Les Français de confession musulmane et les Français d’origine arabe à l’épreuve du modèle français

Détails de l'intérieur de la grande mosquée de Paris. (AFP).
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Publié le Mardi 01 décembre 2020

Les Français de confession musulmane et les Français d’origine arabe à l’épreuve du modèle français

  • À partir du début des années 1980, la société française a pris conscience de la réalité de la présence d’immigrés de culture musulmane sur le territoire national
  • L’un des problèmes de cette nouvelle génération musulmane installée en France et en Europe aujourd’hui est que la modernisation n’apparaît pas comme un processus naturel, mais plutôt comme un modèle imposé

PARIS: La dernière vague terroriste qui a frappé la France cette année, succédant à celle de 2015-2016, ressuscite un débat sur l’adaptation d’une nouvelle génération d’immigrés et son degré d’intégration dans l’Hexagone. La capacité du modèle laïc français à favoriser le respect et la mise œuvre des principes fondateurs de la République, en particulier l’égalité et la fraternité, est également questionnée.

L’année 1983 a symbolisé la nouvelle donne émergente, avec la Marche des beurs et les grèves dans le secteur de l’automobile, dans lequel la main d’œuvre immigrée joue un rôle important. On commence alors à parler de la «deuxième génération».

Les schismes culturels et les inégalités sociales compliquent et retardent sans doute la marche vers l’intégration d’une jeunesse mise à rude épreuve, prise entre le marteau des sirènes religieuses extrémistes et l’enclume du racisme et de la discrimination, en l’absence de mécanismes efficaces pour promouvoir la citoyenneté.

Choc socioculturel

À partir du début des années 1980, la société française prend conscience de la réalité de la présence d’immigrés de culture musulmane sur le territoire national, notamment dans les banlieues de grandes villes baptisées à l’époque «banlieues de l’islam».

Les travailleurs issus de l’immigration qui étaient venus en France dans les années 1970 ayant vocation à rester sur place, le paysage français s’est transformé, et, au fil du temps, l’islam est devenu la deuxième religion du pays après le catholicisme. Ainsi, parallèlement à un choc socioculturel, une méfiance s’est installée entre, d’une part, des Français autochtones et ,d’autre part, de nouveaux Français issus de l’immigration, majoritairement maghrébins.

L’année 1983 a symbolisé la nouvelle donne émergente, avec la Marche des beurs et les grèves dans le secteur de l’automobile, dans laquelle la main d’œuvre immigrée joue un rôle important. On commence alors à parler de la «deuxième génération». L’année1989 constitue une autre date clé, où la «présence musulmane » pose de nouveaux défis, notamment dans le domaine de la laïcité. L’affaire de Creil, dans laquelle trois collégiennes qui refusent d’enlever le foulard islamique en classe dans une école publique sont exclues, pose subitement la question de la manifestation du religieux dans l’espace public.

À cette époque, la gauche est au pouvoir, et le ministre de l’Éducation est le dirigeant socialiste Lionel Jospin. La laïcité, élément structurant de l’identité de la gauche française, qui avait toujours été pensée dans le contexte de l’opposition de l’État à la religion, s’est pour la première fois retrouvée confrontée à la religion musulmane, changeant énormément de choses.

Modèle républicain

Plus globalement, l’affaire de Creil va susciter un intense débat au sein de la société française, et de nouvelles problématiques naissent sur la faculté pour l’islam de s’adapter à notre modèle républicain. L’année 1989 marque ainsi en quelque sorte l’avènement d’une nouvelle ère, marquée par une plus grande présence de l’islam de France, que ce soit médiatiquement ou sociologiquement.

Les lois sur l’interdiction du foulard et d’autres signes religieux dans les écoles et l’espace public, l’interdiction du niqab, ainsi que la création du Conseil du culte musulman de France (CFCM) pour faire de l’islam un acteur à la table de la République ont certes jeté des bases juridiques, mais ne sont pas parvenues à mettre en œuvre un nouveau contrat social. 

