L’île de Sindalah à Neom sera-t-elle la principale destination 2024 du tourisme de luxe?

Vue aérienne de la promenade aménagée dans le village de Sindalah . (Photo fournie).
Vue aérienne de la promenade aménagée dans le village de Sindalah . (Photo fournie).
L’île de Sindalah sera le premier projet concret de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. (Photo fournie)
L’île de Sindalah sera le premier projet concret de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. (Photo fournie)
L’île de Sindalah sera le premier projet concret de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. (Photo fournie)
L’île de Sindalah sera le premier projet concret de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. (Photo fournie)
On peut voir sur cette représentation artistique le club de golf de Sindalah. (Photo fournie)
On peut voir sur cette représentation artistique le club de golf de Sindalah. (Photo fournie)
Vue aérienne du sud de la station balnéaire à Sindalah. (Photo fournie)
Vue aérienne du sud de la station balnéaire à Sindalah. (Photo fournie)
Vue aérienne du yacht-club de Sindalah. (Photo fournie)
Vue aérienne du yacht-club de Sindalah. (Photo fournie)
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Publié le Lundi 10 avril 2023

L’île de Sindalah à Neom sera-t-elle la principale destination 2024 du tourisme de luxe?

  • D’une superficie de 840 000 m², l’île comprendra une marina dotée de 86 postes de mouillage, des clubs de yacht, des clubs de golf ainsi que trois hôtels de luxe
  • Les architectes se sont inspirés du paysage naturel de la mer Rouge pour créer un projet architectural unique en son genre

DJEDDAH: Depuis des dizaines d’années, les propriétaires de yachts et de bateaux naviguent dans les îles grecques, les Keys de Floride, la mer des Caraïbes et le littoral méditerranéen. Nul doute que la mer Rouge séduira elle aussi les amateurs de voyages de luxe et les passionnés de yachts l’année prochaine, lorsque l’île de Sindalah accueillera les visiteurs.

Conçue par les architectes de renommée mondiale du cabinet Luca Dini Design and Architecture, Sindalah sera la première manifestation concrète de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. C’est en décembre 2022 que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, a annoncé le lancement du projet. Depuis, des images aériennes et des vidéos montrent certaines des caractéristiques et des structures de l’île.

Cette île proposera un grand nombre d’attractions touristiques, notamment une plage, un yacht-club, un spa holistique, des hôtels et la première boutique de la chaîne Marriott Autograph Collection Hotels d’Arabie saoudite, ainsi que deux magasins de la chaîne hôtelière Luxury Collection, qui ouvriront leurs portes en 2024.

Grâce à son emplacement et à ses spécificités naturelles, Sindalah s’impose comme une destination de choix. Chacune des structures se fond dans son environnement, créant une harmonie entre la nature et les aménagements urbains qui l’entourent. En outre, Neom tient à conserver l’habitat naturel de l’île.

En effet, les plaisanciers, venus de la région ou d’Europe, passeront par le canal de Suez pour accéder en moins d’une journée aux nombreuses attractions nautiques que propose cette île située non loin de la mer Méditerranée.

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Photo prise à l’entrée du centre de villégiature de luxe de Sindalah. (Photo fournie)

Les grands yachts sillonnent la Méditerranée tout au long de l’été. La mer Rouge, quant à elle, attire depuis bien longtemps les amateurs de plongée et les amoureux de croisières exotiques sereines. Le climat de la région située au bord de la mer Rouge attire également tous ceux qui souhaitent prolonger la saison de navigation. Le climat de cette région située au bord de la mer Rouge offre aux plaisanciers l’occasion de prolonger la saison de croisière.

«Grâce à cette nouvelle destination, les superyachts pourront profiter d’une nouvelle saison. Il s’agit d’un rêve pour les propriétaires de ces navires qui souhaitent passer l’hiver dans un endroit accessible. Sindalah leur propose des aménagements uniques: une prestigieuse marina pouvant accueillir des yachts qui mesurent jusqu’à 75 mètres de long et des bouées aménagées pour les superyachts d’une dimension maximale de 180 mètres, un prestigieux yacht-club, des hôtels de luxe, un club de golf, une vaste zone commerciale ainsi que des restaurants et bars exceptionnels», confie à Arab News Luca Dini, le PDG du studio Luca Dini.

«Grâce à notre longue expérience dans le secteur de la navigation, nous pourrons répondre aux attentes des clients les plus prestigieux du monde, accorder une attention particulière aux détails et émerveiller les propriétaires de yachts qui ont déjà tout vu», se félicite-t-il.

