Au Koweït, les crises politiques à répétition se répercutent sur l'économie

Le président du parlement koweïtien, Marzouq al-Ghanim, s'exprime lors d'une conférence de presse à l'assemblée nationale à Koweït City, le 21 mars 2023. La Cour constitutionnelle du Koweït a annulé les élections législatives de l'année dernière et a décidé de rétablir le parlement précédent. (Photo Yasser Al-Zayyat / AFP)
Le président du parlement koweïtien, Marzouq al-Ghanim, s'exprime lors d'une conférence de presse à l'assemblée nationale à Koweït City, le 21 mars 2023. La Cour constitutionnelle du Koweït a annulé les élections législatives de l'année dernière et a décidé de rétablir le parlement précédent. (Photo Yasser Al-Zayyat / AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 26 mars 2023

Au Koweït, les crises politiques à répétition se répercutent sur l'économie

  • Signe de sa perte d'attractivité, le Koweït a été classé dernier parmi les 52 destinations prisées des expatriés dans l'enquête annuelle de l'organisation Internations en 2022, tandis que les Emirats ont décroché la 6e place
  • Les tensions permanentes entre l'exécutif et les parlementaires, qui ont abouti à une valse de gouvernements et la dissolution de l'Assemblée à deux reprises ces dix dernières années, ont entravé toute tentative de réformes et refroidi l'appétit des inves

DUBAÏ : Les crises politiques à répétition au Koweït se répercutent sur l'économie et affectent les services de base de ce pays riche en pétrole, suscitant des inquiétudes au sein de la population.

Assis sur près de 7% des réserves mondiales de brut, les Koweïtiens se plaignent régulièrement de la détérioration des infrastructures et des services publics dans ce pays de près de 4,5 millions d'habitants, dont le fonds souverain est l'un des plus importants au monde.

«Je suis très inquiet pour ma famille, l'avenir de mes enfants, leur éducation et ma santé, car les hôpitaux ne m'offrent pas de soins de qualité, même si j'ai les moyens», déplore l'homme d'affaires Ahmed al-Sarraf.

Ce constat tranche avec la situation des petits Etats voisins, comme les Emirats arabes unis ou le Qatar, où la qualité de vie s'est nettement améliorée ces dernières années grâce à l'afflux d'investissements étrangers.

Monarchie la plus démocratique du Golfe, le Koweït était «un pays libéral et innovant dans les années 1980 (...) mais nous nous sommes éteints, tandis que les pays autour de nous se sont développés», se désole cet ancien banquier.

Signe de sa perte d'attractivité, le Koweït a été classé dernier parmi les 52 destinations prisées des expatriés dans l'enquête annuelle de l'organisation Internations en 2022, tandis que les Emirats ont décroché la 6e place.

- Valse de gouvernements -

Contrairement aux autres monarchies du Golfe, le Koweït est doté d'une vie politique active et d'un Parlement puissant, même si les clés du pouvoir restent essentiellement aux mains de la famille régnante des Al Sabah.

Les ministres issus de la famille royale sont souvent pris à partie par les élus qui les accusent de mauvaise gestion, voire de corruption.

Mais les tensions permanentes entre l'exécutif et les parlementaires, qui ont abouti à une valse de gouvernements et la dissolution de l'Assemblée à deux reprises ces dix dernières années, ont entravé toute tentative de réformes et refroidi l'appétit des investisseurs.

Dernier épisode en date, la Cour constitutionnelle a invalidé le 19 mars les élections législatives de 2022, rétablissant le Parlement précédent.

Les «problèmes de gouvernance» au Koweït se traduisent «par un malaise systémique, des échecs de planification et des difficultés sociales croissantes», souligne la chercheuse Kristin Diwan, du Arab Gulf States Institute à Washington.

Le pays a «très peu de dette, le plus grand fonds souverain au monde en pourcentage du PIB, et les plus grandes réserves de pétrole au monde rapportées à la population», rappelle l'économiste Justin Alexander.

Mais «les dysfonctionnements politiques des dernières années l'ont empêché de prendre les mesures douloureuses nécessaires pour contrôler la hausse des dépenses, générer des revenus non pétroliers et diversifier son économie», ajoute ce spécialiste des pays du Golfe.

Le pays, qui a accusé d'importants déficits durant la pandémie de Covid-19, a bénéficié l'année dernière de la remontée des cours du brut, qui génèrent 90% de ses revenus.

Le projet de budget 2023-2024 soumis en janvier, qui table sur un prix moyen du baril à 70 dollars, prévoit toutefois un déficit de plus de 16 milliards de dollars, contre un excédent de 4,4 milliards attendus pour l'exercice en cours, selon l'agence Bloomberg.

Alors que la plupart des régimes autocratiques voisins, portés par une nouvelle génération de dirigeants, multiplient les projets pour réduire leur dépendance à l'or noir, le Koweït, dirigé par le prince héritier Mishal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, âgé de 82 ans, peine à mettre en œuvre un plan de réformes adopté en 2018.