Depuis cette période, cet «islam visible» dans une société de plus en plus pluraliste et multiculturelle ne cesse de peser sur le modèle laïc, soit en raison du refus de l’insertion des musulmans dans une société non musulmane et laïque par certains courants, soit en raison de la montée du racisme et de la crainte d’une modification du paysage religieux et social. Les diverses tentatives de l’État jacobin de légiférer pour organiser l’islam par le haut ont tour à tour échoué.Tous ces facteurs n’ont pas abouti à un apaisement social significatif ou à un processus d’intégration accompli.

Les lois sur l’interdiction du foulard et d’autres signes religieux dans les écoles et l’espace public, l’interdiction du niqab, ainsi que la création du Conseil du culte musulman de France (CFCM) pour faire de l’islam un acteur à la table de la République ont certes jeté des bases juridiques, mais ne sont pas parvenues à mettre en œuvre un nouveau contrat social ou à élaborer un code de conduite de la vie commune.

L’installation tardive de l’islam dans les contrées de l’Europe chrétienne, judéo-chrétienne ou laïque, ne cesse de poser des problèmes particuliers et feu l’islamologue Mohammed Arkoun n’avait pas tort de le faire remarquer. «L'Occident croyait en avoir fini avec la question religieuse, au plan philosophique, juridique ou culturel. L’arrivée des musulmans en Europe occidentale lui a montré qu'il n'en était rien», expliquait-il.

Fossé culturel et querelle entre les religions

Ce rappel historique montre que deux visions s’affrontent: celle qu’ont majoritairement de jeunes maghrébins de la France et qui résulte notamment d'une réaction à la longue histoire du jeu des puissances européennes dans la région, et, en face, celle d’une partie de l’establishment français et de Français de souche, marquée par le fossé culturel et la querelle entre les religions.

Dans son essai L’Orient imaginaire, Thierry Hentsch estime à juste titre que «l’Orient, et tout particulièrement l’Orient méditerranéen, sert à la conscience occidentale de lieu de référence». Cette approche s’applique aussi au monde arabe, qui se positionne souvent par rapport à l’Occident européen. En partant de ce constat, l’ignorance et la non-reconnaissance de l’autre donnent lieu à des perceptions biaisées par des préjugés et des craintes.

L’un des grands problèmes de cette nouvelle génération musulmane installée en France et en Europe aujourd’hui tient à ce que la modernisation n’apparaît pas comme un processus naturel, mais plutôt comme un modèle imposé. Elle est donc vécue comme une perte d’identité par certains cercles religieux. Les notions de citoyen et d’État de droit sont toujours confuses pour ces nouveaux venus ou nouveaux citoyens.

La séparation entre la religion et l’État établie par la loi de 1905, alors que l’islam n’apparaît officiellement sur le territoire de la métropole qu’en 1926, à l’occasion de la fondation de la Grande Mosquée de Paris, explique en partie la montée de l’islamisme politique et d’autres courants radicaux ou rétrogrades au sein de la population de confession musulmane. Le christianisme en France a pour sa part connu un cheminement différent.

Mais cette nouvelle génération musulmane qui ne vit pas un islam adapté à la réalité française ne se rend pas compte que la civilisation européenne actuelle doit beaucoup à l’époque de la présence musulmane en Andalousie, avec le rayonnement de Cordoue et de ses villes sœurs. Le mouvement de la traduction et de l’interaction culturelle qui s’est développé dans ce qui est aujourd’hui une région d’Espagne, a semé les germes du progrès européen.

Panne d’intégration ou repli identitaire

En septembre 2019, trente ans après l’affaire des foulards de Creil, un sondage a été réalisé par l’Ifop afin de suivre les évolutions de fond de la société française, en interrogeant la population de confession ou de culture musulmane. Le premier enseignement que l’on peut en tirer est que le public de croyants se conforme aux injonctions de la religion à laquelle il est rattaché spirituellement et culturellement.

