Vague orange en Thaïlande, l'opposition pro-démocratie en quête d'une coalition

Le leader du parti Move Forward et candidat au poste de Premier ministre, Pita Limjaroenrat (C), quitte le siège du parti alors que les votes continuent d'être comptés, lors des élections générales en Thaïlande, à Bangkok, le 14 mai 2023. (Photo, AFP)
Le leader du parti Move Forward et candidat au poste de Premier ministre, Pita Limjaroenrat (C), quitte le siège du parti alors que les votes continuent d'être comptés, lors des élections générales en Thaïlande, à Bangkok, le 14 mai 2023. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 15 mai 2023

Vague orange en Thaïlande, l'opposition pro-démocratie en quête d'une coalition

  • Le mouvement Move Forward («Aller de l'avant»), qui fait écho aux manifestations pro-démocratie de 2020, recueille environ deux millions de suffrages, après dépouillement de 25% des bureaux de vote.
  • Pheu Thai, le parti le plus populaire des deux dernières décennies, n'a pas obtenu le «raz-de-marée électoral» que sa candidate star Paetongtarn Shinawatra (36 ans) a réclamé durant la campagne

BANGKOK : Les Thaïlandais ont infligé un revers cinglant aux généraux au pouvoir depuis presque 10 ans, submergés par le parti progressiste Move Forward, surprise des législatives, en quête d'une coalition avec les autres mouvements d'opposition.

Associé à la couleur orange, Move Forward ("Aller de l'avant") est bien parti pour devenir la principale force politique du royaume, dans la lancée des manifestations massives de 2020, dont il reprend les demandes pro-démocratie.

Mais ses positions jugées radicales, de la réforme du controversé article sur le crime de lèse-majesté à la fin de la conscription obligatoire, risquent de créer des frictions avec l'élite militaro-royaliste qui conserve de l'influence au sein des institutions.

Le rejet, par les jeunes générations, du gouvernement sortant issu du coup d'Etat de 2014, a nourri un taux de participation record de 75,22%, un peu au-dessus du scrutin de 2019, a confirmé lundi la commission électorale.

Le visage souriant du jeune leader de Move Forward, Pita Limjaroenrat (42 ans), a fait la une des principaux journaux lundi, contrastant avec la mine basse du Premier ministre sortant Prayut Chan-O-Cha.

Move Forward a recueilli plus de 14 millions de suffrages, selon des résultats non-définitifs de la commission électorale, devant l'autre force de l'opposition, Pheu Thai (10,8 millions).

En troisième place, le parti de la Nation thaïlandaise unie (UTN) de Prayut navigue loin derrière, avec 4,6 millions de voix.

Lèse-majesté

Sur le plan des députés, Move Forward et Pheu Thai sont au coude-à-coude selon les dernières estimations (112 députés chacun) sur les 400 circonscriptions en jeu. Les 100 derniers sièges sont distribués à la proportionnelle, ce qui doit donner une avance au parti orange.

Mais les règles électorales complexes, concoctées par l'armée à son avantage, contraignent les partis d'opposition à obtenir une large majorité, ou à former une coalition pour accéder au pouvoir.

Dès dimanche soir, Pita Limjaroenrat a assuré qu'un accord de gouvernement avec Pheu Thai était "sur la table".

Les deux partis partagent le constat d'une économie thaïlandaise défaillante qui a besoin de réformes, mais s'opposent sur plusieurs sujets de société, comme l'article réprimant la lèse-majesté, sur lequel Pheu Thai se montre bien plus prudent.

"Peu importe, nous allons pousser pour une réforme de la lèse-majesté", a insisté Pita.

Pheu Thai, le parti le plus populaire des deux dernières décennies, n'a pas obtenu le "raz-de-marée électoral" que sa candidate star Paetongtarn Shinawatra (36 ans) a réclamé durant la campagne.

La fille de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra n'a pas fermé la porte à une coalition: "nous pouvons travailler ensemble", a-t-elle lancé.

Vainqueur de 32 des 33 sièges en jeu à Bangkok, un score d'une ampleur inattendue, Move Forward s'inscrit dans la dynamique des manifestations pro-démocratie de 2020 qui ont secoué la capitale avant de baisser en intensité sous l'effet de la pandémie et de la répression des autorités.

Pheu Thai garde de son côté le soutien des milieux ruraux du nord et du nord-est, qui ont bénéficié des politiques de redistribution pionnières de Thaksin au début des années 2000.

