecture, du design et de la culture, est perçue comme une source d’inspiration et un partenaire naturel pour accompagner ces transformations.

Par ailleurs, les témoignages d’entrepreneuses engagées dans la cybersécurité ont apporté un éclairage concret sur les conditions de réussite de cette coopération.

Elles ont rappelé que « la cybersécurité repose avant tout sur la confiance : confiance dans les données, dans les outils et dans les partenaires ».

Construire cette confiance suppose de prendre le temps de comprendre les contextes culturels et les modes de fonctionnement de chacun, car « avant de faire du business, il faut comprendre qui nous sommes et avec qui nous travaillons », ont-elles souligné.

Trois idées fortes se dégagent de cette rencontre : la complémentarité des profils, la nécessité de comprendre les contextes et l’importance de la résilience.

Dans un environnement en mutation rapide, tous les projets n’avancent pas au même rythme, mais la persévérance reste essentielle.

Enfin, la jeunesse apparaît comme un moteur fondamental de cette dynamique. Au-delà de l’âge, elle incarne un état d’esprit fait de curiosité, d’ouverture et de capacité d’adaptation. Elle est appelée à jouer un rôle clé dans la construction de passerelles entre les deux pays.


De la sécurité hydrique à l’IA, Vision Golfe trace la prochaine étape de la coopération France-GCC

Short Url
  • Vision Golfe 2026 a mis en lumière l’attention croissante portée par la France et les pays du Golfe à la résilience, à la souveraineté et à la compétitivité, par des discussions consacrées surtout à la sécurité hydrique et à l’intelligence artificielle
  • Au-delà des débats stratégiques, les nombreuses rencontres B2B et B2G ont souligné la volonté du forum de favoriser des partenariats concrets, des investissements et une coopération économique durable

PARIS: La résilience stratégique s’est imposée comme le thème central de la première journée de Vision Golfe 2026, qui a réuni à Paris des décideurs politiques français et du Golfe, des chefs d’entreprise, des investisseurs et des innovateurs afin d’explorer de nouvelles perspectives de coopération dans un environnement mondial de plus en plus complexe.

Placée sous le thème « De la coopération à la transformation », cette édition du forum a mis en avant une ambition commune : dépasser les relations économiques traditionnelles pour construire des partenariats plus profonds, capables de soutenir la compétitivité à long terme, une croissance durable et la souveraineté économique.

Le forum s’est ouvert avec les interventions de Louis Margueritte, directeur général de Business France, des ministres français Roland Lescure et Nicolas Forissier, ainsi que les allocutions de Khalid bin Saleh Al-Mudaifer, vice-ministre saoudien de l’Industrie et des Ressources minérales chargé des affaires minières, et de Jean-Yves Le Drian, ancien ministre français. Tous ont souligné l’importance stratégique croissante de la coopération entre la France et les pays du Golfe dans des domaines allant de l’investissement et du développement industriel à la souveraineté économique et à la croissance de long terme.

Dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques, les ruptures technologiques et les pressions croissantes sur les ressources critiques, les discussions ont porté tout au long de la journée sur les moyens de renforcer la résilience grâce à la coopération dans les domaines de l’investissement, de l’innovation, des infrastructures et du capital humain. 

--
Roland Lescure, ministre français de l’Économie. (Photo fournie)

Compétitivité économique et autonomie stratégique

Un thème récurrent a émergé au fil des échanges : le lien croissant entre compétitivité économique et autonomie stratégique.

Qu’il s’agisse des ressources critiques, des infrastructures numériques, des capacités industrielles ou des chaînes d’approvisionnement, les intervenants ont souligné que la résilience économique dépend de plus en plus de la capacité à réduire les vulnérabilités tout en préservant des partenariats internationaux solides.

La notion de souveraineté dépasse désormais les seules considérations de sécurité pour englober l’accès aux technologies, aux talents, aux financements et à des écosystèmes industriels résilients. 

--
Louis Margueritte, directeur général de Business France. (Photo fournie)

Cette vision élargie de la résilience a constitué le fil conducteur de plusieurs discussions de la journée.

Lors du panel intitulé « Sécurité hydrique, décarbonation et souveraineté : des stratégies intégrées pour une gestion circulaire des ressources », la question de l’eau s’est imposée comme un enjeu central des stratégies économiques.

Les échanges ont montré que la sécurité hydrique n’est plus perçue uniquement comme un défi environnemental ou infrastructurel, mais comme un pilier stratégique du développement économique, de la croissance industrielle, de la sécurité alimentaire et de la résilience climatique.

Le panel réunissait Abdullah Bin Tuwaym, directeur des transactions à la Saudi Water Partnership Company (SHARAKAT), Mohammed Al-Zuabi, directeur général de Marafiq, Luis de Lope, directeur général de SAUR International, et Iheb Triki, cofondateur et directeur général de Kumulus Water.

