Comment les cinéastes saoudiens ont trouvé leur rythme depuis la reprise des projections

La reprise des projections de films en Arabie saoudite (Photo, AFP).
La reprise des projections de films en Arabie saoudite (Photo, AFP).
L'ouverture de théâtres dans le Royaume a été largement saluée par les Saoudiens, qui avaient l'habitude d'affluer à Bahreïn ou à Dubaï pour se divertir (Photo, Fournie).
L'ouverture de théâtres dans le Royaume a été largement saluée par les Saoudiens, qui avaient l'habitude d'affluer à Bahreïn ou à Dubaï pour se divertir (Photo, Fournie).
D'ici 2030, le nombre de salles dans le Royaume devrait atteindre 2 600 (Photo, AFP).
D'ici 2030, le nombre de salles dans le Royaume devrait atteindre 2 600 (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 29 avril 2023

Comment les cinéastes saoudiens ont trouvé leur rythme depuis la reprise des projections

  • Au Moyen-Orient, les recettes du box-office ont rebondi grâce en partie, au succès du cinéma saoudien
  • La reprise des projections de films dans toute l’Arabie saoudite a suscité un grand intérêt pour la production destinée au grand écran

RIYAD: Pendant 35 ans, les Saoudiens ont été privés de l'expérience cinématographique typique — le vertige de la file d'attente pour acheter un billet, l'impatience croissante lorsque les lumières s'éteignent et le plaisir de regarder les bandes-annonces de films projetées sur l'écran tout en grignotant des grains de maïs fraîchement éclatés.

Le 18 avril a marqué le cinquième anniversaire de la reprise des projections de films dans toute l’Arabie saoudite, pour la première fois depuis les années 1970. Mais la levée de l'interdiction ne s'est pas limitée au simple divertissement.

La puissance du cinéma saoudien a révolutionné l'économie cinématographique de la région, institutionnalisé une industrie créative et ouvert la voie à des générations de talents non encore découverts, tout en célébrant l'identité du pays.

Avant même la réouverture des cinémas nationaux, une lueur d'espoir est apparue sous la forme du film «Wadjda» de Haifaa Mansour en 2012, le premier film à distribution entièrement saoudienne tourné en Arabie saoudite.

Bien que les quelques salles de projection d’Arabie saoudite aient été fortement censurées à l'époque, le film a tout de même connu un succès international, amassant des millions d'euros de recettes au box-office mondial.

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Beaucoup de choses se sont passées depuis la réouverture des cinémas du Royaume en 2018 (Photo, Arab News Archive).

Le film «Barakah Meets Barakah» de Mahmoud Sabbagh a fait des vagues en 2016 avec son commentaire sur le conservatisme sous forme de comédie, suivi du film d'horreur «Madayen» d'Ayman Tamano, et de multiples autres courts et longs métrages qui ont ouvert la voie à une nouvelle ère cinématographique.

Lorsque l'interdiction a été levée en 2018, les foules ont afflué dans les cinémas pour regarder la superproduction emblématique de Marvel, «Black Panther», transformant à ce jour, la façon dont les Saoudiens vivent le cinéma.

La productrice de films Walaa Bahefzallah se souvient d'avoir assisté à une projection d'«Aquaman», qui marquait sa première visite dans un cinéma.

«Je suis devenue très émotive. J'ai eu des frissons et j'ai commencé à pleurer, parce que je ne pouvais pas m'empêcher de penser: ‘Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps? Pourquoi?’» a déclaré Bahefzallah à Arab News. «Le cinéma a créé des sociétés, changé des règles, créé un patrimoine. Le cinéma a initié des mouvements sociaux et culturels.»

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L'acteur hollywoodien John Travolta assiste à un événement spécial organisé par l'Autorité générale du divertissement du Royaume à Riyad en 2017 (Photo, AFP).

Bahefzallah a obtenu son diplôme d'école de cinéma en 2010 en étant la première de sa classe, mais elle travaillait dans l'industrie depuis 2007 en Égypte. En 2013, elle a créé Rose Panthera, une société de production expérimentale.

Outre ses nombreuses œuvres, Bahefzallah a récemment mis ses talents en tant que directrice de casting et de production au service de la production hollywoodienne «Kandahar» tournée à AlUla, dont la première est prévue le 6 mai.