«Grâce à sa conception, Sindalah incarne un esprit qui se manifeste avec force en Arabie saoudite auprès d’habitants étroitement liés à leurs traditions et qui se tournent vers l’avenir avec enthousiasme et dynamisme. C’est un aspect qui nous fascine. Chaque élément qui compose l’île de Sindalah est conçu pour rassembler les gens, leur permettre de vivre en plein air et d’entretenir une relation étroite avec ce magnifique environnement», souligne-t-il.

Les experts et les ingénieurs chargés du développement de ce gigantesque projet accordent une attention particulière à la préservation de l’habitat naturel. En effet, ils veillent à ne pas le perturber ni l’altérer. Selon M. Dini, ils trouvent une «source d’inspiration» dans les caractéristiques naturelles vierges, le littoral et les rochers de l’île. En effet, chaque construction est conçue de manière à mettre en évidence les forces de la nature: soleil, vent et mer.

«La forme que prennent les bâtiments rappelle celle des rochers que la nature a sculptés sur l’île», explique M. Dini. Le sable de Sindalah et les coquillages servent de matériaux de base à la construction du village. Des matériaux semi-transparents uniques captent la lumière du soleil couchant et illuminent les façades des hôtels tournés vers l’ouest. Au-dessous des toits de la promenade Marina, de précieux cristaux colorés évoquent les coraux et reflètent les rayons de lumière qui proviennent de la mer», explique-t-il.

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L’île de Sindalah sera le premier projet concret de Neom, le mégaprojet de ville intelligente en Arabie saoudite. (Photo fournie)

Les projets entrepris dans le cadre du développement de la ville de Neom sont axés sur la durabilité, la conservation et la préservation de l’environnement naturel; cet environnement figure parmi les plus préservés du monde. Le caractère vierge et unique de l’environnement marin qui abrite Neom est une donnée essentielle pour que cette ville atteigne son objectif.

«Comme pour les autres projets menés sous la bannière de Neom, nous nous engageons avant tout à repenser les notions de conservation et de préservation de l’environnement. Neom souhaite transformer Sindalah en une destination de choix qui épouse l’environnement qui l’entoure», explique à Arab News Antoni Vives, responsable de la planification urbaine chez Neom.

Dini
Antoni Vives. (Fourni)

Conformément à la vision et à l’objectif de Neom – prévenir la dégradation de l’environnement et régénérer la nature –, Sindalah mettra en valeur et préservera la flore et la faune sous-marines uniques de la mer Rouge. Pour y parvenir, l’île adoptera une économie durable et circulaire, à l’instar de la ville de Neom. M. Vives précise que Sindalah cherchera à obtenir plusieurs certifications importantes liées au développement durable, en conformité avec la stratégie adoptée par Neom. Parmi ces certifications, citons la certification Leed Platine et la certification de développement durable Envision pour les développements des hôtels, ainsi que la certification GEO relative aux aménagements paysagers et aux terrains de golf.

«La vision de la ville de Neom s’articule autour de la mer et des paysages environnants, de la diversité des espèces et des habitats et autour du riche patrimoine culturel du pays», affirme M. Vives. «Nous sommes conscients du rôle que jouent ces éléments: ils contribuent à renforcer la biodiversité et l’identité culturelle de la région et de la planète. Nous souhaitons établir de nouvelles normes en matière de gestion de l’environnement, tout en protégeant et en améliorant notre écosystème naturel.»

La navigation de plaisance est une activité importante sur le plan économique qui est de plus en plus populaire dans le monde entier. Pourtant, il arrive qu’elle nuise à l’environnement. Ses impacts sont nombreux: effets de l’ancrage sur les algues marines, bruit des moteurs, toxicité des produits antisalissure et transport de certaines espèces exotiques. Parmi les autres répercussions, citons le déversement d’eaux usées, la pollution de l’air, les fuites de carburant et d’huile, les sédiments en suspension, le déversement d’eaux noires et de déchets marins, la diffusion de lumières artificielles et la nourriture des animaux.

Les bateaux, les grands yachts et les autres navires de mer déversent souvent leurs déchets en mer. Pour combattre ces pratiques, Neom appliquera des réglementations qui visent à préserver l’habitat naturel de la région. M. Vives affirme que l’île de Sindalah sera soumise à des évaluations régulières pour mesurer l’impact des activités sur l’environnement et la société. L’objectif est «de garantir le respect des réglementations en vigueur, ce qui permettra de corriger la situation lorsque cela s’avérera nécessaire».

«Des dispositifs qui permettent de réduire l’impact sur l’environnement et l’écologie sont également mis en place au cours de la construction», précise M. Vives.