Les discussions ont porté sur l’évolution des partenariats public-privé, le financement des infrastructures durables, le rôle des technologies numériques dans la gestion des services publics et l’importance croissante de l’économie circulaire dans la gestion des ressources.

Les intervenants ont souligné que les pays du GCC ont fait de la sécurité hydrique une priorité stratégique nationale grâce à des investissements dans le dessalement, le traitement des eaux usées et les infrastructures de services publics avancées. L’attention se porte désormais davantage sur l’efficacité, la réutilisation de l’eau, les technologies décentralisées et le renforcement de la coopération public-privé afin de consolider la souveraineté des ressources à long terme.

Complémentarité des atouts de la France et du Golfe

Ces échanges ont illustré une prise de conscience plus large parmi les acteurs français et du Golfe : la sécurité des ressources est devenue une composante essentielle de la résilience économique.

Si l’eau symbolise le défi de la rareté, l’intelligence artificielle a été présentée comme l’une des plus grandes opportunités de croissance pour les années à venir.

Le panel « IA et technologies émergentes : construire un leadership franco-golfique dans la course mondiale à l’innovation » a examiné la manière dont les deux régions peuvent renforcer leur position dans un environnement technologique mondial de plus en plus compétitif.

Les intervenants ont insisté sur le fait que l’IA n’est plus seulement une question d’innovation. Elle est devenue un facteur stratégique influençant la productivité, la compétitivité industrielle, les services publics et les capacités technologiques nationales.

Les discussions ont mis en évidence la complémentarité des atouts des deux régions. La France apporte des institutions de recherche de premier plan, un savoir-faire industriel et des écosystèmes d’innovation reconnus, tandis que les pays du Golfe disposent de stratégies nationales ambitieuses, d’importantes capacités d’investissement et d’une forte capacité de déploiement à grande échelle.

Selon les participants, un renforcement de la coopération permettrait d’accélérer l’innovation, d’attirer les talents et de consolider la souveraineté technologique à un moment où la compétition mondiale pour les technologies avancées s’intensifie.

La question de la résilience a également occupé une place importante lors du panel « Corridors stratégiques : renforcer la connectivité et la résilience dans la logistique mondiale », animé par Ali Itani, responsable d’Arab News France et Japon.

Réunissant Gérard Mestrallet, envoyé spécial du président de la République française pour le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), Charles-Emmanuel de Beauregard (QNB), Alexandre Joseph (Bahri) et Poul Hestbaek (Folk Maritime Services Company), cette discussion a mis en lumière l’importance croissante des réseaux de transport et de logistique.

Les perturbations récentes du commerce mondial ont révélé les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, poussant gouvernements et entreprises à repenser les flux de marchandises, d’énergie et de ressources stratégiques entre les régions.

Les intervenants ont souligné que les corridors de transport, les routes maritimes et les plateformes logistiques sont désormais considérés comme des actifs stratégiques au service de la sécurité économique et de la compétitivité.

Selon eux, le renforcement de la connectivité entre l’Europe et le Golfe sera essentiel pour soutenir les échanges commerciaux, les investissements et le développement industriel à venir.

Si les discussions ont largement porté sur les technologies, les infrastructures et les ressources, les intervenants ont rappelé à plusieurs reprises que la transformation de long terme repose avant tout sur le capital humain.

Les systèmes éducatifs, le développement des compétences et la formation professionnelle doivent évoluer pour répondre aux besoins d’économies en mutation rapide.

Les participants ont souligné l’importance de préparer les nouvelles générations aux métiers émergents tout en favorisant l’apprentissage tout au long de la vie et l’adaptation des compétences.

Alors que la France et les pays du Golfe poursuivent d’ambitieuses stratégies de diversification économique, le capital humain apparaît comme un levier essentiel de compétitivité et d’innovation. 

--
Des responsables politiques français et du Golfe, des dirigeants d’entreprise, des investisseurs et des innovateurs réunis à Paris à l’occasion de Vision Golfe 2026 pour explorer de nouvelles opportunités de coopération. (Photo fournie)

Parallèlement aux sessions de conférence, une série de rencontres entre entreprises (B2B) et entre entreprises et institutions publiques (B2G) s’est tenue tout au long de la journée, renforçant la dimension concrète et opérationnelle du forum.

Si les discussions ont couvert des sujets aussi variés que la gestion de l’eau, l’intelligence artificielle, la logistique ou encore l’éducation, un même constat s’est imposé lors de cette première journée de Vision Golfe 2026 : la compétitivité économique de demain reposera sur des partenariats plus étroits dans les secteurs stratégiques.

À mesure que le forum se poursuit, l’attention devrait progressivement se déplacer de l’identification des priorités communes vers la mise en œuvre de projets, d’investissements et de collaborations capables de transformer ces ambitions en réalisations concrètes pour la France comme pour les pays du Golfe.