Deux partis membres de l'ancienne coalition gouvernementale, Bhumjaithai (68 sièges dans 400 circonscriptions), et Palang Pracharat (39), peuvent également jouer un rôle d'arbitre dans les négociations qui devraient prendre des semaines, avant la nomination du Premier ministre attendue durant l'été.

Reprise atone

L'opposition a besoin de 376 sièges sur les 500 de l'Assemblée nationale pour contrebalancer l'influence des 250 sénateurs nommés par l'armée. Il suffit au camp pro-armée de 126 députés pour s'assurer une majorité au vote du Premier ministre, choisi par les deux chambres.

Ce système, jugé partial par les organisations de défense des droits humains, a permis à l'ancien général Prayut (69 ans) de se maintenir au pouvoir en 2019, au prix d'une large coalition englobant une quinzaine de partis.

Son avenir politique semble incertain après cette défaite.

Son bilan reste terni par une reprise atone après la pandémie, que des économistes attribuent en partie à la structure défaillante d'une économie en manque de réformes.

Les groupes de défense des droits humains l'ont accusé d'avoir mené une répression de grande envergure contre les leaders des manifestations pro-démocratie, en détournant à des fins politiques la loi réprimant le crime de lèse-majesté.

La Thaïlande a connu une douzaine de coups d'Etat depuis la fin de la monarchie absolue en 1932. Les 20 dernières années ont été marquées par une succession de protestations dans les rues, de putschs militaires et de dissolutions de partis en justice.


Téhéran veut garder le contrôle d'Ormuz, fin du round de négociations

Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
  • Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures
  • En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna

BURGENSTOCK: Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, tandis que s'est achevé le round de négociations avec les Américains débuté ce week-end en Suisse pour tenter de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Ces discussions ont permis de poser des "bases très solides pour aboutir à un accord final réussi", s'est félicité lundi le vice-président américain JD Vance, les Etats-Unis annonçant dans la foulée une suspension de deux mois des sanctions sur le pétrole iranien.

Le responsable américain, ainsi que le négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, ont quitté lundi le complexe hôtelier du Bürgenstock, dans les Alpes suisses, au terme d'un marathon de 18 heures, laissant à des diplomates le soin de poursuivre des discussions "techniques" sur place.

Celles-ci se sont également achevées et les pourparlers se poursuivront ultérieurement au sein de groupes de travail, a indiqué mardi la diplomatie iranienne à l'agence officielle Irna.

En attendant, M. Ghalibaf a réaffirmé que les conditions dans le détroit d'Ormuz ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait "administrée" par son pays, selon des propos rapportés mardi par Irna.

Le passage par Ormuz, où transite en temps normal 20% du pétrole et du GNL mondial, était libre de tout contrôle avant le déclenchement par les Etats-Unis et Israël le 28 février de la guerre contre l'Iran.

Mais "l'administration du détroit d'Ormuz ne redeviendra jamais ce qu'elle était avant la guerre", a assuré M. Ghalibaf, martelant que "l'Iran administrera" celui-ci.

L'Iran a par ailleurs indiqué mardi avoir conclu en Suisse avec les Américains un accord pour le déblocage "immédiat" de 12 milliards d'avoirs iraniens gelés.

Ceux-ci seront libérés "en deux tranches de 6 milliards", a détaillé auprès d'Irna le chef de la délégation iranienne chargé des discussions techniques, le vice-ministre de Affaires étrangères Kazem Gharibabadi.

M. Vance avait souligné que son pays s'assurerait qu'un éventuel déblocage d'avoirs iraniens "ne servirait pas à financer le terrorisme".

Ghalibaf à Oman 

Le cycle de négociations entamé ce week-end en Suisse nourrit les espoirs d'un règlement durable du conflit et a fait retomber le cours du baril de Brent de la mer du Nord sous la barre des 78 dollars, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme de la guerre.

Les négociations, où le Pakistan et le Qatar jouent un rôle de médiation, doivent aboutir à un document final sous un délai de 60 jours renouvelables.

Dans ce cadre, le président iranien, Massoud Pezeshkian, doit effectuer une visite d'Etat à Islamabad mardi, selon la diplomatie pakistanaise.

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio est pour sa part attendu de mardi à jeudi aux Emirats arabes unis, à Bahreïn et au Koweït, selon son ministère.

Et l'équipe de négociateurs iraniens, emmenée par M. Ghalibaf, s'est rendue de son côté à Oman pour parler précisément de la gestion du détroit d'Ormuz, selon Irna.

