En Amérique, le cauchemar du lobby des armes s'appelle Shannon Watts

Shannon Watts, militante américaine pour la prévention de la violence armée et fondatrice de Moms Demand Action, s'adresse à l'AFP lors d'une interview à Washington, DC, le 5 mai 2023. (Photo, AFP)
Shannon Watts, militante américaine pour la prévention de la violence armée et fondatrice de Moms Demand Action, s'adresse à l'AFP lors d'une interview à Washington, DC, le 5 mai 2023. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 07 mai 2023

En Amérique, le cauchemar du lobby des armes s'appelle Shannon Watts

  • Samedi, un homme équipé d'un fusil d'assaut a tué huit personnes, dont des enfants, dans un centre commercial près de Dallas. «Nous ne sommes pas insensibilisés. Nous sommes traumatisés», a tweeté la pasionaria des «anti-gun»
  • «Les Américains veulent mettre fin à la violence par arme à feu», soutient-elle. Les républicains, grands défenseurs du droit au port d'arme, sont eux aussi «inquiets pour leurs enfants à l'école»

WASHINGTON: De passage à Washington, Shannon Watts, l'élégante quinquagénaire, habituée à voyager sous une fausse identité tant elle est haïe par une frange ultra-radicale du pays, reçoit les journalistes de l'AFP dans sa chambre d'hôtel. Elle dispose de 45 minutes, entre un direct Instagram et un déjeuner à côté de Hillary Clinton et d'autres femmes qui comptent.

Pas une hésitation dans la voix de cette mère de cinq enfants, qu'on dit avoir des nerfs d'acier. La répétition implacable des tueries et fusillades démoraliserait jusqu'aux plus engagés, mais pas elle. Plongée dans ce combat depuis plus de dix ans, Shannon Watts promet même que son camp est "en train de gagner".

Samedi, un homme équipé d'un fusil d'assaut a tué huit personnes, dont des enfants, dans un centre commercial près de Dallas. "Nous ne sommes pas insensibilisés. Nous sommes traumatisés", a tweeté la pasionaria des "anti-gun".

"Les Américains veulent mettre fin à la violence par arme à feu", soutient-elle. Les républicains, grands défenseurs du droit au port d'arme, sont eux aussi "inquiets pour leurs enfants à l'école".

Cette "peur" l'a poussée à fonder son association, Moms Demand Action ("Les mères exigent des actes"). Le 14 décembre 2012, un déséquilibré ouvre le feu à l'école primaire de Sandy Hook, tuant 26 personnes dont 20 petits de 6 et 7 ans.

Ce soir-là, Shannon Watts se couche "anéantie", "en larmes". Mais aussi "pleine de rage", avec la conviction qu'elle doit "faire quelque chose".

Dès le lendemain, elle entame ses recherches. Elle trouve quelques associations, toutes gérées par des hommes. Or, elle rêve d'"une armée de femmes qui n'ont peur de rien".

Alors, elle la crée: partie d'un mini groupe Facebook, Moms Demand Action est aujourd'hui une puissante organisation ancrée dans les 50 Etats américains, qui revendique 10 millions de sympathisants. Son développement a bénéficié d'un soutien financier massif du milliardaire Michael Bloomberg.

Tee-shirts rouges 

Les tee-shirts rouges de leurs membres sont devenus des présences familières dans les manifestations ou devant les capitoles, où nombre d'élus ont pu vérifier leur influence dans les urnes.

Maîtrisant parfaitement les réseaux sociaux, Shannon Watts met en avant 500 succès législatifs locaux et nationaux, notamment pour contrer l'influence du premier lobby des armes, la National Rifle Association.

Certes, avec une Cour suprême conservatrice, les revers judiciaires existent aussi, alimentant le fatalisme: les drames liés aux armes, même les plus tragiques, ne déclenchent plus de grandes manifestations aujourd'hui aux Etats-Unis.

Mais, pour elle, aucun rassemblement ne suffira de toute façon à "changer les lois". Il faut en passer par un travail acharné de militant, "pas vraiment glamour", insiste la brune aux yeux clairs.

Shannon Watts croit en de futures actions fédérales ambitieuses - pour l'instant vouées à l'échec, les républicains contrôlant la Chambre des représentants.

Il faudrait, selon elle, imposer au niveau national la vérification des antécédents judiciaires et psychiatriques des acquéreurs d'arme.

Ou encore "interdire les fusils d'assaut", associés aux tueries qui endeuillent l'Amérique. Une idée défendue par le président démocrate Joe Biden, qui a de nouveau exhorté dimanche le Congrès à interdire ces armes, dénonçant "un acte insensé de violence" au Texas.

Menacée 

Il y a cependant une mesure que Moms Demand Action ne soutient pas: l'interdiction pure et simple des armes individuelles.

"Il existe tout un tas de raisons pour lesquelles vous pouvez avoir besoin d'une arme", dit Shannon Watts. Son père en possédait une, tout comme de nombreux militants de son organisation.

