«Ça fait peur»: quand les sécheresses font se fissurer les maisons en France

Mohamed Benyahia, président de l'association "Urgence Maisons Fissurées Sarthe" pose devant sa maison fissurée qui tient debout grâce à des étais métalliques scellés à une chape de béton, à La Trugalle, près du Mans, dans l'ouest de la France, le 15 mai 2023. (AFP).
Mohamed Benyahia, président de l'association "Urgence Maisons Fissurées Sarthe" pose devant sa maison fissurée qui tient debout grâce à des étais métalliques scellés à une chape de béton, à La Trugalle, près du Mans, dans l'ouest de la France, le 15 mai 2023. (AFP).
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Publié le Mardi 16 mai 2023

«Ça fait peur»: quand les sécheresses font se fissurer les maisons en France

  • Des millions de Français sont vulnérables au risque dit de 'retrait-gonflement des argiles'
  • Appelé à s'aggraver avec le réchauffement climatique, qui accentue la fréquence et l'intensité des sécheresses, il menace surtout les maisons individuelles, aux fondations peu profondes

COULAINES : "On ne peut que regarder la maison s'écrouler !" Depuis l'été 2020, Sylvie et Jean-Luc Chisson voient, impuissants, leurs murs se fissurer, un phénomène causé par les sécheresses à répétition et qui menace des millions de maisons en France.

Leur demeure de plain-pied, construite sur une terre argileuse, subit les mouvements du sol, qui gonfle avec l'humidité et se tasse en période de sécheresse.

En 2003, année d'une canicule mémorable, les premières fissures étaient apparues. Leur commune de Coulaines dans le département de la Sarthe (ouest) avait été classée en état de catastrophe naturelle et l'assurance avait payé pour refaire les murs abîmés.

Mais à l'été 2020, des fissures "en escalier", les plus sérieuses, sont à nouveau apparues sur un mur de la maison. Puis sur un deuxième en 2022.

"Quand on a vu le mur comme ça... ça fait peur", confie Jean-Luc Chisson, ancien chauffeur-livreur âgé de 62 ans.

Président de l'association Urgence Maisons fissurées Sarthe, qui revendique 400 adhérents, Mohamed Benyahia voit sa maison, dans la commune voisine de Neuville-sur-Sarthe, traversée depuis 2018 par une impressionnante lézarde, que des travaux curatifs n'ont pas résorbée.

"Depuis septembre 2018, je ne vis plus de la même façon. Plus d'activités personnelles, plus de loisirs...", confie cet ingénieur en informatique de 62 ans. "Même l'envie de faire un barbec', je ne l'ai plus".

Qui paie ?

Comme eux, des millions de Français sont vulnérables au risque dit de "retrait-gonflement des argiles".

Appelé à s'aggraver avec le réchauffement climatique, qui accentue la fréquence et l'intensité des sécheresses, il menace surtout les maisons individuelles, aux fondations peu profondes. Plus de 10 millions, soit une sur deux, sont construites sur un sol classé à risque moyen ou fort.

Une situation qui pose un problème économique majeur: qui paie les coûteux travaux de réparation et de prévention ?

En France, le risque est couvert par le régime d'assurance des catastrophes naturelles. Mais beaucoup de victimes ne parviennent pas à se faire indemniser.

A Coulaines, une quarantaine de maisons se sont fissurées suite à l'été caniculaire 2022. Mais faute d'un arrêté ministériel de catastrophe naturelle incluant leur commune, personne n'a pu être indemnisé.

"On ne peut que regarder la maison s'écrouler !", grince Sylvie Chisson. En 2020, elle n'a eu droit à rien non plus, pour les mêmes raisons.

"Ce qu'on ne comprend pas, ce sont les différences de traitement d'une commune à l'autre", déplore le maire socialiste de Coulaines, Christophe Rouillon. "Qu'est-ce qui fait qu'une commune à 10 kilomètres est retenue alors qu'une autre ne l'est pas ? Avec des terres qui sont les mêmes, les températures qui sont les mêmes..."

Coûts triplés

C'est à ce défaut qu'entend s'attaquer une proposition de loi portée par l'écologiste Sandrine Rousseau, adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale.