On voit que l’empreinte de la religion sur cette population ne s’est pas effacée, bien au contraire. Comme le poids de cette population musulmane a augmenté et que l’observation de préceptes religieux par la jeunesse musulmane se répand et s’accélère, des acteurs économiques ont répondu à cette demande, favorisant l’émergence d’un marché encourageant en retour le respect du halal. Cette dynamique a été portée par beaucoup d’acteurs,d’associations et de mosquées fondées par des pays d’où sont issus les immigrés, ou par des associations liées à des courants idéologiques (Frères musulmans, Tabligh, entre autres). Cela démontre une panne de l’intégration pour accéder à la citoyenneté en raison de la ghettoïsation d’un côté et du repli religieux et identitaire de l’autre.

Récemment Arabnews en français s’est associé à l’institut britannique de sondages en ligne, YouGov, pour donner, à travers une enquête, la parole aux Français d’origine arabe. Réalisée entre le 8 et le 14 septembre 2020, cette enquête repose sur un échantillon représentatif de 958 Français originaires des pays arabes, habitant dans toute la France. Alors qu’une vague de violence inspirée d’un islam radical secoue les villes et la culture françaises, créant un sentiment d’insécurité et de peur, l’islamophobie est grandissante.

L’enquête confirme leur désir d’appartenir à une France démocratique et laïque. La majorité des personnes interrogées sont éduquées et ont un emploi. Les Français d’origine arabe connaissent bien, dans l’ensemble, le système français et son histoire. Ils adhèrent aux valeurs fondamentales de la République française. Les Français d’origine arabe se sont largement adaptés au mode de vie en France, mais ils ne se sentent pas acceptés, et même stigmatisés.

Le pari d’un processus de sécularisation et d’une «sortie de la religion» qui aurait également concerné la population immigrée et ces jeunes d’origine arabe s’est dissipée, avec l’affaire Rushdie, la montée des idées de l’islamisme politique, et la poursuite des flux migratoires.

La religion comme leur origine n’ont pas d’impact sur leur sentiment d’appartenance à la société française. Mais la consonance de leur nom a un impact sur leur carrière. La moitié des personnes interrogées estime que ni leur race ni leur origine ni leur religion n’ont eu d’impact sur leur sentiment d’appartenance à la société française et sur leur carrière professionnelle. Leurs réponses soulignent aussi un sentiment d’exclusion qui, pour 51 % d’entre eux, n’est pas liée à la couleur de peau mais plutôt à l’origine ethnique de leur nom (36 %) et qui, en revanche, a un impact négatif sur leurs perspectives de carrière. Ce sentiment d’exclusion est exacerbé chez les femmes qui estiment que leur pays d’origine (46 % contre 33 % des hommes) ainsi que leur religion (66 % contre 52 % des hommes) provoquent une perception négative auprès de leurs compatriotes.

Cette nouvelle génération considère que les demandes concrètes qui lui sont faites pour s’adapter à la laïcité représentent une atteinte à son identité. Ces jeunes musulmans ou ces jeunes maghrébins considèrent «qu’un élève de confession musulmane devrait pouvoir manger halal dans les cantines scolaires, et qu’une jeune fille devrait avoir la possibilité de porter le voile à l’école ou de ne pas aller à la piscine».

Ainsi, le pari d’un processus de sécularisation et d’une «sortie de la religion» qui aurait également concerné la population immigrée et ces jeunes d’origine arabe s’est dissipée, avec l’affaire Rushdie, la montée des idées de l’islamisme politique, et la poursuite des flux migratoires, provoquant une influence culturelle et sociale plus grande des pays d’origine amplifiant le repli identitaire.