«Le cinéma est apparu tardivement dans la société saoudienne. La communauté avait donc déjà des goûts spécifiques en matière de divertissement», a-t-elle indiqué. «Les saoudiens se sont d'abord opposés aux contenus produits en Arabie Saoudite et nous n'avons trouvé que des jugements négatifs et la plupart d'entre eux sont passés du statut de spectateur à celui de critique. Nous ne pouvons pas les blâmer.»

Dernièrement, après «Chams Al-Maaref», «Abtal», «Sattar» et «Alhamour H. A.», ils ont réalisé qu'une nouvelle ère cinématographique était en train de se construire, une ère qui parle à nos esprits et à nos problèmes, dans notre propre langue et avec notre propre sens de l'humour — un cinéma qui nous comprend.

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Walaa Bahefzallah (à droite), directrice de casting de Saudi Film Champions, aux côtés des acteurs du Festival du film de la mer Rouge 2021, dont Fatima Albanawi (Photo, AFP).

Selon la Commission générale des médias audiovisuels, 31 films saoudiens ont été produits au cours des cinq années qui ont suivi la levée de l'interdiction du cinéma.

Ces films saoudiens comprennent le drame familial «40 ans et une nuit», la comédie sur le football «Abtal», le film réaliste «Shihana» et le film d'animation «Masameer».

Le temps des films à la carte, des piles de DVD étrangers, des salles de cinéma improvisées, des projections clandestines et des voyages dans les pays voisins, notamment à Bahreïn, pour un week-end de visionnage en rafale des dernières nouveautés, est révolu.

Alors que la fréquentation et les bénéfices des cinémas sont en baisse ailleurs dans le monde, les recettes du box-office dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord ont rapidement rebondi, en grande partie grâce au succès des cinémas saoudiens.

 

En bref

Les chaînes de divertissement actuellement présentes en Arabie saoudite sont VOX Cinema, AMC, Reel Cinemas et Muvi Cinemas.

Muvi Cinemas compte à lui seul 205 écrans répartis sur 21 sites dans 10 villes différentes.

Cependant, il semble qu'il y ait encore un marché inexploité en Arabie saoudite. Le film qui a rapporté le plus d'argent en Arabie Saoudite à ce jour, «Top Gun: Maverick», a vendu environ 1,2 million de billets pour une population de 35,95 millions d'habitants, ce qui indique que seule une fraction du public saoudien se rend régulièrement dans les salles de cinéma.

«Avec l'augmentation du nombre de films produits et leur succès continu, la demande sera plus forte», a déclaré à Arab News Faris Godus, réalisateur et coscénariste de «Chams Al-Maaref».

«La plupart des personnes qui ont acheté les premières places de cinéma étaient considérées comme des adeptes de la première heure, qui venaient sans attendre d'essayer quelque chose de nouveau. Mais maintenant, ils ont des références pour comparer les films.»

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Muvi Studios bat des records au box-office saoudien, avec plus d'1 million de billets vendus pour ses deux dernières productions (Photo, Fournie).

«Chams Al-Maaref», une production de la société Telfaz11, financée par le Festival du film de la mer Rouge, a été l'un des premiers films saoudiens à être projeté dans des cinémas commerciaux. Il a récemment été classé au quatrième rang des films saoudiens les plus vus.

«Le mérite du cinéma, c'est l'expérience collective», a précisé Godus. «En tant qu'êtres humains, nous sommes influencés par les autres. Lorsque nous essayons quelque chose de nouveau, il est bon d'en faire l'expérience collectivement.» 

«Lorsque nous avons regardé ‘Chams Al-Maaref’ en salle, certaines personnes riaient à des répliques ou s'enthousiasmaient pour des passages dont je ne pensais pas qu'ils auraient un tel impact. Cela a créé une première impression du film qui s'est largement répandue par le bouche-à-oreille. C'était formidable et je crois que les films saoudiens ont besoin de ce type d'engagement.»

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Deux jeunes réalisateurs saoudiens ont reçu des trophées après avoir remporté la deuxième édition d'un défi de réalisation de 48 heures (AN Photo/Ali Khameq).

En effet, les cinéastes saoudiens apprécient la façon dont le cinéma crée des liens communautaires qui leur permettent de recueillir les réactions de leur public.