"C'est une loi qui prend à bras le corps la protection dans le réchauffement climatique. Parce que là, une maison sur deux est menacée, ce qui signifie que si vous laissez faire, ni les assureurs ni l'Etat ne seront en capacité de gérer. Et donc il faut modifier les choses pour que l'Etat puisse anticiper", explique la députée à l'AFP.

Le texte prévoit de faciliter la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle dans les communes touchées. Et là où il a été reconnu, il rend plus difficile pour les assureurs de refuser des indemnisations.

"C'est vraiment un changement de rapport de force des assurés par rapport aux assureurs. Souvent, les assureurs essaient de montrer que ce n'est pas le retrait-gonflement des argiles la cause principale des désordres, ce qui laisse les propriétaires dans leur grande difficulté", justifie-t-elle.

Cette dernière mesure suscite l'opposition des assureurs, qui estiment qu'elle leur coûterait environ 1 milliard d'euros supplémentaire chaque année.

"Une telle décision aurait un impact financier très, très important sur l'équilibre financier du régime, qui est déjà déficitaire depuis plusieurs années", avance la présidente de France Assureurs, Florence Lustman.

Selon cette fédération, sur la période 2020-2050 et à réglementation constante, le coût des sinistres liés au retrait-gonflement des argiles devrait tripler par rapport aux trente années précédentes, et passer de 13,8 à 43 milliards d'euros.


Macron se rend à Alexandrie, en Egypte, au début d'une tournée Africaine

Le président français Emmanuel Macron arrive pour participer au 8e sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, le 4 mai 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour participer au 8e sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, le 4 mai 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron entame une tournée en Égypte, au Kenya et en Éthiopie centrée sur la coopération africaine, la Francophonie et les enjeux régionaux de sécurité
  • Le président français souhaite promouvoir une coalition maritime neutre pour sécuriser et rouvrir le détroit d’Ormuz au cœur des tensions régionales

PARIS: Emmanuel Macron se rend samedi à Alexandrie, le port méditerranéen de l'Egypte, pour y inagurer une université de la Francophonie, avant un sommet Afrique-France organisé au Kenya, pour la première fois dans un pays anglophone.

Le président français doit s'entretenir avec son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour "conforter une relation bilatérale forte entre la France et l'Egypte" et "aborder la crise actuellement en cours au Moyen-Orient", selon l'Elysée.

Emmanuel Macron se veut à l'initiative d'une "coalition maritime" de pays non-belligérants pour proposer une mission multinationale neutre de sécurisation en vue d'une réouverture du détroit d'Ormuz.

Les deux dirigeants vont ensuite inaugurer le nouveau campus de l'Université de la Francophonie Senghor.

Cet ancien projet-phare de la Francophonie a ouvert ses portes en 1990 pour accueillir les étudiants francophones intéressés par les questions de développement et former des cadres du continent.

Après de vastes réformes, les deux dirigeants vont découvrir un nouveau "campus moderne projeté vers l'Afrique" de cette "université d'excellence", selon la présidence française.

Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi doivent enfin visiter la Citadelle de Qaitbay, forteresse défensive du XVe siècle édifiée sur le site de l'ancien phare d'Alexandrie, avant un dîner de travail.

Dimanche, le chef de l'Etat se rendra à Nairobi, pour une rencontre avec son homologue kényan William Ruto et la signature d'accords bilatéraux, y compris entre des entreprises des deux pays.

Lundi et mardi, dans la capitale du Kenya, ils coprésideront un sommet Afrique-France, baptisé Africa Forward, le premier en présence de dirigeants du continent africain depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, et aussi le premier dans un pays anglophone, ancienne colonie britannique.

Mercredi, il terminera sa tournée à Addis Abeba, notamment pour un entretien avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.

Dans la capitale de l'Ethiopie, il se rendra au siège de l'Union africaine en présence également du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, pour une rencontre "centrée sur le renforcement des réponses conjointes sur les thématiques de paix et de sécurité", selon l'Elysée.


