Regain de tension au Sahara occidental: les dessous de la riposte marocaine

Saisissant un contexte diplomatique favorable, le Maroc prend une initiative stratégique: Le 14 novembre 2020, l’armée marocaine mène une opération au point de passage de Guerguerat, qui est une zone tampon et inhabitée à la frontière Sud du Maroc, pour mettre fin à ce que les milices affiliées au Polisario faisaient (depuis le 21 octobre) pour empêcher les personnes et les véhicules chargées de marchandises (surtout les produits maraîchers exportés vers Nouakchott) de circuler librement. (AFP).
Saisissant un contexte diplomatique favorable, le Maroc prend une initiative stratégique: Le 14 novembre 2020, l’armée marocaine mène une opération au point de passage de Guerguerat, qui est une zone tampon et inhabitée à la frontière Sud du Maroc, pour mettre fin à ce que les milices affiliées au Polisario faisaient (depuis le 21 octobre) pour empêcher les personnes et les véhicules chargées de marchandises (surtout les produits maraîchers exportés vers Nouakchott) de circuler librement. (AFP).
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Publié le Jeudi 26 novembre 2020

Regain de tension au Sahara occidental: les dessous de la riposte marocaine

  • Saisissant un contexte diplomatique favorable, le Maroc prend une initiative stratégique: Le 14 novembre 2020, l’armée marocaine mène une opération au point de passage de Guerguerat
  • Face au dynamisme marocain profitant d’une future opportunité pour intervenir, l’Algérie, parrain historique du Front Polisario, semblait immobilisée par la maladie de son président

PARIS: Le conflit du Sahara occidental opposant le Maroc au Front Polisario (soutenu par l’Algérie), l’un des conflits régionaux les plus anciens et les plus tenaces (dès le milieu des années 1970), vient de connaître une flambée de violence après trente ans d’observation à peu près d’un accord de cessez-le-feu. À la suite d’une initiative marocaine ripostant aux agissements du Polisario sur la route reliant le Maroc à la Mauritanie, la crainte d’une recrudescence du conflit s’accentue par le risque de son extension en guerre régionale. Plus grave encore, l’environnement géopolitique instable traversé par les guerres libyennes et le foyer terroriste dans le Sahel, serait pleinement fragilisé par cette tension en l’absence de l’efficacité de l’action de l’Organisation des nations unies (ONU) et de faiblesses d’une diplomatie européenne qui tâtonne à l’encontre de ce conflit chronique.

Saisissant un contexte diplomatique favorable, le Maroc prend une initiative stratégique: Le 14 novembre 2020, l’armée marocaine mène une opération au point de passage de Guerguerat, qui est une zone tampon et inhabitée à la frontière Sud du Maroc, pour mettre fin à ce que les milices affiliées au Polisario faisaient (depuis le 21 octobre) pour empêcher les personnes et les véhicules chargées de marchandises (surtout les produits maraîchers exportés vers Nouakchott) de circuler librement. Aussitôt, le Premier ministre marocain, Saad Eddine el-Othmani, déclare que l'intervention des Forces armées royales dans la région du Guerguerat vient dans le but de «créer une ceinture pour sécuriser la route reliant le Maroc et la Mauritanie afin d’empêcher les milices séparatistes d'atteindre la route civile».

Pour justifier son action, le Maroc accuse le Polisario de violer depuis des années l'accord de cessez-le-feu de 1991 dans cette zone tampon. De son côté, le Front Polisario a interprété cette intervention comme une rupture du cessez-le-feu en décrétant «l’état de guerre». Rappelons que Guerguerat est une zone tampon dans laquelle une force de maintien de la paix des Nations unies effectue des patrouilles régulières. Par le passé, elle a été témoin de tensions entre le «Polisario» et le Maroc, notamment au début de 2017. Depuis, le Front Polisario proteste contre le trafic de transit à travers ce point vers le Maroc, tandis que la partie marocaine considère que la traversée est vitale pour les échanges commerciaux avec l'Afrique subsaharienne.

Juste avant l’opération militaire marocaine, le roi Mohammed VI a échangé des messages avec les Nations unies, la France, les États-Unis, la Mauritanie et d'autres pays «concernés par le dossier», pour les informer du processus visant à «mettre fin à l'obstruction» aux mouvements au passage de la frontière. La démarche marocaine se réfère à un appel de détresse lancé par environ deux cents chauffeurs routiers marocains à Rabat et à Nouakchott, dans lequel ils ont déclaré être bloqués au passage de Guerguerat, après que le «Polisario» les avait empêchés de traverser. En 2016, le goudronnage par la Gendarmerie royale – officiellement pour lutter contre la «contrebande» – de la piste traversant cette zone tampon de cinq kilomètres entre le mur de sable marocain et la frontière mauritanienne avait dû être interrompu à la suite de la mobilisation du Front Polisario.

