L’artiste irako-kurde Hayv Kahraman étudie de quelle manière la compréhension de la microbiologie peut aider à faire face aux traumatismes

Hayv Kahraman. (Photo fournie)
Hayv Kahraman. (Photo fournie)
Short Url
Publié le Jeudi 23 mars 2023

L’artiste irako-kurde Hayv Kahraman étudie de quelle manière la compréhension de la microbiologie peut aider à faire face aux traumatismes

  • «En tant que qu’immigrante, réfugiée, “autre” à bien des égards, je pense constamment à la différence», confie Hayv Kahraman
  • «Je voulais que, en entrant, les spectateurs aient l’impression d’être à l’intérieur du corps et que cela soit réconfortant», explique l’artiste

DUBAÏ: La dernière exposition de Hayv Kahraman, une artiste irako-kurde qui habite à Los Angeles, présentée à la galerie The Third Line de Dubaï, s’intitule «Gut Feelings: Part II» («Gut feelings» signifie à la fois «sensations de l’intestin» et, au sens figuré, «intuitions», NDLR). Ce titre est à la fois instructif – la majorité des œuvres représentent une figure féminine avec un nœud d’entrailles qui déborde d’une partie de leur corps – et allusif, puisque le spectacle s’inspire des recherches exhaustives de l’artiste sur le microbiome intestinal et ses effets sur notre santé mentale et physique; il se fonde en outre sur les propres expériences de traumatisme de l’artiste. Les images se révèlent à la fois troublantes, drôles et réconfortantes.

L’influence la plus immédiate de la vie de l’artiste sur ce travail est le diagnostic de cancer du poumon de sa mère, dont elle a pris connaissance en 2018.

«C’est à ce moment que j’ai commencé à m’informer sur les biosciences et sur l’immunologie», confie-t-elle à Arab News. «Ma mère était naturopathe, elle a essayé beaucoup de médecines douces. Si ma mère était en vie, elle aurait contribué de manière considérable à mon travail. Et c’est pour moi un moyen de me rapprocher d’elle. Tout est en lien avec ce travail.»

«J’ai commencé par l’immunologie et j’ai été surprise par le caractère militariste du langage. Vous “combattez le cancer”. Vous êtes constamment en guerre avec votre corps. Pourquoi ne pouvons-nous pas le considérer davantage comme une aventure plutôt qu’une situation contre laquelle nous devrions nous battre? J’ai vivement réagi à cette sémantique», poursuit-elle.

«De l’immunologie, je suis passée à la microbiologie, ce qui a donné naissance à cette exposition. C’est à ce moment que j’ai commencé à explorer le domaine en profondeur», explique l’artiste. «Il existe des écosystèmes de microbiote partout dans notre corps; à l’intérieur, à l’extérieur et tout autour. Il y a quelque chose qu’on qualifie d’“aura du microbiote”. En ce moment, alors que nous sommes assis l’un à côté de l’autre, mon microbiote se mélange au vôtre, ce qui est tout simplement magnifique, puisque toutes ces notions de “nous et eux” – ces dichotomies – s’effondrent. J’ai découvert – et cela a été époustouflant – que notre corps avait un ratio de 1 pour 1 de cellules humaines et de cellules microbiennes. Alors, où est-ce que “vous” commencez et où est-ce que “vous” finissez? Vous êtes également autre: microbe, germe, sale. En tant que qu’immigrante, réfugiée, “autre” à bien des égards, je pense constamment à la différence. Donc avec les microbes, j’ai pensé: “Oh, ce sont mes amis.”»

img 1
Hayv Kahraman, Feeding on entanglements, 2022. (Photo fournie)

L’artiste est née en 1981 et elle a grandi à Bagdad. Sa mère travaillait pour les Nations unies et son père était professeur à l’université. «Mes parents étaient très libéraux. Nous avions une petite salle de jeu dans notre maison que nous avions la liberté de peindre: murs, plafond, portes. C’était très stimulant. Cette pièce était remplie de toutes sortes d’histoires – nos préoccupations, les événements que nous voulions célébrer…», se souvient-elle.

Ses parents avaient également l’habitude d’organiser des soirées auxquelles assistaient des créateurs irakiens. «Je m’asseyais dans la pièce voisine et je faisais de la peinture gestuelle rapide. De temps en temps, l’un des artistes entrait, contemplait ma peinture et me faisait une petite critique. C’était exceptionnel pour moi de recueillir plusieurs avis», précise-t-elle. «C’était une étape essentielle de ma vie.»