Séparation entre l'Église et l'État

La révolution française a brisé les liens entre la religion et l’État. Mais Napoléon Bonaparte les a rétablis sous la forme du Concordat, et il aura fallu attendre 1905 pour instaurer la séparation entre l'Église et l'État. En effet, sur le plan du droit, l'État n'interfère pas dans la vie des religions. Mais, pour le penseur Théo Klein, récemment disparu, «cela n'empêche pas la persistance de l'influence de l'Église catholique, par exemple à travers le calendrier qui reste catholique et les fêtes qui le sont aussi pour la plupart. L’État, qui se veut laïc, est souvent amené à refuser aux autres religions ce qu’il donne aux laïcs ou aux catholiques». Ces évolutions ont creusé une fracture culturelle et sociale en France.

Dans un contexte de menace terroriste et de risques de rupture véhiculés par l’islamophobie dans un climat délétère, les différents regards d’un côté ou de l’autre sont influencés par la conjonction d'éléments d'ordre historique, politique, religieux, culturel et économique.

Pour la France, la lutte sans merci contre le terrorisme et les phénomènes de radicalisation religieuse – politique de racisme ou de populisme à outrance – représente une priorité nationale. Il en va de la défense de la cohésion nationale et de la stabilité. Dans ce cadre, l’adaptation du modèle laïc français afin qu’il devienne positif et ouvert devrait aller de pair avec les efforts des élites musulmanes pour une meilleure intégration et un respect des obligations de la citoyenneté.


Paris mise sur la société civile pour faciliter la solution à deux États

Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
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  • La France a organisé à Paris la deuxième édition de « l’Appel de Paris », réunissant acteurs israéliens et palestiniens de la société civile pour relancer la perspective d’une solution à deux États
  • L’initiative vise à maintenir la question israélo-palestinienne à l’agenda international et à pousser vers des actions concrètes (cessez-le-feu, reconnaissance de la Palestine, fin de la colonisation)

Paris : À Paris, dans le cadre symbolique de l’Institut du monde arabe (IMA), la France a accueilli vendredi la deuxième édition de « l’Appel de Paris », une initiative singulière portée non pas par les seuls États, mais par des acteurs de la société civile israélienne et palestinienne.

Un an après une première rencontre tenue le 13 juin dans la capitale française, ce nouveau rendez-vous s’inscrit dans une volonté assumée de maintenir vivante la perspective d’une solution politique et de faire avancer la solution à deux États, dont la possibilité semble s’éloigner chaque jour.

Le premier « Appel de Paris » était né dans un contexte diplomatique marqué par une dynamique internationale en faveur de la solution à deux États. Portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite à l’ONU, cette initiative avait trouvé un écho significatif avec l’adoption de la « Déclaration de New York » par 142 pays et avait permis de tracer les contours d’un cadre politique crédible, tout en contribuant à une série de reconnaissances de l’État de Palestine.

Mais un an plus tard, tout a basculé : la guerre à Gaza, l’expansion continue des colonies en Cisjordanie et l’enlisement des initiatives internationales ont profondément assombri l’horizon.

Dans ce contexte, la réunion parisienne prend une dimension presque contre-courant : celle d’un effort pour empêcher l’effacement pur et simple de la solution à deux États. 

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Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot tient une conférence de presse dans le cadre de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, avec des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, le 12 juin 2026. (AFP) 

Inaugurée par deux mots de bienvenue prononcés respectivement par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et la présidente de l’IMA Anne-Claire Legendre, suivis par la projection d’une vidéo en hommage à Ofer Bronchtein, le militant associatif engagé pour la paix, décédé récemment à Paris.

La rencontre s’est organisée autour de trois groupes de travail, réunissant des représentants de la société civile. Puis, l’après-midi, la conférence s’est élargie à l’ensemble des participants, parmi lesquels une quinzaine de ministres dont le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Khalifa Shaheen Al Marar et la ministre de la Coopération du Qatar Mariam bint Ali bin Nasser Al-Misnad, ainsi que des figures européennes comme Kaja Kallas et de nombreux diplomates.