«La vision de Neom s’articule autour de la lutte contre les comportements nuisibles à l’environnement. Notre priorité est de protéger nos océans et nos récifs. Nous ferons respecter les règles environnementales établies par Neom dans l’île de Sindalah. Dans ce contexte, les moyens de transport écologiques seront utilisés sur l’île. Les navires électriques et les bateaux fonctionnant à l’énergie verte font partie des moyens de transport privilégiés», conclut-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


TotalEnergies double son bénéfice, porté par les prix élevés liés à la guerre au Moyen-Orient

Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
Le logo de TotalEnergies dans une station-service à Genech, dans le nord de la France, le 5 octobre 2022. (AFP)
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  • TotalEnergies double son bénéfice net trimestriel à 5,4 milliards de dollars grâce aux prix élevés des hydrocarbures
  • Ces profits relancent le débat sur une taxe des superprofits pétroliers en France

PARIS: Après un début d'année euphorique, le géant français pétro-gazier TotalEnergies est de nouveau dans le viseur des partisans d'une surtaxe des superprofits pétroliers après avoir annoncé jeudi un doublement en un an de son bénéfice net du 2e trimestre, à 5,4 milliards de dollars, dopé par les prix élevés des hydrocarbures liés au conflit au Moyen-Orient.

"Dans un environnement de prix élevé en lien avec le conflit au Moyen-Orient, TotalEnergies tire parti de son modèle intégré et de sa diversification pour afficher au deuxième trimestre un résultat net ajusté (indicateur suivi par les analystes) de 6 milliards de dollars", s'est félicité le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, dans un communiqué.

Avec un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars sur l'ensemble du premier semestre, en progression de 73% sur un an, TotalEnergies fait mieux que les 10,6 milliards de dollars enregistrés au premier semestre 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Son bénéfice net du 2e trimestre, en hausse de 100% (contre 2,7 milliards un an plus tôt), reste cependant en deçà des attentes des investisseurs. Le groupe a connu "une baisse significative" dans son secteur stratégique du gaz naturel liquéfié (GNL), "du fait d’une contreperformance" dans le négoce (achat-vente) dans un marché faible en Europe, a expliqué l'entreprise.

TotalEnergies avait déjà annoncé en avril un bond de 51% son bénéfice net pour les trois premiers mois de l'année, portés par l'envolée et la volatilité des prix du pétrole et du gaz, au début de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Cette performance exceptionnelle avait relancé les appels à la taxation des "super-profits" pétroliers, alors que le groupe est souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence, de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux.

"TotalEnergies n’aura jamais aussi bien +capturé+ les bénéfices de guerre sur le dos des consommateurs", a ironisé jeudi sur X le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, le député de gauche Eric Coquerel (LFI), tandis que la porte-parole du gouvernement français et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon a répété qu'elle refuserait "toujours de rentrer dans le +Total bashing+".

"C'est une chance d'avoir en France un grand énergéticien mondial capable d'assurer l'approvisionnement des Français" et de "nous aider à tirer les prix vers le bas", a-t-elle dit sur RMC/BFMTV en référence au plafonnement des prix des carburants relancé mercredi par le groupe.

- "Faire payer les pollueurs" -

Au moment où "la France suffoque sous des canicules successives, causées par le changement climatique dont l’industrie du pétrole et du gaz est largement responsable, ces profits apparaissent particulièrement indécents", ont critiqué une coalition d'ONG (Greenpeace France, 350.org, CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, Réseau Action Climat, Oxfam France), soulignant "l’urgence de taxer les profits des multinationales du pétrole et du gaz".

"Alors que les gouvernements se réuniront à New York en août pour négocier une Convention fiscale de l’ONU, ils ont une occasion historique de faire payer les pollueurs et de financer la protection dont les populations ont désespérément besoin", a commenté aussi Fanny Petitbon, directrice pays France de 350.org.

Entre avril et juin, la production de pétrole et de gaz de TotalEnergies a progressé de plus de 4% sur un an, grâce à la montée en puissance de projets au Brésil, aux Etats-Unis et en Libye, qui ont "compensé pour partie l’impact des pertes de production au Moyen-Orient" de l’ordre de 210.000 barils équivalent pétrole par jour, "en moyenne sur le trimestre".

Bien qu'une partie de cette production n'ait pas pu être expédiée, "compte tenu des difficultés d’accès au détroit d’Ormuz", la branche reine de l'exploration-production est restée en croissance, selon le groupe.

