A 75 ans, la société israélienne face au défi de la fragmentation

Une vue aérienne prise le 13 avril 2023 montre le kibboutz de Yiron, au nord d'Israël, créé en 1949 à moins de deux kilomètres de la frontière libanaise, sur les ruines d'un village palestinien détruit par les forces juives pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949. (Photo de MENAHEM KAHANA / AFP)
Une vue aérienne prise le 13 avril 2023 montre le kibboutz de Yiron, au nord d'Israël, créé en 1949 à moins de deux kilomètres de la frontière libanaise, sur les ruines d'un village palestinien détruit par les forces juives pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949. (Photo de MENAHEM KAHANA / AFP)
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Publié le Mardi 02 mai 2023

A 75 ans, la société israélienne face au défi de la fragmentation

  • Le kibboutz Yiron, dans le nord, illustre en partie les mutations qui se sont opérées depuis la proclamation de l'Etat, le 14 mai 1948
  • Yiron a été fondé en 1949, à quelques kilomètres de la ligne de démarcation avec le Liban, sur les ruines d'un village palestinien détruit par les forces juives

YIRON: En 75 ans d'existence, la société israélienne a connu des transformations majeures liées à l'histoire mouvementée du pays et fait face aujourd'hui au défi d'une fragmentation croissante.

Le kibboutz Yiron, dans le nord, illustre en partie les mutations qui se sont opérées depuis la proclamation de l'Etat, le 14 mai 1948, et notamment le passage d'une société socialiste idéale voulue par certains des pères fondateurs à une société plus libérale et multiculturelle.

Villages collectivistes, les kibboutz sont indissociables de l'image d'Israël et ils "ont joué un rôle essentiel dans la construction du pays", même s'ils n'ont représenté au plus fort que 7,5% de la population juive en Israël, selon le sociologue Youval Achouch, enseignant- chercheur au Western Galilee Academic College à Acre (nord).

Yiron a été fondé en 1949, à quelques kilomètres de la ligne de démarcation avec le Liban, sur les ruines d'un village palestinien détruit par les forces juives pendant la première guerre israélo-arabe (1948-1949).

Sa création procède de la volonté des autorités de défendre les frontières du jeune Etat sorti vainqueur de ce conflit qui l'a opposé aux armées de cinq pays arabes l'ayant envahi dès le 15 mai 1948.

75 ans d'Israël: dix dates-clés

Voici dix dates-clés de l'Etat d'Israël, depuis la proclamation de son indépendance il y a 75 ans.

1948 : indépendance

L'ONU vote le 29 novembre 1947 le partage de la Palestine en deux Etats, juif et arabe.

Ce plan, rejeté par les Etats arabes, provoque une éruption de violences entre Arabes et Juifs.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l'indépendance de l'Etat d'Israël, après 28 ans de mandat britannique.

Le lendemain, cinq pays arabes entrent en guerre contre le nouvel Etat. Cette première guerre israélo-arabe finit en 1949 et permet à Israël d'étendre le territoire qui lui avait été imparti par les Nations unies.

Plus de 760.000 Palestiniens sont poussés à l'exode ou fuient, quelque 160.000 restent dans le nouvel Etat.

La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, revient à la Jordanie, et la bande de Gaza à l'Egypte. Les rescapés de la Shoah immigrent massivement en Israël.
1967 : Guerre des Six-jours

En 1967, Israël déclenche les hostilités. Lors de cette troisième guerre israélo-arabe contre l'Egypte, la Syrie et la Jordanie, Israël s'empare en six jours de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de Gaza, d'une partie du plateau syrien du Golan et de la péninsule égyptienne du Sinaï.

La colonisation commence dans ces territoires.

1973 : Guerre du Kippour

Six ans plus tard, pendant la fête juive du Kippour, l'Egypte et la Syrie attaquent Israël qui repousse l'assaut, au prix de pertes importantes.

