Plus de 700 000 Soudanais déplacés, des civils réclament des armes

Des réfugiés soudanais fuyant les violences, près de la frontière avec le Tchad, le 9 mai (Photo, Reuters).
Des réfugiés soudanais fuyant les violences, près de la frontière avec le Tchad, le 9 mai (Photo, Reuters).
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Publié le Mercredi 10 mai 2023

Plus de 700 000 Soudanais déplacés, des civils réclament des armes

  • Le conflit a déjà fait plus de 750 morts et 5.000 blessés
  • L'Égypte a accueilli plus de 70.000 réfugiés, le Tchad et le Soudan du Sud au moins 57.000

KHARTOUM: L'exode des civils s'est accéléré avec plus de 700.000 personnes déplacées par la guerre au Soudan, deux fois plus qu'il y a une semaine, a annoncé mardi l'ONU, sans aucune issue en vue après plus de trois semaines de combats.

Pillages et combats ont continué pour le 25ᵉ jour consécutif à Khartoum. À Port-Soudan, une ville côtière à 850 kilomètres à l'est de la capitale, des centaines de membres des tribus Beja ont manifesté en réclamant des armes pour combattre aux côtés de l'armée.

"Les Beja sont prêts à être armés", a lancé Mahmoud al-Bichari, l'un des organisateurs de la manifestation, alors que la foule scandait "non aux négociations".

Depuis le 15 avril, la guerre oppose le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, au général Mohamed Hamdane Daglo, commandant des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), devenus rivaux après avoir mené ensemble le putsch d'octobre 2021.

"Avec la guerre qui se prolonge et l'insécurité qui s'installe, il y a un risque croissant que les gens commencent à s'armer localement ou que l'armée essaie de former une milice pour contrer les FSR", explique à l'AFP l'analyste soudanais Magdi Gizouli, du Rift Valley Institute.

700.000 déplacés 

Le conflit a déjà fait plus de 750 morts et 5.000 blessés.

Près de 150.000 réfugiés ont fui vers les pays voisins tandis que les déplacés à l'intérieur du Soudan sont désormais plus de 700.000, selon l'ONU, plus du double par rapport aux 340.000 comptabilisés mardi dernier.

Beaucoup ont fui Khartoum, une ville de cinq millions d'habitants où ceux qui restent vivent désormais barricadés chez eux.

Sans eau ni électricité, avec des stocks de nourriture quasiment à sec et de moins en moins d'argent, ils survivent sous une chaleur écrasante grâce à des réseaux de solidarité entre voisins et proches.

Mardi, des combats ont eu lieu dans plusieurs quartiers, selon des témoins.

Au début du conflit, l'armée avait affirmé que "des sommes astronomiques" avaient été volées lors de combats autour d'une agence de la Banque centrale.

Mardi, la fédération des banques soudanaises a reconnu que des "pillages" ont touché "certaines banques à Khartoum", mais affirmé que les économies des Soudanais sont "entièrement préservées".

Le réseau téléphonique ou internet va et vient au gré des efforts des compagnies de télécommunications qui peinent à trouver du carburant pour faire tourner les générateurs.

Quasiment plus aucun hôpital ne fonctionne et la majorité des réserves humanitaires ont été bombardées ou pillées. Tout comme au Darfour, dans l'ouest du pays, frontalier du Tchad.

Avant la guerre, un Soudanais sur trois souffrait de la faim. Si la guerre se poursuit, jusqu'à 2,5 millions de personnes supplémentaires auront faim quotidiennement, prévoit l'ONU.

Le responsable de l'ONU pour les affaires humanitaires, Martin Griffiths, arrivé dimanche à Djeddah et déjà reparti, a proposé aux deux parties de s'engager à "garantir le passage de l'aide humanitaire" via une déclaration de principe, a déclaré mardi le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq.

Impact sur les pays voisins 

Pour Kholood Khair, spécialiste du Soudan, "ces pourparlers sont plus un leurre qu'une vraie plateforme pour trouver des solutions".

Parallèlement aux Américains et aux Saoudiens, l'Union africaine, qui a suspendu le Soudan en 2021, et l'Igad, le bloc régional d'Afrique de l'Est dont fait partie le pays, tentent d'organiser des discussions sous l'égide du président du Soudan du Sud, Salva Kiir.

Ce dernier a reçu lundi à Juba un émissaire du général Burhane.

Le conflit "menace l'approvisionnement en nourriture et en biens de première nécessité du Soudan du Sud ainsi que ses exportations pétrolières qui passent par Port-Soudan", un débouché vital sur la mer Rouge pour ce pays enclavé, a rappelé mardi Hanna Serwaa Tetteh, l'envoyée spéciale de l'ONU pour la Corne de l'Afrique.

L'ONU a prévenu que sur les 800.000 réfugiés sud-soudanais installés au Soudan, 200.000 pourraient faire le chemin en sens inverse.

"Un défi", a averti Mme Tetteh, pour le Soudan du Sud, où "les deux tiers de la population a déjà besoin d'aide humanitaire".

Mardi, le chef de la diplomatie égyptienne Sameh Choukri a rendu visite à M. Kiir, après avoir dénoncé la veille "la tragédie humaine" du conflit et son "impact direct sur les pays voisins".

L'Égypte a accueilli plus de 70.000 réfugiés, le Tchad et le Soudan du Sud au moins 57.000.