Elle rappelle que d'autres pays, comme Israël ou la Suisse, ont "beaucoup d'armes, mais peu de violence par arme à feu". "Ces deux choses ne sont pas incompatibles."

A 52 ans, après dix ans à mener "Moms Demand Action", elle passera la main cette année à une nouvelle directrice, Angela Ferrell-Zabala.

Shannon Watts reste discrète sur son avenir. Tout juste admet-elle qu'elle "n'exclut pas" de s'investir en politique.

Une suite semblant logique, son engagement lui ayant assuré une notoriété nationale. Mais il a aussi fait d'elle une cible, dans un pays où l'attachement aux armes est pour certains viscéral.

Dès les premiers jours, elle a reçu des menaces. Des hommes lourdement armés ont été expulsés d'événements où elle intervenait.

Elle se déplace avec quelqu'un chargé de sa sécurité et notamment de repérer "l'hôpital le plus proche où m'emmener, en cas de tir", dit-elle.

Shannon Watts assure pourtant refuser de se laisser intimider.

"Si nos enfants meurent, nous n'avons plus rien à perdre"


Un responsable iranien juge "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis

Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
Des personnes chantent lors d’un rassemblement à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. (Majid Asgaripour/Agence de presse West Asia via Reuters)
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  • La reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est jugée « probable » après l’échec des négociations et le rejet par Donald Trump d’une nouvelle proposition iranienne
  • Malgré un cessez-le-feu, les tensions restent élevées (blocus, présence militaire, crise économique), et le conflit continue sous d’autres formes dans la région

TEHERAN: Un responsable militaire iranien a jugé samedi "probable" une reprise de la guerre avec les Etats-Unis, après le rejet par Donald Trump d'une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l'Iran et de représailles de Téhéran dans la région.

Une première session de pourparlers directs à Islamabad le 11 avril s'est révélée infructueuse, et jusqu'ici sans lendemain tant les divergences restent fortes entre les deux camps, du détroit d'Ormuz au volet nucléaire.

L'Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, médiateur des discussions, sans qu'aucun détail ne filtre sur le contenu.

Donald Trump a cependant dit vendredi n'être "pas satisfait" de cette dernière mouture, répétant qu'à son sens les dirigeants iraniens étaient "désunis" et incapables de s'entendre sur une stratégie de sortie du conflit.

Le président américain, qui avait déjà menacé d'anéantir la "civilisation" iranienne, a ajouté qu'il préférerait ne pas avoir à "pulvériser une fois pour toutes" l'Iran mais qu'une reprise de la guerre restait "une option".

Il a été briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires.

"Une reprise du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis est probable, et les faits ont démontré que les Etats-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord", a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par l'agence de presse Fars.

"Les forces armées sont parfaitement préparées à toute nouvelle tentative d'aventurisme ou à toute action imprudente de la part des Américains", a-t-il ajouté.

- "Terminées" -

Donald Trump avait théoriquement jusqu'à vendredi pour demander l'autorisation du Congrès américain pour poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l'Iran étaient "terminées", même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces américaines dans la région indiquait le contraire.

L'USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine américaine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés cette semaine à des niveaux inédits depuis 2022.

Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d'autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Alors que Donald Trump s'indigne du refus des Européens de le soutenir militairement face à l'Iran, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d'Allemagne d'ici un an, une réduction conséquente de ses effectifs sur le continent.

Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier allemand Friedrich Merz affirmant que les Américains n'avaient "aucune stratégie" en Iran et que Téhéran "humiliait" la première puissance mondiale.

-  Nouvelles exécutions -

Pendant ce temps, l'Iran reste inflexible. "Nous n'accepterons certainement pas qu'on nous impose" une politique, a lancé vendredi le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.

Negar Mortazavi, du groupe de réflexion Center for International Policy, souligne "la cohésion" du pouvoir iranien, uni dans une "bataille existentielle".

Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l'inflation qui explose tout comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.

Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d'ailleurs exhorté dans un message écrit, les entreprises qui ont subi des dégâts à "éviter autant que possible les licenciements", au nom de la "guerre économique et culturelle" que mène l'Iran.

Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en "regardant les infos, et les nouvelles d'exécutions" par le pouvoir iranien. La justice a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d'espionnage au profit d'Israël.

"J'ai l'impression d'être coincé au purgatoire", dit-il à l'AFP. "Les Etats-Unis et Israël finiront par nous attaquer encore" pendant que "le monde ferme les yeux".

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah malgré le cessez-le-feu, de nouvelles frappes sur le sud du pays ont fait 13 morts, dont un enfant, selon les autorités libanaises.