La famille a fui l’Irak vers la Suède après la première guerre du Golfe, lorsque l’artiste avait 10 ans. Ils sont arrivés en tant que réfugiés sans papiers et ont finalement obtenu l’asile. «Je suis passée par un processus d’assimilation à mon arrivée; je voulais désespérément devenir suédoise et appartenir à la société», raconte-t-elle. «Et quand cela vous arrive, vous êtes privé de la personne que vous pensiez être vraiment. J’ai tout fait pour devenir suédoise. Je me suis teint les cheveux, j’avais un accent parfait, donc je n’avais pas l’air d’une immigrante. C’est une démarche très violente à subir, parce que vous effacez réellement une partie de vous. C’est quelque chose que je revisite constamment dans mon travail. Je tiens absolument à ne pas être effacée. “Je suis là. J’existe. Écoutez-moi. Regardez-moi.”»

img 1
Hayv Kahraman, Neurobust, 2022. (Photo fournie)

C’est pour cela, explique-t-elle, que la figure féminine de Gut Feelings: Part II revient souvent dans son travail. Elle a d’abord été créée en Italie, où l’artiste a emménagé à l’occasion d’un stage comme bibliothécaire dans une école d’art. Il y a cependant eu de nombreuses «transmutations» de la figure. En 2007, par exemple, au plus fort de la violence sectaire qui sévissait en Irak, alors que des milliers de personnes y mouraient chaque jour, l’artiste venait de s’installer à Phoenix, en Arizona. «J’étais rongée par la culpabilité à l’idée de me trouver dans ce pays qui était actuellement en guerre contre le mien. Donc, les œuvres étaient très violentes. Il y avait des femmes qui s’immolaient par le feu, d’autres qui se pendaient...» Elle était également victime d’une relation abusive à cette époque, même si elle confie qu’il lui a fallu de nombreuses années pour s’en rendre compte. «Cela s’est manifesté dans mon travail.»

Il n’est pas surprenant que cette artiste qui a vécu tant de traumatismes ait eu tendance à manifester ce côté «très sombre» et à être régulièrement obsédée par certains sujets, comme les microbes.

«Si je le pouvais, je vivrais simplement dans mes obsessions», confie-t-elle encore. «Mon travail consiste à naviguer à travers les événements – traumatismes et obsessions. Pourquoi suis-je obsédée par le microbiome, la santé et le torshi (betterave fermentée très présente dans l’exposition et riche en «bonnes» bactéries)? Ma mère faisait des torshi quand nous étions enfants et nous peignions avec. Je n’ai pas fait le lien consciemment entre ces deux faits au début. La recherche universitaire est venue d’abord. Et puis je me suis dit: “Oh, mon Dieu, oui! C’est bien la raison pour laquelle je suis là…”»

Elle souligne que si son art lui sert de thérapie, il lui procure également beaucoup de joie. On trouve aussi, d’ailleurs, de la légèreté dans l’exposition. En effet, le déversement de tripes de style bande dessinée a un certain attrait humoristique.

«J’essaie de canaliser cette légèreté. Je pense que je parviens à saisir un bon équilibre entre le vraiment grotesque et… je ne dirais pas la beauté, parce que c'est subjectif. Je dirais… la connexion, peut-être», indique-t-elle. «Je voulais que, en entrant, les spectateurs aient l’impression d’être à l’intérieur du corps et que cela soit réconfortant – qu’ils ressentent la compassion et la guérison et qu’ils perçoivent cet endroit comme un espace sûr.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Tom Holland livre sa meilleure performance à ce jour dans « Spider-Man: Brand New Day »

Tom Holland dans le rôle de Peter Parker dans « Spider-Man: Brand New Day ». (Photo fournie)
Tom Holland dans le rôle de Peter Parker dans « Spider-Man: Brand New Day ». (Photo fournie)
Short Url
  • Tom Holland livre sa performance la plus aboutie dans un Spider-Man plus sombre, vulnérable et profondément humain
  • Grâce à la réalisation de Destin Daniel Cretton, le film renouvelle la franchise avec une approche émotionnelle, portée par une excellente alchimie entre Holland et Zendaya

DUBAÏ : « Spider-Man: Brand New Day » est l'épisode le plus sombre et le plus introspectif à ce jour consacré au sympathique héros de quartier de Marvel. Destin Daniel Cretton (« Short Term 12 », « Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux », « Wonder Man ») s'impose comme un choix étonnamment parfait pour ce virage tonal. Depuis longtemps salué pour son travail avec les acteurs dans des drames intimistes, Cretton apporte cette même sensibilité à une superproduction, permettant à Tom Holland de livrer une interprétation brute et profondément incarnée qui entraîne le personnage dans des territoires véritablement troublants.