Son pôle de raffinage, pétrochimie et négoce a lui aussi profité de la hausse des prix des produits raffinés et des activités très rentables de négoce de brut, dans un contexte de forte instabilité des cours. Ce segment "aval" a ainsi dégagé un résultat opérationnel net ajusté à 2,3 milliards de dollars au 2e trimestre (+24%).

Le groupe a confirmé ses "priorités données au dividende et au désendettement de l’entreprise". Il distribuera à ses actionnaires un deuxième acompte sur le dividende de l'année 2026, d’un montant de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9% par rapport à 2025.


Le pétrole remonte au-dessus de 95 dollars à cause des hostilités au Moyen-Orient

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT, à 94,81 dollars. (AFP)
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  • Le Brent dépasse 95 $/baril, porté par les tensions au Moyen-Orient et les craintes sur les exportations de pétrole
  • Le gaz européen atteint un plus haut depuis mars, sur fond de tensions d'approvisionnement et de hausse des risques d'inflation

LONDRES: Les cours du pétrole montent fortement mercredi, le baril de Brent repassant au-dessus des 95 dollars pour la première fois depuis près de six semaines, car les hostilités au Moyen-Orient font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures de la région.

Après être monté jusqu'à 95,47 dollars, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en septembre, gagnait 4,18% vers 10H10 GMT (12H10 à Paris), à 94,81 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison le même mois, dont c'est le premier jour d'utilisation comme contrat de référence, prenait 4,30% à 87,97 dollars.

"La hausse du prix du pétrole intervient après que le président Trump a minimisé la perspective de nouvelles discussions avec l'Iran" lundi, explique Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Le président américain a notamment déclaré que les Etats-Unis n'en avaient "pas fini du tout" avec l'Iran.

Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle salve de frappes en Iran pour la "onzième nuit consécutive", affirmant que leur but est d'affaiblir la capacité de l'Iran à menacer le trafic maritime commercial dans le détroit d'Ormuz.

Le contrôle de la navigation dans ce passage stratégique est un point de contentieux majeur entre les deux pays, et selon le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio autoriser l'Iran à le contrôler créerait un "dangereux précédent".

Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, ont de plus annoncé lundi un blocus maritime de l'Arabie saoudite.

Depuis, "trois pétroliers saoudiens à destination de la Chine et de l'Inde auraient fait demi-tour" pour éviter le détroit de Bab el-Mandeb (au large du Yémen), préférant se diriger vers le canal de Suez, souligne M. Varga.

L'escalade du conflit "continuera d'exercer une pression à la hausse sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, et les risques d'inflation augmentent chaque jour", alerte Mme Brooks.

Le prix du gaz européen grimpe aussi, et il est au plus haut depuis mars.

Le remplissage des réserves européennes avant l'hiver "coïncide avec la hausse des besoins en électricité en Asie pour la climatisation pendant les mois d'été caractérisés par de fortes chaleurs", explique Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.

La compétition pour l'acquisition de gaz fait donc grimper les cours, alors que les exportations en provenance du Qatar sont bloquées.

Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne du gaz, prenait 4,39%, à 62,32 euros le mégawattheure.


La crise avec l’Iran pousse les économies du Golfe à accélérer leur transformation

La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités. (AFP)
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  • C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe
  • Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années

PARIS: La confrontation entre l’Iran et Israël n’aura peut-être pas bouleversé durablement les économies du Golfe, mais elle agit déjà comme un révélateur de leurs forces, de leurs vulnérabilités et de leurs priorités.

C’est l’analyse développée par Jean-Baptiste Chauvel, responsable des services du Trésor français dans la région du Golfe, lors d’une visioconférence organisée par la Chambre de commerce franco-arabe. Selon lui, cette crise constitue moins une rupture qu’un puissant accélérateur des transformations engagées depuis plusieurs années.

À ses yeux, il n’existe pas de modèle économique unique dans le Golfe. Les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont certes engagé des politiques de diversification, mais ils avancent à des rythmes différents et disposent de marges de manœuvre très inégales pour absorber un choc géopolitique majeur.

Les Émirats arabes unis apparaissent, selon lui, comme l’économie la plus solide de la région. Une croissance soutenue, des finances publiques excédentaires et un faible niveau d’endettement leur offrent une capacité d’adaptation que peu de leurs voisins possèdent. Cette discipline budgétaire permet au pays de continuer à investir dans la diversification de son économie tout en faisant face aux conséquences d’une crise régionale.

La situation est plus contrastée ailleurs, estime-t-il. Certains États continuent de financer leur croissance par d’importants déficits publics, ce qui réduit leur capacité à amortir les chocs.