L'Iran a présenté une nouvelle proposition aux Etats-Unis via le Pakistan (média d'Etat)

A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
A man rides his motorcycle past a billboard depicting Iran’s Supreme Leader Mojtaba Khamenei, in Tehran on April 24, 2026. (AFP/File Photo)
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  • L’Iran a soumis une nouvelle proposition de négociation visant à relancer le dialogue avec les États-Unis pour mettre fin au conflit
  • Le Pakistan joue un rôle de médiateur dans ces discussions, qui restent bloquées malgré les efforts diplomatiques

TEHERAN: L'Iran a présenté une nouvelle offre en vue de la reprise des négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, pour mettre fin durablement à la guerre, a annoncé l'agence officielle iranienne Irna.

"La République islamique a transmis jeudi soir le texte de sa dernière proposition au Pakistan, médiateur dans les discussions avec les Etats-Unis", selon l'agence, qui n'a pas donné plus de détails.


Téhéran active ses défenses aériennes, Trump prêt à ignorer le Congrès

Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
Des véhicules passent devant un immense panneau d’affichage indiquant « Le détroit d’Ormuz reste fermé » sur la place de la Révolution à Téhéran, le 28 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Téhéran a activé sa défense antiaérienne malgré un cessez-le-feu fragile, tandis que Washington affirme que la limite légale des 60 jours pour autoriser la guerre ne s’applique plus, ce qui suscite des tensions politiques
  • Le conflit et le blocage du détroit d’Ormuz provoquent une flambée des prix du pétrole et une crise énergétique mondiale, avec des risques économiques majeurs

TEHERAN: Téhéran a activé jeudi soir ses systèmes de défense antiaérienne contre des drones et des petits avions, à l'approche des 60 jours du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, date limite après laquelle Donald Trump doit théoriquement demander l'autorisation du Congrès pour poursuivre la guerre.

Mais son gouvernement a laissé entendre qu'il ignorera cette obligation qui incombe au président américain en principe vendredi, et que les démocrates se retrouvent impuissants à faire respecter.

Les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran le 28 février, et instauré un cessez-le-feu depuis le 8 avril, en dépit duquel le bras de fer entre entre Téhéran et Washington se poursuit, propulsant les cours des hydrocarbures à des sommets inédits depuis quatre ans.

Selon la Constitution américaine, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Une loi adoptée en 1973 permet cependant au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence, à condition, s'il engage des troupes américaines plus de 60 jours, qu'il obtienne une autorisation du pouvoir législatif.

Vendredi représente donc la date limite, mais le ministre de la Défense, Pete Hegseth, a argué jeudi qu'en raison du cessez-le-feu "l'horloge des 60 jours est suspendue".

"Les hostilités qui ont commencé le samedi 28 février sont terminées", a ajouté à l'AFP un haut responsable de l'administration américaine. "Il n'y a pas eu d'échanges de tirs entre les forces armées américaines et l'Iran depuis le mardi 7 avril".

Washington impose un blocus des ports iraniens en représailles au verrouillage par Téhéran du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant le conflit un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, faisant s'envoler les prix du pétrole.

Un haut responsable américain a évoqué une possible prolongation de cette mesure "pendant des mois".

Face à la perspective d'un enlisement du conflit, le Brent, la référence mondiale du pétrole brut, a brièvement dépassé jeudi les 126 dollars, un sommet depuis début 2022 lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Vendredi, il gagnait 0,59% à 111,05 dollars vers 05H00 GMT.

- "Défaite honteuse" -

Le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a affirmé jeudi que les Etats-Unis avaient subi une "défaite honteuse" face à l'Iran.

Le président iranien Massoud Pezeshkian a lui dénoncé le blocus américain comme un "prolongement des opérations militaires".

A Téhéran, des systèmes de défense antiaérienne ont été activés jeudi soir, contre des drones et des aéronefs dont la provenance n'a pas été communiquée.

"Le bruit de la défense antiaérienne a cessé après environ 20 minutes d'activité et de riposte contre de petits aéronefs", ont indiqué les agences Tasnim et Fars précisant que Téhéran se trouvait de nouveau dans une "situation normale".

La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban. Malgré la trêve et de premières discussions le 11 avril à Islamabad, la diplomatie semble dans l'impasse.

Pendant que les négociations piétinent, les répercussions du blocage d'Ormuz se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale, entre pénuries rampantes, poussées d'inflation et révisions à la baisse de la croissance.

"Le monde est confronté à la plus grave crise énergétique de son histoire", a jugé le patron de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol.

- "Au bord du gouffre" -

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est aussi alarmé de l'"étranglement" de l'économie planétaire en raison de la paralysie du détroit.

"C'est à présent le temps du dialogue, de solutions qui nous éloignent du bord du gouffre et de mesures capables d'ouvrir une voie vers la paix", a-t-il plaidé dans un message sur X.

Sur le front libanais, de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays ont fait au moins dix-sept morts jeudi.

L'ambassade américaine à Beyrouth a appelé à une rencontre entre ce dernier et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, considérant le Liban "à un tournant". "Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir", a-t-elle estimé sur X.

Les opérations menées au Liban par Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, ont fait plus de 2.500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, selon les autorités.