Liban: 13 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
Le ministère de la Santé libanais a indiqué que 13 personnes ont été tuées vendredi lors de frappes israéliennes dans le sud, notamment dans une ville où l’armée israélienne avait émis un ordre d’évacuation malgré un cessez-le-feu. (REUTERS)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, dont des civils (femmes et enfants), malgré un cessez-le-feu en vigueur
  • Depuis la reprise des hostilités le 2 mars entre Israël et le Hezbollah, plus de 2 600 personnes ont été tuées, dont des secouristes, suscitant de vives critiques humanitaires

BEYROUTH: Des frappes israéliennes sur le sud du Liban ont fait au moins 13 morts vendredi, a rapporté le ministère libanais de la Santé dans un nouveau bilan.

Selon un communiqué du ministère, huit personnes, parmi lesquelles un enfant et deux femmes, ont été tuées et 21 autres blessées, dont deux enfants et une femme, dans des frappes sur le village d'Habboush, que l'armée israélienne avait appelé à évacuer malgré un cessez-le-feu.

L'agence de presse officielle libanaise (ANI) a rapporté "une série de frappes intenses (...) un peu moins d'une heure après l'avertissement" israélien.

A Habboush, un photographe de l'AFP a vu des volutes de fumée s'élever à la suite des bombardements.

Une autre frappe sur le village de Zrariyé, dans la région de Saïda, a par ailleurs fait quatre morts, dont deux femmes, et quatre blessés dont un enfant et une femme, a précisé le ministère dans la soirée.

Selon la même source, une femme a été tuée et sept personnes ont été blessées dans le district de la ville côtière de Tyr.

L'ANI avait auparavant fait état d'autres frappes et de tirs d'artillerie sur d'autres localités du Sud en dépit du cessez-le-feu entre le Hezbollah pro-iranien et Israël en vigueur depuis le 17 avril.

- Secouristes tués -

Jeudi, 17 personnes avaient été tuées dans des frappes sur le Sud, où l'armée israélienne a établi une zone de 10 km de profondeur à partir de la frontière, interdite d'accès à la presse et à la population, et effectue des opérations de démolition.

Des destructions ont ainsi été rapportées à Shamaa mais également à Yaroun, où un monastère, une école privée, des maisons, des commerces et des routes ont été démolies, selon l'agence ANI.

Israël affirme vouloir protéger sa région nord du Hezbollah, qui continue de revendiquer des attaques contre des positions israéliennes au Liban et, plus rarement, contre le territoire israélien.

L'armée israélienne a indiqué dans la nuit de vendredi à samedi avoir intercepté quatre "cibles aériennes" qui se dirigeaient vers le nord d'Israël, sans préciser leur provenance.

En vertu de l'accord de cessez-le-feu, Israël se réserve "le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours", une clause que le Hezbollah conteste.

Selon le ministère libanais de la Santé, plus de 2.600 personnes ont été tuées depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, sur fond de guerre au Moyen-Orient.

D'après cette source, 103 secouristes font partie des morts.

"Qu'une personne qui tente de sauver des vies, d'apaiser la souffrance humaine, puisse être ciblée (...) c'est une chose que je trouve absolument inacceptable", a affirmé à des journalistes près de Beyrouth le secrétaire général adjoint de la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FIRC), Xavier Castellanos.


Les Emirats interdisent à leurs ressortissants de se rendre en Iran, au Liban et en Irak

Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
Le drapeau des Émirats arabes unis flotte sur fond de la skyline d’Abou Dhabi. (Archive/AFP)
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  • Les Émirats arabes unis interdisent à leurs citoyens de voyager en Iran, au Liban et en Irak en raison des tensions régionales
  • Les autorités demandent aux Émiratis présents dans ces pays de rentrer immédiatement, après des attaques de missiles iraniennes visant des infrastructures aux EAU

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont interdit jeudi à leurs ressortissants  de se rendre en Iran, au Liban et en Irak, en invoquant l'évolution de la situation dans la région.

"A la lumière des développements régionaux actuels", le ministère des Affaires étrangères du pays a émis "une interdiction de voyager pour les ressortissants émiratis se rendant en République islamique d'Iran, en République libanaise et en République d'Irak", a rapporté l'agence de presse officielle WAM, indiquant qu'il appelait "tous les ressortissants émiratis actuellement dans ces pays à accélérer leur retour immédiat".

L'Iran a pris pour cible les Emirats, par des tirs de missiles visant des infrastructures civiles et énergétiques, lors du conflit déclenché le 28 février par l'attaque israélo-américaine contre Téhéran, avant l'annonce d'un fragile cessez-le-feu.


Liban: le président condamne les «violations persistantes» du cessez-le-feu par Israël

Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international. (AFP)
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  • "Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte"
  • "Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes"

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a condamné jeudi les "violations persistantes" de la trêve par Israël, sur lequel il a appelé à faire "pression" pour faire respecter le droit international.

"Les violations israéliennes persistent dans le sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition de maisons (...), alors que le nombre de victimes (...) monte", a-t-il déclaré, selon un communiqué de la présidence. De nouvelles frappes israéliennes meurtrières ont visé jeudi des localités dans le sud, selon un média officiel.

"Il faut faire pression sur Israël pour qu'il respecte les lois et les accords internationaux et cesse de viser les civils et les secouristes", a ajouté Joseph Aoun, alors que la trêve est entrée en vigueur le 17 avril.