1978 : paix avec l'Egypte

En 1978, le Premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar al- Sadate signent à Washington les accords de Camp David, qui préfigurent la signature, le 26 mars 1979, du premier traité de paix entre un pays arabe et Israël.

L'Egypte récupère le Sinaï (ce qui sera effectif en 1982).

Le traité est dénoncé par les pays arabes et Sadate, très critiqué, est assassiné en 1981 par des islamistes.

1982 : invasion du Liban

Les Israéliens envahissent le Liban et assiègent Beyrouth en juin 1982. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat doit quitter ce pays.

Les troupes israéliennes occupent le sud jusqu'en 2000.

Après l'enlèvement de soldats israéliens par le mouvement Hezbollah en 2006, Israël déclenche une offensive dévastatrice au Liban.

1993 : Accords d'Oslo

En décembre 1987, les Palestiniens déclenchent le premier soulèvement contre l'occupation israélienne, l'Intifada.

En 1993, Israël et l'OLP signent à Washington les accords d'Oslo sur l'autonomie palestinienne, scellée par une poignée de main entre Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin.

Arafat revient triomphalement en 1994 dans les territoires palestiniens occupés après 27 ans d'exil et y établit l'Autorité palestinienne.

1995 : assassinat de Rabin

Yitzhak Rabin est assassiné à Tel-Aviv en 1995 par un extrémiste juif opposé au processus de paix.

2000 : Deuxième Intifada

Après la visite controversée en septembre 2000 sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem d'Ariel Sharon, qui était alors le chef de l'opposition de droite israélienne, la Deuxième intifada est déclenchée et va durer jusqu'en 2005.

2005 : retrait de la bande de Gaza

Israël se retire en 2005 de la bande de Gaza, sur laquelle il impose à partir de 2007 un blocus, après la prise de contrôle du mouvement islamiste armé Hamas.

Israël et le Hamas se livrent ensuite quatre guerres dans ce territoire, en 2008, 2012, 2014 et 2021.

2009 : retour de Netanyahu

Fin mars 2009, le chef du Likoud (droite) Benjamin Netanyahu - déjà à la tête du gouvernement entre 1996 et 1999 - redevient Premier ministre.

Il est inculpé de corruption dans une série d'affaires en 2019.

Chassé du pouvoir en 2021, il revient à la fin de l'année suivante à la tête du gouvernement, un des plus à droite de l'histoire d'Israël. Son projet de réforme du système judiciaire provoque à partir de janvier une mobilisation populaire inédite, les détracteurs du texte affirmant que celui-ci menace la démocratie israélienne.

Agée de 69 ans, Efrat Pieterse, née à Yiron, se souvient avec nostalgie de la "vie en collectif avec les autres enfants de (son) groupe".

Confiés à des éducateurs, les enfants "voyaient leurs parents en fin d'après-midi et regagnaient les maisons d'enfants", pour la nuit, dit-elle. "Nous étions neuf, tout le temps ensemble comme une famille".

Aujourd'hui, Yiron a bien changé: l'ancienne étable abrite une société agro-technologique, les habitations modestes et identiques ont laissé place à des pavillons bourgeois séparés par des clôtures, et les enfants y vivent avec leurs parents.

Explosion démographique

La crise économique des années 1980 et la chute du communisme en URSS ont contribué à remettre en cause le modèle coopératif des kibboutz avant que l'apparition de nouvelles valeurs individualistes et familiales n'achève de faire prendre à la majorité de ces villages un virage libéral au début du XXIe siècle, explique M. Achouch.

En 75 ans, la population d'Israël a crû plus rapidement que celle de la planète. Elle a été multipliée par 12 et compte aujourd'hui plus de 9,7 millions d'habitants, dont 7,1 millions de Juifs (soit 73,5% de l'ensemble), 2 millions d'Arabes (21%), le solde étant constitué principalement d'immigrés non juifs, selon le Bureau central des statistiques israélien.

Cette explosion démographique due à l'immigration de Juifs venus de différentes régions du monde - avec un apport massif de l'ex-Union soviétique au tournant de la décennie 1990 - et à un taux de fécondité élevé, explique aussi les profondes mutations de la société israélienne.