Pressé de mettre un terme à un conflit qui pèse sur le pouvoir d'achat de ses citoyens, Washington a multiplié les gestes envers Téhéran.

Concernant le pétrole, principale ressource de la République islamique, "toutes les transactions" concernant la production, la vente et le transport d'hydrocarbures d'origine iranienne "sont autorisées jusqu'au 21 août", a détaillé le ministère américain des Finances.

Selon M. Vance, Téhéran a accepté d'inviter à nouveau des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ce que l'Iran n'a pas confirmé.

"Premier test réel" 

Mises en place par l'accord de 2015 déchiré par M. Trump en 2018, ces inspections avaient été suspendues par l'Iran après les bombardements israélo-américains de ses installations en juin 2025.

Les inspecteurs de l'AIEA n'ont depuis pas pu visiter les sites touchés, laissant planer le doute sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de la République islamique, un point de contentieux majeur avec Washington.

Téhéran a toujours nié chercher à se doter de l'arme nucléaire, tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.

Sur le front libanais, que Téhéran a insisté pour associer aux discussions, une "cellule de gestion des conflits" va être mise en place pour faire cesser les combats entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a ainsi fait savoir avoir reçu un appel de M. Vance au sujet de "la consolidation du cessez-le-feu au Liban, l'arrêt de l'escalade militaire israélienne et les mesures à prendre à cet égard".

L'offensive au Liban, destinée selon Israël à empêcher les attaques du Hezbollah, a fait plus de 4.100 morts selon les autorités et plus d'un million de déplacés.

Pour le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le respect de ce cessez-le-feu sera "le premier test réel" de la solidité du protocole d'accord américano-iranien.


Pourparlers Iran-Etats-Unis : «des bases très solides» en vue d'un accord final, selon JD Vance

Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance. (AFP)
  • "Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis
  • Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna

BURGENSTOCK: Les pourparlers entre l'Iran et les Etats-Unis tenus dimanche en Suisse pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ont permis d'établir des "bases très solides" en vue d'un accord final, a affirmé lundi le vice-président américain JD Vance.

"Nous avons posé des bases très solides pour aboutir à un accord final réussi. L'accord final, c'est la maison. Nous en avons posé les fondations. Nous n'avons pas encore construit la maison, mais nous avons posé des bases solides pour atteindre une issue favorable pour le peuple américain", a-t-il déclaré aux journalistes.

Après la signature d'un protocole d'accord la semaine dernière et un démarrage dans le chaos, ces négociations, lancées dimanche dans le complexe hôtelier du Burgenstock, dans les Alpes suisses, doivent aboutir, sous un délai de 60 jours renouvelables, à un document final.

"Nous avons réalisé de nombreux progrès satisfaisants. Nous avons fait exactement ce que nous voulions faire", a assuré JD Vance, qui va rentrer aux Etats-Unis.

Côté iranien, l'équipe conduite par le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, a quitté le Burgenstock, à l'issue de "18 heures d'intenses discussions", selon l'agence de presse Irna.

Des négociations vont toutefois se poursuivre au niveau technique.

"Nos équipes, en collaboration avec les Iraniens, les Qataris et les Pakistanais, ont réalisé d'importants progrès hier. Elles continueront à travailler au niveau technique avec les équipes présentes ici au Burgenstock", a indiqué JD Vance.

"Ces négociations techniques se poursuivront ensuite au cours des semaines et des jours à venir. Nous voulions mettre en place une structure pour garantir une supervision politique adéquate", a-t-il ajouté.


Iran et Etats-Unis s'accordent sur une feuille de route pour un accord définitif sous 60 jours

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint. (AFP)
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  • Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient
  • "La médiation pakistanaise et qatarie a permis des progrès majeurs afin de mettre un terme à la guerre au Liban"

BURGENSTOCK: Les Etats-Unis et l'Iran se sont entendus sur une "feuille de route" pour conclure dans les 60 jours un accord définitif pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, lors de leur première séance de négociations en Suisse, ont annoncé lundi les médiateurs pakistanais et qatari.

Les délégations se sont "mises d'accord sur une feuille de route visant à parvenir à un accord définitif dans un délai de 60 jours, jetant ainsi les bases d'un démarrage immédiat de nouvelles discussions techniques" qui se poursuivront cette semaine en Suisse, ont écrit les gouvernements pakistanais et qatari dans un communiqué conjoint.