- «Revendications populistes» -

Le dernier gouvernement avait promis de s'attaquer aux dossiers importants comme les projets de développement et la lutte contre la corruption, mais il a démissionné le 23 janvier, trois mois seulement après sa formation.

Le Parlement s'apprêtait alors à voter une proposition de loi controversée demandant à l'Etat de couvrir les prêts à la consommation et les prêts personnels contractés par les Koweïtiens, au grand dam du gouvernement qui jugeait la mesure trop coûteuse.

«Comme dans de nombreuses démocraties occidentales, le système quasi parlementaire du Koweït est aux prises avec des divisions sociales et des revendications populistes», souligne la chercheuse Kristin Diwan.

«La politique au Koweït a besoin d'être remise à zéro», a écrit l'analyste koweïtien Bader el Saif sur Twitter, au lendemain de l'invalidation des élections. Il plaide pour «un dialogue national et à une nouvelle constitution».


Incendie dans une raffinerie du Koweït après des attaques de drones

 Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne. (AFP)
Short Url
  • "La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités"
  • En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe

DUBAI: Un incendie s'est déclaré vendredi dans une raffinerie de la compagnie pétrolière nationale du Koweït après des attaques de drones, a indiqué l'agence de presse officielle koweïtienne.

"La raffinerie Mina Al-Ahmadi, appartenant à la Kuwait National Petroleum Company (KNPC) a été la cible tôt ce matin de plusieurs attaques hostiles de drones, provoquant des incendies dans certaines de ses unités", selon l'agence, après une attaque la veille sur cette infrastructure qui avait déjà provoqué un incendie.

En représailles à l'offensive conjointe des Etats-Unis et d'Israël débutée le 28 février, Téhéran a intensifié ces derniers jours ses frappes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.

L'attaque de vendredi sur la raffinerie Mina Al-Ahmadi n'a pas fait de victime mais a entraîné la fermeture de plusieurs unités du site, tandis que les pompiers tentent de contenir l'incendie, selon l'agence officielle koweïtienne.

Dans les autres pays du Golfe, les Emirats arabes unis ont dit vendredi répondre à des attaques de missiles et de drones, et le Bahreïn avoir maîtrisé l'incendie d'un entrepôt causé par des éclats provenant d'une "agression iranienne".

En Arabie saoudite, le ministre de la Défense saoudien a dit qu'en l'espace de deux heures, plus d'une douzaine de drones ont été "interceptés et détruits" dans l'est du pays et un autre dans le nord.

 

 


L'Arabie saoudite abat plusieurs drones alors que les attaques iraniennes se poursuivent

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent. (AFP)
Short Url
  • Le Koweït, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont également signalé qu'ils étaient confrontés à des tirs de missiles et à des menaces de drones
  • La raffinerie du port de Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau fait l'objet d'attaques iraniennes

RIYAD: Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont intercepté et détruit 26 drones depuis le début de la journée de vendredi, a confirmé le ministère de la Défense du pays, alors que les attaques aériennes contre les pays du Golfe se poursuivent.

Les autorités du Koweït et des Émirats arabes unis ont déclaré qu'elles étaient également confrontées à des tirs de missiles et à des menaces de drones.

La raffinerie portuaire Mina Al-Ahmadi de la Kuwait Petroleum Corporation a de nouveau été la cible d'attaques de drones iraniens, qui ont provoqué un incendie dans plusieurs de ses unités. Aucun blessé n'a été signalé.

Les pompiers tentent de maîtriser l'incendie dans l'installation, et certaines unités ont été fermées par précaution, a rapporté l'agence de presse nationale UNA.

Le ministère de l'intérieur de Bahreïn a déclaré que des éclats d'obus provenant de ce qu'il a décrit comme une "agression iranienne" ont déclenché un incendie dans un entrepôt, qui a été maîtrisé sans qu'aucun blessé ne soit à déplorer.

Selon le ministère saoudien de la défense, la majorité des drones ont été abattus au-dessus de la province orientale, où se trouvent les principales raffineries de pétrole du royaume, tandis qu'un autre a été intercepté au-dessus de la province septentrionale d'Al Jouf.

Cette nouvelle vague d'attaques survient un jour après qu'un drone a frappé une raffinerie de pétrole saoudienne sur la mer Rouge et provoqué des incendies dans deux autres installations au Koweït, alors que l'Iran intensifie sa campagne contre les infrastructures énergétiques du Golfe.

Ces frappes font suite aux dommages importants subis mercredi à Ras Laffan - la vaste plate-forme de gaz naturel du Qatar et la plus grande au monde - après que l'Iran a riposté aux frappes aériennes israéliennes sur son champ gazier de South Pars.

Ces derniers chiffres portent le nombre total de frappes de drones visant l'Arabie saoudite à au moins 503 depuis le 28 février, selon un décompte basé sur les rapports du ministère de la défense. Outre les drones, les défenses aériennes saoudiennes ont intercepté 42 missiles balistiques et sept missiles de croisière au cours de la même période, ce qui souligne la nature soutenue et variée de la campagne aérienne menée contre le royaume.