Dans la continuité des séquelles émotionnelles de « No Way Home », le film retrouve Peter Parker dans un état de profond déracinement. Avec l'aide de Doctor Strange, il a effacé des mémoires du monde entier le secret de son identité. Son meilleur ami, Ned Leeds (Jacob Batalon), et l'amour de sa vie, MJ (Zendaya), poursuivent désormais leur existence comme s'il n'avait jamais existé. Le cœur brisé et totalement seul, Parker consacre ses jours et ses nuits à combattre le crime, comme si l'épuisement pouvait combler le vide laissé par sa vie d'autrefois.

Le récit s'appuie pleinement sur cette solitude, qui devient le moteur thématique central du film. Le scénario interroge Peter Parker sur ce qu'il se refuse à vivre lorsqu'il choisit d'ignorer ce qui le rend profondément humain : ses relations avec les autres. Et à mesure qu'il se replie sur lui-même, son corps comme son esprit commencent à se transformer d'une manière qu'il ne maîtrise plus totalement. C'est une métaphore audacieuse du choix du confort de la solitude face à l'inconfort de l'intimité et du changement, flirtant avec le body horror et le thriller psychologique. Mais la mise en scène maîtrisée de Cretton et la vulnérabilité de Holland empêchent l'ensemble de basculer dans le ridicule.

Pendant ce temps, Spider-Man affronte un tout nouvel adversaire, capable de prendre possession du corps de simples civils et déterminé à mettre la main sur un élément conservé au sein de l'agence gouvernementale Damage Control, dirigée par William « Bill » Metzger, brillamment incarné par Tramell Tillman, révélé dans « Severance ». Peter reçoit également l'aide de quelques visages familiers — dont nous ne révélerons pas l'identité — tandis qu'un nouveau personnage fait son apparition, interprété par Sadie Sink (« Stranger Things »). L'actrice s'empare pleinement de son rôle, qui bouleverse la franchise de façon spectaculaire.

Si Tom Holland signe une prestation remarquable, tout en justesse et en intensité, Zendaya brille tout autant dans la peau d'une MJ désormais adulte. La complicité entre les deux acteurs est toujours aussi évidente, et chacune de leurs scènes dégage une énergie irrésistible.

Au final, Destin Daniel Cretton signe l'un de ces rares films de super-héros qui paraissent profondément humains, tandis que Tom Holland livre sans doute sa meilleure interprétation de Peter Parker à ce jour. Si vous hésitez encore à acheter votre billet en vous demandant si vous avez vraiment besoin d'un nouveau film de super-héros, n'hésitez plus. Faites le grand saut. Faites confiance à Spider-Man pour amortir votre chute. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le DJ français Kavinsky retrouvé mort à son domicile à Paris

Le DJ Kavinsky, une des figures de la scène électro française, a été retrouvé mort à son domicile à Paris, a indiqué mercredi le parquet, sollicité par l'AFP, confirmant une information du Parisien. (AFP)
Le DJ Kavinsky, une des figures de la scène électro française, a été retrouvé mort à son domicile à Paris, a indiqué mercredi le parquet, sollicité par l'AFP, confirmant une information du Parisien. (AFP)
Short Url
  • Kavinsky, Vincent Belorgey de son vrai nom, aurait fêté ses 51 ans le 31 juillet
  • Cet artiste emblématique de la French Touch était notamment célèbre pour son titre "Nightcall", repris avec le groupe pop-rock Phoenix et la star belge Angèle pendant les Jeux olympiques de Paris en 2024

PARIS: Le DJ Kavinsky, une des figures de la scène électro française, a été retrouvé mort à son domicile à Paris, a indiqué mercredi le parquet, sollicité par l'AFP, confirmant une information du Parisien.

Le parquet a précisé qu'"une enquête en recherche des causes de la mort" avait été ouverte, "afin de déterminer l'origine du décès, aucun élément suspect n'ayant été découvert sur place par les services primo-intervenants", mardi soir.