La ministre déléguée aux Armées se rend en Algérie pour commémorer la répression française de Sétif de 1945

Des personnes assistent à la reconstitution d'une scène lors d'une cérémonie commémorative en hommage aux victimes du « massacre de Sétif du 8 mai 1945 », dans la ville algérienne de Sétif, le 10 mai 2025. (AFP)
Des personnes assistent à la reconstitution d'une scène lors d'une cérémonie commémorative en hommage aux victimes du « massacre de Sétif du 8 mai 1945 », dans la ville algérienne de Sétif, le 10 mai 2025. (AFP)
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  • Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez avait déjà été reçu mi-février par le président Tebboune, lors d'un déplacement qui a permis d'amorcer un dégel des relations entre les deux pays, plongés dans une grave crise depuis l'été 2024
  • Après son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron avait tenté un rapprochement historique avec l'Algérie, notamment par une démarche sur la mémoire, mais depuis les tensions se sont accumulées

PARIS: La ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, se rend vendredi en Algérie à la demande d'Emmanuel Macron pour commémorer les massacres lors d'une répression française de manifestations pro-indépendantistes à Sétif le 8 mai 1945 et œuvrer à "restaurer un dialogue efficace", a annoncé l'Elysée.

"Cette démarche témoigne de la volonté du président de la République de traiter des relations entre la France et l'Algérie avec honnêteté, dans le respect de toutes les mémoires qui y sont liées", a indiqué l'Elysée dans un communiqué, alors que les tensions sont récurrentes et que la relance des liens peine à se concrétiser.

A cette occasion, selon l'Elysée, l'ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, rappelé à Paris depuis avril 2025 sur fond de nouvelle brouille avec Alger, "accompagnera la ministre déléguée et reprendra ses activités", "avec une attention prioritaire au retour en France" de Christophe Gleizes.

Ce journaliste français, condamné à sept ans de prison en Algérie, y est détenu depuis près d'un an. Il a renoncé à son pourvoi en cassation, ouvrant la voie à une possible grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune, a annoncé sa famille mardi.

Le ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez avait déjà été reçu mi-février par le président Tebboune, lors d'un déplacement qui a permis d'amorcer un dégel des relations entre les deux pays, plongés dans une grave crise depuis l'été 2024.

Après son arrivée au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron avait tenté un rapprochement historique avec l'Algérie, notamment par une démarche sur la mémoire, mais depuis les tensions se sont accumulées, et la stratégie du président français est vivement critiquée en France par la droite et l'extrême droite, qui défendent une ligne dure face au pouvoir algérien.

Vendredi, Alice Rufo "se rendra à Sétif pour y commémorer les événements tragiques qui y ont eu lieu le 8 mai 1945", a précisé la présidence française.

"Alors même que les Français célébraient leur libération, la répression des manifestations dans les villes de Sétif, Guelma et Kherrata durait plusieurs semaines et faisait des milliers de victimes. C'est la vérité de notre histoire et c'est l’honneur de la France de la regarder en face", a ajouté l'Elysée.

"La lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd'hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l'avenir, dans l'intérêt même des peuples français et algérien", a insisté la présidence française. La ministre "sera reçue par les autorités algériennes", a ajouté l'Elysée, sans préciser lesquelles, et "évoquera les prochaines étapes de la consolidation de nos relations bilatérales".

Alice Rufo "leur dira l’appréciation du président de la République pour la reprise de notre coopération consulaire, sa volonté d'amplifier les résultats déjà obtenus et de restaurer un dialogue efficace, respectueux de l’intérêt national de chacun, dans notre intérêt commun", selon l'Elysée.

 


Paris tente de sécuriser Ormuz en l’isolant du contentieux irano-américain

Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue d’un sommet international consacré aux efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, au palais de l’Élysée à Paris, le 17 avril 2026.(AFP)
Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue d’un sommet international consacré aux efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, au palais de l’Élysée à Paris, le 17 avril 2026.(AFP)
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  • La France propose de dissocier la sécurité du détroit d’Ormuz des négociations globales entre Washington et Téhéran afin d’éviter une escalade économique et militaire
  • Paris mise sur une coalition internationale non belligérante, soutenue par le porte-avions Charles de Gaulle, pour sécuriser la navigation et rassurer les marchés énergétiques mondiaux

PARIS : Face au blocage persistant entre les États-Unis et l’Iran, la France tente d’imposer une approche pragmatique pour rétablir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz, en proposant d’isoler ce dossier crucial du reste des négociations afin d’éviter une escalade aux conséquences économiques et sécuritaires majeures.