Passage obligé pour la jeunesse, l'armée est un facteur d'intégration et de construction de l'identité nationale, mais une grande part de la population y échappe (la quasi-totalité des juifs ultra-orthodoxes - soit 12% de la population, et de la minorité arabe).

Dans un discours ayant fait date, l'ancien président israélien, Reuven Rivlin, avait identifié en 2015 quatre "tribus" composant selon lui la société israélienne, sans jamais vraiment se mélanger.

Les trois tribus juives - laïcs, religieux nationalistes et ultra-orthodoxes - et la tribu arabe ne se fréquentent pas, n'habitent pas dans les mêmes villes, ne lisent pas les mêmes journaux, ne vont pas dans les mêmes écoles, avait-il déclaré.

«Visions différentes»

M. Rivlin ajoutait que ces différentes tribus partageaient "des visions différentes" de ce que doit être l'Etat d'Israël et que "l'ignorance mutuelle et l'absence de langage commun ne fait qu'accroître la tension, la peur, l'hostilité et la compétition" entre elles.

"La société est très fragmentée sur le plan ethnique mais aussi sur celui des classes sociales", déclare à l'AFP Sylvaine Bulle, sociologue au CNRS, spécialiste d’Israël.

Au sein mêmes des "tribus" identifiées par M. Rivlin se dessinent des clivages subtils, entre juifs séfarades et ashkénazes, nouveaux immigrants et "sabra" (nés en Israël), et, côté arabe, entre musulmans, chrétiens et druzes.

Pendant longtemps, les ashkénazes, juifs des pays d'Europe centrale et de l'Est dont sont issus les fondateurs du mouvement sioniste, "ont tenu les manettes politiques, judiciaires et économiques" du pays.

Au cours des décennies 1950 et 1960, des juifs d'Irak, du Yémen, du Maghreb, (nommés "Mizrahim" en hébreu), gagnent Israël, où ils s'installent dans des villes nouvelles.

Ils vont être "largement défavorisés par l'Etat", note Mme Bulle en faisant référence à la politique du Parti travailliste, maître incontesté de la politique israélienne jusqu'en 1977, année de la première victoire de la droite, dont ils constituent la base électorale.

"En 75 ans ce qui a changé c’est que l'élite ashkénaze est démographiquement vieillissante, elle n'est plus représentative de l'électorat et n'est plus ressentie comme légitime par les Mizrahim qui sont en quête d'ascension sociale", dit Mme Bulle.

"Ces dernières années, on observe un glissement à droite de l'opinion publique", note M. Achouch, pour qui les attentats suicide à répétition de la Seconde Intifada (le soulèvement palestinien de 2000-2005 contre l'occupation israélienne), l'échec du processus de paix, mais aussi le "noyautage du ministère de l'Education par la droite religieuse depuis des dizaines d'années" ont forgé l'identité politique des jeunes générations.

Depuis janvier, le pays est profondément divisé sur la question du projet de réforme de la justice voulu par le gouvernement, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël.

Ce projet que la majorité politique juge nécessaire pour rééquilibrer les pouvoirs en diminuant les prérogatives de la Cour suprême, est au contraire perçu comme une menace pour la démocratie israélienne par ses détracteurs et a suscité un des plus grands mouvements de contestation populaire qu'ait connu le pays.

«Identité israélienne»

Pour Mme Bulle, la crise actuelle autour de la réforme judiciaire reflète la fragmentation sociale du pays, mais dans le même temps, remarque-t-elle, la "mobilisation populaire", va d'une certaine façon "à l'encontre de la fragmentation extrême de la société israélienne".

En effet, juge-t-elle, ce mouvement "montre que les Israéliens dans leur ensemble restent attachés aux valeurs démocratiques, au sens de la justice, de l'éthique et de l'égalité", et en ce sens, "les gens qui se mobilisent aujourd'hui expriment une certaine nostalgie des racines socialistes d'Israël".

