Grande «voix de la justice», Bryan Stevenson accuse Trump d'instrumentaliser les exécutions

L'avocat américain Bryan Stevenson (Photo, Jean-Baptiste LACROIX/AFP).
L'avocat américain Bryan Stevenson (Photo, Jean-Baptiste LACROIX/AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 02 décembre 2020

Grande «voix de la justice», Bryan Stevenson accuse Trump d'instrumentaliser les exécutions

  • Le gouvernement de Donald Trump a renoué en juillet avec les exécutions fédérales, interrompues depuis 17 ans, et semble déterminé à en mener le plus possible
  • Pour Bryan Stevenson, la peine de mort concentre les maux du système judiciaire des Etats-Unis, notamment les discriminations contre les Afro-Américains

WASHINGTON: « Tragique » et « politique » : l'avocat américain Bryan Stevenson, qui doit recevoir jeudi le prix Right Livelihood, reproche au gouvernement de Donald Trump d'enchaîner les exécutions avant son départ de la Maison Blanche.

« Pour neuf personnes exécutées aux Etats-Unis, un innocent a été identifié dans les couloirs de la mort », rappelle cet Afro-Américain de 61 ans, distingué par ce « Nobel alternatif » avec trois autres militants des droits humains.

A la tête de l'organisation Equal Justice Initiative, il a permis d'innocenter ou de commuer la peine de 130 condamnés à la peine capitale, un combat dont l'origine est retracée dans son livre « Just Mercy », récemment adapté au cinéma sous le titre français « La Voie de la justice ».

Pour Bryan Stevenson, incarné dans le film par Michael B. Jordan, la mise au jour des erreurs judiciaires aurait dû imposer « une suspension » immédiate des exécutions aux Etats-Unis, « comme on cloue un avion au sol après un accident » le temps d'en déterminer les causes. 

Au contraire, le gouvernement de Donald Trump a renoué en juillet avec les exécutions fédérales, interrompues depuis 17 ans, et semble déterminé à en mener le plus possible malgré sa défaite à la présidentielle du 3 novembre.

Alors que ses prédécesseurs n'ont procédé qu'à trois exécutions fédérales en 45 ans, huit ont déjà eu lieu ces derniers mois et cinq autres sont prévues avant la fin de son mandat, dont la dernière le 15 janvier, à cinq jours de l'investiture du démocrate Joe Biden.

« C'est tragique », la peine capitale est « utilisée à des fins politiques », déplore Bryan Stevenson, qui voudrait « voir la peine de mort abolie au niveau fédéral.

Joe Biden a promis lors de sa campagne de travailler en ce sens, mais il lui faudra l'aval du Congrès et cela ne sera possible que si les démocrates parviennent à remporter deux sièges supplémentaires au Sénat lors d'élections partielles en janvier.

« Dangerosité »

Pour Bryan Stevenson, la peine de mort concentre les maux du système judiciaire des Etats-Unis : enquête à charge, pénalisation de la maladie mentale, condamnation des plus jeunes... mais surtout discriminations contre les Afro-Américains.

Le dernier prisonnier exécuté, Orlando Hall, un homme noir, « a été condamné par un jury exclusivement blanc après l'exclusion des potentiels jurés noirs par un procureur ayant des antécédents de préjugés racistes », relève-t-il. « Mais les tribunaux ont refusé de prendre ce facteur en considération ». 

Les grandes manifestations antiracistes qui ont suivi la mort de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc fin mai, ont mis l'accent sur les préjugés des forces de l'ordre, mais les procureurs et les juges n'en sont pas exempts, souligne l'avocat et professeur de droit.

« Il y a une présomption de dangerosité et de culpabilité associée aux hommes noirs », si bien qu'ils sont plus souvent arrêtés, poursuivis et condamnés, juge Stevenson. Aux Etats-Unis, le taux d'incarcération des Afro-Américains est cinq fois supérieur à celui de la population blanche.

Pour le diplômé de Harvard, qui a lui-même été menacé par la police lors d'un contrôle routier, il s'agit d'un héritage du passé raciste du pays. « Pendant longtemps, les gens ont pensé que les toxines créées par l'esclavage, les lynchages et la ségrégation se dissiperaient », dit-il. « Nous savons maintenant que ce n'est pas vrai ».

Il est à ses yeux urgent et essentiel que l'Amérique « affronte frontalement son histoire » pour pouvoir avancer. A ce titre, son organisation a construit un mémorial et un musée à Montgomery, en Alabama, pour conserver la mémoire des esclaves et des 4 000 Américains noirs lynchés par des extrémistes blancs.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Short Url
  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Short Url
  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Short Url
  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.