Fait significatif dans le contexte actuel : l’ambassadeur israélien à Paris, Joshua Zarka, a décliné l’invitation, reflétant l’opposition persistante de son pays à la solution à deux États. Les autorités palestiniennes, quant à elles, étaient représentées par l’ambassadrice de Palestine Hala Bouhassira.

Le moment central de la journée a été la lecture du nouvel « Appel de Paris », confiée à deux jeunes voix, une Palestinienne et un Israélien, incarnant cette société civile que la France entend mettre au premier plan.

Le texte, dense et structuré, s’adresse directement aux dirigeants internationaux, en particulier à ceux du G7, qui doivent se réunir à Évian quelques jours plus tard, et constitue un message clair : il est temps de passer des déclarations aux actes.

Parmi les principales demandes figurent : la réaffirmation sans ambiguïté de l’engagement en faveur d’une solution négociée à deux États fondée sur le droit international, la reconnaissance de l’État de Palestine et son admission pleine à l’ONU.

L’appel insiste sur l’exigence d’un cessez-le-feu permanent à Gaza et d’un accès humanitaire immédiat, et demande la fin des mesures unilatérales compromettant la solution à deux États, notamment la colonisation, le renforcement de l’Autorité palestinienne, ainsi que des garanties de sécurité pour Israël dans un cadre régional et international.

Il souligne la nécessité d’un soutien actif aux initiatives de la société civile et la création d’un mécanisme international de suivi.

Au-delà de ces propositions, le texte se distingue par son ton : grave, pressant, presque inquiet. « Chaque jour qui passe sans solution politique aggrave les souffrances », avertissent ses auteurs, insistant sur l’urgence d’un sursaut politique.

L’un des aspects les plus marquants de cette journée réside dans la place accordée aux acteurs non étatiques tels que les artistes, militants et intellectuels, qui ont pris la parole pour porter un discours souvent absent des arènes diplomatiques traditionnelles.

La chanteuse israélienne Noa et la Palestinienne Mira Awad ont livré une intervention particulièrement émouvante. Évoquant plus de deux décennies d’engagement commun, elles ont plaidé pour une « réhumanisation » du conflit, au-delà des slogans et des postures.

Leur message, à la fois simple et puissant, repose sur une idée fondamentale : celle de la possibilité de ne pas être d’accord sur le passé, à condition de s’accorder sur l’avenir.

D’autres intervenants ont insisté sur les valeurs communes identifiées lors des travaux, dont la dignité, la sécurité et l’autodétermination, des principes qui, selon eux, pourraient constituer le socle d’une paix durable, à l’image de ce qui a permis la construction européenne.

Pourquoi un tel accent sur la société civile ? Les autorités françaises avancent plusieurs arguments. D’abord, la nécessité de maintenir une dynamique internationale initiée à l’ONU.

Ensuite, celle de garder la question israélo-palestinienne à l’agenda, alors que d’autres crises, notamment liées à l’Iran, monopolisent l’attention mondiale.

Mais surtout, Paris considère que la société civile peut jouer un rôle de catalyseur. Dans un contexte de radicalisation croissante, il s’agit de montrer que des voix existent, des deux côtés, pour défendre la coexistence et proposer des solutions concrètes.

Cette approche n’est pas sans limites, comme le reconnaissent en privé certains diplomates : l’expérience montre que ces initiatives peinent à infléchir les positions israéliennes, notamment en raison du soutien américain et de la fragmentation de la position européenne.

La rencontre s’est achevée par une intervention du ministre Jean-Noël Barrot, qui a insisté sur l’importance de l’intégration régionale, condition selon lui indispensable à toute paix durable. Il a également repris à son compte l’idée que des valeurs communes existent et peuvent servir de base à une solution.

Sans annoncer de mesures concrètes immédiates, il a néanmoins réaffirmé la volonté de la France de maintenir la pression diplomatique, y compris à travers des sanctions ciblées contre certains colons et responsables israéliens.