Mme Bulle note cependant que la minorité arabe reste en retrait de ce débat qui agite la société.

"Pour eux, la démocratie a toujours été défaillante", dit-elle, en résumant l'état d'esprit de ceux qu'elle appelle les "Palestiniens d'Israël", communément appelés "Arabes israéliens" en Israël.

Certaines "lois ont fragilisé la notion de démocratie et d'égalité entre les citoyens", relève Mme Bulle en citant celle adoptée en 2018 définissant Israël comme l'"Etat nation du peuple juif", qui a notamment fait de l'hébreu la seule langue officielle du pays, ne conférant plus à l'arabe qu'un statut "spécial".

Constatant lui aussi la fragmentation de la société, Avner Ben-Zaken, historien et président de l'Institute for Israeli Thought (IIT), centre de recherche à Tel-Aviv, estime que le système électoral, fondé sur la proportionnelle intégrale, en est en partie responsable car il favorise le clientélisme et la compétition entre les différents groupes de la société qui en viennent à se "haïr".

Pour autant, estime-t-il, "ce n'est pas la présence de ces différents groupes qui pose problème, mais la structure même de l'Etat".

En l'absence de Constitution, "on ne sait pas ce qu'est cet Etat", dit-il à l'AFP, jugeant impératif de "définir l'identité du pays comme israélienne" (et non pas seulement juive et démocratique), dans le cadre d'une Constitution, car c'est "le point commun" entre tous ces groupes.


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La justice allemande saisit des biens dans une enquête pour fraude bancaire au Liban

Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
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  • La justice allemande a saisi 35 millions d’euros de biens dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent visant l’ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé
  • Les procureurs l’accusent d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars entre 2004 et 2015 ; un tribunal doit désormais statuer sur la confiscation définitive des biens

BERLIN: La justice allemande a indiqué jeudi avoir saisi des biens d'une valeur totale de 35 millions d'euros dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé, et quatre autres personnes.

Âgé de 75 ans, M. Salamé, qui a dirigé la banque centrale entre 1993 et 2023, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, notamment de détournement de fonds, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Il a toujours nié toute malversation.

Dans un communiqué, le parquet a déclaré que "des biens immobiliers commerciaux de grande valeur à Munich et à Hambourg, ainsi que des parts sociales d'une société immobilière à Düsseldorf pour une valeur totale d'environ 35 millions d'euros" ont été saisis.

"Après des enquêtes très approfondies", notamment au Liban, le parquet accuse  M. Salamé, agissant avec son frère Raja Salamé, d'avoir "détourné des fonds d'un montant total de plus de 330 millions de dollars au détriment de la banque centrale libanaise et donc aux dépens de l'Etat libanais, afin de s'enrichir illégalement" entre 2004 et 2015.

Ces fonds provenaient de transactions financières entre la banque centrale libanaise et des banques commerciales au Liban.

L'argent a été blanchi par l'intermédiaire d'une société écran dans les îles Vierges britanniques et utilisé par Raja Salamé et trois autres coaccusés pour des investissements en Allemagne et ailleurs en Europe, selon les procureurs.

Un tribunal de Munich doit désormais décider si les biens saisis peuvent être définitivement confisqués.

Les procureurs allemands ont ouvert leur enquête en 2021 et ont collaboré avec des enquêteurs français et luxembourgeois.

Détenteur de la double nationalité française et libanaise, Riad Salamé avait été arrêté en 2024 au Liban et inculpé pour le détournement présumé de 44 millions de dollars de la banque centrale libanaise, avant d'être libéré en septembre dernier contre le versement d'une caution record.

L’ex-gouverneur est considéré comme l'un des principaux responsables de l’effondrement économique du Liban, que la Banque mondiale a qualifié de l'un des pires de l’histoire récente. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un "bouc émissaire".

Il a quitté ses fonctions fin juillet 2023 et répète que sa fortune provient d’investissements privés et de sa carrière antérieure au sein de la société américaine Merrill Lynch.