L’impasse politique

À la fin d’octobre dernier, le Conseil de sécurité a prorogé d’une année le mandat de la Mission des nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), sachant que pendant des décennies, l’ONU a parrainé les efforts visant à trouver une solution politique pour mettre fin au conflit sur le Sahara occidental sans y parvenir.

Alors que la dernière résolution a appelé les parties en conflit à reprendre les négociations, bloquées depuis de nombreux mois, l’escalade sur le terrain prouve la persistance de l’impasse politique.

Selon l’expert Sadek Sellam basé à Paris, le recours de Rabat à l’action militaire et la rupture du statu quo interviennent quasi simultanément avec les décisions de plusieurs pays d’ouvrir des consulats dans la ville contestée et stratégique de Laâyoune (les Émirats arabes unis, la Jordanie) et au soutien franc du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à la marocanité du Sahara. D’autres sources n’excluent pas un lien entre l’acte marocain et un prochain accord de normalisation envisagé entre Rabat et Israël dans le sillage d’une dernière vague à la fin du mandat Trump. En effet, le rapprochement entre les États-Unis et le royaume chérifien, initié depuis l’arrivée de Donald Trump, est aussi un élément déterminant, et il est possible de faire un échange entre la reconnaissance d’Israël par le Maroc, et la reconnaissance par Israël de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

Ces développements prouvent l’influence tentaculaire du royaume chérifien. D’après Khadija Moshen-Finan, spécialiste du Maghreb: «Le Maroc use exceptionnellement de l’action militaire car le roi Mohammed VI mise tout d’abord sur la diplomatie». Ainsi, en engrangeant les soutiens en faveur de la «marocanité» du Sahara occidental, le souverain chérifien persiste dans la stratégie qu’il a décidée d’employer pour gagner ce conflit, et cela depuis le cessez-le-feu de 1991. Concrètement, le rapport des forces diplomatiques n’a cessé ces dernières années de peser en faveur de Rabat et surtout de la part des Européens qui comptent sur lui pour verrouiller les flux migratoires et les aider dans la lutte antiterroriste. De plus, l’analyste tunisien Khalifa Chater classe l’action marocaine comme un acte préventif avant l’installation de l’administration Biden.

La réaction algérienne et les manœuvres régionales et internationales

En plus de ses gains diplomatiques, le Maroc détient l’un des arsenaux militaires les plus importants d’Afrique. Il considère la stabilité future de son environnement comme une priorité stratégique. L’opération marocaine provoque un bouleversement de la donne géopolitique dans ce triangle Maroc-Algérie-Mauritanie, et révèle au grand jour les risques de l’impuissance d’une communauté internationale sur le dossier du Sahara occidental

Face au dynamisme marocain profitant d’une future opportunité pour intervenir, l’Algérie, parrain historique du Front Polisario, semblait immobilisée par la maladie de son président, Abdelmadjid Tebboune, hospitalisé en Allemagne depuis la fin d’octobre.

Mais l’armée algérienne (qui a émis des réserves à l’orientation de la direction politique de la déployer sur les terrains extérieurs), paraît très ferme par rapport au dossier sahraoui, et le traite comme un dossier interne. Parallèlement aux incidents de Guerguerat, des missiles balistiques sophistiqués Iskander auraient été utilisés par l'armée algérienne lors de manœuvres militaires. En réalité, il ne s'agissait pas simplement d'un défilé militaire de routine. Il visait plutôt à démontrer la disposition de l’Algérie à faire face à tout conflit armé dans l'espace occidental de l'Afrique du Nord.

Une fois de plus, le conflit sahraoui continue de peser sur l'Union du Maghreb arabe paralysée depuis de nombreuses années, ainsi que sur la Ligue arabe et l’Union africaine, qui n'ont joué aucun rôle concret et sérieux dans la résolution de la crise du Sahara. Plus grave encore, tout glissement du conflit porte le risque d’une guerre régionale menaçante. Pour remédier à une telle hypothèse, la France a aussitôt appelé à la cessation des hostilités et Bruxelles est allé dans le même sens. Paris, plutôt aligné sur Rabat sur cette question, craint que le Maroc ne profite de faiblesses conjoncturelles de l’Algérie pour imposer un nouveau rapport de forces portant les germes d’une future déstabilisation.

Toutefois, le spécialiste marocain Khaled Sheyat estime: «Le déclenchement de la guerre dans le champ étroit de Guerguerat ne sera pas stratégique, car il s'agit d'une arène ouverte et proche des frontières mauritaniennes, et donc il est difficile pour le Polisario de continuer les hostilités dans ce domaine étroit… Le Maroc ne veut pas entrer dans un vaste conflit militaire pour des considérations stratégiques, mais il doit élargir par des coups ciblés la sphère d'influence pour faire rétrécir la zone du Polisario vers Tindouf et l'Algérie tout en évitant la guerre directe avec l’Algérie.»