Kavinsky, Vincent Belorgey de son vrai nom, aurait fêté ses 51 ans le 31 juillet.

Cet artiste emblématique de la French Touch était notamment célèbre pour son titre "Nightcall", repris avec le groupe pop-rock Phoenix et la star belge Angèle pendant les Jeux olympiques de Paris en 2024.

"Avec la disparition soudaine de Kavinsky, la France perd l'une de ses voix les plus singulières. Du film +Drive+ aux JO de Paris, le monde entier avait vibré sur +Nightcall+. À la fois dansante et nostalgique, sa musique continuera de traverser les générations et les frontières", a réagi sur X la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Pianiste autodidacte né en Seine-Saint-Denis, Kavinsky s'est lancé au début des années 2000, assurant notamment des premières parties de Daft Punk et se produisant aux côtés d'autres nouveaux noms de la scène électro, comme SebastiAn. Mais le grand tournant de sa carrière reste "Nightcall", ce tube synthwave à l'ambiance assombrie et au tempo ralenti, qui a fait partie de la bande originale de "Drive", thriller à succès avec Ryan Gosling.


Guggenheim Abu Dhabi fixe sa date d’ouverture en décembre

Short Url
  • Le Guggenheim Abu Dhabi ouvrira le 11 décembre, marquant une nouvelle étape dans le développement d’Abu Dhabi comme destination culturelle mondiale
  • Situé dans le quartier culturel de Saadiyat, le musée mettra à l’honneur l’art moderne et contemporain à travers une collection mêlant perspectives régionales et internationales

DUBAÏ : Le Guggenheim Abu Dhabi ouvrira officiellement ses portes le 11 décembre de cette année, a annoncé mardi le Département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi.

Cette ouverture marque une étape majeure dans les efforts de l’émirat pour s’imposer comme une destination mondiale de l’art et de la culture.

Le musée d’art moderne et contemporain servira de plateforme d’échange artistique, avec pour ambition de présenter des perspectives mondiales variées tout en mettant en valeur les récits des Émirats arabes unis et de la région. Conçu pour susciter la curiosité autour de l’art moderne et contemporain, il entend mobiliser les nouvelles générations à travers des expositions, des programmes éducatifs et un dialogue culturel.

Situé dans le quartier culturel de Saadiyat, le Guggenheim Abu Dhabi rejoindra le Louvre Abu Dhabi, le Musée national Zayed, le Musée d’Histoire naturelle d’Abu Dhabi et teamLab Phenomena Abu Dhabi, renforçant ainsi le statut du quartier comme l’un des principaux pôles culturels au monde.

Membre du réseau de musées Guggenheim, qui comprend notamment ceux de New York, Venise et Bilbao, l’établissement d’Abu Dhabi a été développé avec une identité propre, ancrée dans l’histoire de l’émirat en tant que carrefour du commerce et des cultures.

Mohamed Khalifa Al-Mubarak, président du Département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi, a déclaré : « Le Guggenheim Abu Dhabi représente un moment décisif dans notre parcours culturel. Le musée est le fruit de la conviction profonde de l’émirat que la culture constitue le lien le plus durable entre les peuples et un pilier essentiel des sociétés tournées vers l’avenir. Il apporte de nouvelles perspectives sur l’art moderne et contemporain, en mettant en lumière des œuvres venues des quatre coins du monde.

En tant qu’élément clé du quartier culturel de Saadiyat, le musée créera de nouvelles opportunités de transformation en matière d’apprentissage, de créativité et d’échanges culturels, inspirant les générations futures à explorer leur propre potentiel. Ici, chacun trouvera sa place et pourra se reconnaître dans les récits racontés par le musée, en découvrant des idées et des voix artistiques venues du monde entier. »

La Dre Mariet Westermann, directrice générale de la Fondation Solomon R. Guggenheim, a déclaré : « La Fondation Guggenheim est fière et heureuse d’être un partenaire de longue date du Département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi dans la création d’un musée d’art contemporain d’une ambition et d’une envergure exceptionnelles. La collection du musée est à la fois profondément ancrée dans son territoire et résolument internationale, centrée sur la région tout en réunissant des œuvres provenant de tous les continents. À travers les nombreuses histoires qu’il racontera et fera découvrir, le Guggenheim Abu Dhabi sera une source d’émerveillement, un lieu de rencontre et un espace de curiosité et de joie pour les habitants des Émirats arabes unis comme pour les visiteurs du monde entier. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com