L’Arabie saoudite, indique Chauvel, demeure, malgré les progrès réalisés dans le cadre de Vision 2030, plus dépendante des recettes pétrolières pour équilibrer son budget, même si les réformes engagées doivent progressivement réduire cette dépendance.

Des économies résilientes, mais des vulnérabilités persistantes

L’autre enseignement majeur concerne précisément le pétrole. Si les statistiques montrent une baisse progressive de la part des hydrocarbures dans le produit intérieur brut, Chauvel souligne qu’il ne faut pas se laisser tromper par les chiffres. Une grande partie de l’activité économique reste indirectement liée au secteur pétrolier, qu’il s’agisse de l’industrie, de la pétrochimie, de la logistique, des infrastructures ou encore des services. La diversification est réelle, affirme-t-il, mais elle demeure inachevée.

La crise actuelle rappelle également que la géographie continue de peser lourdement sur les économies du Golfe et que tous les pays ne sont pas exposés de la même manière. Leur vulnérabilité dépend notamment de leur proximité avec l’Iran et de leur dépendance au détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle des exportations d’hydrocarbures.

Au sein même des Émirats, les conséquences varient, affirme Chauvel. Il souligne que Dubaï, dont le modèle économique repose largement sur le commerce international, le tourisme, les transports et les services financiers, est naturellement plus sensible à une dégradation de la situation régionale qu’Abou Dhabi, dont les ressources pétrolières et les importants fonds souverains offrent un amortisseur plus efficace.

Les premières conséquences sont déjà visibles. Les grandes institutions internationales, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, ont commencé à réviser leurs prévisions de croissance pour plusieurs économies du Golfe. L’Arabie saoudite, indique Chauvel, figure parmi les pays les plus concernés, tandis que les Émirats devraient connaître un ralentissement plus limité grâce à la solidité de leurs finances publiques.

Par ailleurs, Chauvel ne croit pas à un retour rapide à la normale. Même si un accord diplomatique devait intervenir entre Washington et Téhéran, il estime que le risque géopolitique restera durablement présent. Cette nouvelle réalité devrait, selon lui, modifier les stratégies économiques des États de la région.

La priorité ira désormais aux investissements dans les secteurs considérés comme stratégiques : la défense, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, l’industrie manufacturière, les infrastructures critiques et la sécurité énergétique. Les gouvernements chercheront à renforcer leur autonomie technologique afin de réduire leur dépendance aux fournisseurs occidentaux, notamment dans les industries de défense.

La géopolitique accélère la diversification 

Cette réorientation ne remet toutefois pas en cause leur volonté d’attirer les capitaux étrangers, bien au contraire. Les États du Golfe entendent poursuivre leur ouverture économique. L’Arabie saoudite maintient, par exemple, son objectif ambitieux d’attirer près de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an, tandis que les fonds souverains de la région continueront d’investir massivement à l’international afin de diversifier leurs actifs.

L’un des principaux défis demeure toutefois celui de l’innovation. Malgré des investissements considérables, les économies du Golfe restent en retrait dans les classements internationaux mesurant leur capacité à produire des technologies de pointe. De son point de vue, cette faiblesse constitue probablement le principal chantier de la prochaine décennie, car construire un véritable écosystème d’innovation suppose de former des talents, de développer la recherche et de produire localement des technologies, plutôt que de se contenter de les importer. Ce processus est long et coûteux, mais il est désormais rendu encore plus indispensable par les tensions géopolitiques.

Cette nouvelle donne pourrait également rebattre les cartes de la coopération régionale. Chauvel voit se dessiner deux trajectoires. La première prolongerait la concurrence actuelle entre les grandes places économiques du Golfe, chaque pays cherchant à renforcer son statut de hub régional pour le tourisme, la finance, la logistique ou le transport aérien. Une telle compétition favoriserait, selon lui, les réformes, mais risquerait aussi d’entraîner des investissements redondants, voire excessifs.

La seconde voie privilégierait une intégration plus poussée entre les membres du CCG, à travers une meilleure coordination des infrastructures, une interconnexion logistique renforcée, une harmonisation des politiques de mobilité, une coopération industrielle et financière, voire le développement de capacités communes dans les secteurs de la sécurité et de la défense. Cependant, si cette option apparaît économiquement plus rationnelle, Jean-Baptiste Chauvel reconnaît que la logique concurrentielle reste aujourd’hui la plus probable.

Au fond, conclut-il, la crise avec l’Iran ne remet pas en cause la trajectoire économique du Golfe, mais elle en accélère le rythme. Les États de la région disposent d’importants atouts : des réserves financières considérables, des fonds souverains parmi les plus puissants au monde et une volonté politique affirmée de transformer leurs économies.