Tout commence le 17 avril dernier, lorsque le président Emmanuel Macron réunit à Paris une conférence internationale consacrée à la liberté de navigation, avec la participation d’une cinquantaine de pays, parmi lesquels de grandes puissances asiatiques comme Chine, Inde ou Indonésie.

Tous partagent le même constat : la situation dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une part essentielle du pétrole mondial, ne peut continuer de se dégrader sans menacer l’équilibre économique global.

Sur la base de cette conférence, Paris se dit prêt à réduire les délais de mise en œuvre d’une opération de rétablissement de la sécurité de la navigation dans le détroit, « dès que les circonstances le permettront », selon l’Élysée.

« Nous sommes prêts à sécuriser la navigation et nous en sommes capables », affirme l’Élysée, sans détailler les contours de cette opération.

L’Élysée signale que les effets du blocage sont déjà visibles, à commencer par une hausse des prix de l’énergie, une explosion des primes d’assurance pour les armateurs et une inquiétude croissante sur les marchés.

À mesure que les incidents se multiplient, le risque d’une prolongation des hostilités devient de plus en plus tangible. Dans ce contexte, attendre un règlement global du conflit entre Washington et Téhéran apparaît irréaliste pour Paris.

C’est précisément sur ce point que repose la stratégie française : plutôt que de lier la question de la navigation aux négociations complexes sur le nucléaire iranien, les missiles balistiques ou la sécurité régionale, Paris propose de dissocier les dossiers.

L’objectif est simple : traiter en priorité la sécurité maritime, « sans en faire un levier ou un otage des discussions plus larges ».

Cette approche se veut équilibrée et repose sur une logique d’échange entre les deux principales parties concernées.

D’un côté, l’Iran serait invité à « garantir la sécurité du passage dans le détroit et à s’engager dans des négociations de fond » ; de l’autre, les États-Unis seraient appelés à lever leur blocus maritime et à reconnaître la nécessité de poursuivre le dialogue.

Entre les deux, « une coalition internationale aurait pour mission de sécuriser concrètement la navigation et de restaurer la confiance » des acteurs économiques, car, à la différence des parties directement impliquées dans le conflit, cette coalition est non belligérante et agit au service de l’intérêt général.

Pour donner corps à cette initiative, la France peut compter sur son porte-avions, le Charles de Gaulle, qui a franchi le canal de Suez pour se positionner en mer Rouge, accompagné de son groupe aéronaval, tandis que d’autres partenaires sont également positionnés dans la région.

Il ne s’agit pas « d’une démonstration de force offensive, mais d’un signal de crédibilité », affirme l’Élysée, une fois que les conditions politiques seront réunies.

Concrètement, cela suppose que l’Iran renonce à toute action hostile contre les navires et que les États-Unis acceptent de lever les mesures de blocage. En retour, la coalition pourrait déployer ses moyens pour escorter les convois, rassurer les armateurs et contribuer à la stabilisation des marchés.

Pour parvenir à cela, la France s’efforce de multiplier les échanges diplomatiques, notamment avec le président américain Donald Trump et les autorités iraniennes, tout en mobilisant ses partenaires internationaux.

Des discussions sont également en cours au Conseil de sécurité des Nations unies, même si Paris reste prudent face aux risques de blocage, notamment en raison des précédents veto de la Russie et de la Chine.

Vu de Paris, l’enjeu est avant tout économique, puisque le détroit d’Ormuz constitue l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial, et toute perturbation prolongée a des répercussions immédiates sur les prix du pétrole, les chaînes d’approvisionnement et les économies nationales.

C’est pourquoi la proposition française se veut à la fois réaliste et urgente : elle ne prétend pas résoudre l’ensemble des tensions au Moyen-Orient, mais cherche à prévenir une détérioration rapide de la situation.

Reste à savoir si cette approche sera acceptée par les principales parties concernées et si les signaux envoyés par Washington et Téhéran laissent entrevoir une certaine ouverture à la négociation, sachant que les divergences demeurent profondes.

De part et d’autre, on hésite à renoncer à un levier stratégique dans un rapport de force encore incertain. Malgré cela, la France persiste et mise sur sa capacité à fédérer une coalition crédible et à incarner une voie médiane entre confrontation et immobilisme.