L'Iran en passe d'être «décimé», assure Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures. (AFP)
Short Url
  • L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu
  • "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré jeudi que l'Iran était en passe d'être "décimé", près de trois semaines après le début d'une guerre qui a fait flamber les prix des hydrocarbures.

"Après 20 jours, je peux vous annoncer que l'Iran n'a aujourd'hui plus la capacité d'enrichir de l'uranium et qu'il n'a plus la capacité de produire des missiles balistiques", a déclaré M. Netanyahu, lors d'une conférence de presse télévisée.

En lançant une offensive contre Téhéran avec Israël le 28 février, Donald Trump avait d'abord dit que son objectif était d'éliminer la menace nucléaire iranienne, bien qu'il ait affirmé avoir détruit ce programme dans des frappes de juin 2025.

D'après le Premier ministre israélien, l'arsenal de missiles, drones et lanceurs de Téhéran est aujourd'hui fortement amoindri.

L'Iran est "en train d'être décimé" et Israël "gagne la guerre", a lancé Benjamin Netanyahu. "Je pense aussi que cette guerre va se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent", a-t-il ajouté, sans préciser les délais envisagés.

Si Washington n'a pas non plus fixé d'échéance à ses opérations militaires, le président Trump a assuré jeudi qu'il ne déployait "pas de troupes".

Raffineries touchées 

Conséquence des frappes massives jeudi sur des sites de production d'hydrocarbures dans le Golfe, le baril américain WTI, en hausse de plus de 5% jeudi, est brièvement repassé au-dessus de 100 dollars.

Le gaz européen s'est lui envolé (jusqu'à +35%), tandis que les Bourses européennes terminaient en forte baisse tout comme le Dow Jones et le Nasdaq à New York.

Parmi les installations visées: Ras Laffan, premier site de production de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar, où une attaque iranienne a fait des "dommages considérables", selon Doha.

Le Qatar juge que les attaques vont réduire sa capacité d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17%.

Deux raffineries au Koweït ont par ailleurs été ciblées par des drones, tout comme une raffinerie saoudienne à Yanbu, sur la mer Rouge.

Ces attaques répondent à celles, la veille, du site de South Pars/North Dome, la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée par Téhéran et Doha.

L'Iran, qui dit viser le Golfe parce qu'il abrite des intérêts américains, ne fera preuve d'"aucune retenue" si ses infrastructures énergétiques sont à nouveau visées, a prévenu le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.

"Moratoire" 

Donald Trump a indiqué qu'Israël avait frappé la partie iranienne du site offshore, "sous le coup de la colère".

Israël a "agi seul", a confirmé Benjamin Netanyahu. "Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons", a déclaré le Premier ministre.

Donald Trump a toutefois menacé de détruire "massivement l'intégralité du gisement" si Téhéran continuait ses attaques.

Réunis en sommet à Bruxelles, les dirigeants européens ont appelé jeudi à un "moratoire" sur les frappes contre les infrastructures énergétiques et hydrauliques, exhortant également toutes les parties à une "retenue maximale".

Si d'autres infrastructures sont visées, le baril "dépassera probablement 120 dollars dans l'immédiat, avec un potentiel de hausse supplémentaire", estime Aditya Saraswat, analyste à Rystad Energy.

Pour ajouter au marché pétrolier des millions de barils, Washington pourrait lever certaines sanctions sur le pétrole iranien, mais uniquement celui qui est déjà stocké en mer sur des navires, selon le ministre des Finances Scott Bessent.

Dans la même optique, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont commencé à libérer des stocks de pétrole, comme annoncé mi-mars.

"Tensions" 

Au 20e jour de la guerre, l'Iran démontre conserver une importante capacité de frappe.

"Nous voyons apparaître des fissures et nous essayons de les creuser aussi vite que possible, non seulement au sein du haut commandement mais aussi sur le terrain", a toutefois assuré Benjamin Netanyahu, qui a dit en outre ne pas vraiment savoir "qui dirige l'Iran en ce moment".

"Ce que nous constatons, c'est qu'il y a beaucoup de tensions parmi ceux qui se disputent le pouvoir", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

Peu après ses déclarations, plusieurs explosions ont été entendues au-dessus de Jérusalem à la suite du signalement d'une nouvelle salve de missiles iraniens, ont rapporté des journalistes de l'AFP.

Dans le Golfe, le stratégique détroit d'Ormuz reste bloqué quasi totalement par Téhéran.

Un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux circule d'ordinaire par ce passage.

Après un appel américain qui était d'abord resté lettre morte, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon se sont dits "prêts à contribuer" aux efforts pour sécuriser la navigation dans le détroit, le moment venu.

Le président français Emmanuel Macron a évoqué en ce sens la possibilité d'un "cadre onusien" pour une future mission, après les hostilités.

Dans la capitale iranienne, rien ou presque ne suggérait jeudi un pays enlisé dans la guerre.

A la veille de Norouz, le Nouvel an persan habituellement célébré avec faste, le centre-ville était comme à l'accoutumée embouteillé, mais avec une présence des forces de sécurité plus importante que d'ordinaire.