Au final, ce deuxième « Appel de Paris » apparaît à la fois comme un acte de résistance et un pari : résister alors que la réalité du terrain semble condamner la solution à deux États, et parier sur la capacité de la société civile à rouvrir des perspectives là où les États échouent.

Reste à savoir si cet appel sera entendu. À l’approche du sommet du G7, la France espère qu’il contribuera à replacer le conflit israélo-palestinien au cœur des priorités internationales.

C’est en tout cas le vœu exprimé par les participants, qui se sont rassemblés autour de Barrot sur le Pont de la Tournelle près du siège de l’IMA, où ils ont déroulé une banderole pour la paix et écouté une performance de Noa et Mira Awad.


Macron et Carney saluent le rapprochement du Canada et de l'Europe face à Trump

Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Mark Carney ont réaffirmé leur volonté de renforcer le partenariat entre l’Europe et le Canada face aux tensions géopolitiques et économiques croissantes
  • Les deux dirigeants souhaitent accélérer la coopération dans des secteurs stratégiques tels que la défense, l’intelligence artificielle, l’énergie, le nucléaire civil et les minerais critiques

PARIS: Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont martelé vendredi à Paris leur volonté d'accélérer le "rapprochement" entre l'Europe et le Canada face au "retour des rapports de force", dans une allusion aux fortes turbulences générées par Donald Trump.

"Aujourd'hui plus que jamais, nous avons une même lecture du monde. Nous constatons que l'ordre international est fragmenté, qu'il est marqué par le retour des rapports de force, par la contestation des règles communes, par la coercition économique, par les ingérences, les luttes informationnelles", a lancé le président français, en référence notamment à la guerre des droits de douane déclenchée par le président américain.

"Au fond, nous croyons dans l'État de droit, dans l'ordre international, dans la science, dans le changement climatique et ce qu'il implique dans le respect de nos valeurs démocratiques et leur protection, et dans la protection aussi de notre enfance", a-t-il ajouté, autant de thèmes sur lesquels Donald Trump fait souvent polémique.

"Face à cela, nos deux pays partagent la même conviction les démocraties doivent être lucides, fortes et capables d'agir ensemble", a-t-il ajouté à trois jours de l'ouverture d'un sommet du G7 à Evian.

Dans ce contexte, "la France et le Canada, l'Europe et le Canada ont des partenariats essentiels à bâtir et renforcer" dans la "défense", "l'intelligence artificielle, le quantique, le nucléaire civil, les minerais critiques et stratégiques et la transition énergétique", a pointé le chef de l'Etat.

"Nos industries de défense ont des complémentarités réelles. L'enjeu est maintenant de passer de la convergence politique à des coopérations industrielles concrètes, durables, mutuellement bénéfiques", a-t-il insisté, alors que la France et l'Allemagne viennent d'enterrer un projet commun d'avion de combat.

Mark Carney a aussi souligné combien le Canada et la France, et plus largement l'Europe, partageaient "de plus en plus les mêmes intérêts".

"Nous sommes plus que des alliés. Nous faisons partie de la même famille", a-t-il souligné en français, alors que Donald Trump exprime régulièrement des velléité d'annexer le Canada.

"En travaillant ensemble, le Canada, la France et l'Europe sont en mesure de devenir une puissante forte pour le siècle à venir", a-t-il ajouté en anglais.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a multiplié les déclarations hostiles contre le Canada ainsi que les attaques commerciales et économiques, faisant encore référence au Canada comme "51e Etat" le 1er juin sur son réseau Truth Social.


IA, robots et souveraineté numérique au cœur des 10 ans de VivaTech

Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
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  • VivaTech 2026 mettra l’accent sur l’IA, la robotique et la souveraineté numérique, avec la participation de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs
  • L’Europe veut renforcer son autonomie technologique face aux États-Unis et à la Chine, tandis que les robots dopés à l’IA seront parmi les grandes attractions du salon

PARIS: L'intelligence artificielle, les robots et la souveraineté numérique face aux géants technologiques américains et chinois seront au centre de la 10e édition du salon VivaTech, plus grand événement européen du secteur, qui s'ouvre à Paris mercredi.