«Cela a permis de mieux apprécier la diversité de la culture et des récits saoudiens, ainsi que de multiplier les occasions pour les cinéastes saoudiens de montrer leur créativité, de la développer et d'exporter notre culture, notre langue, nos expressions idiomatiques, nos valeurs et nos blagues dans le monde entier», a expliqué l'actrice saoudienne Summer Shesha à Arab News.

«Le fait de disposer d'un espace qui nous permet de nous réunir, de rire, de pleurer et de nous sentir unis joue un rôle important dans la manière dont le contenu saoudien est vécu et produit.»

Shesha a confié avoir pleuré en apprenant la réouverture des cinémas. Elle avait participé à son premier rôle dans un long métrage en 2017, «Exit 5», mais ne l'avait vu projeté que dans des festivals.

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Deux jeunes réalisateurs saoudiens ont reçu des trophées après avoir remporté la deuxième édition d'un défi de réalisation de 48 heures (AN Photo/Ali Khameq).

«Je n'oublierai jamais l'expérience que j'ai vécue en regardant mon deuxième film, «Kayan», réalisé par Hakim Joumaa, au théâtre, en compagnie de mes amis, de ma famille et du public», a-t-elle indiqué.

«C'était surréaliste de voir mon visage sur le grand écran et d'entendre et de voir la réaction du public en même temps. Ce souvenir me donne encore la chair de poule», a-t-elle ajouté.

Elle a jugé: «J'étais reconnaissante de faire partie d'une industrie qui n'existait même pas, de croire en ce que j'aimais et de le faire quand même, d'être témoin de ce changement important et d'y contribuer.»

L'actrice saoudienne Ida Alkusay étudiait à l'étranger lorsqu'elle a appris la réouverture des cinémas dans son pays.

«Paradoxalement, j'étudiais le cinéma pour pouvoir diffuser mes films sur les grands écrans de mon pays. En entendant cette nouvelle, j'ai eu l'impression que la moitié de la bataille était déjà gagnée», a déclaré Alkusay, à Arab News.

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Avant 2018, un rôle dans une industrie cinématographique en plein essor, mais prématurée, était un rêve pour de nombreux acteurs en herbe. Avec le soutien de la Commission saoudienne du film, qui s'est efforcée de légitimer l'industrie cinématographique locale et de créer des opportunités d'emploi, il n'y a jamais eu de meilleur moment pour faire carrière dans le cinéma saoudien.

«Donner des occasions aux talents et investir dans les cinéastes et les films locaux sera payant car nous sommes ici pour créer notre héritage et le documenter», a souligné Alkusay. «L'Arabie saoudite est riche en histoires héroïques et cet héritage doit être célébré et partagé.»

Depuis son retour au pays, l'actrice a décroché de nombreuses opportunités dans l'industrie, notamment un rôle dans la série «Rise of the Witches» de MBC, la mini-série télévisée «Akher Riyal» et un rôle principal dans le film d'horreur de 2021 «Junoon», dont la première a eu lieu en octobre dernier.

Les frères Maan B. et Talha B., producteurs du film, ont déclaré à Arab News: «Voir son premier film être regardé est quelque chose d'inspirant. Lorsque nous avons étudié le cinéma en 2013, nous n'aurions jamais pensé que ce jour viendrait.»

Ils ont poursuivi: «Nous croyons que des films plus grands et plus audacieux suivront dans les cinq à dix prochaines années parce que le public est plus intelligent qu'on ne le pense et il veut quelque chose de divertissant qui pousse à la réflexion, pas quelque chose de superficiel qu'il peut regarder gratuitement dans le confort de son foyer. Cela rend les choses plus difficiles pour nous, cinéastes, car nous sommes en concurrence avec les services de diffusion en continu et le contenu des médias sociaux.»

Alors que les services de streaming sont considérés comme les plus grands concurrents du cinéma, la réapparition des salles de cinéma en Arabie saoudite a ravivé l'intérêt pour la production de films pour le grand écran.

Maan B., qui a également joué dans «Junoon» et l'a coréalisé, a révélé: «Beaucoup de gens qui avaient cette passion voulaient revenir dans le jeu.»

«Beaucoup d'universités y contribuent en proposant des cours de cinéma ou de médias dans leurs programmes, ce qui attire beaucoup l'attention de la nouvelle génération.»