Sur le plan des réactions internationales, l'élargissement du conflit est un sujet de préoccupation pour les pays européens et l’ONU, considérant qu'il conduit à la déstabilisation de la région et au renforcement ainsi qu’à l’extension des mouvements terroristes du nord du Mali à la région, ce qui menace la stabilité et les intérêts de beaucoup d’acteurs concernés.

Dans tous les cas, le Maroc se montre déterminé à gagner cette séquence diplomatique et consolider ce gain militaire pour améliorer les opportunités de développement, d'investissement et d'ouverture à l’Afrique. Pour cela, les frontières protégées avec la Mauritanie sont la garantie pour se déployer dans son domaine vital africain.


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".


L'Iran écarte tout compromis après le rejet de sa proposition par Trump

L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle". (AFP)
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  • "Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs"
  • Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public

TEHERAN: L'impasse diplomatique se prolonge au Moyen-Orient: le pouvoir iranien a écarté mardi l'idée d'amender ses propositions pour mettre durablement fin à la guerre, qui sont jugées par le président Donald Trump comme bonnes "à mettre à la poubelle".

"Il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les droits du peuple iranien, tels qu'établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu'à une succession d'échecs", a écrit sur X le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf, plus d'un mois après l'instauration d'une trêve précaire.

Celui qui est aussi président du Parlement a interpellé les négociateurs américains, estimant que "plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix", au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.

Ces déclarations sonnent comme une réponse à Donald Trump qui avait dénigré la veille les propositions iraniennes et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade "sous assistance respiratoire", avec "1% de chances" de survie.

"Donner une leçon" 

Le contenu de la proposition américaine initiale n'a pas été rendu public.

Selon certains médias, elle contient un protocole d'accord pour mettre fin aux combats, qui ont fait des milliers de morts depuis le début de la guerre le 28 février, et établir un cadre de négociations sur le dossier du nucléaire iranien.

Dans sa réponse, l'Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban où les tirs d'Israël et du Hezbollah pro-iranien ne cessent pas en dépit d'un autre cessez-le-feu. Mardi, deux secouristes sont morts dans une frappe israélienne dans le sud, selon la Défense civile libanaise.

Téhéran demande également l'arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine et le dégel des avoirs iraniens détenus à l'étranger, selon le ministère des Affaires étrangères.

"Si l'ennemi ne se plie pas aux exigences légitimes et définitives de la nation iranienne sur le terrain diplomatique, il doit s'attendre à voir ses défaites se répéter sur le champ de bataille", a prévenu le porte-parole du ministère iranien de la Défense, Reza Talaei-Nik, cité par l'agence Irna.

Pression américaine sur Pékin 

Côté américain, Donald Trump a brandi la menace d'une relance de son opération de protection des navires pour franchir le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran.

Une situation qui désespère Maryam, une peintre téhéranaise de 43 ans: elle raconte à une journaliste de l'AFP basée à Paris "vivre au jour le jour" car "le futur est très incertain".

Les regards sont désormais tournés vers la visite à Pékin prévue à partir de mercredi du président Trump, qui doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

Selon l'administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine, principal importateur du pétrole iranien, use de son influence sur l'Iran.

Donald Trump a dit s'attendre à une "longue conversation" avec Xi sur la guerre.

La quasi paralysie du détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, fait à nouveau grimper les cours de l'or noir mardi, à plus de 107 dollars le baril (+3,25%) pour le Brent de la mer du Nord, référence internationale, vers 14H00 GMT.

"L'Iran ne devrait pas utiliser le détroit comme une arme pour faire pression", a dénoncé cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, Premier ministre du Qatar, en première ligne face à ce blocage.

29 milliards de dollars 

"Le levier d'Ormuz est essentiel", analyse Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa, pour qui Téhéran estime que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. D'autant que le Pentagone vient de réévaluer à la hausse le coût de cette guerre à près de 29 milliards de dollars.

L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a par ailleurs révélé, au détour d'une conférence, qu'Israël avait envoyé aux Emirats arabes unis des systèmes de défense antiaérienne pendant cette guerre où les pays du Golfe ont été ciblés par l'Iran quasi-quotidiennement.

Au Liban, un nouveau bilan du ministère de la Santé libanais fait état de 380 morts dans des frappes israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 17 avril.

De nouvelles discussions censées ouvrir la voie à des négociations de paix doivent se tenir jeudi et vendredi à Washington entre les deux pays.

Mais le chef du Hezbollah Naïm Qassem a affirmé mardi que la question du désarmement de sa formation, exigé par Israël, ne faisait pas partie des "négociations avec l'ennemi" auxquelles le mouvement chiite est opposé.