Un anniversaire en grande pompe

Cette "exposition universelle de l'innovation" s'attend à accueillir du 17 au 20 juin à la Porte de Versailles près de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs du monde entier.

VivaTech entend fêter sa dixième bougie en grande pompe en présentant en avant-première dès dimanche quelques unes de ses innovations au grand public sur l'avenue des Champs-Élysées, rendue piétonne pour l'occasion, où drones, robots et hélicoptères feront le show.

L'événement change aussi de dimension cette année, passant de 50.000 à 70.000 mètres carrés, avec des représentants de 170 pays et 60 pavillons nationaux, espérant dépasser l'affluence record de l'année précédente, 180.000 visiteurs.

Souveraineté

La souveraineté numérique sera un thème central à l'heure où l'Europe cherche à réduire ses dépendances technologiques aux entreprises étrangères, dans un contexte de concurrence accrue et de relations tendues avec les États-Unis.

L'Allemagne sera le pays mis à l'honneur avec une délégation de près de 200 start-up dans des domaines allant de l'IA à la greentech (start-up spécialisées dans les questions environnementales). Le ministre du Numérique allemand, Karsten Wildberger, sera présent, ainsi que des dirigeants de grands groupes industriels et technologiques comme Siemens et SAP.

Le président français Emmanuel Macron est attendu sur scène jeudi pour défendre la vision d'une France et d'une Europe en pointe sur les technologies de rupture comme l'IA et le quantique. Le Premier ministre indien Narendra Modi, présent en France pour le G7 qui aura lieu à Évian de lundi à mercredi, doit aussi s'exprimer.

Aux côtés de la France émerge ainsi une "coalition de puissances non hégémoniques", ou "non alignées", avec l'Inde, le Canada, le Japon, qui veulent peser face à la sphère d'influence américaine et chinoise dans l'IA, explique à l'AFP Sylvain Duranton, directeur monde de l'entité tech du cabinet de conseil BCG.

Robots à tout-va

Danse, transport de charges lourdes, nettoyage, accueil hôtelier: les robots dopés à l'IA seront sous les feux des projecteurs avec de nombreuses démonstrations prévues tout au long de la semaine.

Les humanoïdes des entreprises chinoises Unitree et Agibot promettent d'émerveiller les spectateurs avec des prouesses en matière de déplacements, tandis que les start-up européennes de robotique comme Genesis, Botiful ou encore Pal Robotics présenteront elles aussi leurs dernières nouveautés.

"C'est une incarnation de l'IA de demain avec tous les fantasmes et les peurs associés", estime Thomas Husson, analyste du cabinet Forrester.

Cette vague de l'IA physique, qui permet d'animer les robots, est due entre autres à la baisse du coût des automates, qui a chuté de 30 à 40% par rapport à l'an dernier, selon M. Duranton, et à une amélioration des modèles d'IA destinés à les entraîner.

Au-delà du "show", le salon offrira aussi une approche plus industrielle avec des acteurs comme l'armateur français CMA CGM qui montrera comment un robot peut fluidifier des activités logistiques.

Invités de marque et surprise

Parmi les personnalités et chefs d'entreprises, seront notamment présents le Français Yann LeCun, ancien responsable de recherche IA au sein de Meta, qui a fondé sa start-up AMI; David Limp, le directeur général de Blue Origin et Peter Steinberger, le créateur autrichien d'OpenClaw, un outil de déploiement d'agents d'IA capables de gérer des tâches de façon autonome pour les utilisateurs, qui a connu un succès mondial fulgurant.

Shantanu Narayen, patron d'Adobe, Christophe Fouquet, directeur général d'ASML et Joe Tsai, président du géant chinois du e-commerce Alibaba sont aussi annoncés. Les organisateurs ménagent le suspense autour de la présence d'un "invité surprise" dont le nom doit être dévoilé en début de semaine prochaine.