«J'envie la nouvelle génération. Tout est prévu pour ces jeunes et ils doivent en profiter — les opportunités, le soutien, les fonds — pour être reconnus et faire du bon travail», a-t-il signalé.

Fahad Alqahtani cherchait un passe-temps lorsqu'il est tombé sur le métier d'acteur. Sa première occasion s'est présentée dans la série télévisée originale de Shahid «The Fates Hotel», avant de décrocher le rôle principal de Hamed dans le dernier film du cinéma saoudien «Alhamour H.A.».

«Ce film est proche du cœur de la communauté saoudienne et j'en suis très heureux», a déclaré Alqahtani à Arab News.

Il a ajouté: «L'intérêt pour les séances de cinéma en Arabie saoudite a atteint un niveau remarquable, au point d'attirer les investisseurs de l'industrie cinématographique. Après 2018, j'ai senti que la scène cinématographique était beaucoup plus mature et sérieuse, et cela créera un monde de différence dans nos productions.»

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La comédie saoudienne "Sattar" a reçu des éloges depuis sa première l'année dernière et est récemment devenue le film saoudien le plus rentable avec près de 900 000 ventes de billets à ce jour (Photo, Fournie).

Le film est le deuxième film saoudien le plus vu en salle après la comédie d'action «Sattar». Le succès fulgurant de «Sattar» est en partie basé sur un timing bien calculé.

Ibrahim Alkhairallah, scénariste, producteur et covedette du film, a déclaré à Arab News: «Lorsque nous avons lancé ‘Sattar’, nous savions qu'il était temps. Tout le temps investi sur l'internet a été consacré à l'entraînement en vue de cette grande avancée.»

Telfaz11, qui a passé des années à construire sa présence en ligne, a stratégiquement attendu l'ouverture de cinémas dans les plus petits districts avant de sortir ce qui allait devenir le plus grand succès cinématographique du pays. 

«Le théâtre le plus proche de la région sud n'est plus Djeddah, mais Khamis Mushait et Abha. Hafar Al-Batin n'est plus Dammam ou Ach-Charqiya — c'est eux-mêmes», a soutenu Alkhairallah.

Khamis Mushait a été l'un des cinq endroits où l'on a vendu le plus de billets pour les projections de «Sattar». Cependant, d'un point de vue créatif, Alkhairallah estime que le film a fait sensation parce qu'il est resté fidèle à la culture saoudienne.

«Parlez au public. Ne vous adressez pas aux grands festivals et aux étrangers pour atteindre le succès. Non, une fois qu'ils auront constaté l'intérêt de votre propre public, le film circulera.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
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  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.


Le décès de Loana pourrait être dû à une chute, selon le parquet

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
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  • Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies
  • "A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur

NICE: Le décès de Loana, première vedette de la télé-réalité en France, retrouvée morte mercredi à son domicile à Nice, pourrait être dû à une chute, sans intervention d'un tiers, a annoncé jeudi le procureur de Nice, Damien Martinelli.

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours.

La porte de l'appartement étant fermée à clé de l'intérieur, les pompiers sont entrés par une fenêtre. Loana était "manifestement décédée depuis plusieurs jours", et son chien a également été retrouvé mort, selon le communiqué du procureur.

Une plaie à l'arrière du crâne et des ecchymoses dans la région lombaire laissent envisager que le décès puisse être lié à une chute en arrière.

Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies.

"A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur.

La France avait découvert Loana Petrucciani (de son nom complet) en avril 2001 lorsqu'elle a vécu avec d'autres anonymes dix semaines durant 24 heures sur 24 sous l'oeil des caméras de M6.

Le succès du "Loft" a été immédiat et phénoménal et l'émission, considérée comme culte, a inspiré une série pour la plateforme de streaming d'Amazon, Prime Video, en 2024.

Mais Loana a quitté peu à peu le monde du show business et entamé un long déclin personnel, entre violences subies, problèmes de santé, tentatives de suicide, overdoses et épisodes psychiatriques.

"On peut dire que nous avons vécu un conte de fées. Une vie que jamais nous n'aurions osé imaginer. Un rêve éveillé, intense. Et puis, je t'ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder... Tu as tout donné, jusqu'au bout", a témoigné sur Instagram le chroniqueur Steevy Boulay, autre "lofteur" de la première édition.

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".